La lutte contre le Front National : pour un programme révolutionnaire

Manifestation contre le Front National
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Le Front National est en passe de devenir une force politique importante. Sa base sociale s’élargit. Il s’enracine davantage chez les travailleurs, chez les jeunes. Les résultats des élections européennes ne laissent plus de doute à ce sujet.

La montée du Front National est une expression de la décadence et de l’épuisement du système capitaliste. Il se nourrit du désespoir, de l’exaspération des travailleurs. Plus de cinq millions de personnes ne trouvent pas de travail. Les prix et les loyers augmentent, ainsi que les taxes de toutes sortes, alors que les revenus des ménages baissent. L’Etat ne peut plus empêcher le déclin économique, ni protéger la population des conséquences sociales de ce déclin. Il ne fait que s’endetter de plus en plus lourdement. Tous les travailleurs ne sont pas pauvres. Mais tous, pratiquement, s’appauvrissent peu à peu. Ils sont de plus en plus nombreux à penser que seul un changement radical dans l’organisation de la société pourra les empêcher de sombrer. Ils sentent que l’ordre social existant est dans une impasse.

L’Union Européenne n’est qu’une vaste machine bureaucratique au service des banques et des puissants – et hostile aux intérêts de la masse de la population. Il en va de même pour les institutions gouvernementales. La force du Front National réside dans le fait qu’il est perçu comme un parti en dehors de la « classe politique » actuelle et opposé au « système » actuel. Il puise ses réserves dans la masse des gens qui ne voient pas de salut possible en dehors d’une rupture avec ce système. Avec le « socialisme » de Hollande et Valls au pouvoir, et ne voyant pas d’autre issue, de nombreux travailleurs sont poussés dans les bras du Front National.

Cette situation est lourde de dangers pour le mouvement ouvrier. Il ne s’agit pas d’une menace fasciste imminente, même si de nombreux fascistes militent au Front National et plusieurs formations à caractère fasciste gravitent autour de lui. Cependant, le détournement de la colère des travailleurs dans les canaux du nationalisme et du racisme ne peut qu’affaiblir le mouvement ouvrier, dont la tâche est d’unir tous les travailleurs, indépendamment de leur nationalité, de leur couleur ou de leur religion dans un combat commun contre le système capitaliste.

Que l’électorat se détourne aussi massivement des partis qui se sont succédés au pouvoir depuis des décennies et qui sont, en conséquence, associés à la débâcle sociale et économique actuelle, n’a rien de surprenant. Mais on s’attendrait à ce que l’effondrement du centre profite aux deux extrêmes à la fois. Mais ceci n’a pas été le cas. Il a profité exclusivement au Front National. Pire encore, les partis qui se positionnent sur la gauche du PS ont globalement reculé. Les conséquences sociales du capitalisme ont provoqué une radicalisation des travailleurs. Mais clairement, cette radicalisation ne se traduit pas nécessairement par un renforcement des partis de gauche.

Nous lisons ici et là que le succès du Front National et la mauvaise performance du Front de Gauche aux élections européennes s’expliqueraient par les alliances conclues entre le PCF et le Parti Socialiste dans de nombreuses villes – dont Paris – lors des élections municipales. En effet, le PCF et les autres composants du Front de Gauche auraient pu et auraient dû constituer un pôle d’opposition à l’échelle nationale, non seulement aux partis de droite, mais aussi à la politique pro-capitaliste du Parti Socialiste. Cependant, c’est une vision très superficielle des choses que d’attribuer le succès du Front National à la stratégie électorale du PCF aux municipales. Le problème qui se pose est bien plus ancien et bien plus grave. Depuis très longtemps, et surtout depuis les années 90, la direction du PCF s’est efforcée de rompre avec les origines marxistes du parti. De « mutation » en « modernisation », elle s’est efforcée d’expurger tous les éléments de son programme qui le rattachaient aux idées et aux méthodes de lutte révolutionnaires, pour en faire un parti réformiste dont les objectifs se limitent à atténuer les conséquences sociales et améliorer le fonctionnement du capitalisme, sans toucher à la propriété et aux intérêts fondamentaux de la classe capitaliste. Ainsi, la direction du PCF s’est donnée une mission qui est tout simplement impossible. A notre époque, le capitalisme ne peut exister qu’en imposant la régression sociale permanente, et toute résistance sérieuse à cette régression implique des mesures décisives contre la source du pouvoir capitaliste. Tant que les capitalistes conservent la propriété des banques, de l’industrie, du commerce et de tous les autres rouages de l’économie, il ne sera pas possible d’en finir avec le déclin économique et social, que ce soit à l’échelle française ou européenne. La base économique du réformisme a disparu. Les réformistes d’aujourd’hui sont donc des réformistes sans réformes. Ils se plaignent du système, dénoncent les « injustices », réclament du « progrès social », émettent des propositions pour faire « autrement », mais n’accomplissent rien.

L’expérience du réformisme pèse bien plus que tous les arguments et « discours ». Le réformisme ne peut plus convaincre grand monde. On entend partout les mêmes raisonnements : « Les gouvernements de droite comme de gauche ne font rien pour nous en sortir. Aucun problème n’a été résolu. Bien au contraire, la situation se dégrade sans cesse. Alors pourquoi ne pas donner une chance au Front National ? On nous dit que c’est un parti capitaliste, mais ne le sont-ils pas tous, au fond ? S’il n’y pas d’alternative au capitalisme, il va falloir être réaliste et faire avec. Porter le SMIC à 1500 euros pour tous, donner plus de droits et d’avantages aux salariés comme le proposent certains, ce serait bien. Mais après, si les patrons mettent la clé sous la porte, que deviendrons-nous ? On nous assure qu’une autre Union Européenne est possible. Ce sera une Europe avec des capitalistes et banquiers moins rapaces, peut-être ? Avec une BCE qui défendra l’ouvrier contre le patron ? Ce sont des vœux pieux. Non, il vaut mieux sortir la France de l’UE qui nous impose toute cette régression en nous alignant sur les plus mauvaises conditions. Et, sans parler de racisme, avec cinq millions de chômeurs, peut-on accepter autant d’immigration ? » Le réformisme, qui veut accompagner le capitalisme en lui conférant – on ne sait pas comment – une « autre logique », n’apporte aucune réponse à ces idées.

La crise du système actuel est en train de broyer toutes les conquêtes sociales du passé. Il faut trouver une solution. Une masse grandissante de travailleurs et de jeunes ne veut plus attendre, ne peut plus attendre. C’est sur la base d’une politique révolutionnaire audacieuse – à l’inverse du réformisme insipide – que le PCF devrait s’adresser aux travailleurs ; un programme qui s’attaque directement à la propriété capitaliste, qui est la cause de la crise. Il faut que les travailleurs puissent voir dans le PCF et dans la CGT, dans le comportement de leurs représentants, dans l’action et dans les idées qu’ils défendent, une stratégie et un programme pour en finir avec le capitalisme. Ceci permettrait au mouvement ouvrier de rallier à sa bannière et incorporer dans ses rangs une couche plus large de militants ouvriers et de jeunes et, à travers eux, de s’enraciner plus massivement dans les entreprises, dans les quartiers populaires, dans les universités, et de renforcer ainsi sa position face aux capitalistes et aux gouvernements.

Mais actuellement, malgré les efforts et la détermination des militants sur le terrain, le mouvement ouvrier se trouve émoussé, bridé, par le réformisme. L’absence d’une alternative au capitalisme, défendue et propagée par une force reconnue et massive – et pas seulement par de petits groupements marginaux – constitue l’atout principal du Front National et de la réaction en général.

Etant donnés le déclin inexorable du capitalisme et la pression implacable que celui-ci exerce sur les travailleurs, aucune solution ne viendra des institutions capitalistes. Le parlementarisme, même « de gauche », tant qu’il sera déconnecté de l’action massive des travailleurs, ne sera d’aucun secours. En définitif, deux perspectives possibles se dessinent pour la France. Ou bien le mouvement ouvrier parviendra à se libérer de son carcan réformiste, renouant avec les idées du marxisme révolutionnaire et internationaliste, ou bien ce seront les forces réactionnaires qui vaincront. Il n’y aura pas de « troisième voie ». Dans l’ensemble des facteurs militant pour l’une ou l’autre perspective, l’évolution du PCF et de la CGT sera d’une importance déterminante. Ce ne sont pas les alliances électorales épisodiques entre les différentes composantes de la gauche qui feront la différence. Dans ce cas, le problème pourrait être rapidement et facilement résolu, n’est-ce pas ? Mais en vérité, l’opportunisme électoraliste n’est qu’une facette d’un problème plus général et nettement plus difficile à surmonter. Il s’agit de transformer toute la signification du PCF – comme de la CGT – dans la conscience collective de la classe ouvrière. Nous avons besoin d’un parti qui se présente partout et en toute occasion, comme le parti du renversement de l’ordre capitaliste. Le PCF doit redevenir un parti révolutionnaire.

L’une des expressions les plus flagrantes de l’impuissance des dirigeants réformistes est leur attachement à la « république » capitaliste, dans laquelle ils voient quelque chose de « progressiste ». L’idée que certains partis de droite – dont l’UMP – sont « républicains » et donc, eux aussi, porteurs de valeurs progressistes, incite les dirigeants du PCF à soutenir des candidats de cette droite « républicaine » contre ceux du Front National. Or, le PCF ne devrait jamais, en aucune circonstance, accorder son soutien à un parti comme l’UMP. Quand les partis de gauche sont éliminés au premier tour d’une élection, le combat doit se poursuivre sur un terrain autre qu’électoral – par l’organisation de manifestations, de grèves, etc. En expliquant la nature des partis de droite restés dans la course, il faut prôner l’abstention au deuxième tour.

Cette question risque de se poser de façon très concrète – avec des conséquences extrêmement lourdes, en cas de mauvaise réponse, pour le PCF – au moment de la prochaine élection présidentielle, si, comme il est tout à fait possible, nous nous retrouvons avec un candidat de droite – Sarkozy ou un autre – face à Le Pen au deuxième tour. La logique « républicaine » qui a déterminé le comportement de la direction du PCF dans des scrutins récents voudrait que le PCF soutienne le « républicain » Sarkozy contre l’« anti-républicain » Le Pen. Rien ne pourrait mieux aider l’ascension et l’enracinement social du Front National que cela. Le PCF doit mener une politique indépendante, une politique de classe, contre toutes les composantes de la droite. Il n’y a aucune différence significative entre l’UMP et le FN. En matière d’immigration, par exemple, le dernier gouvernement UMP a appliqué une politique largement inspirée de celle du FN. Dès maintenant, le PCF devrait préparer les travailleurs à la possibilité d’un deuxième tour entre deux partis de droite et expliquer pourquoi il ne soutiendra ni l’un, ni l’autre. Le PCF, la CGT, SUD etc. devraient lancer une campagne pour convaincre tous les travailleurs de la nécessité d’une action de masse entre les deux tours – comme par exemple une grève générale de 24 heures reconductible – contre la droite et l’extrême droite, en liant cette campagne à la nécessité d’en finir avec le système que défend l’UMP et le FN par l’expropriation des capitalistes.

Greg Oxley
PCF Paris.

3 thoughts on “La lutte contre le Front National : pour un programme révolutionnaire

  1. Merci pour cette analyse qui fait un peu froid dans le dos à vrai dire. Je partage en grande partie ce qui est dit dans l’article, c’est en effet un évènement très inquiétant que cette “reconnaissance” et cette implantation du FN dans la vie politique française. Ce parti va devenir maintenant le nouveau relais de la bourgeoisie Française surtout avec le déclin de l’UMP. Ce qui est très inquiétant, c’est l’écho que rencontrent ce parti dans la classe ouvrière et surtout la mésentente des travailleurs avec le Front de Gauche. Comme Greg le souligne, c’est le réformisme insipide du PCF et la volonté de ses dirigeants de le transformer en “autre chose” qui brouille sa visibilité comme parti de transformation sociale, en un mot de parti révolutionnaire. Le PCF (et le Front de Gauche) doit renouer avec sa tradition révolutionnaire sous peine de disparaitre du champ politique français. Les dirigeants réformistes ont trop cru qu’ils bénéficieraient du déclin du PS, sans comprendre qu’ils seraient avalés par la vague s’ils ne proposent pas une rupture fondamentale, claire et radicale avec l’ordre établi.

    1. Les dernières élections de présidentielles et municipales ont conforté l’implantation du FN dans le paysage politique français non pas sur une base électorale élargie (entre 2002 et 2012 le FN progresse de 900 000 voix quand dans le même temps le nombre d’inscrit a augmenté de 4 millions) mais sur la crise des partis de gouvernement nourrissant l’abstention. L’événement inquiétant ce n’est donc pas en soi les résultats du FN mais l’abstention de plus en massive. Une abstention chaque fois plus indifférente à la vie politique et qui refuse aujourd’hui de choisir entre un FN fascisant sur-médiatisé, et les partis de gouvernement. Le fascisme Autre constat, la gauche du PS du Front de Gauche en passant par le NPA ou LO n’ouvre pour les travailleurs aucune perspective.

  2. Il est clair que la lutte contre le FN ne peut se faire que sur le terrain de la lutte de classe, “l’humanisme” et “l’anti-racisme” bobos et bien-pensant n’a aucune prise!
    Le PCF et la CGT doiventt expliquer méthodiquement que ce n’est pas par “bonne conscience” que nous sommes internationalistes, donc anti-racistes, mais car notre classe ne connait ni frontière ni “race”.
    l'”humanisme” “bien pensant” est donc ancré dans le système sans jamais le remettre en cause réellement montre ses limites sous les coups de la crise d’ampleur rare que nous connaissons!
    Fraternellement

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