Le scandale de la « réforme » de l’audiovisuel public

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Le 17 décembre 2008, l’Assemblée nationale a adopté l’ensemble du projet de loi relatif à la communication audiovisuelle et au nouveau service public de la télévision. A compter du 1er janvier 2009, la nouvelle loi transforme le groupe France Télévisions en une société unique à laquelle sont rattachés les actuelles sociétés France 2, France 3, France 4, France 5 et le Réseau France Outre-mer (RFO). Son nouveau Président sera nommé en Conseil des ministres. Le 5 janvier 2009 verra la suppression partielle de la publicité entre 20 heures et 6 heures du matin. Puis, progressivement, la suppression de la publicité sera totale.

Le manque à gagner des recettes publicitaires, estimé entre 450 et 900 millions d’euros, ne sera que partiellement compensé. Pour subsister, la télévision publique devra faire des économies d’échelle, afin d’économiser 140 millions d’euros par an. Selon l’intersyndicale SNJ-CGT et SNRT-CGT, « en basculant 800 millions d’euros de ressources publicitaires annuelles dans le secteur privé, sans pour autant compenser la perte, le gouvernement va déclencher une restructuration de grande ampleur ». [1] A la clé, des licenciements et une baisse de la qualité des programmes, quoi qu’en dise le gouvernement.

Il s’agit bien d’un sabotage prémédité de l’audiovisuel public, d’ailleurs préconisé par une directive européenne sur les services de médias audiovisuels (SMA). En annonçant cette réforme, le 8 janvier 2008, Sarkozy exauçait les vœux pressants de TF1 et de son propriétaire, le « frère » du président, Martin Bouygues. Dans un livre blanc confidentiel – mais finalement publié par Télérama –, Bouygues réclamait un financement public pour les chaînes publiques – et, pour le privé, une seconde coupure publicitaire dans les films et fictions. Il s’agit donc, au final, d’un transfert des recettes publicitaires de la télévision publique vers la télévision privée.

C’est une bouffée d’oxygène inespérée, pour les dirigeants de TF1, dont l’audience et les recettes publicitaires s’effritent depuis que cette chaîne est en concurrence avec la TNT. D’ailleurs, la bourse de Paris ne s’y est pas trompée : le jour de l’annonce de cette réforme, le cours de l’action TF1 s’envolait de 18 %.

Encore plus de propagande capitaliste

Dans « l’exposé des motifs » de la loi, on trouve le passage suivant : « La culture doit irriguer les grilles de programmes des chaînes de France Télévision, tous les jours et à tous les moments de la journée, dans tous les genres de programmes…. » Ce « mieux-disant » culturel, c’est déjà ce que nous promettait Bouygues, au moment de la privatisation de TF1. On a vu ce que cela a donné ! [2]

Voici un autre passage du même « exposé des motifs » : « Alors que jusqu’à présent, la diffusion d’émissions consacrées à la vie professionnelle et économique concernait essentiellement France 5, compte tenu du contexte actuel nécessitant une meilleure connaissance du marché de l’emploi et de la vie des entreprises, ce sont désormais l’ensemble des chaînes de France Télévisions qui diffuseront ce type d’émissions ». Serge Regourd, Professeur de Droit à l’Université Toulouse I, réagit : « On a connu la voix de la France sous le Général De Gaulle, voici venu le temps de la voix de l’entreprise… ».

Le texte de loi poursuit : « C’est ainsi que France Télévisions aiguisera la citoyenneté, la citoyenneté française mais aussi la citoyenneté européenne. Donner à voir l’Europe au quotidien, convier l’actualité de nos voisins dans notre actualité, et ainsi renforcer le sentiment d’appartenance à l’Europe, l’envie de vivre cette aventure ensemble… » Cette volonté « d’aiguiser » notre « citoyenneté européenne » est une référence à peine voilée au rejet de l’Europe capitaliste par une masse croissante de jeunes et de travailleurs. En 2005, lors du référendum sur la Constitution Européenne, tous les médias publics et privés s’étaient lancés dans une propagande acharnée en faveur du « oui ». Le « non » l’a tout de même emporté. En bonne logique, la droite en conclut que les médias doivent produire encore plus de propagande en faveur du capitalisme européen !

La signification de ce florilège de bonnes intentions est claire. Il y a une volonté d’accroître le contrôle de la classe dirigeante sur l’audiovisuel public. Il s’agira, pour les chaînes de France Télévisions de diffuser 24 heures sur 24 la bonne parole du gouvernement et du MEDEF. Des journalistes complaisants et des « experts » feront l’éloge de la « libre entreprise » et du capitalisme.

Face au bourrage de crâne d’un service public mis au pas, il restera au téléspectateur le triste choix de regarder les chaînes privées comme TF1, M6 et autres, qui diffusent en boucle leurs émissions de Trash TV, flattent l’instinct sécuritaire des plus crédules et se font les auxiliaires zélés du Ministère de l’intérieur dans des émissions indignes comme « Le droit de savoir », de l’ineffable Charles Villeneuve. Ce dernier, sur TF1, nous montre comment la police traque ses proies dans les banlieues populaires, mais ne nous parle jamais des banquiers véreux ou autres escrocs en col blanc !

La Riposte s’oppose donc à cette loi réactionnaire et exige son abrogation immédiate. Nous nous associons à la CGT, qui appelle l’ensemble des salariés de France Télévisions à la grève, du 5 au 7 janvier 2009, avec comme revendications : 1) L’élaboration d’un modèle économique crédible pour France Télévisions. 2) La garantie d’une indépendance totale des chaînes publiques et de leurs rédactions vis-à-vis du pouvoir politique. 3) L’harmonisation sociale sur la base des meilleurs accords existants.

Démocratisation !

Cependant, même si cette loi scélérate était abandonnée, tous les problèmes seraient loin d’être résolus. En effet, la télévision publique actuelle – comme la radio – est déjà très largement soumise à l’ordre capitaliste. De ce point de vue, son indépendance est purement formelle. Certes, des journalistes s’y permettent parfois tel ou tel « écart », sur des questions secondaires. Mais sur toutes les questions qui touchent aux intérêts fondamentaux des capitalistes, comme lors de grandes grèves, les télés et radios publiques diffusent les mêmes idées réactionnaires que leurs concurrentes du secteur privé.

L’accès aux médias devrait être radicalement démocratisé. Il est consternant que parmi les centaines de chaînes télé, pas une seule ne soit réservée aux syndicats, aux partis politiques et aux associations. Au final, seule la classe dirigeante contrôle les médias de masse. A l’inverse, dans une société socialiste, il n’y aurait aucune raison pour que tous les syndicats et tous les partis de gauche n’aient pas une chaîne de télévision et une radio.

Ce programme suppose la nationalisation de l’ensemble des grands médias, à commencer par TF1, bradée en 1986 au groupe Bouygues. Les médias ne doivent pas appartenir à ceux qui ont accumulé des fortunes sur le dos des salariés, mais à ceux qui représentent quelque chose de viable, dans la société. Quant à Bouygues et ses amis, ils pourront toujours, s’ils le veulent, vendre un journal pro-capitaliste à la sortie des métros !

Geoffroy Galouzeau, PCF Paris 20e

[1]-[2] Source : Action-Critique-Médias (ACRIMED – www.acrimed.org)

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