Blitzkrieg capitaliste sur la protection sociale

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Par Rémy S, PCF Alès

De même qu’au bonneteau la rapidité du geste est au cœur de l’arnaque, la prochaine réforme de l’assurance chômage arrive à toute vitesse, par un de ces tours de passe-passe où la banque gagne à tous les coups.

On aurait pu croire qu’après 40 semaines de gilets jaunes, avec une opinion publique choquée par la violence de la répression, Jupiter aurait à cœur de se faire un peu oublier, et de laisser à la société un peu de temps pour s’apaiser, avant de recommencer à lancer ses éclairs au moment opportun.

C’est oublier que la « thérapie de choc » chère à Milton Friedman a précisément besoin d’une population frappée de stupeur pour pouvoir imposer ses régressions à toute allure. Dans l’esprit de la classe dirigeante, c’est donc au contraire le moment « d’accélérer les réformes » en profitant d’une supposée apathie post gilets jaunes. De nouvelles réformes, des retraites et de la fonction publique, suivront d’ailleurs à l’automne, le genre d’emmerdes qui volent en escadrilles…

Généralement, c’est dans ces moments qu’un tâcheron quelconque d’un think tank néolibéral fait paraître un « livre blanc » accusateur, qui servira de prétexte à un « débat démocratique » inexistant. On connait la méthode, c’est la même depuis 30 ans. Les médias en profitent pour dresser (pour la millionième fois) un constat « très sévère » de la gestion des services publics. La meute des éditorialistes s’empresse d’adopter les éléments de langage dictés par le patronat, à base de « coût exorbitant » du public, de sa « désorganisation chronique » et de son « inefficacité notoire ». Enfin, après une campagne éclair à l’unisson des chaines d’info en continu, et motivé par « le souci de bonne gestion des deniers publics », le gouvernement en place vient remettre de l’ordre dans le chaos en imposant sans discussion les « solutions innovantes » amicalement suggérées par le patronat. Les éditocrates saluent alors le « courage du chef de l’état à entreprendre des réformes difficiles ». Les éventuels opposants à la « modernisation de l’état » sont assimilés tour à tour à des « militants radicalisés », aux « réflexes archaïques », faisant régner un climat de « terrorisme intellectuel », et un « corporatisme de privilégiés », mots valises pour désigner le mal. Les petites phrases assassines sur Twitter succèdent aux manifestations réprimées. Deux ou trois sondages paraissent, montrant que « les français soutiennent majoritairement la réforme à 51% », et le tour est joué. Les mois de manifestations n’y changeront plus rien, l’affaire est bouclée : des décennies de luttes syndicales anéanties en quelques mois. Réforme suivante !!

Et celle-là est particulièrement gratinée.

D’abord, pour les hors d’œuvre, il faudra désormais travailler 6 mois au lieu de 4 pour avoir droit au chômage, ce qui, avec les carrières de plus en plus hachées et la généralisation du CDD, se traduira par une difficulté accrue d’accès au régime de l’assurance chômage, alors même que la réforme prétend au contraire la faciliter, l’automatiser et l’étendre.

Ensuite, ce projet de loi approfondit la destruction des services publics, avec la suppression annoncée de 4000 postes à Pôle Emploi d’ici à 2020 (800 rien que pour l’an dernier). On pourrait se poser la question de la pertinence d’un tel dégraissage alors que s’annonce une nouvelle dépression économique (partout dans le monde les ventes de véhicules ont baissé cette année) et donc une reprise du chômage qui, a priori, nécessiterait plutôt un renforcement de ce service public pour aider les chômeurs à « retrouver le chemin de l’emploi », selon la formule consacrée. En réalité, en vertu du bon vieil adage « qui veut tuer son chien l’accuse de la rage », le gouvernement poursuit, à la suite de ses prédécesseurs, la diabolisation de la fonction publique, et organise l’inefficacité des services en imposant aux usagers des procédures kafkaïennes et aux agents des objectifs inatteignables.

Bonne nouvelle, néanmoins : Si des milliers de postes de fonctionnaires dévolus à l’aide aux chômeurs seront encore supprimés d’ici 2022, plus de 800 seront créés dans le même temps pour les contrôler plus étroitement, avec des sanctions plus lourdes pour ceux qui oublient de pointer en temps et en heures.

Un autre effet de la réforme sera la montée en puissance de la dématérialisation de Pôle Emploi, avec les agents manquants remplacés par des sites internet, ce qui va compliquer la vie de millions d’usagers non connectés, soit parce que les chômeurs n’ont les moyens d’un abonnement internet, soit parce qu’ils ne sont pas à l’aise avec cette technologie.

Ceux qui auront un problème ou une question précise auront droit à des vidéos de « tutos » ou à un centre d’appel (Tapez 1). Ceux pour qui ce sera trop compliqué n’auront qu’à aller voir les assistantes sociales déjà surchargées de boulot. Un véritable paradis numérique s’annonce après la mort de ce service public, compensé toutefois par une promesse d’enfer pour les « publics visés par la réforme ».

Au-delà des difficultés d’accès et de maîtrise des outils internet, les chômeurs seront sommés d’accepter n’importe quel job au rabais, sous peine de se voir sucrer leur RSA.

Le gouvernement se veut rassurant : Certes, un « privé d’emploi » ne pourra pas refuser plus de deux offres d’emploi, mais pas de panique, des offres dites « raisonnables », c’est-à-dire correspondant aux qualifications de la personne, mais pas à son salaire antérieur.

Mais qui va déterminer ce qu’est une offre raisonnable ? Geoffroy Roux de Bézieux, du MEDEF ? Est-ce qu’un mois d’intérim en maçonnerie ou en maison de retraite peuvent être « raisonnablement » proposés à un informaticien ? La question se pose et se posera sans aucun doute pour les « assistés », de plus en plus nombreux malgré la récente embellie d’une légère croissance qui s’éteint sous nos yeux.

Et, qui sait, peut-être que ce sera là l’occasion rêvée pour contraindre les chômeurs de longue durée à expérimenter les joies du bénévolat, ou plutôt du rétablissement du travail forcé, puisqu’ils seront tenus de travailler comme bénévoles pour continuer à percevoir leur allocation, comme cela est testé en ce moment dans le Haut-Rhin et les Hauts-de-France. Après tout, peut-être cela contribuera-t-il à « retisser le lien social » ? Qui peut savoir ? Et si l’opinion publique y était favorable ? Après tout, le bénévolat, c’est utile…

Sur ce genre de question, on imagine que Mr. Macron serait beaucoup moins opposé à l’organisation d’un RIC, et puis, le cas échéant, BFM.tv peut parfaitement organiser une « consultation citoyenne » en l’espace d’un weekend…

Enfin, cerise sur le gâteau (un financier, forcément), cette réforme aura pour effet d’agréger les différentes aides en une seule, donc de rassembler également les services, ce qui implique de nouvelles suppressions de postes de fonctionnaires. Ainsi le RSA, les APL, l’allocation adulte handicapé (AAH), l’aide aux chômeurs en fin de droits (ASS), ainsi que le minimum vieillesse (Aspa) seraient fusionnés en une seule allocation, et à budget constant nous promet-on, c’est-à-dire continuement diminué par l’inflation.

Or, l’une des trouvailles magiques de cette réforme, c’est qu’elle propose également d’étendre le RUA aux 18-25 ans, qui n’y ont pas droit, mais aussi à tous ceux qui n’en font pas la demande, soit environ 30% des ayants droit (ce qui est, bien sûr, une chose souhaitable). Donc mécaniquement, le nombre de bénéficiaires va augmenter, et même considérablement augmenter. Mais si le budget, lui, reste constant, les montants versés, eux, baisseront mécaniquement.

Ce qui est commode aussi, c’est que la réforme ne s’appliquera qu’en 2022, voire 2023, ce qui permettra au président-candidat d’ajuster ses « propositions » en fonction de l’humeur électorale, et de pérenniser le « calendrier des réformes » au-delà de son mandat actuel afin qu’il soit finalisé par la prochaine équipe gouvernementale, quelle que soit sa couleur, bleu horizon ou rose bonbon.

Bien sûr, les contours du projet final sont encore flous et seront négociés au gré des sondages d’opinion et des cotes de popularité, mais on sait déjà qui seront les perdants. Et pendant que les plus faibles payent le prix fort pour des clopinettes, Bernard Arnaud a doublé sa fortune depuis que Mr. Macron est à l’Elysée, dépassant les 100 milliards de dollars. Cherchez l’erreur…

Il y a malheureusement fort à craindre que le gouvernement se sente conforté dans ces projets punitifs et stigmatisants à l’égard des chômeurs, car l’opinion a été conditionnée depuis des décennies à les considérer comme des « feignasses-parasites » qui n’ont que ce qu’elles méritent.

Or, une caution populaire, même embryonnaire, est tout ce dont Mr. Macron a besoin pour pouvoir lancer sa campagne de réélection.

Si, avec l’appui idéologique des médias, le gouvernement parvient à convaincre l’opinion de punir les plus faibles pour faire oublier l’indécence des plus fortunés, il aura marqué un point décisif, et la question qui se posera alors à ceux qui l’auront soutenu sera :

Et maintenant, à qui le tour ?

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