Gaza encore martyrisée !

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Dans un raccourci sanglant, l’Histoire nous rappelle à quel point le peuple palestinien  est le grand perdant de la constitution de l’état d’Israël sur une base raciste et religieuse. Ce peuple déjà occulté par la formule fondatrice de l’état hébreu, à savoir « un peuple sans terre, une terre sans peuple », l’a été tout au long de l’histoire et jusqu’à nos jours.

Les Palestiniens commémoraient ce jour le 70e anniversaire de la Nakba, traduction du mot arabe de « catastrophe », celle subie par des centaines de milliers de leurs parents et grands-parents en 1948 au lendemain de la proclamation unilatérale de l’état d’Israël par Ben Gourion.

A ce triste anniversaire correspond la décision scandaleuse de l’administration Trump de transférer l’ambassade des Etats-Unis de Tel Aviv à Jérusalem Ouest. Cette gifle supplémentaire portée au visage du peuple palestinien est une provocation de plus qui ne fera que raviver s’il en était  besoin les tensions nationalistes et confessionnelles qui agitent avec plus ou moins de violence la région du Moyen-Orient et au-delà.

Dans son opportunisme le plus abject, le premier ministre Netanyahou profite de la dénonciation par Trump de l’accord multilatéral sur le nucléaire iranien. Se sentant pousser des ailes, et dans un contexte de poussée sans précédent de l’extrême droite dans son pays, il profite du déménagement de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem Ouest pour faire avancer son projet ultra réactionnaire d’un  seul  état à caractère exclusivement  juif, mettant de facto les Arabes israéliens et les Palestiniens musulmans et chrétiens dans une position de citoyens de seconde zone.

Sans alliés étatiques sérieux à l’extérieur, les Palestiniens sont  considérablement fragilisés dans leur combat contre l’oppression dont ils sont victimes. En Occident, les militants de gauche se sentent bien impuissants à chaque nouvelle attaque d’ampleur contre le peuple palestinien. La bureaucratie corrompue et désorientée qui « dirige » la résistance palestinienne est de plus en plus contestée par la jeunesse. Et cette dernière est la cible privilégiée de  l’arbitraire quotidien de l’appareil militaire israélien, dont notre camarade Salah Hamouri n’est qu’un cas des plus connus.

Une société israélienne divisée

Mais tout homogène qu’elle puisse paraître, la société israélienne est plus divisée que jamais. D’un côté, la stratification entre Ashkénazes (juifs d’origine d’Europe de l’Est), Séfarades (juifs d’origine maghrébine) et Falachas (juifs d’origine éthiopienne) est source d’un fort ressentiment de la part des deux dernières catégories. De l’autre, la politique d’austérité que poursuit le gouvernement Netanyahou ravive les  tensions entre gagnants et perdants de l’économie israélienne. Enfin, une partie des rangs de l’armée est de plus en plus ouvertement hostile à la politique colonialiste de l’état d’Israël en Cisjordanie, rejointe par une opposition de gauche fortement relayée au sein du mouvement  ouvrier international via notamment le mouvement Boycott Désinvestissement Sanction.

“La position de Netanyahou est donc peut-être moins forte que ce qu’il veut faire paraître”

La position de Netanyahou est donc peut-être moins forte que ce qu’il veut faire paraître. Il y a quelques semaines encore, contesté sur le plan intérieur et directement impliqué dans des scandales politico financiers, sa position n’avait jamais paru aussi fragile depuis son retour au pouvoir en 2009. Lorsqu’ils sont agités par des contestations sociales, les gouvernements capitalistes tentent souvent de les reléguer au second plan en mettant en avant des questions sécuritaires. Cela s’applique d’autant plus dans le cas particulier d’Israël, où l’opinion publique est particulièrement sensible à ces considérations.

De plus, ce carnage n’arrive pas à un moment anodin. D’une part, l’arrivée de Trump à la Maison Blanche donne à Netanyahou un allié indéfectible, qui le soutiendra quoiqu’il arrive. D’autre part, avec l’expansion de l’influence iranienne dans la région, les soutiens historiques de la cause palestinienne que sont les pays musulmans sunnites (Arabie Saoudite en tête) sont mis devant un dilemme entre conserver ce soutien (l’opinion publique dans ces pays les pousse dans cette voie) et le sacrifier pour ne pas froisser Israël, leur nouvel allié dans la lutte contre l’Iran. La retenue observée par ces pays, à l’exception de la Turquie, face à ce massacre laisse peu de place au doute quant au choix qu’ils ont fait.

Ces éléments ne laissent aucune place à la théorie selon laquelle il s’agirait d’un « dérapage regrettable » de l’armée israélienne. Ils suggèrent au contraire que c’est exactement ce que voulait Netanyahou et qu’il a donné les ordres en conséquence pour transformer en bain de sang ces manifestations pacifiques.

Malgré l’énième drame qu’ils  subissent, les Palestiniens savent au final qu’ils ne sont pas aussi fragiles qu’il n’y paraît. Mais la victoire de leur lutte  pour l’émancipation sociale  et nationale ne peut se faire qu’en se mettant en résonnance avec les strates paupérisées de la société israélienne, pour vaincre l’ennemi commun qui est le leur, à savoir la classe capitaliste israélienne et son alliée la bourgeoisie  palestinienne.

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