Grèce : une offensive contre les capitalistes grecs, seule alternative à la capitulation

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L e bras de fer implacable qui oppose les dirigeants de l’Union Européenne au gouvernement de la Grèce retient l’attention des travailleurs de tout le continent européen, et surtout de ceux qui sont activement engagés dans la lutte contre le capitalisme et la régression sociale qu’il impose.

Derrière Merkel, Juncker, Hollande, Sapin et les bureaucrates de l’UE se tiennent les banques, les grands groupes capitalistes et tous ceux dont le pouvoir et la fortune dépendent de l’exploitation des travailleurs. Derrière Tsipras et le gouvernement de Syriza se tient l’immense majorité des travailleurs et des jeunes de la Grèce, et tous les autres travailleurs du continent qui, comme eux, ne veulent plus de cette spoliation de masse et de cette oppression que l’on appelle « austérité ».

Au terme de la tournée européenne pendant laquelle Tsipras et d’autres représentants de son gouvernement ont tenté de convaincre les dirigeants du capitalisme européen de desserrer quelque peu la corde de l’extorsion bancaire qui est en train d’étrangler le peuple grec, ils sont revenus en Grèce les mains vides. Personne ne peut légitimement accuser Tsipras d’« extrémisme ». Il n’a pas demandé la lune. Il a dit que la Grèce subissait une véritable crise humanitaire. Il a dit que loin d’avoir réglé les problèmes, la « cure d’austérité » imposée par la Troïka les avait massivement aggravés. C’est un simple fait que personne ne peut contester. Mais Merkel est restée inflexible. Hollande, qui applique sa propre « cure d’austérité » ici en France, s’est aligné sur la position de Merkel. Hollande agit dans l’intérêt exclusif de la classe capitaliste. Pendant la campagne électorale en Grèce, lorsque Tsipras est venu en France, il a même refusé de le rencontrer, le considérant comme un ennemi.

Le message de tout ce beau monde est donc clair et sans appel. La Grèce doit payer. Il n’est pas question que les banques soient perdantes. Et peu importent la souffrance et la misère que cela inflige aux travailleurs grecs. De cela, ils s’en fichent. Et ils ne sont pas les seuls. Le problème de la Grèce n’est pas celui de la dette.

Les capitalistes grecs ont ruiné l’économie du pays.

Ils s’opposent à l’arrêt des privatisations. Ils ne veulent pas payer les salaires augmentés que propose le gouvernement. Il n’y a rien de mieux, pour eux, que des travailleurs qui sont tellement désespérés qu’ils acceptent n’importe quel travail dans n’importe quelles conditions. Ils planquent leur argent. Ils mènent une « grève d’investissement ». Les capitaux fuient le pays depuis quelques semaines au rythme de plus d’un milliard d’euros par jour. Or si les capitalistes eux-mêmes ne croient plus en l’avenir du capitalisme en Grèce, pourquoi les travailleurs le devraient ?

Nous ne sommes pas de ceux qui annonçaient à cor et à cri la « trahison » inévitable de Tsipras. Tsipras ne voulait trahir personne. Ses discours et son comportement depuis son retour en Grèce ont « déçu » les milieux capitalistes. Il est resté ferme et digne. On ne peut que saluer ce courage, compte tenu des pressions terribles qui s’exercent sur lui et son gouvernement. Clairement, Tsipras voudrait respecter ses engagements. Il voudrait en finir avec l’austérité. Il voudrait défendre les intérêts des travailleurs. Cependant, nous savons tous que la seule volonté subjective, dans les circonstances concrètes particulièrement dramatiques où se trouvent les travailleurs grecs, ne suffit pas. Ce qui s’annonce entre le gouvernement de Syriza et les représentants du  capital européen est une lutte impitoyable qui ne laisse de place ni à des compromis ni à des demi-mesures. Pour emporter cette lutte, Tsipras, Syriza et l’ensemble du mouvement ouvrier grec ont avant tout besoin de passer à l’offensive et porter un coup décisif contre leurs ennemis.

Le temps presse. La fermeté initiale de Tsipras a galvanisé la population – à l’exception, bien sûr, des fascistes et des représentants endurcis des capitalistes – autour du gouvernement. Puisqu’il n’est pas possible d’envisager une quelconque « solution », ni même un modeste pas dans la bonne direction, par la négociation, il faut passer à l’action. Et la seule action possible, dans une situation exceptionnelle comme celle-ci, est une action révolutionnaire. Les travailleurs grecs savent que Tsipras a été élu pour appliquer un programme de réforme sociale, programme qui, encore une fois, n’a rien d’extrémiste ou démesuré. Ils ont vu que le nouveau gouvernement a cherché une entente, un compromis, mais sans succès. Concrètement, cela signifie qu’une petite minorité capitaliste qui, elle, n’est pas élue, en vertu de sa possession des banques, de l’industrie et de tous les rouages essentiels de l’économie nationale, peut saborder la mise en œuvre du programme d’un gouvernement démocratiquement élu.

Pour empêcher ce sabotage et garantir la mise en œuvre des mesures favorables au peuple, les travailleurs devraient se mobiliser pour exproprier les capitalistes et prendre dans leurs propres mains le contrôle et la direction de l’économie.

Les mesures progressistes dans le programme du gouvernement ne peuvent être appliquées que si elles sont liées à des mesures d’expropriation à grande échelle. Si Tsipras se tournait vers les travailleurs et leur expliquait les choses en ces termes, il serait massivement suivi. L’alternative à l’action révolutionnaire, c’est la capitulation. Cette présentation des choses peut paraître  un peu « raide » à certains militants, trop habitués à entendre des « propositions » moins audacieuses sur le registre de la théorie des « étapes ». Mais que faire ? La réalité est là. Seules deux options se présentent à Syriza et le mouvement ouvrier grec, non pas dans un « deuxième temps », non pas pour une hypothétique « étape » ultérieure, mais maintenant ! Il y a l’option de la résistance, de la lutte pour la conquête du pouvoir réel – et non seulement ministériel – avec, inhérente à cette lutte, la possibilité d’une victoire ou d’une défaite – ou alors la soumission et, dans ce  cas,  une défaite certaine !

Tout accord avec l’Union Européenne, aussi « temporaire » soit-il, ne serait qu’un piège pour le gouvernement grec. Tel est le point de vue que nous avons défendu dans ce journal. Au moment où nous écrivons, les contours d’un « accord »  conclu entre le gouvernement grec et l’Eurogroupe commencent à filtrer dans les médias. L’Union Européenne utilise la menace de « couper les vivres » au gouvernement pour lui imposer ce qui revient, en substance, à un prolongement à peine « assoupli » de l’ancien mémorandum. Cela voudrait dire que le gouvernement abandonne ou reporte à une date indéterminée la mise en application de son programme. C’est précisément l’absence d’une perspective de lutte révolutionnaire contre le capitalisme grec et européen qui conduit Tsipras et le gouvernement grec à tomber dans ce piège. Avant les élections, Syriza s’engageait pour l’annulation de l’essentiel de la dette publique, l’augmentation du salaire minimum, l’arrêt des privatisations et bien des mesures positives. Cela signifiait l’annulation du « mémorandum » et des dictats de l’Union européenne. Cependant, la faille dans ce programme était qu’il reposait sur l’espoir d’une renégociation avec l’Europe et un engagement de « respecter les règles de l’Union Européenne » ainsi qu’une volonté de rester dans la zone euro. C’est comme si les dirigeants de Syriza misaient sur la force morale de leurs arguments et la légitimité d’un gouvernement fraîchement élu et de son mandat. C’est une approche qui ne tient pas compte des réalités de l’Europe capitaliste. Merkel et les dirigeants de l’UE ne s’intéressent ni à la démocratie ni à la morale.

L’accord dont les contours prenaient forme au cours du mois de février, et notamment lors de la rencontre avec l’Eurogroupe, prolongeait le cadre essentiel du « plan de sauvetage » (mis en place en 2012) pendant quatre mois. Pour le gouvernement grec, il n’est donc plus question de l’annulation de la dette. Le projet soulignerait également la détermination du gouvernement grec de poursuivre les « réformes structurelles » voulues par l’UE. Les privatisations se poursuivront. L’augmentation du salaire minimum est reportée à plus tard. L’argent qui était disponible dans le « fonds de stabilité » ne serait pas remis au gouvernement, mais détenu par une instance de l’UE qui décidera de son utilisation. S’il faut recapitaliser des banques grecques, cet argent sera mobilisé, mais il ne servirait en aucun cas à financer des mesures sociales que l’UE désapprouve. La seule concession faite au gouvernement grec, dans ce projet d’accord, est d’ordre terminologique : la « Troïka » devient des « institutions européennes et internationales ». Les termes de ce projet d’accord, que certains ministres ont voulu présenter sous une lumière positive, ont rencontré une vive opposition parmi les militants de base de Syriza, ainsi qu’au niveau de son Comité Central.

Il n’est pas trop tard pour changer de cap. La Grèce est un petit pays, comparé aux grandes puissances européennes. Son PIB ne représente que 2% de celui de l’Union Européenne. A première vue, on pourrait penser que les travailleurs grecs sont battus d’avance. N’auraient-ils pas toute l’Europe contre eux ? Mais la classe ouvrière grecque a un atout très puissant, pour peu qu’elle sache l’exploiter à son profit. L’Europe n’est pas un bloc uni. La force du gouvernement et des travailleurs en Grèce réside dans sa capacité à mobiliser les travailleurs européens en leur faveur. Le mouvement ouvrier grec doit compter sur sa propre force en Grèce mais faire appel en même temps à la mobilisation de l’ensemble de la classe ouvrière européenne, dans une lutte commune pour en finir avec le capitalisme. Aucun des gouvernements qui sont rangés contre celui de la Grèce n’est particulièrement soutenu ou populaire. Mais la Grèce ne peut combattre l’Europe capitaliste quand elle est elle-même encore sous le joug du capitalisme. Les travailleurs grecs doivent passer à l’action et briser l’emprise du capitalisme sur l’économie – et donc sur toute la société – de la Grèce. Ils doivent se faire les maîtres de la Grèce et, à partir de cette base révolutionnaire, affronter l’Europe capitaliste en s’appuyant sur le soutien des travailleurs du continent. Nous ne voyons aucune autre issue pour le gouvernement de Tsipras et pour l’immense majorité de la population grecque.

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2 commentaires

  1. Alexis Tsipras a commis l’erreur de rester dans l’euro et dans cette Europe capitaliste et austéritaire, il fallait qu’il sorte de l’euro et qu’il nationalise les banques de manière à reprendre le contrôle de la monnaie nationale.
    Il pouvait ensuite nationaliser les armateurs grecs, taxer le clergé, cela lui permettait de relancer son économie et d’augmenter les salaires.

  2. Il ne faut pas que le peuple grec attende les autres pays européens pour régler leurs problèmes, car la souffrance risque d’être atroce. Il faut savoir que le ministre des finances Varoufakis avait un plan “B” pour sortir de l’euro et de cette Europe capitaliste et austéritaire, le plan “B” prévoyait de nationaliser les banques et de revenir à la monnaie locale le drachme, mais A.Tsipras n’a eu le culot malheureusement de le mettre en place une occasion de gâchée pour le peuple grec.

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