Le 23 août dernier, Frédéric Masquelier, le maire LR de Saint-Raphaël, dans le Var, inaugurait une stèle en hommage « aux victimes du communisme » à l’occasion de la Journée européenne du souvenir, proclamée en 2009 par le Parlement européen afin de commémorer les victimes du stalinisme et du nazisme. La date du 23 août a été choisie pour coïncider avec celle du pacte Molotov-Ribbentrop qui fixait un accord de non-agression entre l’Allemagne nazie et l’URSS, avec des clauses secrètes sur le partage de la Pologne.
À l’autre bout de la France, à Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, le maire RN, Steeve Briois, a trouvé l’idée excellente et promis d’en faire de même. L’anticommunisme de la droite et de l’extrême droite ne surprendra évidemment personne.
Le PCF a vivement condamné l’initiative du maire de Saint-Raphaël et organisé une contre-manifestation dans la commune du Var le jour de l’inauguration du monument, qui a rassemblé plusieurs centaines de personnes. Ian Brossat, sénateur de Paris et porte-parole du PCF, a rappelé qu’« En France, les seules victimes du communisme, ce sont les nazis et les collaborateurs, et c’est notre plus grande fierté ».
À Hénin-Beaumont, le secrétaire de section du PCF et conseiller municipal d’opposition, Gianni Ranieri, a interpellé la Préfecture du Pas-de-Calais, avec l’appui de Cathy Apourceau-Poly, sénatrice PCF du département et de son collègue Jean-Pierre Corbisez (divers-gauche).
Dénonçant « une manœuvre idéologique visant à diaboliser une idéologie progressiste », Gianni Ranieri fait observer que « Cette stèle n’a aucun intérêt, puisque la France n’a jamais été un État communiste et qu’aucune victime du communisme n’est à déplorer à Hénin-Beaumont ».
Depuis la parution du Livre noir du communisme dirigé par Stéphane Courtois en 1997, le chiffre des « 100 millions de morts du communisme », pourtant réfuté par une partie des contributeurs du Livre noir qui se sont démarqués de la préface polémique de Stéphane Courtois et d’un chiffre amalgamant des victimes très différentes, s’est imposé dans le débat public.
Sortir du syllogisme
Évoquer les « crimes du communisme » n’a en soi aucun sens. Personne, par exemple, ne songerait à édifier une stèle aux victimes des « crimes du christianisme » : les guerriers francs de Charlemagne ont pourtant massacré les Saxons qui refusaient de se convertir ; des millions d’Amérindiens sont morts lors de la colonisation de l’Amérique par les Espagnols et les Portugais accompagnés de missionnaires envoyés évangéliser le Nouveau Monde ; l’Inquisition a fait des milliers de victimes et les guerres de religion ont déchiré le continent européen. Pour autant, aucun historien sérieux ne songerait à parler des « crimes du christianisme » et aucun maire n’envisage d’édifier une stèle à la mémoire des « victimes du christianisme ».
Et pour cause ! On ne peut pas amalgamer des victimes tuées dans des contextes très différents, à des époques différentes, et, en effaçant les particularités de chacune de ces tragédies historiques, leur attribuer une causalité unique qui serait, « le christianisme » ou « le communisme ».
La dénonciation par la droite et l’extrême droite des « crimes du communisme » relève d’une des erreurs argumentatives les plus fréquentes : le syllogisme. Le syllogisme des « crimes du communisme » se présente ainsi : « Un certain nombre de régimes politiques se sont réclamés du communisme ; or ces régimes ont souvent été tyranniques et criminels ; par conséquent, le communisme est intrinsèquement tyrannique et criminel. » À ce compte, on pourrait donc, tout aussi bien parler, comme on l’a vu des « crimes du christianisme » ou des « crimes de la démocratie »…
Parler des « crimes du communisme » est un non-sens et ceux qui le font le font évidemment sciemment, pour discréditer toute pensée possible de l’émancipation et pour préserver, en fait, le capitalisme.
Le communisme, tel qu’il a été conçu par Marx et Engels, est à la fois une conception matérialiste du processus historique et un projet d’émancipation sociale et politique des travailleurs. Il est incompatible avec toute forme de tyrannie. Les crimes commis par des régimes qui se sont revendiqués du « communisme » n’ont rien à voir avec l’idéal communiste. Ils en sont la négation.
Regarder en face les crimes du stalinisme
Après la Révolution d’Octobre de 1917, Lénine a dirigé un pays déchiré par une guerre civile et l’intervention des puissances étrangères. À ce titre, la politique de terreur qu’il a mise en place et qui est dénoncée, dès le début des années 1920, par les mencheviks comme par les socialistes-révolutionnaires et les anarchistes, est comparable à celle des Montagnards sous la Révolution française. Dans les deux cas, il s’agissait d’une lutte implacable contre les forces contre-révolutionnaires.
Après la mort de Lénine, affaibli par la maladie, au début de l’année 1924, et dans le contexte de l’épuisement et de l’isolement de la révolution, Staline s’empare en quelques années du pouvoir et établit une dictature bureaucratique meurtrière après avoir marginalisé et éliminé tous ses rivaux, qui seront exécutés au moment des grandes purges de 1936-38 ou assassinés, comme Trotsky, en 1940. Ce sont des milliers de communistes dévoués qui sont assassinés sur ordre de Staline et de ses complices, comme Beria ou Molotov.
L’élimination des rivaux de Staline ne doit pas masquer la réalité meurtrière du stalinisme : sous Staline, l’URSS a été en guerre contre son propre peuple. La collectivisation forcée des terres a été une tragédie et a causé des millions de morts.
Par la suite, le modèle stalinien s’est exporté en Chine, en Corée du Nord et dans toute l’Europe de l’Est après le partage des zones d’influence à Yalta.
Pour La Riposte, le stalinisme n’était pas du communisme, mais en était la négation. Le PCF a rompu depuis longtemps avec le stalinisme et a commencé à regarder son histoire en face. C’est indispensable. Les crimes du stalinisme ont discrédité, aux yeux d’une grande partie de la jeunesse, l’idéal communiste. Les communistes doivent assumer leur histoire, reconnaître avec lucidité leur long aveuglement et revenir aux fondamentaux du marxisme, parce que les crimes ordonnés par des autocrates et commis par des meurtriers au nom de l’idéologie communiste n’invalident en rien la philosophie de Karl Marx et l’analyse matérialiste de l’histoire et de la société.
L’offensive anticommuniste, qui n’a rien de neuf, ne devrait jamais nous conduire à nier les crimes abominables perpétrés par les dictatures qui se sont revendiquées ou se revendiquent encore du communisme et qui ont sali l’idéal pour lequel se battent les militants de La Riposte.
Nous invitons tous les communistes attachés à cet idéal à rejoindre La Riposte pour y défendre les idées du communisme.
David NOËL PCF Méricourt