Une alternative marxiste à la crise du capitalisme

Nous publions ci-dessous le début du Manifeste de la Tendance Marxiste Internationale sur la crise économique mondiale. L’intégralité du texte est ici.

La rédaction de ce Manifeste, qui a été traduit dans une dizaine de langues, date de la fin du mois d’octobre 2008. Depuis, comme nous l’annoncions, la crise financière s’est propagée à l’économie réelle. Son rythme s’accélère de jour en jour – et la crise sociale s’approfondit également. Les événements confirment notre analyse et renforcent la validité de ce programme d’action. Nous invitons tous nos lecteurs à faire circuler ce document le plus largement possible.

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Une crise mondiale du capitalisme

La crise mondiale du capitalisme est un fait que nul ne peut ignorer. Il n’y a pas longtemps, les économistes nous assuraient qu’une crise du type de 1929 était impossible. A présent, ils évoquent le risque d’une nouvelle Grande Dépression. Le FMI souligne le risque accru d’un déclin économique grave et prolongé, à l’échelle mondiale. Ce qui a commencé aux Etats-Unis par une débâcle financière s’est propagé à l’économie réelle – et menace l’emploi, le logement et les conditions de vie de millions de personnes.

La panique s’est emparée des marchés. Richard Fuld, l’ancien PDG de Lehman Brothers, a déclaré au Congrès américain que sa banque avait été emportée par une « tempête de peur ». Cette tempête ne montre aucun signe d’affaiblissement. Non seulement les banques sont menacées de faillite – mais aussi des pays, comme le montre le cas de l’Islande. L’Asie, qui était censée sauver le monde d’une récession, est elle aussi entraînée dans le tourbillon général. De Shanghai à Tokyo, de Moscou à Hong-Kong, les marchés enregistrent sans cesse de nouvelles baisses.

C’est l’effondrement financier le plus important depuis celui de 1929. Et comme le « Grand Krach », il a été précédé d’une période de spéculation massive. Ces vingt dernières années, l’ampleur de la spéculation était inouïe. La capitalisation boursière des Etats-Unis est passée de 5400 milliards de dollars, en 1994, à 17 700 milliards en 1999, puis à 35 000 milliards en 2007. C’est beaucoup plus que le montant des capitaux spéculatifs avant la crise de 1929. Le marché mondial des « produits dérivés » s’élève à plus de 500 000 milliards de dollars, soit dix fois la production mondiale de biens et de services.

Pendant les années de croissance, lorsque les banquiers accumulaient d’incroyables quantités de richesses, il n’était pas question de partager leurs profits avec le reste de la société. Mais maintenant qu’ils sont en difficulté, ils se précipitent vers les gouvernements et réclament de l’argent. Si vous êtes un petit boursicoteur qui a perdu 1000 dollars et ne peut pas les rembourser, vous irez en prison. Mais si vous êtes un riche banquier qui a joué et perdu des milliards de dollars, vous n’irez pas en prison : vous recevrez, en récompense, de nouveaux milliards d’argent public.

Face au risque d’effondrement complet du système bancaire, les gouvernements prennent des mesures désespérées. Dans l’espoir de redonner vie à un système financier moribond, l’administration Bush a injecté 700 milliards dans les coffres des banques. Ceci équivaut à 2400 dollars par homme, femme et enfant des Etats-Unis. Le gouvernement britannique a annoncé un plan de sauvetage de plus de 400 milliards de livres (ce qui représente beaucoup plus, en proportion, que le plan des Etats-Unis), et l’Union Européenne a rajouté des milliards supplémentaires. Le plan de sauvetage de l’Allemagne – l’économie la plus puissante d’Europe – s’élève à environ 20% de son PIB. Le gouvernement de la Chancelière Angela Merkel a promis 80 milliards d’euros pour recapitaliser les banques en difficulté, le reste étant destiné à couvrir les garanties d’emprunts et les pertes. A ce jour, environ 2500 milliards de dollars ont été dépensés, dans le monde. Mais cela n’a pas arrêté la spirale descendante de l’économie mondiale.

Des mesures désespérées

La crise actuelle est loin d’être terminée. Elle ne sera pas réglée par les mesures des gouvernements et des Banques Centrales. En injectant d’énormes sommes d’argent dans les banques, ils obtiendront tout au plus un répit temporaire, ou une très légère accalmie de la crise – au prix de placer une énorme dette sur les épaules des générations futures. Mais tous les économistes sérieux savent que les marchés peuvent encore lourdement chuter.

D’un certain point de vue, la situation actuelle est pire que celle des années 30. La gigantesque vague spéculative qui a précédé et préparé la crise financière actuelle était beaucoup plus grande que celle qui a déclenché le krach de 1929. La quantité de capital fictif injectée dans le système financier mondial – qui, tel un poison, menace de le détruire complètement – est tellement énorme que personne ne peut la quantifier. La « correction » (pour reprendre cet euphémisme des économistes) sera donc encore plus longue et plus douloureuse.

Dans les années 30, les Etats-Unis étaient les plus grands créditeurs du monde. Aujourd’hui, ce sont les plus grands débiteurs. A l’époque du New Deal, quand Roosevelt essayait de sortir l’économie de la Grande Dépression, il avait à sa disposition d’immenses quantités d’argent. Aujourd’hui, Bush doit implorer un Congrès réticent de donner l’argent qu’il ne possède pas. Le plan de sauvetage de 700 milliards de dollars constitue un accroissement supplémentaire de l’endettement public. Cela se traduira par une longue période d’austérité et une baisse du niveau de vie de millions de citoyens américains.

Ces mesures prises dans la panique n’empêcheront pas la crise, qui ne fait que commencer. De même, contrairement à une idée reçue, le New Deal de Roosevelt n’a pas arrêté la Grande Dépression. A l’époque, la crise de l’économie américaine s’est poursuivie jusqu’en 1941, lorsque les Etats-Unis sont entrés dans la deuxième guerre mondiale et que d’énormes dépenses militaires ont fini par résorber le chômage. Une fois de plus, nous allons être confrontés à une longue période de baisse des niveaux de vie, de fermetures d’usines, de baisse des salaires, de réductions des dépenses sociales et d’austérité générale.

Les capitalistes sont dans une impasse. Ils ne voient pas d’issue. Tous les partis traditionnels sont dans un état de perplexité proche de la paralysie. Le président Bush a dit à la communauté internationale que « ça va prendre un moment » avant que son plan de sauvetage ne produise ses effets. Pendant ce temps-là, d’autres entreprises feront faillite, d’autres travailleurs perdront leur emploi et d’autres pays seront ruinés. La crise du crédit commence à prendre à la gorge les entreprises en bonne santé. Incapables de lever des capitaux, elles seront obligées de tailler d’abord dans leurs investissements fixes et dans leur main d’œuvre.

Les capitalistes implorent les gouvernements et les Banques Centrales de réduire leurs taux d’intérêt. Mais dans les circonstances actuelles, cela ne sera d’aucun secours. La réduction coordonnée des taux de 0,5 %, début octobre, a été suivie par de fortes baisses sur les places boursières mondiales. Lors d’une récession mondiale, personne ne veut acheter des actions et personne ne veut prêter de l’argent. Les banques arrêtent de prêter car elles doutent de pouvoir un jour récupérer leur argent. Le système tout entier est menacé de paralysie.

Malgré les efforts coordonnés des Banques Centrales pour injecter de l’argent dans le système, le marché du crédit reste gelé. Le gouvernement britannique a fait un cadeau de plus de 400 milliards de livres aux banques. Le résultat a été une chute de la bourse. Après l’annonce de ce don, les taux d’intérêt des prêts interbancaires ont même augmenté. Ces mesures n’ont pas résolu la crise et n’ont fait que verser de l’argent dans les coffres de ceux dont les activités spéculatives, si elles n’ont pas causé la crise, l’ont considérablement aggravée et lui ont donné un caractère incontrôlable et convulsif.

Les banquiers ne perdent jamais

Par le passé, le banquier était un homme respectable, vêtu d’un costume gris, que l’on supposait être un modèle de responsabilité et qui soumettait les gens à un interrogatoire sévère avant de leur prêter de l’argent. Mais tout cela a changé, ces derniers temps. Baissant les taux d’intérêt et brassant de vastes liquidités, les banquiers ont oublié toute prudence. Ils ont prêté des milliards – en escomptant de fortes marges – à des gens qui se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient plus payer leur crédit lorsque les taux ont augmenté. Le résultat fut la crise des subprimes, qui a contribué à la déstabilisation de tout le système financier.

Dans l’espoir d’éviter une récession, les gouvernements et les Banques Centrales ont alimenté les feux de la spéculation. Sous Alan Greenspan, la Réserve Fédérale a maintenu des taux d’intérêt très bas. A l’époque, on le félicitait pour la sagesse de cette politique. De cette façon, ils ont retardé l’échéance de la crise – mais au prix de la rendre mille fois plus grave lorsqu’elle a finalement éclaté. L’argent bon marché a permis aux banquiers de se livrer à une véritable orgie spéculative. Les gens ont emprunté pour investir dans l’immobilier ou pour leur consommation courante. Les investisseurs ont utilisé la dette bon marché pour investir dans des actifs à plus haut rendement. Les prêts bancaires ont pris des proportions considérables par rapport aux dépôts des épargnants. Les activités douteuses ont été tenues à l’écart des bilans financiers de ces banques.

Désormais, tout cela s’est inversé. Tous les facteurs qui ont poussé l’économie vers le haut se combinent à présent pour créer une spirale descendante. Le manque de crédit menace de porter un coup d’arrêt sévère à l’économie. Si un ouvrier fait mal son travail, il est licencié. Mais quand les banquiers détruisent l’ensemble du système financier, ils s’attendent à être récompensés. Les hommes aux beaux costumes qui ont fait des fortunes en spéculant avec l’argent des autres exigent à présent que le contribuable les tire d’affaire. C’est une logique bien particulière, que la plupart des gens trouvent très difficile à comprendre.

Dans les années de croissance, d’énormes profits ont été réalisés par les secteurs bancaire et financier. En 2006, aux Etats-Unis, les grandes banques ont, à elles seules, réalisé environ 40% de tous les profits. Dans ce secteur, les cadres dirigeants sont payés 344 fois plus que l’employé américain moyen. Il y a trente ans, les PDG gagnaient en moyenne 35 fois le salaire d’un ouvrier. L’an passé, les PDG des 500 plus grosses sociétés ont gagné, en moyenne, 10,5 millions de dollars de « compensations » chacun.

Les banquiers veulent qu’on oublie tout cela et qu’on se concentre sur l’urgence qu’il y a à sauver les banques. Tous les besoins pressants de la société doivent être mis de côté, et toutes les richesses de la société doivent être mises à la disposition des banquiers, dont les services rendus à la société sont supposés être beaucoup plus importants que ceux des infirmières, des docteurs, des enseignants ou des ouvriers du bâtiment. En une semaine, les gouvernements de l’UE et des Etats-Unis ont dépensél’équivalent de ce qui serait nécessaire pour soulager la faim dans le monde pendant près de 50 ans. Alors que des millions de personnes souffrent de la faim, les banquiers continuent de recevoir des salaires et des bonus faramineux. Ils maintiennent leur style de vie extravagant aux dépens du contribuable. La crise ne change rien à cela.

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