L’humiliation comme arme politique : Ben Gvir ou la violence d’État

25 mai 2026

L’interception de la flottille humanitaire et l’humiliation infligée ce 20 mai 2026 à ses passagers ne constituent en rien un épisode isolé. Elles s’inscrivent dans une longue série d’opérations où l’État israélien, aujourd’hui sous l’impulsion de figures comme Itamar Ben Gvir, ministre de la sécurité intérieure et des prisons, combine répression, mise en scène de la force et violation du droit international pour imposer son ordre.

Car il faut rappeler un fait central : ces militants ont été arrêtés dans des eaux internationales, c’est-à-dire en dehors de toute juridiction israélienne. Ce seul élément suffirait, dans un cadre juridique cohérent, à qualifier l’opération d’illégale. Mais dans la pratique, cette illégalité est assumée, intégrée comme un outil parmi d’autres dans l’arsenal d’un État qui entend affirmer sa puissance bien au-delà de ses frontières reconnues, sans doute d’ailleurs le seul État au monde à ne pas donner de précisions quant à ses frontières.

L’humiliation publique, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux par les auteurs eux-mêmes, des membres de la flottille — fouilles dégradantes, violences physiques, traitements visant à nier leur dignité — doit être comprise comme un prolongement de cette logique. Elle ne vise pas seulement à neutraliser une action ponctuelle, pourtant humanitaire, mais à produire un effet politique durable : décourager toute initiative de solidarité internationale envers le peuple palestinien et affirmer que nul n’échappe à la capacité de coercition de l’État israélien.

Ben Gvir incarne cette radicalisation, sans être le seul. Sous son influence, la violence d’État ne se contente plus d’être exercée dans l’ombre ou justifiée par des impératifs sécuritaires comme le sert allégrement la propagande. Elle est revendiquée, exhibée, transformée en spectacle. L’humiliation devient alors une forme de langage politique : elle signale à la fois la domination sur les corps, agenouillés, face contre terre et les mains liées par des colliers de serrage en plastique, de ceux considérés comme ennemis et la volonté de briser toute contestation.

Cette stratégie n’est pas nouvelle. Depuis des années, les initiatives maritimes de solidarité avec Gaza font face à des interceptions, souvent accompagnées de violences et de détentions arbitraires. Ce qui se joue aujourd’hui, cependant, c’est une intensification et une banalisation de ces pratiques, dans un contexte où les contraintes internationales pèsent de moins en moins sur les actions de l’État israélien.

Mais l’émotion que cela a suscité de par le monde est également liée au fait que ce sont des occidentaux qui ont subi ces humiliations. Les Palestiniens, de tous âges, subissent depuis des décennies ce genre de violences, sans compter les tortures sur de longues périodes, les viols ou les disparitions et assassinats.
Ces événements doivent être replacés dans un cadre plus large : celui d’un système colonial et impérial où la domination matérielle s’accompagne nécessairement d’une domination symbolique. L’arrestation en eaux internationales et l’humiliation des militants ne sont pas des anomalies, comme se défendent certains ministres de manière malhonnête, mais des expressions cohérentes d’un pouvoir qui cherche à étendre son contrôle et à dissuader toute forme de résistance, y compris transnationale.

La flottille représente précisément ce que ce système redoute : une solidarité qui traverse les frontières, qui met en lumière les rapports de domination et qui conteste l’ordre établi. En réponse, l’État ne se contente pas d’intervenir : il punit, il expose, il humilie. Il transforme l’acte répressif en message politique, visant tous les militants qui par internationalisme se lèvent contre toute injustice ou toute violence où qu’elle soit, par esprit de classe.
Comprendre ces actes et éventuellement cette répétition est essentiel. Ce n’est pas un dérapage, mais une méthode. Et face à une méthode, seule une réponse organisée, consciente et internationaliste peut prétendre inverser le rapport de force.

Eric Jouen

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