Quelques chichis avec l’Irak

Print Friendly, PDF & Email

Le décès de l’ancien président Jacques Chirac le 26 septembre dernier a soulevé comme attendu une vague d’hommages dans son camp et au-delà, parmi ses fidèles comme ses anciens adversaires. La direction du Parti Communiste n’a malheureusement pas été en reste, elle qui en la personne de son Premier Secrétaire ou de ses députés ont surtout rendu hommage à l’opposition qu’a montrée l’ancien président à l’aventure militaire menée par Bush fils en Irak en 2003.

Alors certes comme communistes nous avons été les premiers à refuser que la France participe à cette attaque impérialiste de l’Irak. Mais notre voix se serait singularisée de celle de Jacques Chirac car, autant il était contre le projet guerrier prôné par Bush et Blair, autant il était indifférent à la mise sous coupe réglée de millions d’opprimés sous la férule de dictateurs féroces et prévaricateurs. 

Il est indéniable que l’ancien président éprouvait un attrait pour le monde arabe et qu’il en maîtrisait les codes. Mais son amitié pour le monde arabe s’arrêtait aux portes des palais où il avait ses entrées, et ce qui se passait à l’extérieur n’était pour lui qu’un vague bruit de fond tant que les intérêts de l’impérialisme français et son prestige personnel n’étaient pas touchés.

Élu avec les voix de la gauche en 2002 pour contrer le Pen au 2e tour, il se trouvait à la tête d’une majorité fragile et des dissensions divisaient son camp. Il avait donc besoin de prolonger son état de grâce en s’attirant les sympathies de la gauche et de l’opinion en général qui était massivement pacifiste. Par ailleurs, il avait besoin de reprendre la main sur le plan européen en relançant le couple franco-allemand et Schröder était contre le projet de Bush car en pleine campagne électorale avec un électorat majoritairement pacifiste. Enfin, Chirac savait les rues arabes très inquiètes – à juste titre – du sort qui attendait les Irakiens. 

Faisant partie de cette tradition diplomatique qui prenait en compte l’opinion arabe uniquement lorsqu’elle correspondait aux intérêts stratégiques du capitalisme français, mais jamais lorsqu’elle risquait de compromettre la stabilité de la région, son opposition à la guerre lui permettait de faire coup double. D’un côté, il s’assurait une image positive au niveau international et de l’autre, il fournissait à ses amis dictateurs l’occasion de canaliser la colère des peuples dans un antiaméricanisme bien commode pour colmater du moins temporairement les profondes fissures qui parcouraient déjà ces sociétés.

Et il faut savoir que ce n’est nullement la paix que recherchait Chirac en s’opposant à la guerre, mais la préservation des intérêts impérialistes français bien implantés avec la complicité du pouvoir de Saddam. Les relations entre les deux hommes datent des années 70, lorsque le jeune Premier Ministre de Valéry Giscard d’Estaing qu’il fut a de par sa propre initiative et contre les avis des experts appuyé le programme nucléaire de la jeune dictature irakienne dont Saddam était le numéro 2 à l’époque. C’était le prix à payer pour faire obtenir au complexe militaro industriel français de l’époque des commandes pour armer l’état irakien, ainsi que de juteuses concessions pour la Compagnie Française du Pétrole, l’ancêtre de Total. Et pendant les années 80, il a fermement appuyé le camp irakien durant la guerre Iran-Irak d’abord à titre personnel en tant que Maire de Paris puis en fournissant des  armes à l’Irak à partir de 1986 quand il était Premier Ministre de cohabitation sous Mitterrand. 

Chirac avait la même amitié pour les dirigeants arabes à poigne que celle éprouvée par l’extrême-droite française. Il admirait la facilité avec laquelle ils imposaient leur politique, et il affichait un mépris sans bornes pour les populations opprimées, comme ses discours et ses actes l’ont prouvé par la suite. 

Plusieurs militants communistes se sont émus des hommages de notre direction à l’ancien président, et cela prouve qu’à la base de notre parti, le sens de l’histoire et la mémoire militante ont plus de poids que le désir de respectabilité qui semble animer notre direction.

Rafik B, PCF 93

sources : Chirac d’Arabie – les  mirages d’une  politique française , d’Eric Aeschimann et Christophe  Boltanski, éditions Grasset octobre 2006, ISBN 978-2246691211

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *