Les Libanais dans la tourmente !

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Ce samedi 6 Juin a eu lieu à Beyrouth une nouvelle manifestation où des heurts ont été constatés.

Ce pays, surnommé « la Suisse du Moyen-Orient », est en proie à des secousses puissantes depuis octobre 2019. La crise sanitaire n’a rien arrangé, même si le confinement avait réduit les manifestations.

Depuis octobre les Libanais manifestent contre le système politique en place qui ne fait qu’aggraver la crise économique qu’ils subissent depuis un certains temps ;

Depuis les accords de Taëf de 1989 qui se voulaient une garantie pour en finir avec la guerre civile commencée en 1975, la politique du Liban est uniquement géré par le prisme religieux et communautaire, par exemple le chef de l’Etat doit être maronite (chrétien rattaché à l’Eglise Romaine), le Premier ministre sunnite, le Président de l’Assemblée Nationale chiite, les Vice-Premiers ministres orthodoxes. Ainsi 18 religions sont reconnues au Liban et de nombreux actes privés sont gérés par des tribunaux religieux (mariage, succession etc.). Cette gestion communautaire tend à nier les conflits de classe et à ne voir la politique que par le prisme religieux, cela favorisant le clientélisme à outrance et la corruption à tous niveau.

Depuis la guerre, l’économie libanaise est très dépendante de l’extérieur. Ainsi, le Liban importe près de 85% de ses produits de première nécessité. L’Etat connait un endettement record plus de 170% du PIB. Cette dette est détenue en grande partie par de riches libanais car l’Etat garantissait des taux d’intérêt importants. Au mois de mars le Liban a fait défaut sur une échéance de sa dette, plongeant encore plus le pays dans la tourmente. Cette dette est en dollars US et l’économie libanaise est étroitement liée à cette monnaie. Les échanges de la vie courante se faisaient aussi bien en livres libanaises qu’en dollars US avec un taux officiel de 1503 livres libanaises pour 1 dollar US.

La crise de la dette a fait s’envoler le taux réel de change le portant à près de 4000 livres libanaises pour 1 dollar US, rendant la vie quotidienne de plus en plus chère pour les Libanais ne possédant pas de dollars US en liquide. Le Gouvernement à court de liquidités en dollars US a donc décidé d’interdire les transferts de dollar US à l’étranger pour garder les réserves dans les banques libanaises mais aussi pour, probablement, ponctionner les comptes bancaires afin de renflouer une partie de la dette

Pour autant, plus de 5 milliards de dollars US seraient sortis du Liban, alors que dans le même temps les Libanais avaient des restrictions pour retirer en dollars US (environ 200 dollars US par semaine maximum). Ces sorties vers l’étranger ont été possibles grâce à la corruption de certains banquiers et hommes politiques libanais.

Dans un pays où le taux de pauvreté atteint 50% de la population, où les accès à l’eau et à l’électricité relèvent du parcours du combattant (il n’ya de l’eau et de l’électricité publics que quelques heures par jour, obligeant les Libanais à prendre des abonnements supplémentaires à des « entrepreneurs » privés qui pratiquent des prix prohibitifs), la colère face à la gestion calamiteuse de l’Etat ne pouvait qu’exploser.

Cette colère a directement ciblé le système politique libanais à bout de souffle. Les Libanais ont rompu les digues religieuses pour se joindre tous ensemble dans les rues afin de dénoncer la classe politique dans son ensemble et le système confessionnel.

Face à la pression de la rue, le Premier ministre Saad Hariri a démissionné. Cela avait « apaisé » quelque peu le mouvement, mais la nomination du nouveau Gouvernement avec comme Premier ministre Hassan Diab ne donne pas satisfaction à la rue. Il est jugé comme partie-prenante du système rejeté et ses ministres aussi.

Malgré le confinement, des manifestations se sont poursuivies et la sortie de celui-ci a lancé une nouvelle vague de manifestations comme celle du samedi 6 Juin.

La crise sanitaire est venue rajouter de la difficulté aux Libanais et le mal-être s’approfondit. Toutes les couches sociales sont impactées, les « classes moyenne » sentent de plus en plus le souffle de la pauvreté. Seule une petite clique au sommet de la société a les moyens de survivre.

La contestation qui s’est construite contre tous les partis politiques classiques refuse d’être « récupérée ». Même le Hezbollah n’arrive pas à réellement orienter la colère des Chiites (pourtant le Hezbollah sait utiliser des « arguments » frappants !).

Cette révolte est le signe que les Libanais comprennent de plus en plus que leurs intérêts ne sont pas dans des partis confessionnels et que la société est surtout partagée en deux : ceux qui triment et ceux qui profitent !

Il est difficile de savoir l’avenir de ce mouvement, il est en train de se structurer et il est fort probable que des courants divers vont émerger. Pour autant, il est porteur d’espoir pour la suite. Si les Libanais fissurent les murs religieux qui les ont séparés depuis plus de 40 ans, ils prendront conscience que leurs intérêts sont à l’opposé de la clique au pouvoir (politique, économique et religieux, les trois étant intimement liés !).

Dans ce processus il est difficile de voir le rôle du Parti Communiste Libanais (un des rares parti se revendiquant laïc et qui a eu une certaines influence par le passé). Ce parti était proche de la Syrie et  du baasisme d’Assad père et fils. Son soutien appuyé au régime de Damas l’a coupé d’une partie de la population libanaise.

Quoiqu’il en soit, la position centrale du Liban au Moyen-Orient doit pousser tout révolutionnaire à porter une importance particulière à ce qu’il s’y passe. La fin du confessionnalisme serait une marche en avant dans cette région du monde où le poids de la religion fait souvent passer au second plan les contradictions de classe. L’irruption des travailleurs sur la scène politique débarrassés des oripeaux religieux et se battant pour de meilleures conditions de vie et de travail pourrait être un exemple pour des pays proches du Liban. Mais faire tomber le confessionnalisme ne sera pas suffisant. Il faut que les Libanais retirent le pouvoir économique et politique à la clique corrompue qui les maintient dans la misère mais aussi prennent leur indépendance des impérialismes qui œuvrent au Liban (Syrie, USA, France, Grande-Bretagne, Russie et de plus en plus la Chine). C’est le seul moyen pour les Libanais de reconstruire une économie satisfaisant les besoins de la population.

Sylvain Roch, PCF Tulle


sources :

https://www.franceculture.fr/emissions/grand-reportage/le-liban-au-bord-du-gouffre

https://lvsl.fr/au-liban-le-covid-19-engendre-une-reprise-de-la-contestation-sociale/

https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/liban/au-liban-une-journee-de-manifestation-antipouvoir-emaillee-de-violences_3999335.html

https://www.lorientlejour.com/article/1221329/taux-de-change-la-bdl-rappelle-les-agents-de-change-a-lordre.html

https://www.lorientlejour.com/article/1158896/mariage-civil-au-liban-la-breche-de-la-communaute-de-droit-commun.html#_=_

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