Communisme vs Nazisme

Staline et Ribbentrop sur fond de carte européenne
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Par Laurent Gutierrez, PCF 21

Le 19 septembre 2019, le Parlement européen a voté à une large majorité – de l’extrême-droite au centre-gauche et aux Verts, un texte mettant en parallèle Nazisme et Communisme. Cette  résolution du Parlement Européen votée à Strasbourg : « Importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe » met sur un même plan nazisme et communisme comme fauteurs de guerre et de génocide. Ce texte prend prétexte du Pacte germano-soviétique de 1939 pour expliquer les causes de la guerre.

Léon Trotsky dans le Manifeste d’alarme de 1940 – Les causes immédiates de la Guerre –  expliquait :

« La cause immédiate de la guerre actuelle est la rivalité entre les empires coloniaux anciens et riches, Grande-Bretagne et France, et les pillards impérialistes en retard, Italie et Allemagne. […]

L’initiative d’un nouveau partage du monde est revenue naturellement, comme en 1914, à l’impérialisme allemand. Surpris, le gouvernement britannique a d’abord essayé de payer le prix pour rester à l’écart de la guerre par des concessions aux dépens des autres (Autriche, Tchécoslovaquie). Mais cette politique ne pouvait durer longtemps. L’ « amitié » avec la Grande-Bretagne n’était pour Hitler qu’une brève phase tactique. Londres avait déjà donné à Hitler plus qu’il n’avait escompté obtenir. Les accords de Munich, au moyen desquels Chamberlain espérait sceller une amitié durable avec l’Allemagne, ont au contraire accéléré la rupture. Hitler ne pouvait rien attendre de plus de Londres – une expansion ultérieure de l’Allemagne frapperait les lignes vitales de la Grande-Bretagne elle-même. Ainsi la « nouvelle ère de paix» annoncée par Chamberlain en octobre 1938 a conduit en quelques mois à la plus terrible de toutes les guerres. »

Le pacte germano-soviétique de 1939, ce n’est pas du communisme, ce n’est pas du socialisme, c’est du stalinisme. Staline est le fossoyeur d’Octobre rouge, des bolchéviks qui ont mené la Révolution, des bolchéviks de la vieille garde, des proches de Lénine, dans de grands procès truqués et médiatisés, où la torture, la calomnie, le mensonge, l’insulte triomphaient, et devant les innocents des crimes passés aux aveux sous la matraque et les menaces pesant sur les familles de la police politique, du NKVD de Iejov, le tribunal de Vychinski, on n’entendait pas à l’époque beaucoup ou si peu, les démocraties occidentales s’émouvoir des peines de morts des grands procès de Moscou de 1936 à 1938…

Le Pacte germano-soviétique fut un coup de poignard dans le dos du mouvement ouvrier politique et syndical. Certes les zélateurs encore vivants de Staline, et ses épigones peuvent dire, Staline en s’alliant avec Hitler, gagnait du temps avec à la clef une guerre certaine.

Caricature sur le rapprochement germano-soviétique. Bien que chaussé de la même botte, Staline et Hitler désirent marcher dans des direction différentes

Mais la politique commencée par la troisième période « Classe contre classe », étaient aussi suicidaire, refusant le Front Unique, en Allemagne la classe ouvrière fut défaite sans combattre face au nazisme et à Hitler, le KPD allemand  préférant, obéissant par là aux directives staliniennes, s’attaquer au sociaux-démocrates, qualifiés de sociaux-fascistes, en allant jusqu’à s’allier contre eux parfois aux SA (Sections d’Assaut créées par Hitler)…

En Espagne dès 1936, le stalinisme a sévi, tuant les révolutionnaires, et partout comme en France, nouvelle politique du Komintern, le Front Populaire a été accepté par le PC suite à des zig-zags, de la politique ultra-gauchiste de classe contre classe en passant à la collaboration de classe, le Front Populaire restant la soupape de sécurité pour éviter la Révolution prolétarienne… Cette politique de Staline qui a épuré l’armée, la diplomatie soviétique et les Partis communistes fut un désastre, refusant de rompre avec la bourgeoisie, d’aller vers le socialisme, cette politique de Front Populaire scellait la défaite du prolétariat devant la bourgeoisie et ses intérêts de classe trois ans après les grèves de juin 1936, c’est la guerre.

De plus comme communique le journal Le Soir du 3 octobre 2019, journal qui n’est pas communiste, dans un article intitulé «Nazisme et communisme: quand le Parlement européen revisite l’Histoire et joue avec le feu» par la plume d’un collectif de signataires, des professeurs d’université, des essayistes, auteurs et cinéastes qui s’unissent pour dénoncer la résolution du Parlement européen du 19 septembre dernier qui condamne à parts égales le régime génocidaire hitlérien, fondé sur le racisme biologique et l’antisémitisme éradicateur, et le communisme.

« Le Pacte germano-soviétique « de non-agression » a été signé le 23 août 1939, après l’échec des essais soviétiques, tout au long des années trente, de nouer avec l’Angleterre et la France, une alliance tripartite contre Hitler, le dit « pacte de sécurité collective ». Mais les dirigeants britanniques et français de l’époque ont préféré « l’apaisement » avec Hitler et Mussolini, soit les « Accords de Munich » de 1938 qui ont ouvert la voie au démantèlement de la Tchécoslovaquie, au sauvetage de laquelle l’URSS avait proposé une action commune.

C’est dans ce contexte – « oublié » par la résolution européenne – que la diplomatie soviétique fut réorientée et « purgée » par Staline. Le Pacte lui offrait la possibilité de retarder un affrontement auquel l’URSS n’était pas prête. »

Même la FNDIRP prend position contre une résolution européenne ; dans un communiqué elle argumente :

« La Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes a pris connaissance d’une résolution du Parlement européen sur « l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe. » Cette résolution assimile fascisme et communisme et explique que l’origine de la seconde guerre mondiale serait le «Pacte germano-soviétique ».

Certains historiens ont fait litière de cette thèse […] Dire cela ne justifie nullement les crimes staliniens qui furent horribles. Mais on ne peut pas, comme le fait le Parlement européen, assimiler les Soviétiques aux nazis et rayer ainsi, d’un trait de plume, le sacrifice de 20 millions de Russes qui ont apporté une contribution décisive contre l’hitlérisme.
Notre fédération qui a pour vocation de défendre la mémoire de tous les résistants au fascisme, fusillés, déportés, internés, ne peut accepter un tel déni de l’histoire. »

“Le Fascisme attaque”
“… Ecrasons la vermine par une contre – attaque du prolétariat”

Intimidation politique 

Mais les députés européens croient-ils qu’un agresseur génocidaire, fondé sur le racisme biologique et l’antisémitisme éradicateur soit équivalent à l’URSS et aux régimes et partis se réclamant du communisme ?

Alors le parlement européen veut se donner bonne figure en rejetant les totalitarismes, oui mais il mélange tout. Oui le nazisme et le stalinisme ont été des régimes totalitaires, Staline a étouffé en URSS même la démocratie ouvrière des soviets dans et hors du parti communiste pour le règne du chef. Cependant la Russie de Staline n’a pas mené de guerre raciale comme les nazis, et l’Armée Rouge a délivré l’Europe de l’est, avec l’aide des populations, du joug nazi au prix de sacrifices incommensurables.

Comment comparer les phalanges fascistes aux générations de militants ouvriers et intellectuels ou artistes qui se sont battus pour un idéal communiste, regardons leurs propres vies,  passer une vie pour cela, changer la société, en finir avec le capitalisme. On peut croire en une force, une idée, une théorie qui soulève les montagnes. Le communisme c’est un immense mouvement qui a soulevé des millions de gens sur toute la terre, et pas des plus mauvais, pas des moins dévoués, pas des moins intelligents, pas des moins courageux…

De la Commune de Paris, de ces obscurs passés à l’assaut du ciel, massacrés pendant la semaine sanglante en mai 1871, des ouvriers, soldats et paysans rouges, pour « le pain, la paix et la liberté », menant la Révolution de 1917, comment les comparer aux fascistes soldés et nazis casqués ?

En faisant l’amalgame entre Communisme et Nazisme, la volonté du parlement européen est de faire peur, et pour commencer aux travailleurs et aux jeunes, résumant le communisme à un régime bureaucratique totalitaire et stalinien, qui n’avait rien à voir avec le communisme de Marx et d’Engels, ni même de ceux des proches de Lénine et Lénine lui-même !

La bourgeoisie a en fait peur de la Révolution socialiste, et ses serviteurs du Parlement Européen les élus lui donnent le change,  car bien longtemps après la rédaction du Manifeste du Parti Communiste de 1848, un spectre hante encore l’Europe, c’est le spectre du communisme !

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