La privatisation de l’énergie en France

Une action des"Robins des Bois" en décembre 2018 (source : l'Humanité)
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Une action des “Robins des Bois” en décembre 2018, source : l’Humanité

Par Eric Jouen, PCF 76

« Le Communisme, c’est le gouvernement des Soviets plus l’électrification de tout le pays »  — Lénine, « Notre situation extérieure et intérieure et les tâches du parti », 1920

EDF et GDF ont été créées le 8 avril 1946 sous l’impulsion de Marcel Paul, alors ministre communiste de la Production industrielle du gouvernement du président de Gaulle. Le Conseil National de la Résistance (CNR) prévoyait « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, (…) une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général ».

L’idée de nationaliser un secteur comme l’énergie, nécessaire aux besoins de développement du pays, ne rencontre alors pas beaucoup d’opposition dans les partis de droite comme de gauche selon l’expression consacrée. Les missions de service public se précisent : répondre aux besoins de développement industriel et scientifique, aux besoins des citoyens où qu’ils se trouvent sur le territoire.

Un peu plus de soixante dix après, à la place d’un service public unique, avec une seule entreprise qui produit, stocke et transporte l’énergie, dont le raccordement en électricité et en gaz était gratuit, ainsi que les dépannages, avec des agences qui accueillaient physiquement les usagers, plusieurs fournisseurs publics et privés sont à présent proposés, l’accueil de ceux qui désormais on appelle clients ne se fait plus que par téléphone ou Internet, les compteurs Linky et Gaspar sont des services payants…

Finalement, le paysage actuel de l’énergie ressemble à celui d’avant guerre, quand plusieurs régies se partageaient le marché, avec, évidemment dans ce genre de situation, des différences de qualité du service de l’énergie et des inégalités de traitement des citoyens.

Durant plusieurs décennies, les usagers ont pu bénéficier de l’égalité d’accès à l’énergie et de ses tarifs, de la sécurité exemplaire des infrastructures et de l’indépendance énergétique du pays qui a permis que la vie continue malgré les fluctuations du marché.

Épargnés des saignées que sont les versements des dividendes, les investissements ont été considérables. Mais la recherche de nouvelles sources de profits ne pouvait laisser échapper longtemps un secteur comme celui-ci. D’autant plus que les investissements sont aujourd’hui quasiment amortis, et que les investisseurs sont assurés de la fiabilité des infrastructures et des réseaux.

Un démantèlement silencieux a été organisé, les capitalistes se servant du gouvernement français et de l’Union Européenne pour aboutir à leurs fins. La désintégration du service public de l’énergie suit une logique, la même que celle utilisée dans d’autres secteurs. Le service unique est dans un premier temps séparé en plusieurs sous-services, pour que ceux-ci soient dans un deuxième temps dépecés individuellement. Le dépeçage commence par une ouverture du capital là où l’État a une part majoritaire, puis peu à peu la part de l’État s’amoindrit pour laisser la place aux capitalistes. La Commission Européenne a d’ailleurs voté la fin des TRV (tarifs régulés de vente) en 2015 : ce vote a mis fin à la péréquation tarifaire et d’accès, c’est-à-dire l’accès pour tous au même tarif.

Bien entendu, pour faire passer ces privatisations aux yeux de la population, l’argument « faire baisser les prix » est largement utilisé. Cependant, depuis la libéralisation des marchés de l’énergie, le gaz a augmenté de 70 % et l’électricité de 30 %. La part de l’énergie dans le budget des ménages est de plus en plus importante. 15 % de la population déclare avoir des difficultés à se chauffer pendant la période hivernale. Les publicités tentent de dissimuler un prix du kilowatt qui ne cesse d’augmenter. Les abonnés sont incités à basculer vers des systèmes de forfaits, avec des options qui leur coûtent très cher.

EDF et sa filiale Enedis sont engagées à entretenir et développer les infrastructures. Chaque année c’est plus de 3 milliards qui sont investis pour l’entretien et l’amélioration des réseaux. Cela risque fort de changer si l’objectif s’avère être la rentabilité immédiate, avec les conséquences que l’on imagine concernant les particuliers et  les différents secteurs industriels et commerciaux. Selon la zone géographique, plus ou moins attractive, la qualité de service pourrait être très différente, ainsi que les tarifs.

De même, la multiplication des systèmes de production, reposant sur le principe d’autonomie, pourrait être préjudiciable pour certaines régions qui ne seraient pas en mesure de garantir une qualité et un approvisionnement suffisant, indispensables à la présence d’industries et de commerces.

Aujourd’hui, ce service public permet à chaque usager de payer le même prix au kilowatt, quel que soit le lieu où il réside…et quelque soit l’identité de l’usager. A l’avenir, les tarifs seront fixés par les différents opérateurs, et, afin de verser aux actionnaires suffisamment de dividendes, ils vont augmenter, de manière totalement opaque pour les futurs clients. La qualité de l’énergie fournie sera également dépendante des investissements effectués par les opérateurs, et du mode de production choisi par les différents opérateurs.

La direction d’EDF a décidé de fermer définitivement ses boutiques d’ici fin 2019. La raison invoquée est le changement de mode de vie des « clients », plus portés par l’ère du numérique. Ceci dit, contrairement au prétexte utilisé par la direction pour gagner en rentabilité en diminuant les coûts, les usagers se rendent compte que rien ne peut remplacer le contact humain, surtout pour régler des problèmes. Chaque année, la fréquentation des boutiques a démontré l’utilité de ces lieux, notamment pour les personnes les plus fragiles, les 15% de la population qui n’ont pas accès à Internet, ou les personnes qui ne peuvent pas utiliser leur ordinateur pour se connecter pour une coupure de courant !

Pour garantir un haut niveau de sûreté, le ministre communiste Marcel Paul avait fait en sorte de rassembler tous les salariés des entreprises électriques et gazières sous un même statut, ceci afin de faciliter la formation et un engagement sur le long terme. Bien évidemment, ce statut ne permet pas d’embaucher du personnel peu qualifié et est pour cette raison combattu par les entreprises. Leur principe est le « risque calculé », ce qui signifie que la formation des employés se résume au strict nécessaire.

La Fédération nationale des mines et de l’énergie CGT a raison lorsqu’elle revendique le rassemblement de tous les travailleurs de l’énergie sous un même statut. Ce n’est que de cette manière qu’il sera possible de répondre au mieux aux besoins des usagers en termes d’énergie sur l’ensemble du territoire. Au lieu de se servir sur le dos des clients, il faut un service public de l’énergie, qui lutte contre la précarité énergétique, et qui participe à la lutte contre le réchauffement climatique. Le service public doit inclure la participation active des usagers, afin d’être au plus proche des besoins, et surtout afin d’en prendre le contrôle pour pouvoir décider des orientations dans l’intérêt général.

Pour un service public de l’énergie !

Pour le droit à l’énergie pour tous ! Pour la dignité pour chacun !

pour aller plus loin : Fédération Mines Energie de la CGT

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