La lutte du personnel hospitalier du Centre Hospitalier du Rouvray

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Dans un silence médiatique assourdissant, une partie du personnel du Centre Hospitalier du Rouvray s’est mise  en grève de la faim pour obtenir de meilleures conditions d’accueil pour les patients.

Par CS, PCF 76

Des conditions d’accueil inhumaines

La psychiatrie publique a toujours été le parent pauvre de la santé.

Les politiques publiques gestionnaires n’ont fait qu’accentuer, depuis maintenant une vingtaine d’années, la dégradation de la qualité et de la dignité des conditions d’accueil et de soins des patients ainsi que les conditions de travail et d’exercice de l’ensemble du personnel hospitalier.

Le constat établi aujourd’hui au Centre Hospitalier du Rouvray, troisième hôpital psychiatrique de France (environ 2000 salariés et 545 patients), est sans appel : sur-occupation, manque de création d’unités d’accueil de patients adolescents, sous-effectif chronique du personnel hospitalier, qualité au travail et des soins entravés et risque de mise en danger du personnel hospitalier et des patients.

Les patients, de plus en plus nombreux, sont accueillis, alors qu’ils arrivent dans une période de grande fragilité dans leur vie, faute de lits disponibles, sur des lits de camps ou sur des chaises, dans des bureaux ou dans des couloirs

Les patients, de plus en plus nombreux, sont accueillis, alors qu’ils arrivent dans une période de grande fragilité dans leur vie, faute de lits disponibles, sur des lits de camps ou sur des chaises, dans des bureaux ou dans des couloirs. On dénombre ainsi, 30 lits  supplémentaires en moyenne par jour par rapport à la capacité d’accueil ! Et si la qualité d’accueil n’est bien sûr pas au rendez-vous, le patient et sa famille, eux, paient le même prix qu’à l’accoutumée. Pour faire face à cette sur-occupation, des déplacements de patients vers d’autres hôpitaux sont organisés. Des refus, voire des sorties d’hospitalisation sont décidées arbitrairement et sans préparation.

Les patients adolescents mineurs, par défaut de création d’unités spécialisées et par manque de places, sont hospitalisés dans des services pour adultes. Ils sont alors mis en danger, risquant de subir des agressions de la part d’autres patients adultes.

Et pour clôturer le tout, les agents hospitaliers souffrent d’un sous-effectif chronique, entraînant des arrêts maladie, des accidents du travail et une grave usure professionnelle.

Une mobilisation qui rassemble plusieurs partis de gauche

C’est pour dire stop aux conditions indignes et déplorables dans lesquelles les patients sont accueillis et qui engendrent de la souffrance depuis des années, pour défendre le droit à la santé, que le personnel hospitalier du Rouvray a entamé une grève reconductible, décidée par le comité de grève (constitué de salariés grévistes et de l’intersyndicale CGT-CFTC-CFDT-Sud), depuis le 22 mars 2018. Plusieurs modalités d’actions ont alors été mises en œuvre : envahissement de l’ARS (Agence Régionale de Santé), audience auprès de l’ARS et d’un attaché du ministère… Devant le mur de mépris et d’indifférence observée par ces derniers, le mouvement s’est durci depuis le mardi 22 mai 2018 et le choix d’une grève de la faim illimitée en mettant leur vie en danger, a été entamée par 7 agents hospitaliers (infirmiers, aides-soignants et ambulanciers), afin de se faire entendre.

Ils revendiquent et réclament la création de 52 postes d’infirmiers et d’aides-soignants afin de simplement combler les arrêts maladie, la constitution d’une véritable unité pour adolescents, l’arrêt des fermetures extra-hospitalières ainsi que la suppression des lits supplémentaires (lits de camps) afin que les patients puissent être accueillis dans de bonnes conditions et remplir les missions de prise en charge avec dignité.

Un mouvement intersyndical de solidarité s’est formé autour des grévistes de la faim avec la mise en place d’un comité de soutien composé de parents de patients, de militants politiques, syndicalistes, associatifs, citoyens…

Un mouvement intersyndical de solidarité s’est formé autour des grévistes de la faim avec la mise en place d’un comité de soutien composé de parents de patients, de militants politiques, syndicalistes, associatifs, citoyens… Plusieurs actes et manifestation de soutiens se sont opérés depuis le premier café solidaire organisé dimanche 27 mai. La mairie communiste de Saint Etienne du Rouvray, par la voix de son maire, Joachim Moyse, a affiché son soutien et installé une banderole sur le fronton de la mairie. Plusieurs partis, mouvements syndicaux et personnalités politiques ont témoigné de leur soutien tels que le PCF, la CGT (parti prenante du mouvement), la France insoumise, Europe Ecologie Les Verts, le candidat du Parti Socialiste aux dernières élections présidentielles et désormais dirigeant de son propre mouvement Benoît Hamon, l’ancien candidat du NPA au élections présidentielles et toujours membre  du NPA Philippe Poutou, des organisations de cheminots, l’économiste Frédéric Lordon, le député France Insoumise François Ruffin…

Devant un pouvoir méprisant, les salariés jouent leur va-tout

Le 31 mai dernier, devant le silence méprisant des tutelles et du ministère de la santé au courrier qui leur avaient été adressé par les chefs de pôle, les grévistes de la faim depuis alors 10 jours et les personnels de l’hôpital, ont décidé d’occuper les locaux de l’administration, désertés au préalable par la direction avant même que la décision d’occupation ne soit prise.

Le dimanche 3 juin, lors du deuxième café solidaire, l’intersyndicale et le comité de grève ont fait part de leur refus de se rendre aux tables-rondes proposées pour mettre en place des audits, tant qu’il n’y aura pas des propositions concrètes de faites. En effet, depuis 2016, deux audits, non suivis d’effets, ont été réalisés à hauteur de 330 000 euros. 9 agents hospitaliers auraient pu être recrutés avec cette somme. La première expertise demandée par le CHSCT avait notamment fait état de conditions de travail déplorables. L’administration a par la suite réalisé une contre-expertise qui a demandé 5 mois de travail et a proposé la création d’un pôle de remplacement pour faire face à l’absentéisme sans pour autant créer de postes supplémentaires et en mobilisant 56 postes existants. L’intersyndicale et le comité de grève maintiennent leur demande de prise en compte par les tutelles de ces deux audits et d’accéder à leurs revendications.

L’assemblée générale qui s’est tenue ce dimanche a voté à l’unanimité l’arrêt de l’occupation des locaux administratifs proposée par les grévistes de la faim. Au vu de l’énergie déployée dans ce cadre, ils ont décidé de garder la maîtrise du choix de rendre les locaux ou de les reprendre à tout instant et souhaitent mettre désormais leur énergie au service d’actions hors des murs de l’hôpital. Un mouvement coordonné doit être mis en place avec la SNCF, les dockers et les portuaires de Rouen et du Havre pour peser davantage et faire face à ce qui pourrait s’apparenter à de la censure de la part des grands médias nationaux. En effet, ces derniers n’ont pas relayé cette lutte d’importance où des grévistes de la faim mettent leur vie en danger pour sortir le personnel hospitalier, les patients et leur famille d’une situation indigne et intolérable. Ce silence médiatique permet au gouvernement de ne pas se retrouver dans une posture inconfortable, évitant de se retrouver face aux grévistes qui vont jusqu’à se priver de nourriture pour sept d’entre eux.

La politique de Macron n’a d’autre but que de transformer le service public de santé en une sorte d’entreprise qui se comporte comme dans le privé, à savoir en recherchant avant tout le rendement et le profit

La politique de Macron n’a d’autre but que de transformer le service public de santé en une sorte d’entreprise qui se comporte comme dans le privé, à savoir en recherchant avant tout le rendement et le profit. Le but est de réduire au maximum les dépenses de l’Etat au détriment de besoin réel de santé de la population. Tant que les capitalistes garderont la main-mise sur l’économie, le service public de santé qui dépend des ressources de l’Etat rencontrera toujours des obstacles pour la qualité de son fonctionnement et les soins proposés. La réduction des dépenses de l’Etat affaiblit l’ensemble du service public, tandis que les capitalistes bénéficient des faveurs du Gouvernement. En se battant pour l’amélioration de leur hôpital, le personnel hospitalier se bat aussi pour l‘ensemble du service public de santé et son accessibilité. A travers cette lutte c’est aussi un combat contre le capitalisme et ses conséquences avec une économie aux mains d’une infime minorité réellement privilégiée pour le coup, un état à son service et des contre-réformes qui dégradent toujours plus nos conditions de vie. Cette première forme de coordination de la lutte qui tente de s’organiser montre à quelle point toute amélioration doit s’enraciner dans une lutte collective contre le capitalisme, car ses conséquences affectent l’ensemble de la population. La santé concerne chacun d’entre nous et c’est la raison pour laquelle nous devons apporter notre soutien à ce mouvement. Dans une société développée, les richesses créées doivent être au service de l’amélioration de la santé de l’ensemble de la  population.

Pour soutenir la grève:
page facebook: GREVE de la FAIM au ROUVRAY
caisse de soutien aux grévistes : www.lepotcommun.fr
pétition en ligne: change.org

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Un commentaire

  1. A l’issue de ce conflit l’ARS a annoncé le 8 juin l’ouverture de 30 postes:
    Créer et financer 30 postes pour les activités et structures de soin actuelles, selon un calendrier précis.
    – Arrêt des fermetures de structures extra-hospitalières, type CMP.
    – Ne pas retirer le service d’Addictologie au Rouvray.
    – Attribution quasi assurée d’une structure d’hospitalisation pour les adolescents au Rouvray. Ceci devant mettre fin aux hospitalisations de mineurs dans les structures d’adultes.
    – Projet restant à finaliser pour attribuer une Unité Hospitalière Spécialement Aménagée (concernant les détenus) au Rouvray.
    – Accès à la Fonction publique pour un grand nombre de précaires (CDD) travaillant actuellement au Rouvray.
    (source UD CGT 76)

    Il aura fallu 3 mois de conflit, une grève de la faim et un mouvement s’amplifiant avec le soutient des portuaires, dockers et cheminots notamment lors de la grève de jeudi avec différents barrages filtrants à Rouen.

    https://www.humanite.fr/psychiatrie-victoire-des-soignants-et-fin-de-la-greve-de-la-faim-lhopital-du-rouvray-656552

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