« Vitrine » d’un Rassemblement national qui se serait découvert une fibre sociale et fief électoral de Marine Le Pen, la ville d’Hénin-Beaumont illustre la nocivité d’un parti d’extrême droite qui n’a pas changé et s’attaquerait immédiatement aux libertés publiques et aux organisations syndicales si par malheur il accédait au pouvoir en France.
La répression qui s’abat sur Djelloul Khéris, représentant de SUD Collectivités Territoriales à Hénin-Beaumont, en est une illustration chimiquement pure. Enfant du bassin minier, cet agent municipal est animateur en maison de quartier depuis de nombreuses années. C’est lui qui a fait vivre la Maison de Quartier Maurice Thorez – avant que la municipalité RN ne la débaptise en 2019, pour faire disparaître le nom d’un dirigeant communiste de la mémoire locale.
La présence d’une Maison de Quartier Thorez à Hénin-Beaumont n’avait pourtant rien d’incongru, l’ancien secrétaire général du PCF et ministre de Fonction publique étant natif de Noyelles-Godault, ville voisine d’Hénin-Beaumont…
Située dans le quartier du « Vieux Hénin », la Maison de Quartier Maurice Thorez était une des trois maisons de quartier ouvertes par la municipalité socialiste dans les années 2000. Sous l’impulsion de Djelloul, devenue une figure du quartier, de nombreux ateliers s’y sont tenus avec les habitants et des spectacles délocalisés de l’Escapade, l’association culturelle de la ville, expulsée de ses locaux par la municipalité RN début 2025.
Connu et respecté du milieu associatif et culturel héninois, Djelloul Khéris est issu du quartier Kennedy, l’un des quartiers les plus populaires de la ville d’Hénin-Beaumont, avec ses tours, son terrain de pétanque, son local associatif et son boulodrome. Secrétaire du club de foot de l’AS Kennedy, il est également membre du bureau de l’association l’Escapade et s’est battu pendant des années pour l’indépendance du centre culturel et contre l’ingérence du RN.
Les engagements associatifs de l’agent lui ont valu, à de multiples reprises, d’être nommément pris à partie dans des communiqués du maire RN parus sur la page Facebook de la ville ou dans le bulletin municipal.
Ainsi, dans un communiqué publié le 28 septembre 2024 sur la page officielle de la ville d’Hénin-Beaumont, la municipalité RN s’en est violemment prise au syndicaliste dépeint comme une « figure de l’extrême-gauche locale et de l’opposition municipale » accusée d’avoir « mené une guerre au Président historique de l’association pour en prendre le contrôle ».
En avril 2025, Djelloul Khéris et les camarades de son syndicat étaient présents à Arras pour la manifestation organisée par la LDH pour les libertés publiques, contre l’extrême droite et pour la défense de l’État de droit après les attaques du RN qui ont suivi l’annonce de la condamnation de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires présumés fictifs du RN au parlement européen.
Toujours injurieux, Steeve Briois s’en est violemment pris à lui sur sa page Facebook, qui compte 77 000 abonnés : « Dans notre région, le point de rassemblement était à Arras où 50 cloportes faisaient peine à voir. Parmi eux, le communiste David Noël […] On pouvait également distinguer Djelloul Khéris du syndicat Sud qui, entre 4 grèves, a dû trouver pénible et fatiguant de devoir porter un drapeau ».
Un syndicaliste de combat en première ligne face à l’extrême droite
De fait, à la tête de SUD Collectivités Territoriales d’Hénin-Beaumont, Djelloul Khéris se bat depuis des années contre la municipalité RN et n’a jamais caché ses convictions antifascistes.
Depuis 2015, il organise chaque 1er mai un rassemblement devant les portes closes de l’hôtel de ville d’Hénin-Beaumont pour dénoncer l’autoritarisme de la mairie RN qui refuse de recevoir les syndicats.
Chaque année, l’initiative donne lieu à un communiqué toujours injurieux de la municipalité RN contre Djelloul Khéris et ses collègues de SUD, qualifiés de « pseudo-représentants du personnel » et systématiquement accusés d’être d’extrême gauche.
Quatre-vingts personnes, dont de nombreux militants de gauche, mais aussi des antifascistes de la CNT et du collectif antifasciste du bassin minier, étaient présents l’année dernière dans une ambiance joyeuse et bon enfant.
De son côté, la municipalité RN a publié un communiqué dénonçant de prétendues insultes contre la police municipale – en réalité un slogan antifasciste entonné par des militants de la CNT – et fustigé Djelloul Khéris et ses collègues qui se seraient « définitivement discrédités » pour avoir « fait appel aux nervis dangereux de l’ultra gauche lilloise ».
Si l’agent municipal est régulièrement la cible des attaques du RN, c’est que le syndicaliste de SUD, élu au comité technique de la commune, se bat pied à pied dans les instances, n’hésite pas à voter contre les projets présentés par la municipalité, à engager des recours auprès du Tribunal administratif de Lille et informe systématiquement les agents de la ville en publiant les comptes-rendus des réunions du comité technique, quand le syndicat majoritaire, FO, se situe plutôt dans une forme de cogestion.
La lecture des comptes-rendus de réunion du comité technique est d’ailleurs édifiante, tant l’agressivité des réponses des élus RN aux questions des représentants de SUD transparaît.
Les attaques nominatives dont Djelloul Khéris fait l’objet lors des réunions du comité technique, dans les communiqués de la municipalité adressés aux agents en réponse aux tracts de SUD ou dans les colonnes du magazine municipal n’ont jamais fait craquer le syndicaliste, qui est soutenu par la fédération SUD Collectivités Territoriales et par l’Union syndicale Solidaires.
Une étape supplémentaire vient cependant d’être franchie avec l’annonce de sa convocation devant la Commission administrative paritaire (CAP) réunie en conseil de discipline.
Dans la fonction publique territoriale, le Conseil de discipline est composé pour une moitié de représentants du personnel et de l’autre de membres de l’administration. Une fois l’audience terminée, les membres du Conseil de discipline mettent au vote la sanction proposée qui est transmise à l’employeur. En effet, le conseil de discipline n’émet qu’un avis que l’administration n’est pas obligée de suivre.
Djelloul Khéris a d’abord été convoqué lundi 17 novembre à 11h devant le conseil de discipline de la ville. La municipalité RN demandait à son encontre une suspension de deux ans sans traitement.
Elle lui reprochait une prétendue « confusion » entre ses devoirs d’agent municipal et ses responsabilités au club de l’AS Kennedy et au bureau de l’Escapade. Dans le dossier disciplinaire, à peu près vide, la municipalité reprochait ainsi au syndicaliste d’avoir adressé un mail aux services techniques de la ville pour demander de remettre du chauffage dans le local associatif de l’AS Kennedy… depuis son adresse mail professionnelle plutôt que depuis une adresse mail personnelle.
La fédération SUD Collectivités Territoriales a évidemment apporté son total soutien à Djelloul Khéris. Pour le syndicat, « le dossier disciplinaire a été construit exclusivement à charge sans le moindre élément matériel fiable justifiant les accusations portées par le maire RN. Dans le collimateur de l’exécutif d’extrême droite, il est évident que l’engagement syndical et les prises de position, notamment antifascistes de Djelloul et de l’équipe syndicale, expliquent les tentatives répétées de la municipalité de les neutraliser. Cette procédure disciplinaire est une tentative d’affaiblir une voix critique de la part d’un pouvoir autoritaire qui ne tolère aucune contestation ».
Une manifestation, à l’appel de SUD Collectivités Territoriales, a rassemblé plus de deux cents personnes devant l’hôtel de ville, dont de nombreux syndicalistes et militants de gauche venus apporter leur soutien à Djelloul.
Refusant de recevoir les manifestants, Steeve Briois, le maire RN d’Hénin-Beaumont, a publié un communiqué sur sa page Facebook dénonçant une « manifestation en soutien à un agent municipal coupable de lourdes fautes professionnelles » qui « n’aura rassemblé que 130 personnes ce lundi, dont la quasi-totalité extérieures à la ville, et le reste uniquement constituées de nervis ultra-politisés ».
Dans la foulée, on apprenait le report du Conseil de discipline au 12 janvier : le maire d’extrême droite ne demande plus une suspension de deux ans sans traitement, mais carrément la révocation de la fonction publique de Djelloul Khéris, en d’autres termes son licenciement pour « manquement au devoir de réserve » pour avoir accepté de témoigner en tant que syndicaliste dans le documentaire « Des nimbes au monde » consacré à l’expulsion de l’Escapade de ses locaux.
Dans la mesure où l’administration n’est pas tenue de suivre l’avis consultatif du conseil de discipline, le risque est réel de voir Djelloul Khéris révoqué, quand bien même le conseil de discipline refuserait la sanction totalement disproportionnée demandée par la municipalité d’extrême droite.
Dans un tel scénario, Djelloul Khéris, avec le soutien de son syndicat, pourrait saisir le tribunal administratif (T.A.) pour demander l’annulation de la sanction à la fois sur le fond et en « référé-suspension », le fait d’être privé de salaire constituant à l’évidence un motif d’urgence.
Mais si une éventuelle sanction prise contre le syndicaliste était annulée, nul doute que la municipalité RN n’en resterait pas là. En cas de suspension de la sanction en référé, la municipalité RN ira en cassation au Conseil d’État ; en cas d’annulation de la sanction à l’issue de la procédure au T.A. sur le fond, la municipalité RN pourra faire appel devant la Cour administrative d’appel de Douai, puis, en cas de nouveau désaveu, devant le Conseil d’État.
C’est un long combat judiciaire qui s’annonce pour le syndicaliste, soutenu par l’ensemble des forces de gauche et aussi par la CGT et la FSU qui appellent à une nouvelle manifestation pour le soutenir lundi 12 janvier, à 11h, devant l’hôtel de ville d’Hénin-Beaumont.
Pour le RN, l’objectif est clair : détruire humainement et professionnellement Djelloul Khéris, décapiter la section syndicale SUD et dissuader le reste du personnel municipal de s’opposer à la municipalité.
La Riposte apporte tout son soutien à Djelloul Khéris et à ses camarades de SUD Collectivités Territoriales.
La violence et la brutalité dont fait preuve le RN à l’échelle des villes qu’il contrôle préfigurent la violence et la brutalité dont l’extrême droite ferait preuve si elle accédait au pouvoir. On affirme parfois, dans certaines organisations révolutionnaires, que le RN n’est pas fasciste d’un point de vue marxiste. C’est exact. Mais sa dangerosité pour les syndicalistes, pour les associations culturelles, pour les associations antiracistes ou pour les immigrés n’a rien de théorique : elle est inhérente à l’idéologie xénophobe, antisociale et autoritaire de l’extrême droite nationaliste.
David NOËL
PCF Méricourt

