Pablo Ignacio Taibo II & Sous-commandant Marcos, « Des morts qui dérangent », Rivages, 2006.

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Roman à quatre mains, avec deux détectives, chacun des deux auteurs ayant le sien. Plus un troisième (Montalbán) qui, peu après son décès, pointe le bout de son nez via son héros Pepe Carvalho… Les auteurs sont tous deux engagés, Marcos étant du reste plus un révolutionnaire qu’un romancier. Chacun rédige un chapitre en alternance, l’ensemble est paru en feuilleton avant d’être édité en roman. C’est une formule très risquée, tous les éléments étant réunis pour donner un résultat catastrophique d’un point de vue littéraire. Et pourtant non, cela fonctionne, et le résultat est plutôt bon et très étonnant.

Assez logiquement au vu du processus d’écriture, le lecteur suit deux trames narratives. La première est celle des enquêtes d’Élias Contrarios, qui est dans le roman en mission pour le Sup, alias le sous-commandant Marcos. Sa première enquête consiste à retrouver une femme sandiniste disparue, qui en fait s’est enfuie car son compagnon la frappait. Cela nous immerge dans le fonctionnement des zapatistes, ici en montrant leur façon de gérer ce type de problème. Mais la mission principale d’Élias est d’aller à Mexico mener une enquête…

Le personnage de Julio, Philippin, homosexuel et membre du contingent international chez les zapatistes est l’un des narrateurs du chapitre 3. Lui aussi nous immerge dans la réalité militante zapatiste. La narration des chapitres rédigés par Marcos est volontairement hachée, racontée du point de vue de divers personnages : Élias, Julio ou Marcos.

La partie rédigée par Pablo Ignacio Taibo II nous introduit dans une enquête de son détective Héctor Belascoarán Shayne. Son client reçoit sur son répondeur téléphonique d’étranges messages de son ancien ami Jesús María Alvarado, assassiné en 1971… L’un de ces messages post mortem prétend que Ben Laden, celui des vidéos, est en fait un ancien vendeur mexicain de tamales [petits pains à base de maïs], recyclé en acteur porno et grimé pour l’enregistrement. Nous sommes libres d’y croire ou non. D’autres messages parlent d’un dénommé Morales. L’enquête nous entraîne dans l’histoire récente du Mexique, après les massacres des étudiants en 1968.

Quant à Montalbán, il attire l’attention d’Élias sur un certain Morales, genre de barbouze présent dans pas mal de coups foireux de l’histoire récente du Mexique.

Toutes ces pistes vont converger, du moins l’espère-t-on, lors de la rencontre entre les deux enquêteurs, Élias et Héctor. La dite rencontre nous est racontée tour à tour du point de vue des deux personnages. Mais il faudra lire le livre pour connaître la suite de l’enquête que je ne veux pas révéler.

Au-delà de l’intrigue de type polar, le gros intérêt de ce livre est de nous immerger dans la réalité du Mexique de 2004, en nous initiant également à son histoire récente. À travers une foule de détails, un foisonnement de sous-intrigues, l’écriture de ce roman le rend passionnant, la présence de Marcos ajoutant à l’intérêt de la plume de Taibo II.

Michael M, fédération du Rhône du MJCF.

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