Élections municipales de 2026 : le PCF en ordre dispersé

4 janvier 2026

Le Parti communiste aborde les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 en ordre dispersé.
Dans un pays qui compte près de 35 000 communes, il n’y a rien d’étonnant à ce que les communistes se présentent dans des configurations différentes, en fonction des réalités locales, des rapports de forces, du bilan des municipalités sortantes, qui peuvent être des municipalités communistes, des municipalités conduites par d’autres partenaires de gauche ou des municipalités conduites par les adversaires de droite et d’extrême droite.

Le choix de la stratégie aux municipales dépend aussi, souvent, de la qualité des relations interpersonnelles avec les militants locaux des autres partis de gauche. La politique est certes une affaire de programme et de stratégie, mais elle comporte aussi sa part d’affects : difficile de faire alliance, dans certaines villes, avec des socialistes ou des insoumis avec qui les rivalités et les conflits ont été omniprésents au cours des précédentes campagnes électorales et avec qui les relations sont ou glaciales, ou carrément hostiles.

L’enjeu de l’implantation municipale

Pour les communistes, la nécessité de gérer des municipalités ne fait plus débat. Comme le note Rémi Lefebvre,

« La question municipale, du point de vue doctrinal, est tranchée dès la fin du siècle. Les nécessités du combat politique et de la concurrence électorale contraignent l’ensemble des socialistes, et les guesdistes tout particulièrement, en dépit de leur méfiance à l’égard de l’institution municipale (dans le Nord, par exemple), à investir le cadre communal. Un consensus implicite se dégage sur la nécessité de s’emparer des hôtels de ville. » (1)

Après le Congrès de Tours, en décembre 1920, les communistes s’inscrivent dans les pas des socialistes et s’efforcent, depuis un siècle d’élaborer, dans les communes qu’ils dirigent un « communisme municipal ».

Certes, la gestion d’une municipalité oblige nécessairement le maire à respecter le cadre institutionnel de la République française et des maires communistes ont pu être révoqués, sous l’Entre-deux-guerres ou lors de la guerre d’Algérie pour avoir pris des positions antimilitaristes contraires aux lois républicaines. Pour autant, même dans le cadre restreint des institutions de la République bourgeoise, il est possible de mener des politiques municipales émancipatrices en matière de logement, de sport, de culture et d’action sociale comme il est possible de mener des politiques municipales réactionnaires.

Spécialiste du communisme municipal, l’historien Emmanuel Bellanger en parle comme d’un « réformisme officieux » (2) qui s’est particulièrement épanoui et développé après 1945 dans la banlieue parisienne surnommée la « banlieue rouge ».
Ce communisme municipal était inséparable de l’existence d’un puissant réseau d’associations liées au PCF : à Ivry, Saint-Denis, Montreuil ou Aubervilliers, l’influence du communisme dans ses bastions reposait en premier lieu sur la CGT, mais aussi sur l’Union des femmes françaises (UFF) qui rassemblait de nombreuses militantes, sur les associations d’anciens résistants et déportés comme l’ANACR ou la FNDIRP, qui rappelaient l’ancrage du Parti communiste dans la Résistance, ou encore sur les clubs sportifs affiliés à la FSGT.
En outre, le PCF pouvait compter sur une presse locale communiste souvent en difficulté, mais qui pénétrait les foyers grâce à la vente militante au porte-à-porte.

A son apogée, en 1977, le PCF, allié au Parti socialiste de François Mitterrand dans le cadre de « l’union de la gauche » a dirigé jusqu’à 73 villes de plus de 30 000 habitants, soit près d’un tiers des villes de cette strate démographique. Le PCF en dirigeait encore 46 en 1995.

En 2020, le PCF revendiquait encore 6 700 élus et 661 communes, dont 145 de plus de 3 500 habitants. Dans les communes de plus de 1 000 habitants, 233 maires communistes ou apparentés ont été élus au 1er tour des élections municipales le 15 mars 2020, dont 100 communes de plus de 3 500 habitants. Pour le deuxième tour qui portait sur beaucoup moins de villes que le 1er tour, 16 villes ont été conservées, 20 gagnées ou reconquises et 24 perdues.

2,3 millions de Français sont administrés par des municipalités communistes, mais les mairies PCF sont regroupées, pour la moitié d’entre elles, dans seulement 7 départements : les Bouches-du-Rhône, la Meurthe-et-Moselle, le Nord, le Pas-de-Calais, la Seine-Maritime, le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis. Le PCF reste cependant le troisième parti en France en termes d’élus locaux.

La baisse du nombre de municipalités communistes s’est accompagnée depuis plusieurs décennies d’une professionnalisation accrue du PCF. Dans les villes de plus de 30 000 habitants, la proportion de maires ouvriers est ainsi tombée de 10 % dans les années 1930 à 0,4 % aujourd’hui.

Devenu une force électorale marginale au plan national avec des scores autour de 2 % des voix aux élections présidentielles et européennes, malgré les objectifs de redressement du parti affichés par Fabien Roussel et la direction élue en 2018, le PCF n’a d’autre choix que de conserver les municipalités qu’il dirige et de tenter d’en conquérir de nouvelles : de fait, le reversement des indemnités des élus constitue une source de financement non négligeable pour le PCF, qui a vu fondre son financement public, calculé sur la base des résultats aux élections législatives. Or, dans tous les partis politiques, les finances sont le nerf de la guerre : elles permettent de rémunérer des salariés, de payer des tracts, des affiches, des locaux et des journaux.

Des accords électoraux à géométrie variable

Partout en France, les militants communistes se sont engagés dans la bataille des municipales. Dans les villes détenues par la droite, le PCF partira à la bataille le plus souvent dans le cadre d’alliances avec des partenaires de gauche ; dans celles détenues par le PS ou les Verts dans lesquelles le PCF participe à la majorité, les communistes font généralement le choix de ne pas rompre les alliances locales dès lors qu’ils estiment avoir été respectés.

De fait, les considérations nationales sur le vote pour ou l’abstention des députés socialistes et écologistes sur le vote du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), souvent brandies par LFI pour dénoncer les alliances avec des partis de gauche qui auraient sauvé la mise du gouvernement Lecornu, sont souvent laissées de côté par le PCF.

C’est le cas à Paris où un accord PS-PCF-Ecologistes vient d’être conclu entre le socialiste Emmanuel Grégoire, l’écologiste David Belliard et Ian Brossat pour le PCF, tous trois ciblés des attaques de Sophia Chikirou qui mènera une liste LFI. Consultés, les adhérents communistes parisiens ont voté à 77,94 % pour l’accord qui leur était proposé d’alliance au premier tour avec les écologistes et les socialistes derrière Emmanuel Grégoire.

Dans la capitale, dirigée depuis 2001 par le PS, il s’agit d’empêcher la droite emmenée par Rachida Dati, qui devrait être jugée aux côtés de l’ex-patron de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, pour corruption et trafic d’influence en septembre 2026, de l’emporter et de remettre en cause les politiques publiques menées sous le mandat d’Anne Hidalgo.

Ian Brossat, par son combat contre les plateformes comme Airbnb, a incontestablement montré que les élus communistes pouvaient être utiles, dans les grandes métropoles, pour lutter contre l’augmentation des loyers et l’expulsion des classes populaires des centres-villes. Beaucoup reste cependant à faire, mais la perspective d’une victoire de Rachida Dati, dont on connaît les accointances avec les médias Bolloré et son désir de s’attaquer au service public a de quoi effrayer les Parisiens.

Il reste que le renoncement des communistes parisiens à mener une liste autonome au premier tour des élections municipales offre l’opportunité à LFI de se présenter comme une alternative à la « gauche bourgeoise » dans laquelle le parti mélenchoniste range le PCF.
Le Parti communiste ne se redressera jamais et restera condamné à la marginalité électorale s’il apparaît, aux yeux de la population, comme une force d’appoint du Parti socialiste, mais il ne se redressera pas non plus s’il apparaît comme une force d’appoint de la France insoumise. A Paris, tout accord avec l’insoumise Sophia Chikirou, qui a osé comparer le secrétaire national du PCF à Jacques Doriot, l’ancien maire stalinien de Saint-Denis, exclu du PCF, fondateur du PPF, devenu collaborationniste convaincu et engagé dans les Waffen SS, était de toute façon exclu, Sophia Chikirou étant en outre mise en examen pour « escroquerie aggravée » et « abus de biens sociaux » dans l’affaire des comptes de campagne de La France insoumise de 2017, en plus d’être accusée de management brutal et de propos homophobes à l’époque où elle dirigeait Le Média. La candidate de la France insoumise sera d’ailleurs jugée en mai 2026 pour escroquerie présumée au préjudice du Média.

En province, dans les villes détenues par le PCF, l’enjeu est de conserver des municipalités qui ne sont pas toujours menacées par la droite ou l’extrême droite, mais peuvent l’être par la gauche : certaines municipalités communistes feront ainsi face à des listes concurrentes du Parti socialiste ou de la France insoumise.

A cet égard, on commence à mesurer les effets des accords léonins acceptés par le PCF en 2022 et en 2024 dans le cadre de la NUPES puis du Nouveau front populaire. En n’obtenant que 50 circonscriptions et en se rangeant derrière des candidatures insoumises aux législatives dans ses derniers bastions de la Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne ou de la région lyonnaise, le PCF a contribué à faire élire des députés insoumis dont le premier objectif est désormais de se porter candidat aux élections municipales.
De fait, depuis l’interdiction du cumul des mandats de maire et de parlementaire, les députés sont devenus des élus « hors-sol », à la merci d’une vague électorale contraire, même s’ils peuvent rester membre d’un conseil municipal.
Il n’y a donc rien de plus urgent, pour les députés LFI nouvellement élus que d’utiliser leur mandat de député pour s’emparer de la ville phare de leur circonscription et dans la foulée, de viser la présidence d’une communauté d’agglomération, voire un poste de conseiller départemental aux prochaines élections départementales. Le poste de député peut ainsi être laissé au suppléant, mais sera ainsi « sécurisé », minimisant le risque de défaite grâce aux ressources que procure le mandat de maire en termes d’octroi de subventions ou de promesse de logement.

Les municipalités communistes situées dans des circonscriptions prises par LFI sont dans le viseur de LFI, particulièrement celles dont le maire n’a pas fait allégeance à Jean-Luc Mélenchon aux dernières présidentielles. LFI présentera donc des listes dans quatre des cinq plus grandes villes dirigées par les communistes ou apparentés (Montreuil, Nanterre, Vitry-sur-Seine, Vénissieux et Ivry-sur-Seine), toutes en banlieue parisienne ou lyonnaise.

En Seine-Saint-Denis, la fédération communiste a préféré signer un accord avec LFI : moyennant le soutien de LFI à des sortants communistes jugés LFI-compatibles à Bobigny, Noisy-le-Sec, Sevran et Stains, le PCF renonce à toute perspective de reconquête et abandonne la tête de liste aux municipales aux insoumis à Aubervilliers, Aulnay-sous-Bois, Bondy et Drancy, ainsi qu’à Saint-Denis-Pierrefitte. L’accord ne dit rien de Montreuil où les insoumis affronteront le PCF. L’annonce de cet accord départemental entre le PCF 93 et LFI a choqué de nombreux communistes et a fait réagir Pierre Lacaze, responsable national du PCF aux élections, entraînant une avalanche de commentaires insultants contre Sofia Boutrih, cheffe de file du PCF à Saint-Denis-Pierrefitte, accusée de s’être soumise à LFI.

Sofia Boutrih a été publiquement soutenue par le député insoumis Hadrien Clouet qui a dénoncé des « attaques racistes et sexistes de la part de Pierre Lacaze ». Les partisans d’un rapprochement du PCF et de LFI ont justifié l’accord départemental signé entre les deux formations en Seine-Saint-Denis et dénoncé les attaques venant des communistes partisans des alliances avec le PS.
De son côté, le PCF a publié un communiqué condamnant « les propos scandaleux et diffamatoires d’Hadrien Clouet contre Pierre Lacaze » et les « stratégies de division mortifères de LFI ».
Porte-parole du PCF et candidat aux élections municipales à Amiens à la tête d’une liste de gauche soutenue par des insoumis locaux qui viennent d’être désavoués par LFI, Léon Deffontaines a lui aussi dénoncé l’accord signé en Seine-Saint-Denis entre la fédération PCF 93 et LFI.

Dans d’autres départements, des accords entre le PCF et la gauche non-insoumise ont été conclus. Dans le Val-de-Marne, autre bastion historique du communisme municipal, le PCF, le PS, les Écologistes, Générations, l’APRES et Debout ont signé un communiqué commun appelant à « créer les conditions des rassemblements les plus larges dès le 1er tour des élections municipales ». La France insoumise, qui présentera ici aussi des listes contre des municipalités de gauche sortantes n’est pas signataire de ce communiqué commun.

Pour La Riposte, les désaccords sur les stratégies électorales ne devraient jamais conduire les communistes à s’injurier sur les réseaux sociaux et à s’accuser entre camarades de « soumission », de « capitulation » et de « trahison » au profit de l’un ou l’autre de nos partenaires.

Si des accords électoraux sont nécessaires pour conserver des municipalités de gauche et en conquérir de nouvelles, les militants communistes, quelle que soit la configuration locale, doivent systématiquement faire la démonstration par leurs actes de ce qui les distingue des politiciens procapitalistes : dans toutes les municipalités dirigées par le PCF ou à participation communiste, les communistes doivent être le fer de lance d’une politique de logement social accessible pour permettre aux classes populaires d’accéder au logement ; ils doivent être les fers de lance d’une politique sportive et culturelle émancipatrice.

Partout, les communistes doivent refuser les privatisations de services publics maquillées en « délégations de service public » au privé ; ils doivent se battre pour la remunicipalisation de l’eau, trop souvent déléguée à des sociétés privées comme Veolia ou Suez, pour des cantines municipales en régie, pour les mobilités douces contre le tout-voiture, les parkings et les centres commerciaux ; ils doivent refuser la dérive sécuritaire à laquelle on assiste, sous la pression du RN qui consiste à créer partout des polices municipales, à armer les policiers municipaux et à installer des caméras de vidéosurveillance. La sécurité relève des prérogatives de l’État, pas des municipalités.

En d’autres termes, les militants du PCF doivent en toutes circonstances démontrer par leur action locale la pertinence des idées communistes. C’est à cette seule condition que le PCF pourra réellement entamer son redressement et ne plus subir les accords léonins qui leur sont imposés par des partenaires de gauche méprisants et hégémoniques.

David NOËL, PCF Méricourt

(1) Lefebvre, Rémi. « Ce que le municipalisme fait au socialisme. Éléments de réponse à partir du cas de Roubaix ». L’implantation du socialisme en France au XXe siècle. Partis, réseaux, mobilisation, édité par Jacques Girault, Éditions de la Sorbonne, 2001.
(2) Bellanger, Emmanuel. 1. Le “communisme municipal” ou le réformisme officieux en banlieue rouge ». Les territoires du communisme Élus locaux, politiques publiques et sociabilités militantes, Armand Colin, 2013, p.40-67.

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