Congrès du PCF 2026 : notre analyse du texte « Un communisme de conquêtes » (première partie)

7 juin 2026

Confusions et lacunes dans la politique internationale du PCF

Les 3, 4 & 5 juillet prochains aura lieu le 40e congrès du Parti Communiste Français. Le texte d’orientation produit par sa direction pour servir de « base commune » pour les discussions préalables au congrès, intitulé Un communisme de conquêtes, nous offre des points de repère concernant l’approche politique des dirigeants à l’égard de l’actualité nationale et internationale.

Certes, l’expérience nous apprend que le contenu d’une « base commune » n’a souvent qu’un rapport lointain avec le véritable comportement politique de la direction nationale du parti, mais il permet néanmoins d’y entrevoir sa façon d’analyser les problèmes politiques du jour et d’évaluer la pertinence de ses raisonnements, dans une situation internationale caractérisée par de fortes tensions entre les grandes puissances impérialistes, la multiplication des guerres et une dégradation générale des conditions de vie.

La « globalisation » du capitalisme a fortement accéléré la fusion des économies dites nationales en une économie véritablement mondiale, mais en même temps elle a exacerbé à l’extrême la lutte entre les grandes puissances pour s’approprier les ressources naturelles et productives du monde et des marchés. Le contrôle des routes commerciales maritimes et terrestres et la suprématie militaire dans les différentes régions du monde sont devenus un enjeu impérialiste majeur, comme en témoignent l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la mainmise sur le Venezuela (avec la complicité du régime actuel) de la part des États-Unis, ainsi que les guerres d’expansion territoriale génocidaires menées par Israël et la guerre menée conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran.
La montée en puissance commerciale et militaire de l’impérialisme chinois au cours des dernières décennies a profondément modifié les rapports de forces internationaux. D’une part, elle a profité à d’autres grandes puissances en leur ouvrant de nouveaux champs d’investissement et de marchés, avec les avantages considérables d’une main-d’œuvre qualifiée, peu chère et, de surcroît, privée de droits démocratiques, soumise à un régime dictatorial et répressif. D’autre part, la place de plus en plus importante qu’occupe l’impérialisme chinois dans les affaires du monde se traduit nécessairement par une réduction du poids relatif des États-Unis et des puissances européennes.

Ainsi, le texte de congrès présenté par Fabien Roussel et ses soutiens au Conseil National évoque les « recompositions majeures » dans le domaine des relations internationales, et la « montée de nouvelles puissances », supposées faire contrepoids à la « volonté impérialiste et guerrière » des États-Unis. Comme si la Chine et la Russie n’avaient pas, elles, de « volonté impérialiste et guerrière ». À travers l’ensemble du texte, les États-Unis sont accusés, à juste titre, d’impérialisme, mais la Chine et la Russie ne le sont pas.

L’impérialisme, c’est l’exportation du capital, la prise de contrôle de ressources naturelles et de marchés à travers le monde. C’est la mobilisation de moyens militaires pour protéger et étendre sa sphère d’influence et sa domination, par la menace, l’intimidation et, si besoin est, par la guerre, l’occupation et l’oppression d’autres pays.

Les États-Unis sont une puissance impérialiste, certes. Mais la Chine aussi. La Russie aussi. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, dont le but initial était d’annexer le pays tout entier est une agression impérialiste flagrante, soutenue par la Chine. Et pourtant, cette guerre n’est même pas mentionnée dans le document de la direction du PCF, sauf une seule allusion passagère et plutôt saugrenue. Le texte accorde à l’Ukraine le « droit de se défendre » mais se déclare opposé à ce que la France lui livre des armes. Cette position est totalement insensée. Pour le peuple ukrainien, à quoi sert le « droit » de se défendre contre l’agression russe sans les moyens militaires d’exercer ce droit ? Fabien Roussel a lui-même dénoncé à maintes reprises l’agression russe contre la Russie, comme – et ce n’est qu’un exemple parmi bien d’autres – dans cette interview dans le JDD, où il a déclaré que « cette folie meurtrière porte un nom, synonyme de nationalisme et de déshonneur, celui de Vladimir Poutine. » Dans la même interview, il poursuit : « Aujourd’hui, l’heure est à la solidarité sans faille avec l’Ukraine, à laquelle nous devons apporter, avec d’autres pays alliés, tous les moyens de défendre pleinement son territoire.  Car il y a bien dans ce conflit un agresseur, clairement désigné, et un pays en état de légitime défense, que nous soutenons sans la moindre ambiguïté. » Comment expliquer alors le silence bienveillant à l’égard de la Russie dans le texte ? Faut-il y voir une concession aux éléments « campistes » dans le parti, qui voient dans la Russie et la Chine un contrepoids salutaire à l’impérialisme occidental ? Quoiqu’il en soit, le fait de ne pas prendre fermement position pour le droit à l’autodétermination de l’Ukraine et contre l’agression russe constitue une lacune majeure et inacceptable.

La façon dont le document aborde la question de l’OTAN trahit le même « campisme » borné qui entache depuis longtemps la politique internationale de la direction du PCF. L’OTAN est qualifiée de « bras armé des États-Unis ». C’est une définition plutôt lapidaire d’une réalité qui mériterait une analyse plus concrète. Mais ce qui nous intéresse ici, c’est l’alternative que propose Un communisme de conquêtes, à savoir une alliance de sécurité collective européenne indépendante des États-Unis, englobant un grand nombre de pays allant « de l’Atlantique à l’Oural » ! L’Oural étant une chaîne de montagnes située au cœur de la Russie, le texte propose, en substance, le remplacement d’un accord de sécurité collective avec les États-Unis – l’OTAN – par un accord de sécurité collective avec la Russie !
Ajoutons que lors des congrès précédents, ses partisans ont prôné une réorientation des liens commerciaux et diplomatiques en faveur de la Russie, la Chine et la Turquie, au lieu de prioriser le commerce transatlantique. Dans le même ordre de raisonnement, les pays des BRICS sont présentés dans le texte comme, un regroupement susceptible de défier l’impérialisme américain. Les BRICS comprennent la Russie, la Chine, l’Inde, l’Iran, l’Égypte, l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis, l’Indonésie, l’Éthiopie, le Brésil et l’Afrique du Sud. En quoi ces pays jouent un rôle progressiste dans le monde ou seraient de quelque manière que ce soit un regroupement anti-impérialiste demeure le secret bien gardé des auteurs du texte, qui nous invitent à voir en eux, comme dans les pays de l’Union africaine « des bases pour agir » !

Depuis longtemps, Fabien Roussel affiche une grande admiration pour la dictature en Chine, laquelle, pense-t-il, représenterait une « mise à jour » salutaire du marxisme. En visite en Chine en 2019, il a ainsi déclaré que « la nouvelle Chine, qui aujourd’hui rayonne dans le monde, est une Chine qui réussit aujourd’hui à répondre aux aspirations au droit au bonheur auquel tous les peuples du monde ont droit. […] Le monde évolue très vite. La finance internationale se développe fortement. Des défis nouveaux apparaissent, comme celui du dérèglement climatique. Et donc il y a toujours besoin d’analyser et de revivifier la pensée de Marx. Il est toujours d’actualité. Et donc nous constatons que la pensée de Xi Jinping, qui souhaite faire entrer le socialisme à la chinoise dans une nouvelle ère, tient compte de ces évolutions du monde et répond à ces nouveaux défis. » Pas un mot sur l’absence de démocratie ou sur l’oppression et l’incarcération massive des Ouïgours, chez qui les femmes ont été victimes de stérilisations et avortements forcés. Pareillement, Un communisme de conquêtes n’émet pas la moindre critique de ce régime totalitaire et oppressif.
On ne peut quitter notre évaluation de la partie internationale du texte de la direction du parti sans évoquer la question primordiale de la politique génocidaire et expansionniste israélienne, qui doit être vigoureusement dénoncée et combattue. La politique étrangère du gouvernement israélien est fondée sur la violence et l’oppression. C’est un gouvernement qui a massacré des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants et infligé une souffrance inimaginable aux survivants. Il constitue une menace mortelle pour les peuples de la région. Les militants du PCF ont été en première ligne de la solidarité – en paroles et en actions – avec le peuple palestinien. Il est d’autant plus surprenant, que le texte n’aborde pas le sujet de ce génocide, qui n’est même pas mentionné. On se demande pourquoi. Est-ce peut-être par peur d’être taxé d’antisémite par les apologues de la politique néfaste d’Israël ? Quelle que soit la raison, c’est une lacune grave et totalement inadmissible.

L’indulgence vis-à-vis de la Russie et de la Chine, l’attitude positive envers les pays des BRICS dont la majorité sont gouvernés par des régimes extrêmement réactionnaires, l’absence de caractérisation de la politique israélienne, l’absence de prise de position sur l’invasion de l’Ukraine, le « campisme » borné qui laisse entendre que les puissances en rivalité avec les États-Unis seraient de ce fait objectivement progressistes, sont autant de raisons pour dire que ce texte n’est pas digne d’un parti qui se réclame de l’internationalisme.

Greg Oxley
PCF Paris

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