Une journée à Fécamp : Rassemblement CGT et … Révolution Russe !

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Le jeudi 16 novembre, j’ai passé la journée à Fécamp (76). Le but de ma visite était de prendre la parole à une réunion publique organisée dans la soirée par les militants communistes de La Riposte dans la localité, sur le thème de la révolution russe de 1917. Mais je me suis rendu sur place en début d’après-midi pour pouvoir participer au rassemblement contre la politique de Macron, à l’appel de l’Union Locale de la CGT. En plus des syndicalistes, de nombreux lycéens ont répondu à cet appel.

Le rassemblement a eu lieu devant le local de la CGT, à l’Espace Dunant. C’est Loran Houssaye (CGT Territoriaux) qui a pris la parole en premier.  « L’Union locale CGT de Fécamp a appelé les travailleurs du secteur privé, les fonctionnaires et usagers, les retraités, les privés d’emploi et la jeunesse, à la grève et à se rassembler ici. Il est temps pour notre classe sociale d’engager la lutte ! Macron et consorts veulent des réformes. On va leur en donner ! Battons-nous ensemble pour une augmentation des salaires, une baisse du temps de travail et le partage de celui-ci. Un vrai régime de retraite et une vraie sécurité sociale, et pour un vrai projet pour l’éducation. Et surtout un vrai contrôle de l’économie, fruit de notre travail. Car, nous, les travailleurs, nous, les privés d’emploi, nous, les jeunes, nous n’avons rien à attendre des politiques et des financiers !

Nos revendications légitimes, si on veut les gagner, il va falloir aller les chercher nous-mêmes ! Comment ? En s’organisant ! Ce sont toutes les personnes que j’ai citées plus haut qui ont les moyens de faire changer les choses ! Tous ensemble, on pourrait réaliser des choses magnifiques. À nous, la CGT, de vous en convaincre !

Moi, je me fous des rassemblements ! Ce qui m’importe n’est pas d’être des millions dans la rue et puis, « tous ensemble », retourner au boulot le lendemain, même si ça aurait de la gueule et pourrait faire frémir le gouvernement. Ce qui compte vraiment, c’est qu’on soit suffisamment nombreux et organisés pour que nulle part un travailleur ne se retrouve isolé à la merci de son employeur. Il faut que, partout, les syndicats reprennent des bases dans les entreprises pour porter nos revendications, pour que les patrons et les politiciens professionnels craignent pour leur avenir, pour qu’ils aient peur de perdre ce qu’ils nous volent depuis des années ! Qu’ils ressentent, eux, ce que nous vivons au quotidien. Ce qui compte, c’est que la prochaine fois qu’on vous appelle à manifester nous soyons en mesure de décréter la grève générale. Je rêve, peut-être. Mais quand ce rêve sera partagé, collectif, il pourra devenir réalité. »

Loran a cité plusieurs luttes locales qui, grâce aux citoyens qui se sont organisés et mobilisés, ont porté leurs fruits. « Alors, organisez-vous ! La moindre action solidaire que vous pouvez mettre en place fera reculer l’individualisme ! »

En faisant allusion aux réformes de Macron, il a dit : « Peut-être que nous allons perdre une bataille, mais je sais que l’avenir sera radieux pour nous. Il y aura un prix à payer, mais je suis prêt à régler l’addition si cela permet à mes enfants de vivre dans un monde meilleur que celui dans lequel ils sont nés ! Beaucoup de gens ne sont pas là, aujourd’hui. Ils n’ont pas été là les autres jours non plus. Mais cela ne nous a pas empêchés de nous battre dans nos syndicats et de gagner sur de nombreux points. Il faut voir dans les absents d’aujourd’hui non pas un aveu de faiblesse, mais plutôt un potentiel immense pour l’avenir. Et, à la CGT, nous avons bien l’intention de dégager Macron et tous ceux qui se mettront entre nous et notre idéal de démocratie sociale, c’est-à-dire un système politique enfin débarrassé de la bourgeoisie et du capitalisme ! »

On se connaît, Loran et moi, depuis quelques années. C’est un camarade, comme beaucoup d’autres à la CGT, dévoué corps et âme à la cause des travailleurs. Il était membre du PCF quand on s’est connu, mais les magouilles électorales l’ont trop dégoûté, et peu de temps après, à mon grand regret, il a quitté le parti. Devant l’Espace Dunant, il s’est exprimé sur un ton calme, mais déterminé. Chez lui, chaque mot compte. Il n’a pas besoin des effets de « style » décoratifs ou flamboyants qui servent souvent à masquer l’absence de contenu. Son propos respire la confiance en la classe ouvrière et la lutte. Il veut inciter les gens à ne pas se laisser faire, à se battre. C’est tout cela dont nous avons besoin dans le mouvement ouvrier : combativité, clarté, confiance, inspiration.

À la fin de son discours, Loran s’est tourné vers les lycéens, en leur demandant de garder le contact avec la CGT, et en leur disant que si jamais ils avaient besoin d’imprimer un tract ou d’un lieu pour se réunir, ils pouvaient compter sur l’aide et le soutien de la CGT. Son intervention a été suivie par d’autres, tout aussi motivantes, et à la fin du rassemblement, les lycéens sont entrés dans les locaux de la CGT pour faire davantage connaissance avec les militants syndicaux. C’est prometteur pour l’avenir. Le rassemblement aurait pu être plus massif, mais en tout cas c’était une belle réussite.

Le soir, des camarades et sympathisants du PCF et de la CGT sont venus m’écouter sur la révolution de 1917. Les événements de cette époque sont tellement riches d’enseignements et d’éléments de réflexion que nous aurions pu passer de longues heures à en discuter. Mais le temps, comme toujours, était limité.

J’ai tenté de présenter brièvement le contexte historique dans lequel la révolution a eu lieu. Le développement économique et social de la Russie s’est fait plus lentement et de façon plus inégale que celui des pays de l’Europe occidentale. Sur la base d’investissements étrangers, de grandes concentrations industrielles se sont greffées sur un contexte de sous-développement, d’analphabétisme et de superstition.

La classe ouvrière était très minoritaire par rapport à la paysannerie. Son poids social s’est affirmé dans les grèves et soulèvements de 1905, au cours desquels les « soviets » –  c’est-à-dire des assemblées de délégués démocratiquement élus pour conduire la lutte – ont pris forme avant de disparaître avec la défaite du mouvement. Ces premières années du siècle ont vu l’émergence de la tendance révolutionnaire et internationaliste de la social-démocratie russe. Sans le « bolchévisme » sous la direction de Lénine, la victoire révolutionnaire de 1917 aurait été inconcevable.

Le carnage impérialiste qui commence en 1914 (ou, dans les Balkans, en 1912) change radicalement la situation en Russie. La guerre organise et arme la paysannerie en même temps qu’elle ruine l’économie rurale. L’exploitation des travailleurs industriels s’intensifie. Un mouvement de grève éclate en février, lors de la journée internationale des femmes. Il prend une ampleur massive. Les soviets réapparaissent. Les soldats de Petrograd rallient la cause révolutionnaire. En moins d’une semaine, le Tsar est renversé.

Les « socialistes modérés » comme Kerensky, à la tête des soviets et de connivence avec le gouvernement provisoire, cherchent à contenir la révolution dans les limites du capitalisme. Par conséquent, ils ne peuvent résoudre aucun des problèmes fondamentaux. En juin, ils tentent de maîtriser la situation en lançant une nouvelle offensive militaire, qui se transforme en débâcle. En juillet, le mouvement révolutionnaire de Petrograd organise une manifestation armée contre le gouvernement. Pour Lénine et Trotsky, elle est prématurée. Le gouvernement de Kerensky peut toujours compter sur une partie de l’armée dans les provinces. La contre-révolution relève sa tête, sous la direction du général Kornilov, avant de provoquer un nouveau sursaut révolutionnaire. Les bolchéviks gagnent du terrain dans les soviets, qui, sous leur direction, prennent le pouvoir en octobre.

Les questions et la discussion qui ont suivi l’exposé couvraient un large éventail de sujets. Faut-il toujours un contexte de guerre et de famine pour provoquer une révolution ? Pourquoi les autres révolutions de l’époque – en Allemagne, en Hongrie, en Italie, etc. – ont-elles échoué ? Et si Trotsky, et non Staline, avait pris le pouvoir après la mort de Lénine ? On a parlé des similarités et des différences entre la révolution de 1917 et la Révolution française de 1789-94. On a parlé de la Commune de Paris, des causes de la dégénérescence « stalinienne » de l’État soviétique, des points clés d’un programme communiste de notre époque et de nombreux autres sujets.

En somme, une journée bien remplie ! Continuons la lutte ! Bravo à tous les camarades de Fécamp et merci pour l’invitation. Je reviendrai volontiers… c’est quand vous voulez !

Greg Oxley PCF Paris 10

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