La démolition économique et sociale – Edito du n°40

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Sarkozy et sa cour ministérielle ont fabriqué une explication bien particulière de la défaite de leur camp aux élections municipales. Les Français, expliquent-ils, sont impatients, ils veulent encore plus de réformes, plus vite ! Autrement dit, le gouvernement va « tirer les leçons du scrutin » en accentuant encore sa politique de régression sociale.

Pas un jour ne passe sans une nouvelle attaque contre les conditions de vie et les droits des travailleurs. L’Education nationale est menacée par la suppression de postes à une échelle massive. L’hôpital public est aussi gravement menacé. La Sécurité sociale est en cours de démantèlement – sous prétexte de la sauvegarder. Après les franchises médicales, le projet de suppression de la prise en charge des lunettes et des soins dentaires en est une nouvelle preuve. Quand le gouvernement prétend transférer cette prise en charge aux mutuelles, ce n’est que de la poudre aux yeux. Les mutuelles sont unanimes pour dire que c’est impossible. Le véritable « transfert » se fera au profit des assurances privées – et donc uniquement pour ceux qui en auront les moyens.

Voilà le but essentiel des capitalistes et de ce gouvernement : démolir les services publics, détruire tous les mécanismes de solidarité, de partage des richesses, pour en faire une source de profits et d’inégalité sociale. Les budgets des services publics subissent des coupes draconiennes pour « faire des économies », mais l’argent ne manque pas pour faire la guerre en Afghanistan ou pour arroser les comptes de la dictature tchadienne. Il ne manque pas, non plus, pour augmenter le financement public des écoles privées, pour subventionner les capitalistes et faire des ristournes fiscales aux couches sociales les plus favorisées, sans parler des largesses que se permettent, dans les ministères, les apôtres de la « rigueur » (pour les autres). Ainsi, les besoins de « représentation » de Rachida Dati l’obligent à dépenser – à contre-cœur, bien sûr ! – des centaines de milliers d’euros en repas somptueux, en vêtements et accessoires de luxe.

La multiplication de leurres et de distractions, destinée à détourner l’attention du public, se poursuit. Il y a la mise en scène du « couple présidentiel », mais aussi l’interminable feuilleton sur la pauvre « Ingrid ». Mais cela ne marche plus comme avant. Le cas d’Ingrid Betancourt est un exemple flagrant d’instrumentalisation politique. Ingrid souffre. Ingrid est malade. Ingrid manque à sa famille. Ingrid pourrait mourir. D’accord. Souhaitons que cette femme s’en sorte saine et sauve. Mais n’oublions pas qu’en bas de chez nous, dans nos villes et nos quartiers, il y a des hommes et des femmes qui meurent de froid et de malnutrition, sans que Sarkozy et ses sbires médiatiques ne s’en émeuvent le moins du monde.

Les « statistiques » sont une autre forme de manipulation. Selon les « chiffres officiels », le pouvoir d’achat est en hausse ! Mais pour qui ? Certainement pas pour les smicards, pour les précaires, pour les chômeurs, ni pour l’immense majorité des travailleurs de la fonction publique et du secteur privé. Selon les statistiques, le chômage reculerait de façon régulière. Mais combien de chômeurs sont rayés des listes sous divers prétextes ? A cela s’ajoutent la précarité de l’emploi et la généralisation du temps partiel. Prenez un salarié à plein temps et un chômeur, faites-en deux travailleurs précaires à temps partiel – et le chômage diminue ! Alors que le mouvement syndical a toujours avancé sous le mot d’ordre du partage du travail, les capitalistes et leur gouvernement nous imposent le partage du chômage.

Les travailleurs en ont assez de ce cirque, de cette manipulation permanente de l’opinion publique. Comme le disait Abraham Lincoln, on peut tromper tout le peuple pendant un temps, ou une partie du peuple tout le temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. La colère monte – et les luttes aussi. Les lycéens et les enseignants se mobilisent. Des grèves sporadiques éclatent dans pratiquement tous les secteurs de l’économie.

Le déclin du capitalisme français ne pourra pas être inversé. Il ne reste aux capitalistes, pour défendre leur pouvoir, leurs privilèges et leurs richesses, qu’à imposer le fardeau de cette crise aux travailleurs et leur famille. Cette dure réalité est en train de pénétrer la conscience de la jeunesse et des travailleurs. Quarante ans après la grande grève générale de mai-juin 1968, une nouvelle éruption de la puissance et de la vigueur révolutionnaire des travailleurs de France est parfaitement possible. A terme, elle est inévitable.

La Riposte

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