Les militants du NPA-l’Anticapitaliste viennent de décider, à l’occasion de leur conférence nationale du 27 juin, de ne pas présenter de candidat aux élections présidentielles de 2027.
En soi, cette annonce n’a rien d’une surprise : le NPA a explosé en trois en 2021-2022 avec, dans un premier temps, le départ en 2021 des militants du Courant communiste révolutionnaire partis fonder Révolution permanente, puis au début de l’année 2023, la scission entre ce qui est devenu le NPA-l’Anticapitaliste, d’Olivier Besancenot et Philippe Poutou, et le NPA-Révolutionnaires.
Lors des élections européennes de 2024, le NPA-l’Anticapitaliste a vainement tenté de proposer une liste commune avec LFI tandis que le NPA-Révolutionnaires était éconduit par Lutte ouvrière. Lors des législatives de juin 2024, le NPA-l’Anticapitaliste a fait le choix de rejoindre le Nouveau Front Populaire tandis que le NPA-Révolutionnaires choisissait de présenter ses propres candidats et appelait à voter Lutte ouvrière là où il n’avait pas de candidats.
Pour les partis d’extrême gauche, l’élection présidentielle, sous la Ve République, a toujours été un moyen de se faire connaître et de faire connaître ses idées.
Lutte ouvrière s’est ainsi présentée à toutes les élections présidentielles depuis 1974 : Arlette Laguiller a été candidate à six reprises et Nathalie Arthaud a trois reprises depuis 2012. LO a d’ores et déjà annoncé la candidature de Nathalie Arthaud aux élections présidentielles de 2027.
Du côté de la LCR/NPA, Alain Krivine s’est présenté pour la première fois aux élections présidentielles de 1969 et était à nouveau candidat en 1974. Olivier Besancenot a été candidat en 2002 et 2007. Depuis 2012, Philippe Poutou a été candidat du NPA lors des trois derniers scrutins présidentiels.
Le renoncement du NPA-l’Anticapitaliste à concourir aux présidentielles s’explique en premier lieu par l’affaiblissement de l’organisation : la collecte des 500 signatures de maires pour pouvoir se présenter aux présidentielles a toujours été un défi pour une petite organisation comme le NPA. La chute des effectifs et la concurrence de Révolution permanente et du NPA-Révolutionnaires rendaient l’obtention des 500 signatures très hypothétique pour le NPA-l’Anticapitaliste.
Le parti de Philippe Poutou était cependant divisé sur la tactique à adopter pour 2027. Trois des quatre plateformes internes au NPA-l’Anticapitaliste proposaient de ne pas présenter de candidate aux présidentielles et de soutenir, d’une manière ou d’une autre LFI.
« Dans la situation actuelle, il n’y a rien à gagner à disputer l’espace réduit de l’extrême gauche avec LO, RP et le NPA-R, avec le risque d’échouer à réunir les 500 parrainages. Notre orientation, qui nous paraît la plus juste et même la seule réaliste, implique de mener une discussion sérieuse sur la place du NPA-A dans le regroupement à construire autour de la campagne de la LFI à travers un accord politique » écrivait ainsi la plateforme 3.
Seule la plateforme 4 appelait à « ne pas se résigner et à faire de la politique » en présentant une candidate du parti aux présidentielles : « Une campagne sans candidate comme le propose la P1 sera invisible au-delà de micro-cercles militants, et le ralliement sans conditions en espérant quelques circonscriptions comme le veut la P3 nous transformera en petites mains de la FI sans aucun poids réel sur Mélenchon et son discours. […] Nous pourrons aussi maintenir vivant un courant politique original, celui d’une extrême gauche non sectaire, ni naïve ni machiavélique, qui construit sincèrement les luttes et l’auto-organisation, et que ne peuvent représenter LO, RP ou le NPA-R.
Nous devons rappeler que la FI ne veut pas de nous et qu’il n’y aura donc pas d’accord satisfaisant pour la présidentielle, quoi que souhaitent les P1 et 3 qui aboutissent à un ralliement plus ou moins proche à la campagne de Mélenchon.
Nous ne lui apportons rien, nous n’avons pas la surface médiatique ni le nombre d’éluEs des unitaires du PCF, des Verts populaires ou des écologistes proches de Sandrine Rousseau, qui sont des prises de guerre bien plus intéressantes. La FI a les forces militantes pour obtenir seule les 500 parrainages et mener sa campagne.
Enfin, si des camarades espèrent négocier un bon accord aux législatives, il apparaît évident que le fait d’avoir une candidature nous placera en meilleure position. »
La majorité des adhérents n’a pas suivi les partisans d’une candidature aux présidentielles et a choisi d’œuvrer « à la construction d’un front antifasciste large et à une candidature de rassemblement de la gauche de rupture ».
Constatant que « la candidature de Jean-Luc Mélenchon est la mieux à même de rassembler les votes des classes populaires pour permettre à la gauche d’affronter l’extrême droite dans les urnes », le NPA-l’Anticapitaliste annonce qu’« à l’issue des discussions qu’il mène avec LFI et les organisations et courants de la gauche de rupture, le NPA-l’Anticapitaliste décidera des formes de son engagement dans la campagne et des modalités de son soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon, tout en menant une campagne en propre avec des meetings, des réunions publiques, du matériel, pour porter la nécessité du front unique antifasciste ».
La stratégie du NPA-l’Anticapitaliste pourrait cependant s’avérer risquée : depuis 2016, de nombreux militants du NPA ont déjà rejoint LFI par vagues successives. Le soutien du parti d’extrême gauche à la candidature de Jean-Luc Mélenchon lui permettra d’échapper au procès en « division » et en « irresponsabilité » que n’auraient pas manqué de lui intenter les insoumis, au risque de l’invisibilisation.
Le renoncement du NPA-l’Anticapitaliste laisse en tout cas le terrain au NPA-Révolutionnaires, qui a annoncé le 17 juin dernier la candidature aux présidentielles de Selma Labib, une conductrice de bus âgée de 30 ans. Dans un communiqué, le parti explique : « Le NPA-Révolutionnaires fait peau neuve, en assurant la continuité des candidatures ouvrières et indépendantes du NPA d’Olivier Besancenot et Philippe Poutou, de 2002 à 2022, et en présentant une femme travailleuse ».
L’annonce du ralliement à venir du NPA-l’Anticapitaliste est une bonne nouvelle pour LFI. Invité de Dimanche en politique sur France 3 ce dimanche 5 juillet, Jean-Luc Mélenchon a fixé un ultimatum aux autres forces de gauche en les invitant à le rallier avant le mois de novembre. Plusieurs députés écologistes et communistes inquiets pour leur réélection en l’absence d’accord avec LFI aux législatives pourraient se laisser débaucher et se mettre au service de LFI.
Efficace sur le NPA-l’Anticapitaliste qui n’avait rien à perdre, cette stratégie de la pression et du débauchage individuel en échange de circonscriptions exaspère au plus haut point au sein des écologistes et du PCF où beaucoup d’adhérents ont fait bloc autour de Marine Tondelier ce weekend et de Fabien Roussel à l’occasion du 40ème congrès du PCF.
David NOËL
PCF Avion
