Mobilisations lycéennes : la colère de la jeunesse est juste et ses revendications doivent être entendues

4 octobre 2026

Alors que la mobilisation lycéenne s’amplifie, le gouvernement n’a encore pris aucune mesure pour résoudre, ni même atténuer, les graves problèmes qui l’ont déclenchée. Sa seule réponse a été une violence policière inouïe. Né d’une protestation lycéenne à Créteil le 18 septembre, le mouvement, marqué par des blocages et des rassemblements devant les établissements, s’est rapidement propagé à de nombreux lycées de la banlieue parisienne, puis à des centaines d’autres dans toute la France.

Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, tente de présenter le mouvement comme une opération orchestrée en coulisses par LFI et l’extrême gauche. Pourtant, il traduit surtout l’exaspération des jeunes face à la dégradation continue du système scolaire. L’Éducation nationale manque de moyens matériels, d’enseignants et de personnels. Selon une enquête du SNES, à la rentrée 2026, au moins un professeur manque dans 53 % des collèges et lycées publics. Les locaux scolaires sont souvent dégradés et mal adaptés.

L’Éducation nationale ne compte que 7 700 infirmières scolaires pour s’occuper de 12 millions d’élèves. Selon le SNICS-FSU, il en en faudrait 23 000 de plus, mais les salaires trop bas et la surcharge de travail rendent le métier de moins en moins attractif. Deux infirmières scolaires sur trois seraient en souffrance professionnelle selon une enquête du SNUIPP-FSU.
Ce sont les élèves et leur santé mentale qui subissent les conséquences de la carence de l’État.

Le fonctionnement de Parcoursup pose également de graves difficultés. Cette année, près d’un lycéen sur cinq souhaitant entrer à l’université (18 %) n’a obtenu aucun de ses vœux, contre 12 % en 2025 et 10 % en 2024.

Le renoncement du gouvernement à faire payer les frais d’inscription en BTS et en Classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) aux étudiants non-boursiers masque mal la volonté du gouvernement et de la droite d’augmenter massivement les frais d’inscription à l’université et de mettre fin au droit d’accès à l’enseignement supérieur pour l’ensemble des bacheliers, comme le préconise un récent rapport sénatorial porté par une sénatrice LR proche de Retailleau.

Les lycéens demandent davantage de moyens pour l’éducation, le recrutement d’enseignants supplémentaires, le remplacement systématique des absents et la réduction des effectifs par classe. Ils réclament aussi plus de personnels de vie scolaire et de santé, ainsi que la rénovation et l’amélioration des bâtiments dégradés. Ces revendications sont pleinement légitimes.

Plutôt que de prendre au sérieux le malaise scolaire, le gouvernement recourt à la violence policière pour intimider les jeunes et briser le mouvement. Au lycée Balzac de Tours, un élève de 16 ans a été touché à l’œil par un tir de LBD. Le 30 septembre, l’Humanité a publié, dans un article de Mathilde Trichet, le témoignage de l’un de ses camarades : « Les CRS nous chargeaient de loin, pour essayer de nous faire reculer on lançait rien, on avançait, il y avait un ami à moi, qui était posé qui faisait pas de mal, il était sur son téléphone, un policier lui a tiré un flashball droit dessus, c’était pas en cloche, c’était vraiment tout droit, il l’a pris en plein dans l’œil, il s’est écroulé par terre en saignant et en se tenant l’œil. Nous on a fait un regroupement sur lui pour voir comment il allait, et les policiers ont continué de nous tirer dessus pendant qu’on allait sur lui. »

Au lycée Paul-Éluard de Saint-Denis, un élève placé en garde à vue a eu le crâne fracturé. Le 29 septembre, à Saint-Ouen-l’Aumône, dans le Val-d’Oise, un policier a tiré à bout portant une grenade lacrymogène dans la bouche d’un lycéen, lui brisant plusieurs dents. Dans un texte publié sur le site de Mediapart, un enseignant du même lycée décrit ainsi les interpellations : « On dit « interpellés » mais le mot est bien éthéré : violemment projetés au sol, attrapés par le cou, giflés, frappés, tabassés à plusieurs, insultés, humiliés, placés en garde à vue 24h entières, pour des pancartes en carton, pour avoir couru en désordre, pour quelques flammes dans un fond de poubelles dont personne ne sait qui les a allumées, trois pétards et une grille secouée. » Cette violence policière extrême relève d’une stratégie délibérée de Macron et de son gouvernement. Elle n’est pas plus accidentelle que celle exercée contre les « gilets jaunes » ou les manifestants opposés à la réforme des retraites.

Dans certains départements, des Préfets sont allés jusqu’à envoyer des courriers aux parents des mineurs interpellés pour les mettre en garde, au mépris de la justice et de la séparation des pouvoirs, dans le but de dissuader les lycéens de poursuivre le mouvement.

Macron a déclaré la guerre à la jeunesse et à ses revendications légitimes. Les étudiants commencent à se mobiliser en solidarité avec les lycéens. La prochaine étape sera la journée de mobilisation du 6 octobre, à laquelle plusieurs organisations syndicales, dont la CGT, la FSU et Solidaires, appellent à participer aux côtés des lycéens, des étudiants, des enseignants et de l’ensemble des personnels de l’Éducation nationale. Les syndicats de l’Éducation nationale appellent leurs adhérents à manifester aux côtés des lycéens et à les aider à s’organiser et à sécuriser leurs cortèges.

Nous devons être nombreux dans la rue pour les soutenir. Il faut s’opposer à ce gouvernement répressif et violent et arracher les moyens matériels et financiers indispensables à l’Éducation nationale.

La Riposte

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