L’insurrection en Irak

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L’armée américaine est désormais 
confrontée à un soulèvement insurrectionnel sur 
l’ensemble de l’Irak. Ceci marque un changement qualitatif 
dans la situation. On a assisté cette semaine aux combats les 
plus durs depuis la fin officielle de la guerre, avec 33 soldats américains 
tués en l’espace de trois jours. Les troupes qui ont renversé 
Saddam Hussein il y a un an ont été chassées de 
cinq villes irakiennes après de durs combats.

Mercredi, les Marines bloquaient tous les véhicules 
– y compris les ambulances – qui passaient sur les routes 
permettant d’entrer et de sortir de Falloujah. Personne ne pouvait 
plus accéder à cette ville de 300 000 habitants.

L’attaque américaine contre Falloujah, 
à 30 miles à l’ouest de la capitale, était 
en représailles au meurtre de quatre « entrepreneurs » 
américains. Qu’est-ce que des civils américains 
armés et sans escorte militaire faisaient à Falloujah, 
l’endroit le plus dangereux de l’Irak ? The Economist 
répond :

« C’étaient des gardes de sécurité 
privés travaillant pour une compagnie du nom de Blackwater USA, 
sous contrat avec l’administration américaine. Quelques 
15 000 gardes de sécurité civils sont actuellement en 
Irak – c’est-à-dire une quantité substantielle. 
Et ce nombre n’inclue pas les ingénieurs des télécoms, 
les spécialistes des oléoducs pétroliers et autres 
entrepreneurs privés qui travaillent sur les infrastructures 
irakiennes. »

En d’autres termes, ces hommes étaient 
des mercenaires : de ces assassins et bandits à la solde des 
occupants qui grouillent en Irak et qui font de l’argent au moyen 
d’activités répressives menées sans aucun 
contrôle ou restriction. Il ne faut donc pas s’étonner 
de ce qui leur est arrivé. Il s’agissait de scènes 
barbares, mais elles étaient la conséquence de la barbarie 
générale dans laquelle le peuple irakien a été 
plongé par l’impérialisme américain – 
la force la plus barbare et réactionnaire sur terre.

Des hélicoptères et un avion de combat 
ont soutenu l’assaut des Marines sur Falloujah. L’avion 
a lancé une roquette et une bombe sur l’enceinte de la 
mosquée Abdul-Aziz al-Samarrai. Cet acte montre l’incroyable 
stupidité des dirigeants américains. Des témoins 
affirment que cette attaque a été menée au moment 
où des fidèles se rendaient aux prières de l’après 
midi, et que quarante d’entre eux ont été tués.

Le nombre réel de victimes est très certainement 
bien supérieur à ce qu’affirment les rapports officiels 
de l’armée américaine. Et avec chaque attaque, la 
haine contre les occupants croîtra, et leur très mince 
base de soutien continuera de fondre. La plus grande puissance militaire 
et technologique du monde ne servira à rien. C’est exactement 
ce qui s’est passé au Vietnam.

Les mensonges de Rumsfeld

Alors que les forces de la coalition étaient 
attaquées par les miliciens de « l’armée de 
Mehdi », dirigée par Muqtada Sadr – un Imam radical 
Chiite de 30 ans que les américains disent vouloir arrêter 
 -, une grande partie du sud de l’Irak échappait à 
leur contrôle. Le chef de la Défense américaine, 
Donald Rumsfeld, a tenté de minimiser la résistance aux 
forces de la coalition. Mais personne ne le croit.

A Washington, il a déclaré : « 
Le nombre de personnes impliquées dans ces combats est relativement 
faible. Cela n’a rien à voir avec une armée ou à 
un grand nombre de gens essayant de changer le cours des choses. Nous 
avons à faire à un petit nombre de terroristes et de miliciens, 
couplé avec des manifestations. »

C’est là une considérable sous-estimation. 
Il est probable que le nombre réel de combattants soit relativement 
faible. Mais il faut tenir compte de la nature d’une guerre de 
libération nationale. La force des combattants ne consiste pas 
dans leur nombre. En général, les groupes de guérilleros 
constituent des unités petites et mobiles qui attaquent par surprise 
avant de se fondre dans la population. Leur force consiste dans le soutien 
de la population. Or, désormais, la quasi-totalité de 
la population irakienne est implacablement opposée à l’occupation 
de son pays.

Une tentative maladroite

Les américains étaient supposés 
apporter à l’Irak la paix, la stabilité, la démocratie 
et la prospérité. Au lieu de cela, ils ont amené 
les conflits sans fin, la mort, le chaos, le chômage et la pauvreté 
générale. Plus de 50 % de la population est sans-emploi. 
Les jeunes chômeurs expriment leur mécontentement dans 
des manifestations réprimées à coups de fusils. 
Dès lors, il ne faut pas s’étonner de les voir faire 
la queue pour rejoindre des milices comme celle de Muqtada Sadr.

L’actuel conflit a été déclenché 
par la tentative maladroite d’arrêter le chef religieux 
radical. Dans le passé, Muqtada Sadr – dont l’autorité 
lui vient de son père, Mohammed Sadiq al-Sadr, assassiné 
par Saddam Hussein en 1999 – ne jouissait que d’un soutien 
très limité. Mais des signes montrent que ce soutien a 
augmenté après que le juge irakien appointé par 
les Etats-Unis a lancé un mandat d’arrêt contre lui.

Sadr en appelle aux millions d’irakiens qui n’ont 
rien – aux pauvres, aux sans-abri, aux chômeurs. C’est 
ce qui le rend si dangereux aux yeux des américains. Il semble 
que la confrontation avec Sadr ait été provoquée 
par Paul Bremer, le chef de l’Autorité provisoire de la 
coalition, qui a fermé le journal de Sadr et arrêté 
l’un de ses aides. Il est clair qu’il ne s’attendait 
pas à une réaction aussi violente.

Le Général Mark Kimmit, directeur adjoint 
des opérations militaires américaines en Irak, a déclaré 
 : « S’il veut calmer la situation, [Sadr] peut se rendre 
à une station de police irakienne et faire face à la justice. 
 » De telles déclarations montrent qu’au moins, les 
impérialistes ne manquent de sens de l’humour.

Sadr, qui contrôle trois villes du sud, n’est 
naturellement pas pressé de se soumettre à la « 
justice » américaine. Des jeunes gens en colère 
et sans emploi ont gonflé les effectifs de sa milice à 
hauteur d’environ 3000 hommes. Ces effectifs continueront de croître 
du fait des combats actuels. Le secret de la force de ce mouvement consiste 
dans le fait d’unifier des protestations sociales et nationales.

Le Général Mark Kimmitt répète 
que l’armée américaine va arrêter Sadr et 
que « la coalition et les forces de sécurité conduisent 
des opérations destinées à détruire l’armée 
de Mehdi. »

C’est plus facile à dire qu’à 
faire. L’armée de Mehdi s’est révélée 
beaucoup plus forte que prévu. On rapporte qu’elle contrôle 
la plus grande partie de Nadjaf, où Sadr lui-même s’est 
réfugié. Al-Sadr et ses supporters ne se rendront pas. 
Ils se battront jusqu’à la mort. Ils combattent avec un 
courage fanatique parce qu’ils croient passionnément à 
la justesse de leur action. Peut-on en dire autant des soldats américains 
 ? C’est extrêmement douteux.

On avait dit aux soldats américains qu’ils 
allaient en Irak pour libérer le peuple d’un gouvernement 
tyrannique et haï. On leur assurait que la population les accueillerait 
comme des héros. Dans certains cas – peu nombreux – 
il en a effectivement été ainsi. Mais plus à présent. 
Partout, les soldats de la coalition se heurtent à un mur de 
haine et de suspicion. L’ensemble de la population leur est hostile. 
Ils ne sont jamais et nulle part en sécurité. On imagine 
quel peut en être l’effet sur leur moral.

Dans bon nombre de villes du sud, où les Chiites 
forment la majorité de la population, la police et les unités 
paramilitaires irakiennes – supposément sous les ordres 
de la coalition – ont montré qu’elles n’étaient 
pas prêtes à se battre contre les membres chiites de l’armée 
de Mehdi. Si l’armée américaine utilise son immense 
puissance de feu pour pénétrer dans Nadjaf à la 
recherche de Sadr, cela sera vécu comme une répétition 
de l’offensive de l’armée irakienne contre les grands 
soulèvements chiites à Najaf et Kerbala, à la fin 
de la première guerre du Golfe, en 1991.

Dans les premières heures du 4 avril, au cours 
du plus important assaut américain depuis la guerre conventionnelle 
de l’an passé, des douzaines de tanks et d’hélicoptères 
d’assaut ont bombardé les immenses quartiers chiites de 
Bagdad. Plus de 1000 soldats américains y ont fait incursion 
et ont repris les bâtiments gouvernementaux et stations de police 
qui étaient passés sous le contrôle de l’armée 
de Mehdi. A Bagdad, au moins 50 Irakiens ont été tués 
– contre au moins huit Américains au cours des trois jours 
suivants. Ceci dit, la perte du soutien des Chiites aux Américains 
compensera largement les succès militaires auxquels ils peuvent 
parvenir.

Les limites de l’impérialisme américain

Il est clair que l’impérialisme américain 
dispose d’un pouvoir colossal. Mais ce pouvoir n’est pas 
illimité. En Irak, les occupants sont confrontés à 
un soulèvement général des masses qu’ils 
ne peuvent pas défaire, malgré leur énorme puissance 
militaire. En privé, la clique de la Maison Blanche l’a 
compris. A force, la réalité est parvenue à pénétrer 
même les crânes épais de Bush et Rumsfeld, ce qui 
a permis à un peu de lumière d’entrer enfin dans 
ces lieux obscurs.

The Economist écrit : « En privé, 
les officiels du département de la Défense ont cessé 
de prétendre que la situation était sur le point de s’améliorer. 
Cette semaine, le Pentagone a suspendu une rotation qui prévoyait 
de ramener 24 000 soldats aux Etats-Unis, et le général 
John Abizaid, chef du commandement central américain, a demandé 
une augmentation du contingent dans la région. Ce sont là 
encore les signes les plus clairs du fait que le Pentagone est inquiet 
de la détérioration de la sécurité. Cela 
va à l’encontre des déclarations insistantes de 
Rumsfeld, selon lesquelles il n’y aurait pas besoin de davantage 
de troupes. »

Le retardement du départ de certaines troupes 
est un tournant de taille qui aura des effets très négatifs 
sur la campagne électorale de Bush. Après tout, la Merveille 
Texane a décidé, dans son infinie sagesse, de se présenter 
aux élections sous les traits du Président de la Guerre. 
Il tente de se présenter comme un homme solide guidant la nation 
américaine vers des batailles victorieuses contre les Forces 
Diaboliques. Cette image est désormais quelque peu ternie.

La décision de maintenir des troupes en Irak, 
et même d’y envoyer des renforts, est une reconnaissance 
tacite du sérieux de la situation. La répétition 
constante de l’affirmation : « nous n’avons pas perdu 
le contrôle de la situation », prouve indiscutablement qu’ils 
ont effectivement perdu le contrôle de la situation, et que des 
milliers de soldats supplémentaires seront requis.

Il y a déjà eu des plaintes contre le 
fait que des troupes fatiguées et en état de choc sont 
renvoyées sur la ligne de front alors qu’elles n’y 
sont pas prêtes. Le mécontentement continuera de croître 
parmi les soldats américains, ce qui tôt ou tard s’exprimera 
par une tendance aux mutineries.

Les combats s’étendent

Les événements ont leur propre logique, 
et, malgré les assurances de Rumsfeld, sont de plus en plus incontrôlables. 
Il n’est plus correct de parler des conflits en Irak comme d’une 
guérilla. Le mouvement s’est généralisé 
et a changé de caractère. Ce à quoi nous assistons 
n’est pas une guérilla mais un soulèvement de masse 
du peuple contre un envahisseur étranger et détesté

Et toute l’histoire montre qu’il est impossible de battre 
un peuple entier, quel que soit le nombre de troupes, de tanks et d’hélicoptères 
dont on dispose.

Une chose doit tout particulièrement inquiéter 
Washington : le soulèvement n’est pas confiné à 
la bande sunnite, et ce sont les Chiites – leurs alliés 
supposés – qui forment l’axe central de la résistance.

Le Géneral Richard Myers, chef de l’état-major 
interarmées, a dit que dans des villes comme Ramadi et Falloujah, 
la principale opposition était constituée d’« 
anciens soutiens du régime » – parmi lesquels il 
inclue à la fois des supporter de l’ancien président 
Sadam Hussein et des combattants étrangers fidèles à 
Abu Musab al-Zarqawi, un terroriste jordanien soupçonné 
de liens avec Al Qaeda.

Ces déclarations sont en elles-mêmes des 
aveux d’échec. Avant l’invasion de l’Irak, 
il n’y avait aucune présence d’Al Qaeda dans le pays. 
Quoiqu’on pense du régime de Saddam, il s’agissait 
d’un régime laïque hostile aux groupes islamistes 
comme Al Qaeda. Les sentiments étaient réciproques. Par 
leurs actions, les impérialistes américains ont ouvert 
l’Irak aux membres d’Al Qaeda, qui tuent joyeusement des 
soldats américains et préparent de nouvelles attaques 
terroristes en Irak et dans d’autres pays.

Les alliés sous le feu des rebelles

Ainsi, les Etats-Unis se battent sur deux fronts : 
contre les irakiens chiites et sunnites. Heureusement, ils ont des alliés, 
auxquels ils vont demander de partager les joies des combats et de la 
mort. Il se pourrait bien que cette idée ne soit pas très 
populaire parmi les alliés en question. La plupart des troupes 
alliées, dans les villes chiites, viennent de pays tels que la 
Pologne, l’Ukraine, l’Espagne, la Bulgarie et l’Italie.Les 
gouvernements de ces pays voulaient montrer leur loyauté à 
l’égard des Etats-Unis, mais ne s’attendaient pas 
à se trouver pris dans de sérieux combats. Tels des chacals, 
ils comptaient attendre la fin des combats dans l’espoir de se 
partager quelques os. Mais ce maigre repas va leur donner une sévère 
indigestion.

Les combats ont touché toutes les parties des 
forces de la coalition. Dans la ville sainte de Kerbala, des miliciens 
d’Al Sadr se sont heurtés à des troupes polonaises, 
et les forces ukrainiennes ont dû évacuer la ville de Kut, 
au sud-ouest de Bagdad, au cours de combats avec l’armée 
du chef religieux. Au moins 12 Irakiens sont morts et 20 blessés.

Ainsi, chaque pays impliqué en Irak sera affecté, 
ce qui provoquera des crises politiques comme celle qui a secoué 
l’Espagne jusque dans ses fondations. Ils vont payer un prix terrible 
pour avoir si légèrement accepté les dictats de 
Washington.

Un mouvement de libération nationale

Sous Saddam Hussein, la clique dirigeante – d’origine 
sunnite, une communauté minoritaire – gouvernait avec une 
main de fer, réprimant les aspirations des Chiites (60 % de la 
population) et des Kurdes. En détruisant le pouvoir central, 
l’invasion militaire a inévitablement fait émerger 
de puissantes forces centrifuges qui ont leur propre logique.

C’est un fait établi que, pour atteindre 
ses objectifs cyniques, l’impérialisme utilise les aspirations 
des petites nations et les volontés d’auto-détermination. 
Les petites nations et les minorités ne sont que la petite monnaie 
de l’impérialisme. Un jour, il les mobilise pour affaiblir 
un ennemi, et le jour suivant les abandonne à leur sort.

On a vu comment, en 1990, le père de Bush a 
appelé les Irakiens chiites à se soulever contre Saddam 
Hussein, puis les a laissé subir les terribles représailles 
du régime. Au cours de l’invasion de l’année 
dernière, les Américains ont à nouveau essayé 
de se baser sur les Chiites et les Kurdes. Depuis, ils sont engagés 
dans des intrigues avec différents groupes, c’est-à-dire 
jouent au vieux jeu impérialiste : diviser pour régner.

La presse ne cesse de disserter sur le thème 
des risques d’une guerre civile (entre Sunnites et Chiites). La 
raison en est claire : cette « menace » sert à justifier 
le maintien des troupes en Irak. Ils disent : « Si on se retire, 
il y aura une guerre civile ! ». Mais ce qu’ils ne disent 
pas, c’est qu’ils n’ont jamais cessé de jouer 
les différents groupes nationaux et religieux les uns contre 
les autres, de façon à accroître leur propre pouvoir 
et à se présenter comme des arbitres.

Cependant, le soulèvement a dépassé 
toutes les différences nationales et religieuses. Les rebelles 
sunnites ont manifesté de la sympathie à l’égard 
de la révolte des partisans d’Al-Sadr. Dans la ville sunnite 
de Ramadi, des graffitis à la gloire du « courageux soulèvement 
 » des Irakiens chiites ont fait leur apparition sur les murs la 
mosquée et des bâtiments gouvernementaux. Chiites et Sunnites 
se sont spontanément unis dans la lutte contre un ennemi commun.

Il y a également eu des protestations pacifiques 
en soutien à Al-Sadr dans les villes de Mosul et Rashad, au nord, 
dans les régions kurdes. Il s’agit d’une authentique 
lutte de libération nationale unissant tous les Irakiens : Sunnites, 
Chiites et Kurdes. Le peuple irakien a fait preuve d’une maturité 
politique considérable. Il a montré que, par delà 
les différences nationales, linguistiques et religieuses, il 
y a une consciencenationale irakienne. Celle-ci s’est forgée 
pendant des générations. Par le passé, elle a infligé 
une défaite au puissant impérialisme britannique, et elle 
est capable aujourd’hui d’infliger une défaite à 
l’impérialisme américain.

Nos informations sur Al-Sadr sont limitées. 
Mais celui-ci ne semble pas correspondre à la description qu’en 
font les médias occidentaux : celle d’une caricature de 
fanatique religieux. En effet, il a fait preuve d’un degré 
de compréhension politique qui n’a rien à voir avec 
la démence d’Al Qaeda. Il a averti que l’Irak deviendrait 
un « nouveau Vietnam » pour les Etats-Unis si le pouvoir 
n’était pas transféré à des Irakiens 
n’ayant aucune connexion avec les autorités de la coalition.

Par ailleurs, il est remarquable qu’il ait lancé 
un appel au peuple américain – appel dans lequel il prend 
bien soin de distinguer entre le gouvernement américainetle 
peuple :
« J’en appelle au peuple américain pour qu’il 
se range du côté de son allié – le peuple 
irakien, qui subit l’injustice des gouvernants américains 
et de l’armée d’occupation – et pour qu’il 
l’aide dans le transfert du pouvoir aux honnêtes irakiens. 
 » Ce n’est pas là le langage d’un stupide fanatisme. 
Cela exprime correctement ce qui est nécessaire. L’occupation 
de l’Irak doit finir, les troupes étrangères doivent 
se retirer, et au lieu d’y maintenir par la force des armes un 
gouvernement de marionnettes, les Etats-Unis doivent laisser les Irakiens 
choisir eux-mêmes leurs gouvernants.

Cela n’est pas le socialisme, bien sûr. 
Mais c’est une position qui devrait être soutenue par tous 
les honnêtes démocrates. Ceci dit, les gens qui occupent 
la Maison Blanche en ce moment n’ont que peu de rapport avec l’honnêteté 
et la démocratie. Bush et sa clique sont déterminés 
à poursuivre l’occupation et à écraser le 
soulèvement dans le sang.

Bush et Kerry

Au bout d’un certain temps, l’actuel soulèvement 
finira probablement par s’éteindre. Les combats ne peuvent 
se poursuivre trop longtemps à un tel degré d’intensité. 
Les Américains disposent d’une puissance de feu suffisante 
pour parvenir à quelque chose qui ressemble approximativement 
au contrôle de la situation. Mais tout le monde réalise 
désormais qu’une ligne a été franchie et 
qu’un changement fondamental s’est opéré.

Bien que les forces d’occupation puissent reconquérir 
un certain contrôle de la situation, ils ne parviendront pas à 
établir la moindre stabilité. Aucun des problèmes 
fondamentaux ne peut être résolu. Par conséquent, 
de nouveaux soulèvements et insurrections sont inévitables. 
Tôt ou tard, les envahisseurs tireront la conclusion que l’occupation 
de l’Irak leur coûte plus que ce qu’ils peuvent espérer 
en tirer. A ce stade, la peu glorieuse aventure s’écroulera 
entièrement. Ceci dit, ce n’est pas une perspective immédiate. 
Après être monté sur le dos du tigre, les cavaliers 
éprouvent beaucoup de difficulté à en descendre.

Malgré son immense puissance, la marge de manœuvre 
de l’impérialisme américain est limitée par 
la situation générale du monde. Il s’est embourbé 
dans des aventures militaires en Irak et Afghanistan. La détérioration 
de la situation en Irak est en train d’affecter l’opinion 
publique américaine. Des sondages indiquent l’érosion 
du soutien à la décision d’envahir l’Irak. 
L’humeur des masses américaines est de plus en plus critique, 
et la position de Bush toujours plus fragile.

Comme en Espagne, l’humeur de la population américaine 
peut connaître de brusques changements provoquant de sérieux 
bouleversements. Il y a déjà des signes d’insatisfaction 
publique au sujet de la politique menée en Irak, bien que l’opinion 
continue majoritairement à croire aux justifications de la guerre. 
L’approbation de la façon dont Bush mène la guerre 
en Irak est tombée à 40 %, contre 59 % en janvier. A 43 
 %, le taux d’approbation de l’ensemble de la politique de 
Bush est le plus bas de toute sa législature. Et à peine 
un tiers des Américains pensent qu’il a une idée 
claire de ce qu’il faut faire en Irak.

La lutte politique de plus en plus féroce qui 
se déroule aux Etats-Unis a poussé Colin Powell, le secrétaire 
d’Etat américain, à faire une incursion dans la 
politique intérieure. En réprimandant le sénateur 
Edward Kennedy pour sa description de l’Irak comme le « 
Vietnam de George W. Bush », le Général Powell a 
souligné que le pays était en guerre et que le sénateur 
du Massachusetts ferait bien d’être « plus prudent 
et mesuré » dans ses commentaires. Cela montre que la Maison 
Blanche commence à perdre son sang froid.

Certes, l’ampleur des pertes en Irak n’a 
rien de comparable à ce qu’elle était au Vietnam. 
Les Etats-Unis sont restés une décennie au Vietnam et 
y ont perdu environ 50 000 soldats. La conquête et l’occupation 
de l’Irak n’ont fait pour l’instant que 600 victimes 
américaines. Ceci dit, étant donnés les changements 
dans la situation mondiale et l’humeur qui se développe 
dans la population américaine, les conséquences de l’occupation, 
aux Etats-Unis, peuvent être aussi grandes que celles de la guerre 
au Vietnam. Le malaise et les questionnements au sujet du système 
capitaliste sont aujourd’hui beaucoup plus profonds que dans les 
années 60, lorsque l’économie américaine 
avançait.

Tous les plans soigneusement élaborés 
sont désormais complètement chamboulés. Le week-end 
dernier, Richard Lugar, président de la commission sénatoriale 
des relations étrangères, est devenu le premier dirigeant 
Républicain à suggérer publiquement que l’échéance 
du 30 juin – pour le transfert de souveraineté – 
n’était pas réaliste. Il a expliqué que les 
forces de sécurité irakiennes ne seraient pas prêtes 
d’ici là et que les plans de l’administration américaine 
sur le rôle des Etats-Unis dans la période suivant le transfert 
de souveraineté étaient vagues.

La détérioration de la situation en Irak 
menace de miner les récents succès de campagne de Bush 
contre John Kerry, l’homme quasiment assuré d’être 
le candidat démocrate aux élections présidentielles 
de novembre. Cependant, même si les Démocrates gagnent, 
la politique étrangère des Etats-Unis ne changera probablement 
pas beaucoup. Les Démocrates n’ont aucune stratégie 
alternative et défendent fondamentalement les mêmes intérêts 
de classe que Bush.

En octobre 2002, Kerry a voté pour la guerre. 
Ces derniers mois, il critique de façon opportuniste la gestion 
du conflit par Bush. Dans une récente émission de radio, 
M. Kerry a accusé Bush d’avoir pour des raisons politiques 
fixé au 30 juin la date du transfert de souveraineté. 
« Il y a tellement de choses que l’on pourrait faire autrement 
en Irak qu’il est difficile de dire par où commencer », 
a-t-il dit par ailleurs. Kerry explique à présent qu’il 
faut davantage de troupes en Irak, alors que le Pentagone dit que les 
commandants sur place n’ont pas demandé davantage de troupes.

Ainsi, que ce soit Bush ou Kerry qui siège à 
la Maison Blanche ne fait aucune différence fondamentale. Le 
nouveau Président devra s’efforcer d’utiliser l’ONU 
pour couvrir l’occupation de l’Irak. Finalement, la question 
sera réglée par la lutte du peuple irakien pour son autodétermination 
et par le mouvement des masses aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, en 
Espagne et dans les autres pays engagés en Irak.

Le rôle de l’ONU

Les impérialistes américains sont désormais 
piégés en Irak. Ils ne peuvent se retirer, car alors ils 
perdraient tout. Ils n’ont pas de base en Irak. L’idée 
qu’ils vont transférer le pouvoir aux Irakiens est une 
blague. Leurs collaborateurs sont isolés et détestés 
de la population. La force de police irakienne que les Américains 
ont formé s’est révélée inopérante 
comme force de combat. C’est ce que les récents affrontements 
ont cruellement révélé. The Economist 
commente :

« L’une des caractéristiques frappantes 
de ces conflits, c’est l’inaptitude de la nouvelle police 
irakienne à s’opposer aux rebelles. Bien que ses effectifs 
soient montés de 30 000 hommes jusqu’à 78 000 aujourd’hui, 
ils ne font clairement pas le poids face à des miliciens déterminés 
comme ceux de M. Sadr. A Bagdad, cette semaine, ils ont tout simplement 
abandonné leurs stations. Ailleurs, certains ont changé 
de camps. »

Les implications en sont claires : le gouvernement 
fantoche, à Bagdad, ne tient que grâce aux baïonnettes 
américaines. Si l’armée américaine se retirait, 
il s’effondrerait comme un château de cartes. The Economist 
conclut : « Les Etats-Unis ont fait à peu près tout 
ce qu’ils pouvaient faire en Irak. Cela signifie qu’ils 
n’auront que peu d’options si la qualité de vie des 
Irakiens ne commence pas à s’améliorer. Et, pour 
le moment, c’est le contraire qui se passe. »

En un mot, les impérialistes américains 
ont de sérieuses difficultés en Irak. Dans la vie, lorsqu’on 
est en difficulté, il arrive qu’on se souvienne d’amis 
que l’on avait oubliés depuis longtemps. La même 
chose vaut pour la guerre. Après avoir repoussé l’ONU 
avec arrogance dans la période qui a précédé 
l’invasion de l’Irak, George W. Bush se souvient à 
nouveau, les larmes aux yeux, de cette splendide organisation.

Soudainement, on entend des appels pour un accroissement 
de la présence militaire internationale en Irak. Après 
les sanglants conflits de cette semaine, les Américains cherchent 
avec angoisse une assistance. Rumsfeld a annoncé une réunion 
de crise pour le week-end prochain entre Tony Blair, George Bush et 
le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan.

Messieurs Bush et Blair se sont souvenus de l’existence 
du secrétaire général des Nations Unies peu de 
temps après les élections législatives espagnoles, 
dont on se souvient que le vainqueur, le nouveau Premier ministre socialiste 
Zapatero, a menacé de retirer les troupes espagnoles d’Irak 
si les Nations Unies ne prenaient pas la direction des opérations. 
Nous prédisions alors qu’il allait s’en suivre de 
nouvelles manœuvres au sein de l’ONU. Les voici. Il est temps 
d’inviter M. Annan à dîner !

M. Blair va prochainement dîner, à New 
York, avec M. Annan, pour discuter du rôle de l’ONU dans 
le processus de transfert de souveraineté prévu pour la 
fin du mois de juin. Le gouvernement britannique a dit que les discussions 
couvriraient les questions de l’Irak, du processus de paix au 
Moyen Orient, des armes de destruction massive et de la lutte contre 
le terrorisme.

Nous espérons sincèrement que le dîner 
sera du goût de M. Annan. Malheureusement, le dessert sera très 
amer pour beaucoup de gens. Comme toujours, les impérialistes 
utiliseront l’ONU comme une respectable couverture pour leurs 
opérations de prédateurs. Le mouvement ouvrier doit s’opposer 
à la présence de troupes étrangères en Irak, 
sous le drapeau de l’ONU comme sous le drapeau américain. 
Nous demandons à ce que toutes les troupes étrangères 
se retirent du sol irakien. Pour l’auto-détermination des 
Irakiens ! Le peuple irakien doit pouvoir décider de son futur 
librement, sans interférence extérieure.

Alan Woods

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