Elections : l’heure du bilan

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Ça y est, la longue mascarade électorale est enfin terminée. Débutée il y a un an avec l’importation des primaires à l’américaine à droite comme à gauche, en passant par le calvaire filloniste pour aboutir sur la majorité absolue et écrasante des macronistes de tout acabit, qu’ils soient officiellement estampillés LREM (nouveau nom d’En Marche) ou qu’ils soient des opportunistes se nommant progressistes à gauche ou constructifs à droite.

Selon le ministère de l’Intérieur pour le second tour, LREM rate la majorité absolue d’un cheveu avec 49,12%, les Républicains obtiennent 26,95%, le Front national 8,75 % devant les socialistes et radicaux 7,49% et la gauche dite radicale (FI+PCF) 6,06%. Ces chiffres ne prennent pas en compte les 57% d’abstention et les 10% de votes blancs et nuls. En prenant en compte ces éléments, nous aurions: 19% pour LREM, 10% pour LR/UDI, 4% pour le FN, 3% pour le PS/PRG et 2% pour le PCF/FI/Ensemble.

Concrètement ce sera une assemblée constituée de près de 547 députés bourgeois et d’une trentaine de députés issus du Parti Communiste, de la France Insoumise, une poignée de fondeurs et un écologiste. La carte politique de l’hexagone reflète bel et bien une vague Macron agrémentée d’une résistance des autres forces politiques. Les Républicains sauvent les meubles avec 112 députés. Le Modem ressuscite avec 42 députés, l’UDI en obtient 18, le Front National 8, Debout la République un (Nicolas Dupont-Aignan) plus encore une douzaine de députés divers droite.

À gauche c’est la Bérézina du fait des divisions entre France Insoumise et PCF. À Paris dans la 18e circonscription l’entêtement de la France Insoumise a permis à la droite libérale de s’imposer face à El Khomri, sans même la présence un candidat LREM, et surtout sans représentant de la gauche alors que Caroline de Haas rassemblait derrière elle PCF, NPA et EELV. En alignant un candidat face à elle, FI a fait le choix d’une posture sectaire. Ce genre de cas n’est malheureusement pas isolé et illustre l’état de morcellement dans lequel se situent les formations politiques qui représentent la classe ouvrière.

Le PCF se maintient avec 11 députés contre 16 pour la FI. Toutes ces divisions se perpétueront à l’Assemblée puisqu’il n’y aura pas de groupe commun. On risque d’assister à une guerre d’égos entre Jean-Luc Mélenchon et André Chassaigne ; d’un côté comme de l’autre, les petites logiques d’appareil devraient prendre le dessus sur l’intérêt du prolétariat qui est d’unir ses forces pour combattre la politique de contre-réformes qui s’annonce.

Pour les socialistes c’est la chute libre passant de la majorité absolue à 30 députés ; par ailleurs les frondeurs sont laminés avec moins de dix députés. Cas similaire avec les écologistes passant de 17 à 1 député. Les radicaux et divers gauche obtiennent entre 3 et 12 sièges.

Faux renouvellement et recomposition dans tous les sens

Les médias bourgeois nous noient de mensonges sur un prétendu renouvellement. Si effectivement elle est plus jeune (la moyenne d’âge a baissé de 7 ans), plus féminisée (223 femmes contre 155 précédemment), et est composée de 424 néo députés – LREM et la FI y sont pour beaucoup – ce ravalement de façade avec des élus venant du « monde du travail », sensé être le reflet de la société, n’est qu’une vaste supercherie. Ces élus sont pour la plupart issus de la petite bourgeoisie (avocats, médecins, patrons de PME…), ou des couches supérieures du salariat (cadres supérieurs). Cette législature se fera sans ouvrier dans l’hémicycle et seulement 3% d’employés alors qu’ils représentent la moitié de la population (1). Le patronat sera lui très bien représenté avec près de cent trente députés. Ce parlement de classe se remarque surtout dans les groupes Républicains et En Marche où les cadres représentent respectivement 50 et 65%, mais la palme revient… aux « socialistes » avec 70% de cadres.

Malgré l’apparente vague macroniste, des bastions se maintiennent tel le Sud-Ouest socialiste, la Lorraine républicaine… et la banlieue rouge francilienne ainsi que la Seine Maritime (3 députés communistes) malgré les divisions FI/PCF. Ces divisions internes à la « gauche radicale » ont leurs origines dans la stratégie d’écrasement des partis traditionnels de la classe ouvrière et du monde politique en général par le duo Macron/Mélenchon: au premier la droite et le centre (y compris celle du PS) au second la gauche institutionnelle à travers une marginalisation du PCF. Les échecs successifs de ce dernier créent un contexte favorable à Mélenchon et l’encouragent à poursuivre cette stratégie.

Le résultat dans l’assemblée est un groupe LREM à 308 députés, avec en plus ses alliés du Modem à 42 députés.

Les Républicains sont divisés en deux lignes, l’une libérale et proche des positions de LREM, et l’autre conservatrice incarnée par Fillon durant la présidentielle : les premiers ont rejoint l’UDI pour fonder un groupe macron compatible, et les seconds plus proches du FN dont les 8 députés (plus le député méridional indépendant d’extrême droite et Nicolas Dupont Aignan/Debout La France) pourraient probablement, au vu de la dérive droitière des conservateurs, un jour créer un groupe de droite nationaliste et/ou souverainiste.

Sur sa « gauche », les socialistes se sont majoritairement abstenus lors du vote de confiance au gouvernement le 4 juillet. La seule opposition progressiste viendra de la trentaine de députés insoumis et communistes, divisés pour des questions de manœuvres d’appareils.

Par ailleurs la rentrée sera chargée en congrès refondateurs, à droite comme à gauche et y compris au PCF où un processus dans ce sens a été lancé au dernier Conseil National. Ce sera l’occasion pour les militants de remettre le PCF sur la voie du marxisme, dans un contexte où le parti socialiste, ou ce qu’il en restera, devra choisir entre la ligne pro patronat de Valls et celle des frondeurs.

Le Front Social et le 3ème tour social

Il est clair que les travailleurs ne devront pas compter sur le seul parlement pour les défendre, mais surtout sur les seules armes que notre classe a à sa disposition : la grève, les manifestations et les blocages. Le Front Social est une tentative intéressante afin de pousser le mouvement syndical vers des actions plus dures contre les politiques de casse sociale.

Le Front Social est un outil de lutte issu des éléments syndicaux les plus combatifs des syndicats SUD et CGT qui tentent de tirer les leçons de la lutte contre la loi El Khomri de l’an dernier, notamment l’impasse des grèves « saute-moutons ». D’ores et déjà, l’union syndicale Solidaires appelle à soutenir le Front Social et à l’amplifier. Si le Front Social est prometteur, il a néanmoins besoin d’élargir son périmètre actuel pour avoir un impact suffisamment puissant en emportant l’adhésion de l’ensemble de la CGT. Il faut surtout mettre en place une action de masse, dans laquelle la CGT s’implique totalement, avec une stratégie et des objectifs révolutionnaires dans lesquels les travailleurs puissent se reconnaitre.

Après les échecs sur le plan électoral, il est primordial de mener dès maintenant le combat contre la casse du code du travail, notre seul outil de défense à nous prolétaires, et construire une mobilisation la plus massive possible pour créer un rapport de forces favorable qui fasse plier Macron.

JSB, JC 92

1. http://www.assemblee-nationale.fr/qui/xml/cat_soc_prof.asp?legislature=14

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