Chronique d’une galère trop ordinaire

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Le monde des transports routiers n’a pas son pareil dans l’exploitation des travailleurs. Le camarade Jean-Paul (PCF 28) en a fait l’amère expérience. Après deux ans de chômage, il répond à un contrat de professionnalisation pour un poste de conducteur à Reims. L’entreprise qui l’emploie loue à des entreprises privées des camions, mais aussi leurs chauffeurs. Après sept mois de formation, lorsqu’il doit obtenir un CDI, son employeur lui donne un mois pour déménager et travailler à Chartres. Jean-Paul accepte. Arrivé sur place, le travail consiste à charger, transporter et décharger des pneus qui ne sont pas sur palette, comme chez un transporteur « normal », mais en vrac. Comme on peut l’imaginer, le travail est très physique et met le dos à rude épreuve. Jean-Paul trime de 5h30 à 15h, dans des conditions de sécurité déplorables.

Six mois après son embauche, il est victime d’un premier accident de travail en déchargeant son camion. Verdict : fracture bimalléolaire, onze mois d’arrêt de travail avec, naturellement, une perte progressive d’indemnité de la sécurité sociale, sans que l’employeur ne compense cette perte. Mais ce dernier ne se contente pas de gruger son salarié. Un mois à peine après la reprise du travail, Jean-Paul est rendu responsable d’un accident qui s’est pourtant déroulé en son absence. Avec la complicité du directeur, le véritable responsable décide de lui faire porter le chapeau en arrangeant une fausse histoire. Jean-Paul est convoqué à un entretien où il nie toute responsabilité.
Si le directeur ne va pas plus loin, il ne lâche plus Jean-Paul d’une semelle et lui confie un camion pourri. Il travaille dans un climat détestable, avec du mauvais matériel et des cadences accélérées pour lui seul. Il passe son temps à décharger et recharger d’un camion à l’autre, à la main, car ces derniers sont immobilisés. A coté de ça, les responsables sont constamment sur son dos, le harcèlent, lui reprochent de trop discuter avec ses collègues. Toutes les excuses sont bonnes pour lui mettre une pression supplémentaire en espérant qu’elles le conduiront à la faute. Il enchaine les journées, qui sont passées de 10 à 12 heures, sans compensation. Les pressions du patron s’intensifient. Le moral n’y est plus et la dépression le guette.

Dans ces conditions, Jean-Paul est victime d’un accident de la route. Il coupe la priorité à un véhicule qu’il n’avait pas vu. La conductrice s’en sort avec une fracture de la jambe ; notre camarade se bousille le dos et les cervicales. Quelques jours plus tard, c’est avec une joie immense que son employeur se déplace en personne chez Jean-Paul pour lui remettre une lettre de pré-licenciement pour faute grave, avec mise à pied immédiate.

Depuis, il s’efforce de faire face avec les 1050 euros par mois que lui adjuge Pôle Emploi. Ainsi va la vie d’un travailleur normal sous un capitalisme normal. Isolés, les conducteurs routiers n’ont pas facilement accès à l’aide des syndicats. Ils n’ont pas les moyens d’engager des poursuites contre leur patron, même s’ils ont de bonnes chances de gagner. Après des accidents de la vie, ils sont poussés doucement mais sûrement vers la paupérisation. C’est inacceptable. Pour que ceci ne se reproduise plus jamais, Jean-Paul a décidé de militer au PCF et à La Riposte.
Faite comme lui : relevez la tête !

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