Les élections législatives au Royaume-Uni

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Le désastre de Theresa May

Les élections générales ont été une énorme défaite morale pour les Conservateurs, et personnellement pour Theresa May. May avait convoqué des élections anticipées dans l’espoir d’augmenter sa faible majorité parlementaire de 12 sièges pour en gagner une centaine supplémentaire. Seulement ce pari a échoué lamentablement. Un correspondant du Guardian relate les commentaires qu’il a entendu de la part des experts politiques se rendant sur les plateaux de télévisions pour couvrir les résultats : pour ces « experts », la seule question était de savoir à quel point la majorité conservatrice serait confortable, de 50, 70 ou 100 sièges d’avance.

Dans cette éventualité, May a mené campagne dans un style présidentiel, autour de sa personnalité, répétant encore et encore jusqu’à écœurement le mantra de son supposé leadership « fort et stable », pour finalement aboutir à un échec spectaculaire.

Au parti Conservateur, on a ressorti les couteaux pour Theresa May. L’ancien chancelier de l’Echiquier et aujourd’hui rédacteur en chef du London Evening Standard, George Osborne, a présenté le résultat comme une « catastrophe ». Quelques heures après la clôture du scrutin, Sir Craig Oliver, directeur de la communication de Downing Street avait fait une analyse similaire : « Au sein de la direction de campagne des Conservateurs, il s’agira d’un choc profond et durable. C’était le plus grand pari pris par un politicien depuis bien longtemps, et si les sondages à la sortie des urnes sont exacts [et ils l’étaient], ce pari a échoué ».

Alors qu’en avril les résultats étaient courus d’avance pour la plupart des commentateurs, les Conservateurs ayant plus de 20% d’avance dans les sondages, ils n’avaient pas pris en compte la lame de fond menée par l’opposition autour d’un discours contre l’austérité et le pillage obscène de l’économie par les classes les plus aisées, ainsi que sur la disparité des richesses et des revenus dans la société. Ils n’avaient également pas pris en compte la campagne pitoyable et hésitante de Theresa May elle-même.

Plutôt que de sortir et « d’aller à la rencontre des gens », la campagne de Theresa May a été soigneusement organisée de manière à la maintenir à l’écart des vrais gens autant que possible. Les « rassemblements » conservateurs consistaient en des discours de May sur une estrade devant une douzaine de partisans, avec des photos de presse et des angles de vue destinés à faire croire qu’elle s’adressait à une large assemblée. Dans certaines de ces réunions, des représentants de presse ont même été exclus en recevant simplement un communiqué. Quand elle visitait des usines, c’était toujours quand les travailleurs n’y étaient plus, de manière à ce que, dans ces tribunes improvisées, elle soit uniquement entourée de partisans conservateurs. La campagne « bunker » de May est devenue une parodie, reprise avec beaucoup d’humour sur les réseaux sociaux.

Poussée par les critiques, May a dû supporter quelques émissions de télévision dans lesquelles elle a rencontré des gens ordinaires et a dû leur répondre ; dans ces occasions, elle s’est montrée hésitante, incertaine et incapable de répondre aux questions posées. Cela n’est pas surprenant, compte tenu de la nature de la politique conservatrice au cours des sept dernières années entrainant une baisse du niveau de vie. « Pourquoi des infirmières doivent-elles se nourrir dans des banques alimentaires ? » lui a demandé une personne, pour se voir répondre qu’il s’agit d’un problème « complexe ». Il est peu étonnant qu’elle ait refusé de débattre en face-à-face avec Jeremy Corbyn. Le lendemain des élections, les bookmakers commençaient déjà à publier les côtes de pari pour son successeur.

Le parti Travailliste

A l’inverse de l’indécision de Theresa May et de son manque de lien avec les électeurs, Jeremy Corbyn a fait une tournée électorale à travers tout le pays, s’exprimant dans de véritables rassemblements de masse et interagissant avec les électeurs. Dans tous les lieux où il s’est rendu, des milliers de personnes attendaient pour l’entendre. Quelques jours avant l’élection, à Gateshead (dans le Tyneside) huit mille personnes ont attendu sous la pluie pour l’entendre. En raison de cet appel direct et personnel aux électeurs, Corbyn a réussi à contrecarrer – au moins dans une certaine mesure – la campagne médiatique de désinformation et de mensonges à son encontre.

Durant la période d’après-guerre, il n’y a jamais eu une telle campagne de mensonges, de désinformation et d’injures dirigée contre un leader travailliste de la manière dont la presse l’a fait contre Corbyn. Les deux attentats terroristes dans la semaine précédant le vote, à Manchester puis à Londres, ont ajouté encore plus de grain à moudre pour cette armée de menteurs professionnels. Couplé avec le boniment habituel sur les « extrémistes marxistes » et les « dépenses ruineuses », les uns après les autres les articles dénonçaient Corbyn comme « l’ami des terroristes », et cette question a délibérément été mise en avant lors de ses interviews télévisuelles. Mais cette avalanche de bile et de poison a largement échoué. Compte tenu de l’importance considérable des réseaux sociaux, et du fait que beaucoup de jeunes n’utilisent plus les journaux comme source d’information, on peut douter du fait que cette presse détenue par des milliardaires puisse avoir le même poids que dans le passé dans la politique britannique.

Ce qui a été d’une grande importance dans la campagne, c’est la popularité du programme des Travaillistes. Même parmi les électeurs les plus confus ou ceux de la classe moyenne, ceux visés par l’opération de diabolisation de Corbyn, les politiques mises en avant dans le programme des Travaillistes étaient populaires. Pour la première fois depuis des décennies, un net fossé séparait les Conservateurs des Travaillistes. Il s’agit du programme le plus radical depuis 1945, préconisant la renationalisation des secteurs postaux, de l’énergie, de l’eau et des chemins de fer. Il veut également protéger et développer les services publics essentiels tels que la santé et l’éducation. Une politique clé, extrêmement populaire chez la jeunesse, était la promesse de supprimer les frais de scolarité des universités et d’alléger les charges pesant sur ces jeunes déjà accablés par les dettes liées à leurs études. Le slogan principal de la campagne de Corbyn était « S’occuper du plus grand nombre » (« The Many, not the Few ») et cela a trouvé un écho.

Paul Johnson, directeur de l’institut des études fiscales, a fait ce commentaire sur le programme des Travaillistes lors de sa publication : «  Il s’agit d’un profond investissement de l’Etat dans beaucoup plus de secteurs du privé que par le passé, certainement depuis les années 70 voire les années 40, imposant aux banques les branches qu’elles ne peuvent pas fermer, instaurant un salaire minimum pour un quart des travailleurs du privé et pour environ 60% des jeunes… Toutes ces mesures sont totalement différentes de ce que l’on a connu depuis des décennies. »

C’est à cause de l’effet électrisant de la campagne des Travaillistes que les espoirs d’une victoire facile pour les Conservateurs ont été brisés. Des images ont circulé sur les réseaux sociaux le jour de l’élection montrant des électeurs faisant la queue devant les bureaux de vote, ce qui est une rareté dans la politique britannique. La participation au scrutin a été de 69%, le taux le plus élevé depuis 1997 où il était seulement supérieur de deux points. Un grand nombre de jeunes ont voté pour les Travaillistes. Au cours du mois précédant la date limite d’inscription sur les listes électorales, 1,76 millions de citoyens de moins de 35 ans qui n’avait pas pris part aux précédents scrutins sont allés s’inscrire. Un chiffre beaucoup plus élevé qu’en 2015 (1,39 millions) et 2016 (1,28 millions) ; de plus les sondages montraient qu’un nombre beaucoup plus élevé était déterminé à aller voter. Dans le passé, la faible mobilisation de la jeunesse, et à l’inverse la forte mobilisation des personnes âgées, étaient une caractéristique régulièrement observée des scrutins britanniques. Le Trade Union Congress, confédération syndicale, a estimé que les votes « manquants » de la jeunesse étaient de l’ordre de 10 000 par circonscription électorale. Pourtant, ce modèle a été décisivement enrayé. Selon les sondages, une large majorité de 18-35 ans comptaient bien aller voter, et parmi eux la plus grande proportion pour voter Travailliste.

Il est clair que dans certaines villes universitaires, le vote des jeunes et des étudiants a été décisif. A Cambridge, le candidat travailliste l’a emporté avec plus de 50% des voix. A Canterbury, également une ville universitaire, les Travaillistes ont gagné – alors que depuis 100 ans cette ville élisait un député conservateur. Kensington et Chelsea, circonscription au cœur du Londres « chic », a élu un député travailliste pour la première fois.

Le résultat final global donne un score de 42,4% aux Conservateurs et 40% aux Travaillistes. Pour les Travaillistes, il s’agit d’un score supérieur à ceux obtenu sous Ed Miliband et Gordon Brown, et supérieur également à deux des trois scrutins remportés sous Tony Blair. La progression entre deux élections générales est la plus forte depuis 1945. Le plus grand perdant est UKIP, le parti d’extrême droite pro-Brexit, qui voit son score s’effondrer de 11% à moins de 2%. Les marxistes ont toujours soutenu que les succès précédemment enregistrés par UKIP étaient un vote protestataire de travailleurs qui se sentaient délaissés par le « New Labour », et que cet électorat pourrait être reconquis avec un programme radical. Cette analyse s’est vérifiée au travers des résultats de cette élection. Bien que dans certaines régions l’effondrement de UKIP a plus profité aux Conservateurs, ce sont les Travaillistes qui en ont le plus profité au niveau national, récupérant ainsi des électeurs désabusés lors des derniers scrutins.

Les résultats de cette élection montrent que le curseur de la politique britannique se déplace de façon durable sur la gauche. Pour être plus précis, ces élections ont montré que ce changement politique qui avait déjà eu lieu dans la société a enfin trouvé un canal d’expression politique.

Au parti Travailliste, cette élection a considérablement renforcé Corbyn. Depuis les élections, 100 000 adhérents ont rejoint le parti, s’ajoutant aux 750 000 adhérents enregistrés précédemment. Les parlementaires de droite et tous ceux qui qualifiaient Corbyn « d’inéligible » ont dû ravaler leurs paroles. Le lendemain de l’élection, Owen Smith, qui était l’adversaire de Corbyn pour l’élection à la tête du parti en 2016, a admis que « tout ce que Corbyn a gagné, nous devons le garder ». Bien entendu, ces compliments ne rachètent pas la conduite des dirigeants travaillistes, Owen Smith ayant été à la tête de la tentative de « putsch » menée par les parlementaires travaillistes contre Corbyn, ce qui était le facteur principal expliquant l’avance large dont disposaient les Conservateurs dans les sondages l’année dernière. Sans cette tentative de coup d’état dans le parti, nous pourrions aujourd’hui avoir un premier ministre travailliste.

Les membres de l’aile droite travailliste, l’un après l’autre, se sont succédé pour miner le travail effectué par Corbyn depuis deux ans. Un candidat « travailliste » a même ouvertement appelé a voté pour lui en précisant qu’il ne voterait pas ensuite pour Corbyn au parlement pour le poste de premier ministre. Et qui peut oublier le commentaire de Peter Mandelson, le principal blairiste, qui a dit que « chaque jour » il pensait aux choses qu’il pouvait faire pour nuire à Corbyn ? Cette honteuse campagne de sabotage menée par les parlementaires de l’aile droite travailliste ne sera pas oubliée par les militants du parti, et quand la poussière retombera, il faudra revoir les critères de sélection pour que le parti se dote de candidats et d’élus qui reflètent les idées dominantes parmi les militants et non les carrières personnelles de quelques dizaines de députés.

Etant donné la position de Corbyn qui est – pour le moment – inattaquable, il est possible que certains parlementaires de l’aile droite choisissent de partir. Avant même les élections, certains de ces députés abandonnaient leurs ambitions parlementaires pour privilégier d’autres aspects de leur carrière. En voyant la direction dans laquelle le vent souffle, il est possible que d’autres les rejoignent. Après tout, ce n’est pas contre Corbyn personnellement que se concentre la rancœur de l’aile droite des Travaillistes, mais contre la politique qu’il représente. En voyant le glissement vers la gauche de la politique britannique et dans le discours du parti Travailliste, certains députés « travaillistes » reconsidéreront leurs options. Ils ne sont pas à l’aise dans un parti de masse avec un programme radical. Avant les élections, certains députés travaillistes avaient déjà plus ou moins ouvertement l’intention de scissionner pour former un groupe d’opposition de droite au parlement, de la même manière que le Parti Social-Démocrate qui quitta les Travaillistes en 1981. Ils ne s’attendaient certainement pas aux résultats obtenus lors des élections. Mais une fois que la poussière sera retombée, et avec les exhortations de leurs « amis » dans les médias, certains députés travaillistes peuvent encore mettre ces plans à exécution.

Les Travaillistes ont enregistré des progrès électoraux en Angleterre, en Ecosse et au Pays de Galles. Mais leur redressement en Ecosse, bien que remarquable, a été éclipsé par le progrès plus important effectué par les Conservateurs au détriment du SNP (Parti National Ecossais). Il est clair que le SNP a mal évalué l’humeur en Ecosse autour de la question d’un deuxième referendum sur l’indépendance : l’humeur n’était pas au niveau qu’ils attendaient. Le mettre en dixième position de leurs dix politiques électorales clé n’a eu aucun effet.

Des milliers d’électeurs en Ecosse – parfois même partisans des Travaillistes – ont voté tactiquement pour battre le SNP, en particulier pour cette question. Les Conservateurs sont ceux qui en ont profité le plus, mais les Travaillistes ont fait aussi des progrès intéressants. Le score du SNP est passé de 50% en 2015 à 37%. Les principaux gagnants sont donc les Conservateurs, doublant presque leur score de 15 à 29%.

Le progrès des Travaillistes est plus relatif, passant de 24 à 27%, mais est loin du scénario prédit par les sectaires ultra-gauchistes qui qualifiaient le parti Travailliste de « mort » dans cette partie du royaume. Les sectes de tout poil avaient abandonné le parti Travailliste durant les deux dernières années pour poursuivre les chimères d’un « nationalisme de gauche » ou d’une « république ouvrière d’Ecosse », ou d’autres de ce genre. Le 30 avril, l’un de ces groupes sectaires écrivait : « Alors que dans le sud de l’île le Travailliste Corbyn est un choix évident, au nord le parti devient de plus en plus inutile ». En fait, l’effet Corbyn a été assez spectaculaire en Ecosse. La veille de l’élection, The Independent publiait les résultats d’un sondage sur le vote des 18-24 ans écossais, montrant que les Travaillistes devançaient légèrement le SNP à 41% contre 40. Les Conservateurs n’obtenaient que 9%. Le vote travailliste en Ecosse à 27% est (pour le moment) comprimé entre deux plus grands partis en Ecosse, mais le scénario le plus probable est une poursuite du redressement des Travaillistes au cours des prochaines années, car les Conservateurs et le SNP sont exposés en tant que partis hostiles à la classe ouvrière.

Perspectives

Quand l’excitation et le sentiment d’urgence seront retombés, il apparaitra dans les années à venir que la politique britannique est dans une période d’instabilité.

Les Conservateurs vont tenter de bricoler un accord avec le DUP, parti unioniste d’Irlande du Nord. Parce que Sinn Fein – même avec une représentation accrue de sept députés – n’occupera pas ses sièges, le nombre requis pour une majorité parlementaire est proportionnellement moins élevé. Il est tout à fait possible que Theresa May mette en place un gouvernement minoritaire, soutenu par le DUP, gouvernement qui vacillerait dans un avenir prévisible.

Theresa May a vécu un scrutin épouvantable, son autorité et ses soutiens dans le parti Conservateur sont considérablement compromis. Mais cela ne signifie pas automatiquement qu’elle sera évincée. La crise dans le parti Conservateur est un reflet de la crise dans la classe dirigeante, qui est divisée à un niveau sans précédent. Si Theresa May reste en place, ce sera en raison de l’état de paralysie complète des Conservateurs et parce qu’il n’y a pas de meilleure alternative.

Dans le passé, les Conservateurs et la classe qu’ils représentent ont toujours caché leurs désaccords, car un troisième groupe – la classe ouvrière – en aurait profité. Mais les divisions sont telles désormais qu’il est impossible de les cacher. Beaucoup de petites et moyennes entreprises se sont bercées de l’illusion que l’économie « prospérerait » de quelque manière après le Brexit. D’autre part, la plupart des grandes entreprises, banques et multinationales sont horrifiées par la chute économique qu’entrainerait un Brexit dur accompagné d’une exclusion du marché unique de l’Union Européenne. Même dans le sens dont semblent se profiler les négociations du Brexit, ces contradictions ne peuvent être résolues et la seule option à court terme pour les Conservateurs est d’avancer dans la confusion.

Ce qui rend cette « confusion » d’autant plus dangereuse est un scénario économique potentiel qui n’a rien de bon. Selon un rapport de l’OCDE publié plusieurs jours avant l’élection, au premier trimestre 2017 le PIB réel britannique a augmenté plus lentement que pour tout autre pays du G7. Ce premier trimestre a également indiqué que la Grande-Bretagne a la croissance la plus faible de l’UE. Les prévisions de croissance pour l’économie britannique donnent un ralentissement à moins de 1%. L’économie britannique était déjà vacillante ; la Livre Sterling a considérablement diminuée depuis le résultat des élections, ce qui s’ajoute aux baisses par rapport à l’euro et au dollar conséquentes au référendum sur le Brexit de l’année dernière.

Dans la société en général, ces élections auront changé de manière significative et permanente les perceptions politiques. La campagne des Travaillistes – nationalisations, lutte contre l’austérité, « sauvetage du NHS » (service public de santé), financement plus conséquent dans l’éducation… – est partout rentré dans la conscience des travailleurs, y compris chez ceux qui n’ont pas voté Travailliste cette fois ci. Le slogan des Travaillistes, « S’occuper du plus grand nombre » ne sera pas oublié. Dans ce sens, ces élections peuvent être considérées comme une étape importante dans le réveil de la conscience politique du prolétariat.

L’opposition à l’austérité et la défense du niveau de vie et des droits des travailleurs a pu être temporairement jugulée sur le plan électoral, mais c’est donc de manière d’autant plus forte qu’elle se réactive sur le plan industriel. Il y aura beaucoup de grèves, de manifestations, de rassemblements et de campagnes contre l’austérité des Conservateurs, particulièrement axée sur le secteur public avec les enseignements et les travailleurs du domaine de la santé. Dans les rues, dans les communautés et sur les lieux de travail, l’opposition au gouvernement conservateur va s’intensifier.

Il n’y aura pas de résolution de la crise politique et des divisions au sein du parti Conservateur, pas de révision du scénario économique pessimiste, et pas non plus de certitudes sur les négociations autour du Brexit. Entretenir la confusion pourrait leur permettre de tenir sur le court terme, mais ce n’est pas une réponse adéquate à la crise économique, sociale et politique qui s’intensifie ; en conséquence, à moyen ou long terme, le gouvernement Conservateur échouera. Un gouvernement Conservateur minoritaire aura du mal à se maintenir sur le long terme. Pour cette raison, la convocation d’une nouvelle Election Générale est une possibilité. Mais très rapidement – surtout avec un parti Travailliste dominé par l’aile de Corbyn – une nouvelle élection pourrait faire peser une grande menace sur le capitalisme. C’est une chose de « permettre » à un gouvernement Travailliste de diriger le pays, si tout ce qu’il fait se résume à bricoler de timides réformes pendant que dans le même temps il utilise son pouvoir pour abaisser le niveau de vie général et promeut des politiques dans l’intérêt des grandes entreprises. C’en est une autre totalement différente si un gouvernement « dangereusement » radical menace de mettre en place des politiques qui vont à l’encontre des intérêts des grandes entreprises. Le danger est que ces prévisions ont déjà atteint un niveau d’alerte élevé pour les capitalistes.

Il est possible que la presse commence par se concentrer sur la division de chacun des deux principaux partis. Le lendemain de l’élection, un commentateur radio sur la BBC a suggéré que, en restant dans le périmètre de ces deux partis, il y a en réalité « quatre partis ». L’aile anti-Brexit des Conservateurs et l’aile droite des Travaillistes ont l’une avec l’autre probablement plus en commun qu’avec l’autre aile de leurs partis respectifs. Il n’y a aucune reconnaissance parmi les députés de l’aile droite des Travailliste. Beaucoup d’entre eux ont été réélus grâce à la « vague Corbyn » qui s’est répandue comme un tsunami politique dans tout le pays. Bien que l’aile droite soit plus faible au sein du groupe parlementaire travailliste au lendemain de l’élection, probablement 120-150 de ces députés qui n’ont pas voté la confiance pour Corbyn l’année dernière sont toujours en place et n’ont pas changé d’opinion. La plupart de ces parlementaires « travaillistes » sont encore plus proches de leurs collègues Conservateurs que du Programme des Travaillistes ou de leurs militants. Des appels à former un gouvernement de crise ou d’union nationale ne resteraient pas sans réponse de leur part.

Quelle que soit la manière dont se déroulent les prochaines années, il est clair qu’au moins à court terme, tout gouvernement Conservateur se caractérisera par de l’instabilité, de l’incertitude et de la volatilité. Cette élection est historique, mais la politique est un jeu qui se joue sur la durée. Cette élection n’est que la première d’une série d’élections « historiques » qui changeront les contours de la politique britannique dans les années à venir.

John Pickard, Labour Party UK

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