Caricature d'Honoré Daumier, Le Charivari, 30 avril 1870. Source : Gallica-BNF.

La menace d’un régime raciste et autoritaire en France. Le piège réactionnaire du « référendum d’initiative citoyenne »

3 octobre 2026

Si le Rassemblement national remporte la prochaine élection présidentielle et obtient, seul ou avec d’autres partis, une majorité parlementaire, la France connaîtra son régime politique le plus réactionnaire depuis celui du maréchal Pétain sous l’Occupation.
Le programme du RN fait peser une menace très grave sur l’ensemble des travailleurs — y compris ceux qui l’auront porté au pouvoir — sur les plans social, économique, démocratique et environnemental.

L’agressivité xénophobe du RN vise les « étrangers », catégorie dans laquelle il inclut, outre les migrants, les citoyens français de foi ou de culture musulmane. Une fois au pouvoir, il s’appuiera sur la puissance de l’appareil d’État pour semer la division et imposer une politique d’austérité draconienne. Avec le soutien d’importants moyens médiatiques, le RN cherchera à rendre les « étrangers » responsables de la régression sociale et justifier des mesures répressives et discriminatoires à leur encontre.

Tragiquement, la gauche aura du mal à faire barrage au RN, tant son passif historique pèse lourd. Plusieurs fois portée au pouvoir par des promesses électorales séduisantes, elle a trahi la confiance des forces populaires qui l’ont soutenue. Une fois au gouvernement, les dirigeants socialistes et communistes ont mené une politique conforme aux intérêts de la classe dominante, sur toutes les questions essentielles. Nous en payons le prix, encore aujourd’hui.

L’échec de la gauche n’explique pas à lui seul la progression du RN. Celle-ci s’inscrit aussi dans la montée des tendances nationalistes et protectionnistes partout en Europe, alimentée par les conséquences sociales et économiques de la « mondialisation » capitaliste. Mais en trompant et en écœurant sa propre base sociale, la gauche a grandement facilité la marche de l’extrême droite vers le pouvoir.

Aujourd’hui, la politique du PS est assez proche de celle d’Emmanuel Macron. La France insoumise et le PCF défendent, quant à eux, un grand nombre de réformes sociales relativement audacieuses et évoquent même la nécessité de rompre avec le capitalisme, sans toutefois proposer de stratégie sérieuse pour y parvenir. Si leurs dirigeants avaient fait passer la lutte contre le RN et la droite avant leurs rivalités partisanes, ils auraient pu mener une campagne commune autour d’une candidature unique susceptible, selon nous, de mobiliser davantage l’électorat de gauche. Une alliance électorale de ce type n’empêcherait pas l’expression de divergences politiques, là où elles existent.
La gauche abordera les élections de 2027 affaiblie et divisée. Tout n’est pas perdu, pour autant. L’élection présidentielle et les législatives qui suivront ne seront que des étapes dans une lutte plus vaste et plus longue. Même si les élections portent Marine Le Pen à la présidence et lui donnent une majorité parlementaire viable, elle fera face à une forte contestation populaire, dans la rue, dans les quartiers et sur les lieux de travail. Les mesures de discrimination et de persécution prévues dans le programme du RN entraîneront des conséquences très graves, ouvrant une période de forte instabilité sociale.

Allons-nous rester passifs tandis que les pouvoirs publics instaurent des discriminations dans l’embauche, les prestations sociales ou l’attribution des logements sociaux selon l’origine, la couleur de peau ou la religion ?
Le Pen veut réserver les aides sociales aux Français, subordonner l’accès aux prestations de solidarité à cinq années de travail en France et donner aux Français la priorité dans l’emploi. Elle promet aussi de mettre fin au traitement des demandes d’asile en France et de retirer l’autorisation de séjour à tout étranger qui n’a pas travaillé depuis un an.

Allons-nous accepter la suppression du droit du sol en matière de nationalité et la déportation massive des « étrangers » sous divers prétextes ? Au-delà du verdict des urnes, une mobilisation massive sur le terrain sera indispensable pour résister au régime autoritaire et xénophobe que Le Pen veut instaurer.

Le référendum, un instrument classique de régimes autoritaires

L’un des principaux dispositifs que Marine Le Pen veut employer pour appuyer son régime est celui du « référendum d’initiative citoyenne » (RIC). Elle prévoit d’abord un référendum destiné à valider un ensemble de mesures répressives concernant l’immigration, puis un second visant à interdire le port du voile « islamique » dans l’espace public, y compris dans la rue. Notons au passage que lors de sa campagne de 2012, Marine Le Pen visait à la fois le voile de tradition musulmane et la kippa juive. Aujourd’hui, elle ne mentionne plus que le voile « islamique ».
Historiquement, le référendum a souvent servi d’arme aux régimes dictatoriaux ou autoritaires. La France le sait depuis Louis-Napoléon Bonaparte, qui s’est fait attribuer par « le peuple », en 1852, le statut d’empereur héréditaire ! Présenté comme l’expression directe de « la volonté du peuple », le résultat d’un référendum acquiert une légitimité presque sacrée. En réalité, il révèle surtout comment l’opinion publique peut être manipulée relativement facilement. Le référendum, c’est un simulacre de « démocratie » qui sert à la miner et la détruire. Adolf Hitler s’en est habilement servi pour consolider et étendre son pouvoir, en 1934 et encore en 1936.

Un exemple assez récent de manipulation politique par référendum est celui du référendum britannique sur la sortie de l’Union européenne, issu d’un accord entre le gouvernement conservateur et l’extrême droite nationaliste. Selon les partisans du « Brexit », quitter l’UE devait stimuler l’économie nationale, dégager des sommes considérables pour la santé publique et créer massivement des emplois grâce à l’expulsion des travailleurs européens installés au Royaume-Uni.
Aujourd’hui, le service national de santé (NHS) est au bord de l’effondrement et le « Brexit » a retranché entre 6 et 8 % du PIB britannique. Quant à l’emploi, le Royaume-Uni comptait officiellement 1,78 million de chômeurs en mai 2026, soit une hausse de 4,7 % en un an. Sur la même période, le nombre de jeunes sans emploi a augmenté de 109 000, selon les statistiques gouvernementales. Le discours nationaliste selon lequel un excès d’« étrangers » pesait sur l’économie et le niveau de vie des Britanniques n’était donc qu’un leurre réactionnaire.

Le Pen envisage une opération similaire sur l’immigration en France. Elle veut se servir de référendums pour faire sanctionner, voire sacraliser, par la « voix du peuple » une politique de harcèlement xénophobe contre la population musulmane. En réduisant une question habilement formulée à un simple « oui » ou « non », le référendum est un outil politique parfaitement adapté à l’autoritarisme. Le Pen en fera usage pour marginaliser l’opposition, à partir d’une posture « démocratique ».

Nous devons dénoncer la démagogie populiste du RN et le piège réactionnaire des référendums. Cette tâche est toutefois compliquée par le soutien de Jean-Luc Mélenchon et de Fabien Roussel aux référendums dits « d’initiative citoyenne », qu’ils présentent comme une forme de « démocratie directe ». Ils pensent sans doute que ces consultations pourraient imposer des réformes sociales positives malgré l’hostilité du pouvoir en place, sans se rendre compte que le référendum est un instrument qui peut se retourner brutalement contre les intérêts qu’ils cherchent à défendre.

Ce que nous attendons de LFI et du PCF, ce n’est pas une astuce prétendument démocratique destiné à valider isolément telle ou telle mesure. Entre les mains d’un pouvoir réactionnaire, ce même outil peut aisément légitimer la régression sociale et la persécution de minorités ethniques ou religieuses. Fabien Roussel et Jean-Luc Mélenchon semblent sous-estimer ce danger. Interrogé sur BFMTV et RMC en 2019 au sujet du RIC que revendiquaient une partie des « gilets jaunes », Fabien Roussel s’est déclaré favorable à l’organisation de référendums « sur tous les sujets ». Questionné sur le mariage homosexuel ou le rétablissement de la peine de mort, il a répondu : « Mais pourquoi pas ? Sur tous les sujets, n’ayons pas peur ! […] Bien sûr, si les Français le veulent ! Il ne faut pas avoir peur du débat. »

Sa position, comme celle de Jean-Luc Mélenchon, n’a pas changé depuis. Dès lors, si Marine Le Pen organise, éventuellement avec l’appui d’une pétition « populaire » préalable, un référendum sur la « préférence nationale » ou la criminalisation du port du voile, faut-il s’attendre à ce que Fabien Roussel réponde encore : « Bien sûr ! Si les Français le veulent, pourquoi pas ? » Et si le vote instaure des discriminations racistes, va-t-il prôner le respect de la « volonté du peuple ? » Le référendum d’initiative citoyenne » est un piège réactionnaire que la gauche ne doit pas cautionner. Il faut le rayer des programmes de La France Insoumise et du PCF.

Plutôt que de faire des concessions à la démagogie populiste, nous avons besoin d’une gauche porteuse d’un programme de défense implacable des droits et les libertés de tous les citoyens, un programme les réformes sociales, économiques et écologiques pour améliorer le niveau de vie. Et surtout, il faut lier ces objectifs immédiats et défensifs à la nécessité impérieuse de mettre fin au pouvoir économique de la classe capitaliste, à la dictature du capital. Ceci ne peut être accompli que par une extension massive du secteur public, par la nationalisation de toutes les grandes entreprises pour la voie à une planification démocratique des ressources productives et financières du pays au bénéfice de la majorité de la population. Seule la mobilisation de la jeunesse et des travailleurs autour d’un programme de transformation radicale de la société permettra de vaincre la droite, l’extrême droite et la classe dominante qu’elles représentent.

Greg Oxley

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