Réponse à Alexis Corbière (Parti de Gauche)

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Alexis Corbière, Conseiller de Paris, maire adjoint du 12e arrondissement et secrétaire national du Parti de Gauche, n’a pas du tout apprécié un reportage de Dimanche +, diffusé le 25 septembre dernier, sur l’accueil réservé à Jean-Luc Mélenchon à la Fête de l’Humanité. Sur son blog, l’élu exprime sa colère dans des termes virulents contre l’animatrice de l’émission, Anne-Sophie Lapix, et contre ce qu’il appelle « un vrai cas d’école du coup tordu » qu’il faudrait mettre « sous cloche et conserver, ranger dans un magasin de farces et attrapes, juste après le rayon du coussin péteur et de la boule puante. »


Dans le reportage en question, on voit notamment Jean-Luc Mélenchon réagir de façon assez vive aux questions (sur la présence de Martine Aubry) d’une personne qui se dit « communiste ». N’appréciant pas cette interpellation, Mélenchon finit par demander sèchement à l’individu de « dégager ». Alexis Corbière juge que la mise en avant de cet incident isolé constitue un procédé journalistique malhonnête. Il explique qu’il est inadmissible de chercher à exploiter un détail de ce genre pour en tirer des conclusions hâtives et donner au public une fausse impression sur les relations entre les militants communistes et Jean-Luc Mélenchon. En effet, juste avant de montrer l’altercation entre l’homme en question et Mélenchon, le commentaire « off » assène : « Si Jean-Luc Mélenchon a un bon contact avec des militants socialistes, avec les militants communistes, c’est une autre histoire ».

On peut penser ce qu’on veut de cet incident – dont il ne convient pas, à notre avis, d’exagérer l’importance. Ce qui est regrettable, c’est qu’après avoir fustigé Anne-Sophie Lapix et ses journalistes pour avoir tenté de faire passer des fausses impressions à partir d’un incident, le même Alexis Corbière utilise dans le même texte et à partir du même incident un procédé identique – et encore plus tiré par les cheveux – à l’encontre de La Riposte. Sur la base d’un petit détail, il tente sciemment d’imputer la responsabilité de cette altercation à La Riposte ! Corbière écrit en effet : « Qui est ce militant communiste qui a droit a tant d’attention de la part de Canal + et de l’AFP ? Je l’ignore. Il est un inconnu pour toute la direction du PCF. Personne ne l’a jamais vu. En regardant les images avec quelques amis, j’ai observé qu’il porte à la boutonnière de son blouson un badge rond en vente au stand du groupe La Riposte. Cette petite organisation est un regroupement d’une poignée de militants autour d’un petit journal nommé La Riposte très opposé publiquement au Front de Gauche et à Jean-Luc Mélenchon en particulier. »

Doté d’un œil de lynx, le Conseiller de Paris a donc relevé que l’homme portait un de nos « badges ronds ». Indice précieux ! Ce détail s’inscrit d’ailleurs dans un faisceau de présomptions à charge. Ce même « groupe » n’est-il pas notoirement « opposé à Jean-Luc Mélenchon » ? N’a-t-il pas critiqué le programme du Front de gauche ?… Hélas ! L’inspecteur Corbière a fait fausse route. En réalité, l’homme en question ne nous est pas connu et nous n’avons rien à voir avec cette altercation. Comme notre accusateur le dit lui-même, ce badge « rond » était en vente sur notre stand. Donc, tout le monde pouvait s’en procurer librement. Au fil des années, nous avons vendu des dizaines de milliers de badges. On en voit partout : dans les meetings du PCF, sur les manifestations et aussi, tout naturellement, « à la boutonnière » de camarades du Parti de Gauche !

Les propos d’Alexis Corbière contre La Riposte appellent d’autres précisions. Très exigeant à l’égard du travail des journalistes, il l’est beaucoup moins envers lui-même. Il écrit que La Riposte est « très opposée publiquement au Front de gauche et à Jean-Luc Mélenchon en particulier. » Pour se convaincre du contraire, il suffit pourtant de lire notre journal ou notre site internet – ou encore d’assister à l’une de nos réunions publiques. Il serait absurde de s’opposer par principe à la conclusion d’alliances entre différents partis de gauche. Depuis la création du Front de gauche, La Riposte a systématiquement mené campagne en faveur de ses candidats. Des militants communistes qui soutiennent La Riposte ont eux-mêmes été candidats pour le Front de gauche, comme ce fut le cas récemment lors d’une élection cantonale partielle, en Corrèze, où notre camarade Sylvain Roch a obtenu 12 % des voix face à Bernadette Chirac.

Il n’est pas vrai que La Riposte « s’oppose au Front de gauche ». Ce qui est vrai, par contre, c’est que d’une part La Riposte souligne la nécessité de maintenir et renforcer le PCF, c’est-à-dire de ne pas le liquider dans le Front de gauche, et que d’autre part le programme du Front de gauche ne nous satisfait pas pleinement. Nous sommes très loin d’être les seuls communistes à penser ainsi ! Bien évidemment, nous ne rejetons pas en bloc le programme du Front de gauche. Il contient un nombre important de propositions et de revendications avec lesquelles nous sommes parfaitement d’accord. Nous avons présenté notre point de vue sur les qualités et les défauts de ce programme dans un premier texte – il y en aura d’autres – intitulé Critique du Programme populaire et partagé. De cette manière, nous participons à la discussion démocratique entre communistes et militants du PG sur le contenu de ce programme. Nous considérons que cette question est d’une importance fondamentale, non seulement pour le Front de gauche, mais aussi pour l’ensemble des travailleurs et pour toutes les victimes du capitalisme. L’élaboration de notre programme ne doit pas être le domaine réservé de quelques dirigeants.

Selon Alexis Corbière, La Riposte jugerait que le programme du Front de gauche « n’est pas assez anticapitaliste ». Nous ne nous sommes jamais exprimés en ces termes. Si le camarade Corbière veut critiquer la position de La Riposte (ce qui est son droit), il devrait au moins s’assurer de la présenter correctement. Nous n’utilisons pas le terme « anti-capitaliste », qui est trop vague. D’ailleurs, La Riposte ne pourrait pas raisonnablement contester le caractère « anti-capitaliste » du programme du Front de gauche, puisque celui-ci propose de nombreuses mesures – sur les salaires, les conditions de travail, la défense des services publics, etc. – qui vont directement à l’encontre des intérêts capitalistes. Ce que nous disons, par contre, c’est qu’un programme qui se limite à ces mesures ne pourra pas venir à bout de la résistance des capitalistes et enrayer la régression économique et sociale.

Les derniers paragraphes de notre Critique du Programme populaire et partagé (PPP), à laquelle Alexis Corbière fait allusion, résument notre point de vue de la façon suivante : « Au début de cet article, nous avons posé la question : est-ce que le PPP permettrait d’enrayer la régression sociale et d’élever le niveau de vie de la population ? Il est évident que de nombreuses propositions et revendications du PPP vont dans ce sens. Cependant, si l’on se limite à des réformes, sans remettre sérieusement en cause le pouvoir économique des capitalistes, la Bourse continuera son activité spéculative et les capitalistes conserveront la propriété des banques et de l’essentiel des ressources économiques du pays. Ces moyens énormes leur permettront de saborder la mise en application des réformes.

« Nous savons que le combat quotidien pour défendre ou améliorer les conditions de vie des masses est indispensable. Mais l’expérience des gouvernements de gauche – en France comme à l’étranger – nous apprend aussi qu’il n’est pas possible de résoudre les problèmes créés par le capitalisme sur la base de ce même système. Le réformisme perd de vue l’objectif socialiste et finit en général par renoncer aux réformes, sous la pression de la “dictature des marchés” qu’il a laissée intacte. A l’inverse, un programme communiste relie étroitement la lutte pour des réformes à la nécessité d’en finir avec le capitalisme. Le débat fraternel et démocratique doit se poursuivre en vue de corriger cette carence du PPP. »

Un « débat fraternel et démocratique » : c’est exactement ce qui est nécessaire. Et si Alexis Corbière pense que le programme du Front de gauche n’est pas incomplet, bien qu’il laisse intact l’essentiel de la propriété capitaliste des secteurs bancaire et industriel, nous serions ravis de prendre connaissance de ses arguments.

Notre détracteur trouve dérisoire l’idée, formulée dans notre texte, que le simple fait de sortir de l’OTAN ne modifierait pas le caractère impérialiste de la politique extérieure du capitalisme français. Il trouve tout aussi dérisoire d’affirmer, comme nous le faisons, que la « charte » de l’ONU est « hypocrite ». Nous considérons en effet que l’ONU est une institution impérialiste et que toutes les interventions militaires menées sous son autorité, sans aucune exception, ont eu pour objectif de défendre les intérêts des impérialistes. Nous savons que ceci n’est pas le point de vue de Mélenchon. Nous savons qu’il a soutenu l’intervention militaire en Libye, qui avait dès le premier jour un caractère impérialiste – malgré les déclarations parfaitement hypocrites de l’ONU sur le thème de la « protection des vies humaines ». Ces divergences ne portent pas sur des questions secondaires. Elles sont d’une importance cruciale. Et quand nous ne sommes pas d’accord, nous le disons d’une manière fraternelle et constructive, mais sans la moindre ambiguïté.

Alexis Corbière informe ses lecteurs que La Riposte est hostile « à Jean-Luc Mélenchon en particulier ». Cette façon de présenter les choses n’est pas la plus heureuse. Mélenchon répète sans cesse qu’il ne faut pas « personnaliser » le débat politique ; le camarade Corbière ferait bien de le suivre sur ce point. Mais puisqu’il soulève la question de notre attitude – et de celle de l’ensemble des communistes – à l’égard de Mélenchon, essayons d’y répondre sérieusement. Pour ce faire, revenons un instant au reportage de l’émission Dimanche +. Le camarade Corbière dénonce les méthodes d’Anne-Sophie Lapix, qui aurait voulu créer l’impression d’une attitude négative des militants communistes à l’égard de Mélenchon. Il dit que ceci ne correspond pas à la réalité. Nous sommes d’accord avec lui sur ce point. Cependant, lorsque Corbière écrit qu’à la Fête de l’Humanité, « l’osmose entre le candidat du Front de gauche et tous les militants et gens présents fut totale », il est tout aussi éloigné de la vérité, dans l’autre sens. Dans les faits, l’immense majorité des communistes – y compris parmi ceux qui, comme La Riposte, avaient soutenu André Chassaigne – se mobilisera autour de la candidature de Mélenchon. Mais ce n’est un secret pour personne qu’un nombre important de militants communistes se méfient de Mélenchon et se demandent comment il va se comporter à l’épreuve des événements. Cette méfiance n’a rien de surprenant. Elle s’appuie, d’une part, sur la carrière politique de Mélenchon, jalonnée de soubresauts opportunistes, et d’autre part sur plusieurs de ses prises de position récentes, comme par exemple sur la Libye. Que cela plaise ou non à Alexis Corbière, le fait est que beaucoup de camarades s’inquiètent en particulier de l’attitude de Mélenchon à l’égard d’un prochain gouvernement socialiste.

Si le PS remporte les élections présidentielles et législatives de 2012, ce ne sera pas en vertu d’un vote pour son programme – qui est vide –, mais d’un vote contre Sarkozy. Nous avons l’exemple de gouvernements « socialistes » en Espagne et en Grèce. Les dirigeants socialistes français ne se distinguent en rien, politiquement, de leurs homologues grecs et espagnols. En France, un futur gouvernement socialiste appliquerait une politique de restrictions budgétaires aussi sévère – et sans doute même encore plus sévère, du fait de la crise – que celle de Sarkozy. Pour les dirigeants du PS, la participation gouvernementale de Mélenchon ou de ministres issus du PCF permettrait de « neutraliser » et discréditer le Parti de Gauche et le PCF. N’oublions pas que le gouvernement Jospin de 1997-2002 a privatisé pour 31 milliards d’actifs publics (plus que tout autre gouvernement dans l’histoire de France), avec la caution des ministres communistes et de Jean-Luc Mélenchon lui-même. Les militants du PCF ne veulent pas revivre cette expérience. Leur soutien à la candidature de Mélenchon est un soutien critique, tout comme celui de La Riposte. Parler d’« osmose totale » entre la base du PCF et Mélenchon, comme le fait Alexis Corbière, c’est tout simplement se raconter des histoires et, au passage, en raconter aux lecteurs de son blog.

En conclusion, nous voudrions faire quelques remarques au sujet des appréciations d’Alexis Corbière – livrées sur un ton moqueur et méprisant – à propos de La Riposte elle-même. Nous ne nous attarderons pas sur l’hypothèse audacieuse qu’il formule : « Existerait-il une alliance entre les reporters de Mme Anne-Sophie Lapix et le groupe La Riposte  ? Qui sait ? Politiquement, c’est une évidence. » Ceci est trop grotesque et puéril pour être pris au sérieux. Il écrit également à notre sujet que « cette petite organisation est un regroupement d’une poignée de militants autour d’un petit journal », et poursuit : « Mais […] ils sont heureux, car lors de la Fête de l’Humanité, ils affirment avoir vendu en trois jours 257 exemplaires (!) de leur journal. C’est dire leur audience de masse. »

Quelle arrogance ! Supposons que La Riposte ne soit qu’une « petite organisation » composée d’une « poignée de militants ». Est-ce là une réponse à nos idées ? Le camarade Corbière devrait être moins méprisant envers les militants communistes que nous sommes. Nous n’aurions qu’un « petit journal » ? Et même si c’était le cas ? Il arrive que de « petits journaux », dotés de petits moyens, aient de grandes idées – et que des gens occupant des positions très prestigieuses, dotés de moyens considérables (et donc, pour ainsi dire, d’une « audience de masse ») aient de petites idées bancales.

Au regard des différents sièges qu’il occupe, comme élu parisien et dirigeant du PG, personne n’oserait remettre en question le poids politique considérable d’Alexis Corbière. Nous regardant de si haut, il s’estime en droit d’ironiser : « avec 257 journaux vendus, ils sont heureux ! » Que ces moqueries sont déplacées ! Lorsque nous essayons de vendre des journaux communistes (que ce soit L’Humanité ou La Riposte) sur les marchés ou lors de manifestations, il faut reconnaître que les ventes ne sont jamais très élevées. Il arrive qu’on passe deux heures à n’en vendre qu’un ou deux exemplaires. Mais nous le faisons par conviction. Qu’ils partagent ou non les idées de La Riposte, les militants communistes donnent leur temps et leur argent. Ils risquent parfois leur emploi. Les élus qui méprisent les idées et les activités de « poignées de militants » à la base du mouvement oublient que c’est avant tout grâce à ces militants que le mouvement existe. Et pour ce qui est des résultats de La Riposte sur la Fête de l’Humanité, ils sont plutôt bons, à notre avis : en plus des 257 journaux, nous avons vendu 283 brochures et 52 livres. Ces chiffres n’impressionnent pas Alexis Corbière ? Peu nous importe.

Quant à l’influence de La Riposte, elle est difficile à mesurer. Nous ne prétendons pas avoir « une audience de masse ». Mais lors du vote dans les sections du PCF, à l’occasion du 34e Congrès du PCF, notre texte alternatif – Renforcer le PCF, renouer avec le marxisme – a obtenu 15 % des voix. Nous animons plusieurs sites internet. Près de 16 000 militants sont abonnés à notre lettre d’information. En plus de notre journal, nous produisons une quantité considérable de textes et de documents qui ont de nombreux lecteurs parmi les militants communistes et syndicaux. Nous prêtons beaucoup d’attention aux questions de théorie, de programme et de perspectives. En plus de notre activité au quotidien comme militants du PCF, nous organisons, avec le parti ou au nom de La Riposte, de nombreuses réunions publiques et conférences. Voilà où nous en sommes pour le moment. Et en effet, camarade Corbière, nous sommes très heureux !

Greg Oxley (PCF Paris 10e)

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