La lutte des classes aux Etats-Unis

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Sans faire les grands titres de la presse, depuis plusieurs années le mouvement ouvrier américain a repris la voie de la lutte des classes, ébranlant d’importants secteurs de l’économie de la locomotive du capitalisme mondial. Les médias dominants ne parlent que de la candidature présidentielle d’Hillary Clinton ou des émeutes consécutives aux « bavures » policières sur fond de racisme ; il faut taire la combativité affichée par les travailleurs américains dans leur lutte contre la régression sociale, dans leur combat face à l’infâme machine capitaliste, dont la seule raison d’être est d’exploiter durement l’immense majorité de la population au profit d’un cercle restreint de nantis. Le gel des salaires, la réduction des pensions, les fermetures d’entreprises jugées pas assez rentables n’en sont qu’une flagrante illustration.

En avril 2011, Démocrates et Républicains tombaient d’accord sur un budget appliquant les plus importantes coupes de toute l’histoire du pays, principalement dans l’éducation et la santé. Le démantèlement de la protection sociale et les attaques contre les syndicats et les droits des salariés depuis 2008 ont poussé ces derniers à passer à l’offensive. La multiplication des grèves dans certaines des plus grandes entreprises du pays témoigne de la détermination des travailleurs américains à ne pas se laisser réduire sans lutter à l’état de marchandises corvéables à merci. Ces luttes doivent être saluées et relayées dans l’ensemble du mouvement ouvrier international. Faisant face à de puissants adversaires, parfois même à leurs propres dirigeants syndicaux, ces mouvements ont abouti à différents résultats, ne permettant pas toujours de satisfaire les revendications des travailleurs. Leur analyse doit être partagée car elle permet d’enrichir l’expérience du mouvement ouvrier à l’échelle mondiale.

En septembre 2012, 27 000 enseignants se mobilisaient à Chicago pour défendre un service public de l’éducation attaqué de toutes parts, notamment par des réductions salariales, des fermetures d’écoles et le transfert progressif du système éducatif à des sociétés privées. Des manifestations de masse furent régulièrement organisées, rencontrant un soutien populaire bien au-delà des grévistes, 66 % des parents d’élèves soutenant les revendications, selon un sondage. Malheureusement, ils furent trahis par la direction syndicale du CTU (Chicago Teachers Union), qui ratifia un accord dans lequel il cédait aux principales demandes du maire démocrate de la ville, Rahm Emmanuel. Elle fit ensuite pression sur ses militants pour qu’ils arrêtent la grève, le maire menaçant de porter l’affaire en justice, les lois de l’Etat empêchant les grèves portant sur les fermetures d’école. Scandaleusement, ces lois ont été approuvées par la CTU lors de leur promulgation.

Chez le géant Wal-Mart, leader mondial de la distribution, plusieurs mouvements de grève ont éclaté ces dernières années, avec des revendications concernant des revalorisations salariales et une amélioration des conditions de travail. Le point d’orgue de ces mouvements était atteint en novembre dernier durant le Black Friday, journée de soldes qui lance la période d’achat de Noël et véritable institution au pays de la consommation effrénée. Le dernier Black Friday était le troisième consécutif durant lequel les salariés de 1600 magasins dans l’ensemble du pays se sont mis en grève, au grand dam de la direction de la chaine, s’agissant du jour de l’année où elle réalise le chiffre d’affaires le plus important. Finalement, la direction a cédé en février dernier en annonçant une augmentation d’un dollar du salaire horaire minimum. 500 000 des 1,3 millions de salariés de la chaine bénéficieront de cet accord, un chiffre qui en dit long sur les conditions de travail dans cette entreprise : 40 % des employés de la multinationale qui réalise le chiffre d’affaires le plus important de la planète doivent se contenter du minimum salarial !

Les salariés de la grande distribution ne sont pas les seuls à s’être fortement mobilisés pour réclamer une amélioration des salaires. Les salariés du secteur de la restauration rapide ont également fait entendre leur voix pour dénoncer la précarité dans laquelle se trouve la majorité d’entre eux. Ce mouvement a démarré à New York en novembre 2012 et s’est rapidement propagé à tout le pays. Les salariés des principales enseignes du pays (McDonald’s, KFC, Burger King…) se sont massivement mobilisés lors de diverses journées d’action à Detroit, Chicago, Denver, Miami, ou encore Los Angeles. En tout ce sont plus de 150 villes à travers tout le pays qui ont été le théâtre de ces mouvements de protestation. En plus des revendications salariales, ils réclament la possibilité de se syndiquer ce qui n’est actuellement pas le cas dans ce secteur. Sous le feu des contestations s’intensifiant en raison des inégalités sociales qui se sont largement creusées ces dernières années, la direction de McDonald’s, comme celle de Wal-Mart, commence à plier. Elle a ainsi annoncé la revalorisation d’un dollar du salaire minimum et l’augmentation du nombre de congés payés pour les salariés ayant une ancienneté supérieure à un an. Ce premier recul est encourageant même s’il faut rappeler qu’elle ne concerne pas les salariés des restaurants franchisés, ce qui fait que ces annonces ne concernent finalement que 5 % du total des effectifs de McDonald’s.

De février à mars dernier, suite à l’échec des négociations entre le géant pétrolier Shell et l’United Steel Workers (USW), principal syndicat industriel nord-américain, près de 7000 grévistes se sont mobilisés dans le secteur du raffinage pétrolier, affectant 20 % de la capacité productive du pays. Ils dénoncent la dégradation de leurs conditions de sécurité et l’emploi de travailleurs temporaires pour les opérations de maintenance. Au terme de six semaines de la grève la plus importante du secteur depuis 35 ans, ils ont finalement eu gain de cause, en obtenant des augmentations salariales autour de 3 % annuel sur les trois prochaines années, la limitation du recours à la sous-traitance, et une réévaluation des zones en sous-effectif par les syndicats.

Il ne s’agit pas, bien évidemment, d’une liste exhaustive de toutes les luttes menées par la classe ouvrière américaine. Les exemples précédemment cités sont emblématiques de la détermination affichée par celle-ci, car la tâche n’est pas simple dans un pays où le capitalisme est érigé en véritable religion d’Etat. Les intérêts de la classe ouvrière ne trouvent aucun écho sur la scène politique, cannibalisée par les partis Démocrate et Républicain. Il suffit de jeter un œil aux « dons » colossaux (en l’occurrence le terme investissement convient mieux que donation) accordés par les grandes multinationales à chacun de ces deux partis durant les campagnes électorales pour n’avoir aucun doute sur les bénéficiaires des politiques qu’ils appliquent une fois élus. Il n’y a rien à attendre de la part de ces dirigeants politiques soumis corps et âme à une infime poignée de grands capitalistes contre l’immense majorité de la population. L’espoir suscité par l’élection du premier président noir dans un pays qui, il y a moins de cinquante ans, pratiquait encore la ségrégation raciale, n’était qu’une illusion de plus destinée à leurrer le peuple sur le réel caractère de la politique qui serait menée : Obama poursuit le travail de son prédécesseur.

Alors que la responsabilité des institutions financières n’a échappé à personne dans le déclenchement de la crise des subprimes, celles-ci ont été massivement renflouées alors que l’on culpabilisait la population par le moyen de la dette publique. C’est aujourd’hui la justification apportée à tous les reculs, toutes les attaques portées aux travailleurs. Toute la structure publique, le bien commun d’une nation, est progressivement démantelée : suppression des emplois publics, restriction des budgets de l’éducation et de la santé, compression des aides sociales… Alors que la précarité se généralise et que les conditions de vie de dizaines de millions de personnes, de travailleurs, sont tirées vers le bas, Obama reconduisait les réductions d’impôts engagés par Bush pour les ménages gagnant plus de 250 000 $ par an.

Les contestations qui s’élèvent outre-Atlantique sont les mêmes que celles que nous pouvons voir sur le continent européen. Les inégalités s’accroissent de façon criante et cela ne fait que commencer si la classe ouvrière ne se soulève pas pour mettre un terme à l’exploitation qu’elle subit de la part d’une poignée de capitalistes. Les luttes menées au quotidien par les travailleurs sont une première étape de ce soulèvement. Seulement, même lorsqu’elles débouchent sur des succès, elles ne constituent que des victoires temporaires tant que les moyens de productions resteront entre quelques mains. Ces luttes doivent leur permettre de prendre conscience de l’intérêt commun que nous avons à combattre ensemble contre la classe capitaliste, à aller au-delà du corporatisme pour mener la lutte sur le plan politique.

Jules B.

PCF Paris

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