Mélenchon et la tambouille corse

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Si Jean-Luc Mélenchon a un point commun avec Trump, c’est qu’il communique beaucoup sur Twitter et pas toujours pour dire des choses intelligentes. Ainsi, après les élections territoriales corses, il a défrayé la chronique en félicitant les nationalistes et en se glosant que la gauche soit totalement éliminée des instances territoriales. Les égarements mélenchonistes sur cette question posent problème pour l’avenir de la France Insoumise et ses positions politiques.

            Chronologiquement, le PCF et FI ont toujours été plus ou moins proche en Corse. Lors de l’élection présidentielle, ils ont mené conjointement la campagne pour Mélenchon, comme dans de nombreux départements. PCF et FI ont ensuite été contraints, par leurs directions, de faire des listes séparées pour les législatives (là aussi comme dans de nombreux départements). Le résultat est sans appel : dans le sud de l’île 6,8 % pour FI et 2,7 % pour le PCF, et 4,19 % pour FI et 5,3 % pour le PCF dans le nord. S’il existe des possibilités de succès pour la gauche dans l’île de beauté, elles ne peuvent se réaliser que sur la base d’un rassemblement, qui paraît à tous les citoyens comme une évidence, d’autant plus dans une région qui, traditionnellement, vote majoritairement à droite.

            Pour les élections territoriales corses, l’ennemi principal pour les travailleurs corses est comme toujours l’extrême droite, incarnée dans ce scrutin par les listes des nationalistes (qu’ils se revendiquent autonomistes ou indépendantistes). Rappelons les paroles de Gilles Simeoni, chef de file des nationalistes, qui ne laissent pas de doute quant à la nature raciste de ce genre de nationaliste : « Sur une population de 305 000 habitants, on compte aujourd’hui 50 000 musulmans. C’est énorme et cela donne toute la dimension du problème ». Ainsi, pour combattre le danger nationaliste, les FI et le PCF locaux se sont rassemblés pour peser dans l’élection. Dans un communiqué de la FI corse, datant du 3 septembre 2017, nous pouvons lire qu’elle ne considére pas comme « insurmontables » les différences programmatiques et ont commencé un travail en commun avec le PCF.

            Ne respectant aucunement la démocratie la plus élémentaire, le général Mélenchon a alors tweeté pour dénoncer une prétendue « tambouille ». Malgré une attitude exemplaire des camarades (FI et PCF) sur le sol Corse, Mélenchon et son équipe ont engagé un travail de sape pour faire échouer toute tentative d’union. Ainsi l’une de ses premières actions était de menacer des poursuites judiciaires en cas d’utilisation du logo et du nom de la FI. En effet, le propriétaire officiel de « la marque » n’est autre que le gendre de Mélenchon en personne. Comme au FN, la politique mélenchoniste est une histoire de famille. Cette situation devrait inquiéter fortement les membres de FI quant à la nature de leur mouvement. S’il se voulait au départ différent d’un parti politique, avec un mouvement « horizontal », qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Les FI de Corse ont vite compris que si cette horizontalité ne posait pas de souci localement, la direction nationale devait toujours être au-dessus d’eux pour choisir à leur place. FI et PCF ont tout de même mis en commun leur force en Corse, mais sans le logo de la FI. Malgré les gesticulations de Mélenchon, le chef suprême était incapable de constituer une liste de la France Insoumise qui était soumise à sa volonté.

            Après cette grande tambouille mélenchoniste, le résultat n’est pas très étonnant. 52 % des électeurs ne se sont pas déplacés et en particulier à gauche. Malgré le fait qu’il s’agissait de la seule liste à gauche, elle a obtenu moins de 5,7 %. Il n’y aura aucun élu de gauche en Corse. Si n’importe quelle personne de gauche ne peut être que catastrophée par ce résultat, ce n’est pas le cas de Mélenchon qui tweete de façon vengeresse : « En Corse, le dégagisme c’est Simeoni. Bravo ! Macron sévèrement puni. Le FN ridiculisé. L’usurpation d’identité et la tambouille du PCF ont été durement sanctionnées. ».

            Nous ne pouvons que nous interroger sur ce message. Qu’est-ce que signifie « le dégagisme c’est Simeoni » ? Ce qui est certain c’est que Simeoni ne compte absolument pas lutter contre le capitalisme en Corse, bien au contraire. Les seules personnes que Simeoni veut « dégager » ce sont les musulmans qui sont pour lui un « énorme problème » et les Français pour permettre une indépendance pleine et entière de la Corse. Ainsi, peu de temps après la victoire, il déclarait sur France Inter « Cela ne doit choquer personne que je ne considère pas la France comme mon pays ». Est-ce cela le « dégagisme » que prône Mélenchon ? Est-ce de cette manière qu’il compte fédérer autour de lui les forces militantes de la gauche ?

Fabien Lecomte, PCF 28

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