La Luttes passées et à venir des Emplois Jeunes

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Alors que la droite parle de supprimer le dispositif emplois jeunes, Amel Dahmani, déléguée du collectif Emploi Jeune de
Saint-Denis et co-organisatrice du collectif Emploi Jeune Île-de-France, nous a envoyé un texte sur les luttes menées par les Emplois Jeunes, au cours de ces dernières années. En voici quelques extraits.

Automne 97 : la “gauche plurielle” invente un énième dispositif de contrats aidés : “les Contrats Emplois Jeunes”. Pour les emplois jeunes, il s’agit d’une aide de 100 000 F par an pendant 5 ans (soit 80% du SMIC) pour que l’Education nationale, les collectivités territoriales, les associations, la police, la justice et les établissements publics puissent embaucher des jeunes de 18 à 25 ans, voire moins de 30 ans s’ils ne perçoivent aucune allocation chômage.

Automne 2002 : 380 000 jeunes sont passés par ce dispositif, 216 000 sont en poste actuellement et 52 000 sont en fin de contrat en 2003, sans perspectives d’intégration pour la plupart. Retour à la case ANPE.

Les luttes des Emplois Jeunes ont bel et bien existé, et ce dans plein d’endroit ! Dans les mairies, les conseils généraux, les associations, les hôpitaux, l’éducation nationale, la SNCF… Les aide-éducateurs corses ont fait grève durant 15 jours, au printemps dernier, occupant tous les lieux publics de l’île. Les Emplois Jeunes de l’Ile de la Réunion sont en lutte depuis 3 mois. A Poitiers, à Toulouse, en Bourgogne, dans le 93, et lors des manifs de l’Education nationale, les collègues se sont souvent mobilisés. Soit à travers un accompagnement syndical – et là où la tradition militante était forte, ils ont été intégrés, comme à la SNCF – soit de manière indépendante (collectifs Emplois Jeunes) en lien ou non avec un ou des syndicats. Ces luttes ont permis quelques petites victoires par endroits : des primes, une meilleure protection sociale, des augmentations de salaire, l’application du droit à la formation. Celle-ci n’est en effet pas un devoir pour l’employeur, puisqu’elle n’est pas stipulée sur le contrat de travail….

Aucun syndicat n’a voulu mener de lutte nationale et interprofessionnelle. Il n’y eut pas de réelle lutte nationale, mise à part le 16 juin 2001, qui a réuni aux Invalides 200 à 300 Emplois Jeunes. Personne, sur Paris, n’était au courant de l’action. Et quand on montait au national pour demander qui centralise les infos sur les Emplois Jeunes, ou qui gère l’action de la CGT dans telle ou telle ville, on n’avait jamais de véritable réponse. Et quand on proposait de monter un mouvement national Emplois Jeunes, on nous répondait texto : “Il n’y a pas d’automaticité entre les luttes locale et nationale”.

Cet été, après 3 ans de militantisme tenace, d’échanges sur Internet, nous avons lancé un appel à créer un réseau national d’Emplois Jeunes en lutte. Les rencontres, les luttes, les mailing-listes constituées au fil des années, les militants solidaires, quelques articles dans la presse nationale et locale – tout cela nous a permis de tisser des liens. Maintenant, des collectifs se solidarisent : en Corse, à Toulouse, dans le Tarn et Garonne, en Ile de France, à l’Ile de la Réunion (en lutte depuis août 2002), etc.

En juin 2002, entre les deux tours des législatives, nous avons fait une action symbolique pour avertir le gouvernement quant à notre détermination. Avec une centaine de collègues précaires, Emplois Jeunes, McDonald, Pizza Hut, Arcade, Maxi-Livres, AC !, Sud, la CFDT et la CGT, nous avons déposé une gerbe de fleurs sur la tombe du précaire inconnu et rebaptisé les Champs-Elysées “Avenue de la Précarité”, en hommage aux luttes de l’Hiver dernier des enseignes Virgin, Fnac, Disney, McDonald, Séphora, et Quick, qui ont quand même vécu l’extraordinaire expérience de manifester sur les Champs Elysées en intersyndicale !

La période a changé depuis décembre 95, et beaucoup ont constaté qu’à cette époque, c’était essentiellement le secteur public qui se mobilisait. Depuis, des choses ont évolué : de nombreuses luttes ont eu lieu dans le commerce, la restauration rapide, l’hôtellerie, le télémarketing, le mouvement anti-mondialisation, chez les chômeurs, les intermittents, etc.

Et la précarité, elle, s’est développée rapidement dans la plupart des secteurs, dans le privé comme dans le public. Au cours des deux dernières années, des liens se sont créés entre ces divers mouvements, chacun apportant comme il peut son soutien aux salariés précaires en lutte. C’est pourquoi nous avons décidé, lors de nos deux dernières AG, de proposer à ces secteurs de nous unir sur une action dans le cadre de la manifestation du 26 novembre, afin de pointer le problème de la précarité comme une priorité à régler. Venir à la rencontre du service public, c’est aussi unir des secteurs (public et privé) qui luttent isolément alors que les attaques gouvernementales pèsent sur nous tous. C’est aussi un moyen d’interpeller les centrales syndicales sur notre nécessaire union et sur la défense et l’avancée de nos droits en tant que salariés, privés d’emplois ou non.

Pour nous rencontrer, notre AG se tient tous les mercredis à 19h, à la Bourse du Travail, 3 rue du Château d’Eau, Paris, Métro République.

Voici des revendications qui ont émergé au cours de la lutte des Emplois Jeunes :

1. Titularisation sans condition de
nationalité.

2. Validation des acquis professionnels.

3. Formation qualifiante et/ou diplômante sur le poste ou au choix du salarié.

4. Revalorisation des salaires.

5. Dotations conséquentes de l’Etat aux Associations employeurs.

6. Contre la pérennisation du dispositif “Emplois Jeunes – Emplois précaires”.

Amel Dahmani

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