Grégoire Damon, « Fast-food »

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De l’auteur je ne connaissais que ses recueils de textes poétiques publiés au Pédalo ivre, et celui paru chez Gros Textes. Mais rien qui ressemble à un roman. Et je me suis retrouvé à lire cette histoire quasi d’une traite. Je ne sais à quoi je m’attendais, mais certes pas à un ouvrage aussi bien construit, complexe dans son contenu tout en étant aisément lisible, et même fort prenant pour le lecteur. Une étonnante galerie de portraits s’offre à nous durant cette lecture, des personnages dépeints de façon très concrète, ça sent autant le vécu que l’huile de friture et le ketchup.

Et l’on s’intéresse aux tranches de vie des prolos qui bossent chez Meecoy Carnot (du nom de la place, dans la presqu’île, à Lyon) : Greg le narrateur, « Jack le parano, Ed la grande gueule, Croquette le clown, Graf le petit con tatoué ». Sans compter Christ, le premier à se faire virer. Il faut dire que vient de débarquer Suma, un manager venu réorganiser le fast-food en faisant du ménage dans le personnel.

Et puis il y a aussi quelque chose qui ressemble peut-être à une histoire d’amour décalée entre Greg dans sa période prolo et sa copine Tig qu’il rencontre dans une manif, et qui est dans son trip militant. Une relation particulière, qui nous est présentée avec beaucoup de détails et une écriture très précise. Une relation amoureuse qui n’accède pas vraiment à la sexualité. Une histoire qui arrive plus facilement dans la vraie vie que dans les pages d’un roman…

On pourrait facilement interpréter divers évènements du roman au symbolisme un peu trop manifeste. Par exemple, au Meecoy, la révolte s’exprime au final par des jets de pistolet à sauce, ou de distributeur à ketchup, c’est-à-dire par un usage externe des aliments qui sont normalement consommé en interne. Bref une inversion d’usage. Un peu comme la relation Greg-Tig, qui n’est pas consommée, justement. Et puis, si l’on pousse un peu, Suma se faisant asperger de sauce par Ed, ça a un petit côté éjaculation, à l’inverse de ce qui se passe avec Tig. Au-delà de ces interprétations, on voit bien que Fast-food raconte comment on devient poète en bossant quelques années dans un Meecoy. Futurs poètes, essayez donc, mais je ne garanti pas que ce chemin soit généralisable.

La lecture de ce texte m’a permis de mieux comprendre des choses de la vie. Que demander de plus à un roman ?

Michael M, fédération du Rhône du MJCF.

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