Perspectives Mondiales 2006 – Troisième partie

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La rédaction de ce texte a été achevée en mars 2006

L’Amérique latine : la clé de la révolution mondiale

Dans le contexte général de crise mondiale du capitalisme, il y a la crise particulière de l’Amérique latine. A ce stade, c’est le continent où le processus révolutionnaire est allé le plus loin et a pratiquement acquis un caractère général. Cela reflète l’impasse du capitalisme en Amérique latine. Ses vastes ressources, qui sont plus que suffisantes pour résoudre les problèmes de ses peuples, ont été pillées par l’impérialisme, avec la complicité active des oligarchies locales.

La dette extérieure totale de l’Amérique latine est passée de 37% du PIB en 1997 à 51% en 2002. Sur une seule année (2003), la dette extérieure fut équivalente à 186,6% du total des revenus de l’exportation pour tout le continent. Ainsi, une région du monde potentiellement prospère a été saignée à blanc par l’impérialisme. Des millions d’hommes, de femmes et d’enfants y sont réduits à la pauvreté, à la déchéance et à la faim. Les chiffres de la croissance économique ont augmenté, mais les masses n’en voient pas les bénéfices. Telle est la base objective de la rapide poussée du mouvement révolutionnaire, qui se répand d’un pays à l’autre comme une traînée de poudre.

Les réformistes et les pacifistes sont hypnotisés par le pouvoir prétendument « absolu » de l’impérialisme américain. Or en réalité, le pouvoir des Etats-Unis a beau être phénoménal, il n’en est pas moins limité. On le voit aussi bien Irak qu’en Amérique latine. Il y a six ans, déjà, nous disions que l’Amérique latine était la clé de la révolution mondiale, et nous avons pris les mesures organisationnelles correspondantes. Nous voyons ici l’importance vitale des perspectives. La situation en Amérique latine montre clairement les limites de l’impérialisme américain. Par le passé, tout ce que Washington disait était mis en pratique. A présent, la tentative d’imposer la ZLEA (Zone de Libre Echange des Amériques) a misérablement échoué. Et Bush a eu droit à un accueil très tendu, à Buenos Aires, lors du sommet de l’OAS. Washington est aux abois. Ils sentent que l’Amérique latine échappe à leur contrôle.

Bien sûr, cela ne signifie pas que les impérialistes vont rester les bras croisés. Ils interviennent déjà – et pas seulement en paroles. Le Plan Colombie, qui est supposé faire partie d’une soi-disant « guerre contre la drogue », est en réalité une guerre contre les guérillas. C’est aussi une tentative, de la part de l’impérialisme américain, de créer une base opérationnelle en Amérique latine, de laquelle il pourra lancer des interventions contre d’autres pays – dont, en premier lieu, le Venezuela. Ils ont transformé la Colombie en un vaste camp militaire, y ont injecté d’immenses sommes d’argent et ont envoyé des armes et des soi-disant « conseillers militaires », dans le but de consolider le régime réactionnaire d’Uribe. La révolution vénézuélienne est ce qui inquiète le plus Washington. Elle est allée assez loin, mais l’Etat et des secteurs clés de l’économie restent encore entre les mains des capitalistes. Par conséquent, la révolution peut être encore battue, et tel est le principal objectif de l’impérialisme américain.

Une révolution continentale

Une caractéristique commune à tous les pays d’Amérique latine, c’est l’accélération du rythme des évènements. Le continent tout entier prend une direction révolutionnaire, et ce mouvement se développe à une vitesse croissante. En l’espace d’à peine six mois, nous avons vu des événements importants se dérouler en Equateur, en Bolivie, au Mexique et au Venezuela.

La nature a horreur du vide, et c’est aussi vrai en politique. Faute d’une direction de la part des partis traditionnels de la classe ouvrière, tous les cas particuliers peuvent se produire, surtout dans les pays ex-coloniaux les moins développés, où les tâches de la révolution bourgeoise-démocratique sont inachevées. Les problèmes des masses sont trop lourds : elles ne peuvent pas attendre. Par ailleurs, la structure de classe de la société y est plus complexe que dans les pays développés d’Europe et d’Amérique du Nord. En conséquence, toutes sortes de développements particuliers sont possibles.

Ces variantes semblent échapper aux schémas habituels et s’écarter des sentiers battus de l’histoire. L’illusion est créée de quelque chose d’absolument nouveau et original. Mais en réalité, il n’en est rien. Toutes les tentatives de découvrir une « troisième voie » entre le capitalisme et le socialisme ont échoué et continueront nécessairement d’échouer. Soit la classe ouvrière prend le pouvoir en main et engage une reconstruction radicale de la société – soit la réaction capitaliste finira, tôt ou tard, par étrangler la révolution. Il n’y pas d’exception à cette loi historique.

En Amérique latine, la vague révolutionnaire est allée plus loin que partout ailleurs. C’est un processus véritablement continental, où les événements dans un pays affectent le mouvement dans les autres pays. La révolution vénézuélienne est devenue le point de référence principal. En Bolivie, la victoire électorale d’Evo Morales, qui a recueilli 54% des voix, exprimait la volonté des masses de changer la société. C’est un tournant majeur dans la situation. La puissance des Etats-Unis est défiée dans un pays après l’autre.

En l’absence de puissants partis révolutionnaires, les travailleurs s’efforcent de trouver une issue. Ils cherchent une alternative à l’impasse actuelle, qui les condamne à la servitude et à la misère. Ils se tournent vers les partis tels que le PRD, au Mexique, le « Frente Amplio » en Uruguay et le Mouvement Bolivarien au Venezuela. Les masses exigent des solutions à leurs problèmes. Elles mettront ces partis, leaders et mouvements à l’épreuve. C’est uniquement sur la base de leur expérience qu’elles parviendront aux conclusions nécessaires.

Les marxistes ne prennent pas les masses « de haut », avec condescendance. Nous ne leur lançons pas d’ultimatums : nous luttons coude à coude avec elles, en leur expliquant ce qui est nécessaire à chaque étape, en les aidant à tirer les bonnes conclusions et en essayant de pousser le mouvement toujours plus loin. En la matière, notre mot d’ordre est celui de Lénine, en 1917 : « expliquer patiemment ». Il n’existe pas d’autre moyen de surmonter notre faiblesse et de trouver un chemin vers les masses.

En Uruguay, le « Frente Amplio » (FA) a remporté les élections dans la foulée de cinq grèves générales. Tabare Vasquez est un réformiste du type de Lula. Ceci dit, dans le cas du Brésil, l’opposition à la politique de Lula a mis deux ans à se matérialiser, alors qu’en Uruguay elle est apparue au bout d’une année à peine. Le Parti Communiste, qui est la principale composante du FA, s’est opposé, au Parlement et publiquement, à certaines mesures prises par le gouvernement. Une humeur critique se développe dans les rangs du FA lui-même. Le Pérou prend, lui aussi, une direction révolutionnaire. En Equateur, il y a eu une insurrection qui a renversé le gouvernement. Il y a également eu un mouvement insurrectionnel en Bolivie, où l’absence d’une direction est la seule chose qui a empêché la classe ouvrière de prendre le pouvoir.

En Equateur, pays très pauvre et de petite taille, nous avons vu l’énorme potentiel révolutionnaire des masses. C’est l’insurrection de 2000, en Equateur, qui la première nous a alerté sur la maturation révolutionnaire en Amérique latine.

Il aurait été possible, en 2000, de mener à bien une révolution pacifique en Equateur. Les travailleurs et les paysans avaient le pouvoir entre leurs mains – mais ils n’en n’avaient pas conscience. En conséquence, il leur a échappé. Mais les masses n’étaient pas pour autant battues, et la classe dirigeante a été obligée de libérer Lucio Guitierrez, le colonel de l’armée qui s’était joint à l’insurrection. Guitierrez a ensuite remporté les élections de 2002. Cependant, pour la majorité de la population, rien n’a changé. La classe dirigeante a conservé son pouvoir. Les 20% les plus riches contrôlent à eux seuls 60 % du PIB, alors que les 25% les plus pauvres s’en partagent 4%. 46% de la population active est au chômage ou sous-employée. Un pourcentage semblable n’a pas accès à l’eau courante.

Au bout d’à peine deux ans, un mouvement insurrectionnel a éjecté Gutierrez du pouvoir. C’était inévitable. Il s’était discrédité en acceptant les politiques dictées par le FMI et la Banque Mondiale. Quiconque arrive au pouvoir fait face à un choix très clair : agir dans l’intérêt des masses, ce qui signifie se confronter aux banques et aux capitalistes – ou capituler face aux capitalistes et attaquer le niveau de vie des travailleurs et des paysans. Gutierrez a choisit cette dernière option, et ce fut la cause de sa chute.

La proclamation de l’état d’urgence n’a pas dissuadé 50 000 personnes de descendre dans la rue. Le pouvoir de l’Etat ne pouvait empêcher le renversement de Gutierrez. Il a été remplacé en toute hâte par le vice-président, Alfredo Palacio. Mais cela ne règlera rien. Ce qui est remis en cause, ce n’est pas seulement tel ou tel gouvernement, mais le système capitaliste et la démocratie bourgeoise. Ceci dit, en l’absence d’un parti révolutionnaire, le problème reste entier. Depuis 1994, trois présidents ont été renversés par des mouvements de masse. Ce seul fait illustre l’impossibilité de parvenir à une stabilité réelle et durable sur des bases capitalistes. De nouveaux mouvements sont inévitables, qui poseront à nouveau la question du pouvoir.

Le Pérou est aussi dans une crise profonde. Le renversement de la dictature de Fujimori a débouché sur le gouvernement instable d’Alejandro Toledo. Mais selon les sondages, Toledo ne bénéficie désormais que de 8% d’opinion favorable. La Justice, le Parlement et toutes les autres institutions de l’Etat capitaliste sont également impopulaires et discrédités. La dette publique s’élève à 47% du PIB. Les niveaux de pauvreté sont semblables à ceux de la Bolivie, et le Pérou pourrait bien être le prochain à suivre la voie de la Bolivie. Cela peut arriver à tout moment. Ainsi, nous assistons à une révolution continentale.

Le Brésil et le Chili

Le Brésil est un géant géographique et économique, une superpuissance régionale, un continent dans le continent. Les évènements au Brésil sont suivis avec intérêt dans tout le continent, mais aussi par la gauche du monde entier. La victoire électorale de Lula avait suscité un énorme enthousiasme parmi les masses. Mais Lula a mis en œuvre une politique pro-capitaliste. Sa capitulation face à l’impérialisme et au FMI a provoqué une vague de mécontentement et de critiques dans le mouvement ouvrier et celui des paysans sans terres, en particulier parmi les couches les plus militantes. Cela accélère le processus de différenciation interne.

Il y a une tendance à la radicalisation parmi les travailleurs et les paysans, qui s’exprime par une vague d’occupation de terres et d’usines. Il y a eu toute une série de scissions et de crises au sein du PT. Les récents scandales ont révélé au grand jour la corruption de l’aile droite des dirigeants réformistes du PT. Cela a eu pour effet d’approfondir la crise interne du PT. Une partie des militants est amèrement déçue par Lula et sa capitulation face aux pressions impérialistes et patronales. Cependant, les masses ouvrières et paysannes ne voient pas d’alternative à Lula et au PT. C’est pourquoi toutes les scissions de gauche sont condamnées à l’impuissance.

S’il existait un puissant courant d’opposition marxiste au sein du PT, il se serait énormément renforcés et serait peut être en position de gagner la majorité au sein du parti. Malheureusement, les sectes gauchistes qui étaient entrées dans le PT ont gâché cette opportunité en provoquant toute une série de scissions prématurées. Mais le processus n’est pas encore terminé. Il y a un fort mouvement d’occupation d’usines et de terres. Et il y a toujours de grandes possibilités, au sein du PT, pour une tendance qui a les idées claires et sait ce qu’elle fait.

Au cours de ces dernières années, le Chili était présenté par les apologues du capitalisme – et par une partie des dirigeants réformistes – comme le pays le plus stable et prospère de l’Amérique latine, et comme un modèle à suivre. Pourtant, comme dans l’Argentine des années 1990, le supposé « miracle chilien » occulte le fait que le partage des richesses y est le plus inégal de tout le continent, et que l’exploitation des travailleurs et de la population y est extrême. Tout a été privatisé, et les richesses du pays (en particulier le cuivre) ont été livrées aux multinationales sur un plateau d’argent.

Ces 20 dernières années, les dirigeants de l’aile droite du PS ont imposé à la base ouvrière du parti une politique de collaboration avec les partis bourgeois, comme l’ont fait les Démocrates Chrétiens (DC) à l’époque de la « concertation ». Les politiques de Lagos et des dirigeants de la droite du PS ont divisé la gauche, aidé la classe dominante à garder le contrôle de la situation et freiné la remobilisation de la classe ouvrière chilienne. Cependant, les contradictions sociales se sont accumulées d’une manière insupportable, et ne tarderont pas à faire surface. Les traditions révolutionnaires des années 70 ne sont pas oubliées, et elles ressurgiront avec deux fois plus de vigueur.

Les résultats des élections parlementaires et du premier tour des présidentielles (ce document a été écrit entre les deux tours) reflètent une claire tendance à la polarisation sociale. Si l’on additionne les votes de la candidate socialiste à ceux du candidat de « Juntos Podemos » – un front constitué par le PC, le MIR et d’autres petits groupes de gauches -, on arrive à plus de 50% des voix, alors que l’addition des votes de la droite tourne aux alentours de 48%. Au sein de la Démocratie Chrétienne (DC), un parti bourgeois qui a toujours tenté, en usant de démagogie, de conserver une certaine base sociale dans le peuple, il y a des signes avant-coureurs d’une scission gauche-droite.

Michelle Bachelet, la nouvelle dirigeante du PS, a été ministre sous Lagos, et n’a jamais désapprouvé sa politique, bien qu’elle ait parfois été poussée à tenir un langage plus à gauche. Le mécontentement à l’égard de l’aile droite du PS s’est exprimé par une série de défaites lors du dernier Congrès, et par la croissance de tendances qui défendent un programme plus à gauche, comme par exemple la tendance « Socialiste comme Allende ». Ces courants ont rassemblé 47% de votes lors du dernier congrès du PS, même s’il faut préciser que la composition sociale et les directions de ces courants ne sont pas homogènes. Par ailleurs, dans les rangs du PC, de plus en plus de militants défendent l’idée de construire un front unique avec les ailes gauches du PS, ce qui pourrait changer toute la situation. Mais ce qui est nécessaire, par-dessus tout, c’est que les bases du PS et du PC luttent pour un programme et une politique marxistes clairs.

Le Mexique

Le Mexique semblait immunisé contre la dynamique touchant le reste de l’Amérique latine : les mobilisations de masses n’étaient pas à l’ordre du jour. Le PAN (droite) tenait fermement le pouvoir, et l’économie, solidement liée aux Etats-Unis, allait bien. Cependant, en l’espace de quelques mois, tout a été bouleversé. Le mouvement contre le desafuero – la tentative d’exclure Obrador, le chef du PRD (gauche), de la course à la présidentielle – a complètement transformé la situation. 1,2 millions de personnes sont descendues dans les rues de Mexico pour soutenir Lopez Obrador.

Ce qui se passe au Mexique est une réfutation de l’idée selon laquelle seuls les facteurs économiques peuvent mener à des mouvements révolutionnaires. En réalité, les chocs qui provoquent une mobilisation massive peuvent être de différentes natures. Ici, le mouvement a commencé par un scandale politico-légal, à l’instar de l’affaire Dreyfus, en France. En accusant Obrador de corruption pour tenter de l’écarter des présidentielles, Fox et la classe dominante mexicaine ont provoqué une mobilisation massive.

Washington a peur de l’arrivée au pouvoir d’un « Chavez Mexicain ». En réalité, la comparaison n’est pas exacte. Lopez Obrador n’est pas Chavez, et il s’efforce de montrer sa loyauté à Washington. Cependant, les craintes de Washington sont fondées. Bush a raison d’être terrorisé – non par Lopez Obrador lui-même, mais par les masses qui le soutiennent. Trotsky soulignait que, dans certaines circonstances, des dirigeants réformistes peuvent être poussés à aller plus loin qu’ils n’en ont l’intention au début. C’est cela que redoute Washington. Quelles que soient ses intentions subjectives, Lopez Obrador est sous la pression des masses, qui réclament une amélioration de leur situation.

Sous la pression de Washington, Fox a tenté d’empêcher Lopez Obrador de se présenter aux élections présidentielles. On l’a accusé de corruption. C’est une accusation absurde. Même si elle était fondée, tout le monde sait que tous les politiciens mexicains sont corrompus. Les masses le savent, et elles savent pourquoi c’est Obrador qui a été visé : c’est pour cela qu’elles sont descendues dans la rue.

Après 20 ans de pauvreté massive et de chômage sous la férule des Etats-Unis (NAFTA, etc), les masses cherchent une alternative. Entre 1994 et 2002, 10,7 millions de personnes sont parties chercher du travail aux Etats-Unis. Cela fait plus d’1 million de personnes par an. Depuis 1994, le chômage accumulé a atteint les 9,4 millions de personnes. Sur les douze dernières années, les salaires ont chuté de 65%. C’est pour cela que, face au desafuero, les masses se sont immédiatement rangées aux côtés de Lopez Obrador, dans les plus grandes manifestations qu’ait connu le pays depuis les années 30.

Il y eu des rassemblements spontanés dans les places, souvent sans être convoquées par les membres du PRD. Dans les quartiers les plus pauvres, il y avait des banderoles contre le desafuero. Lopez Obrador a pris la parole dans des réunions massives, à travers le pays. Finalement, Fox a dû rapidement faire marche arrière et annuler la procédure engagée contre Obrador. S’il ne l’avait pas fait, le mouvement aurait pu prendre des dimensions insurrectionnelles. Ce fut une défaite de taille pour Fox et les capitalistes mexicains, ainsi qu’un tournant majeur dans la situation politique. La confiance des masses en est sortie renforcée, et il sera difficile de démobiliser les travailleurs une fois qu’ils sont organisés. Partout, les gens parlent de politique : sur les marchés, dans le métro, etc. Ce sont les signes avant-coureurs d’une révolution. La conscience évolue de plus en plus rapidement.

Grâce à la bureaucratie du PRD, Fox a pu conserver le pouvoir. Comme on leur a empêché de renverser le gouvernement de Fox à travers la mobilisation dans la rue, les masses se sont mobilisées sur le plan électoral. Ce document a été écrit avant les élections présidentielles, mais à moins qu’il y ait une fraude électorale massive, ou que Lopez Obrador commette une énorme erreur, il devrait nettement l’emporter. Les partis bourgeois sont actuellement en crise – non seulement le PAN, mais aussi le PRI.

Le gouvernement de Fox est en crise. Jamais un gouvernement mexicain n’avait connu autant de remaniements ministériels. Toutes les contre-réformes lancées ont été repoussées par des mobilisations populaires. Le PAN est un parti très divisé et détesté par les travailleurs. Le PRI traverse également une crise majeure. D’après les statistiques, le PRD obtiendrait 36% des voix, le PAN les 24% et le PRI 22%. La bourgeoisie n’a plus d’autre d’option que d’envoyer des gens de confiance au sein du PRD pour l’empêcher d’aller trop à gauche.

Dans ces conditions, les sectes ultra-gauchistes jouent, comme d’habitude, un rôle pernicieux. Alors que les masses tentent de s’unir pour renverser le gouvernement de Fox, les sectes s’unissent… contre Lopez Obrador. Ces folies sectaires ont trouvé l’appui enthousiaste des zapatistes. Ensemble, ils ont organisés la soi-disant « Autre campagne » pour semer la confusion parmi les étudiants et les éléments des classes moyennes qui sont suffisamment fous pour les écouter. Cette campagne ne peut bénéficier qu’à Fox, contre lequel les travailleurs et les paysans luttent. La stupidité des gauchistes ne peut que les isoler davantage et les discréditer complètement aux yeux des travailleurs et des paysans.

Une victoire électorale du PRD pousserait le mouvement vers l’avant. Elle représenterait une rupture importante dans la situation. Elle permettrait aussi aux masses de faire l’expérience de l’impuissance des politiques réformistes. Les travailleurs pourraient comparer les paroles aux actes. En conséquence, la seule politique juste, pour les marxistes mexicains, c’est la lutte contre Fox et pour un gouvernement du PRD, tout en faisant campagne pour que le gouvernement choisi par les travailleurs et les paysans rompe avec le capitalisme et l’impérialisme, et qu’il mène une politique socialiste.

Dans cette période de crise, avec une classe ouvrière en plein essor, une nette polarisation sur la droite et sur la gauche est en cours. Cela se reflétera inévitablement dans les rangs du PRD. La classe dirigeante mexicaine tente de contrôler le PRD en y plaçant ses propres gens. Lopez Obrador est entouré d’une clique d’ex-dirigeants du PRI. C’est déjà la source de frictions au sein du parti. La base du parti s’élève contre les éléments de droite qui cherchent à en prendre le contrôle. Aux premiers rangs de cette lutte, on trouve la tendance marxiste, représentée au Mexique par El Militante, qui est un point de référence révolutionnaire pour les militants ouvriers et étudiants. La présence d’un courant marxiste organisé est un élément fondamental dans cette équation.

Il n’est pas impossible que, pour écarter Lopez Obrador, les capitalistes mexicains aient recours à des manœuvres. Ils pourraient corrompre des dirigeants du PRD ou pousser à l’indépendance de certaines régions. Ils peuvent aussi recourir à la fraude électorale. Dans ce dernier cas, si les masses en arrivent à la conclusion qu’il y a eu fraude, cela ouvrirait la voie à d’immenses mobilisations, qui rendraient le pays ingouvernable. Tôt ou tard, la bourgeoisie mexicaine devra passer le pouvoir au PRD. Et ce sera le début d’une situation complètement nouvelle.

Si, comme c’est probable, Lopez Obrador gagne les présidentielles, il fera face à une crise économique qui l’obligera à choisir entre les intérêts des capitalistes et ceux des travailleurs. La crise a été retardée du fait d’un bref répit dû à la « reprise » de l’économie américaine, mais la crise reste à l’ordre du jour et elle aggravera les conditions de vie des masses, qui sont déjà désespérées. On fera face à une situation semblable à l’Espagne de 1931, après la proclamation de la République – et cela débouchera sur des évènements d’une ampleur tout aussi grandiose.

L’Argentine

Les révolutions peuvent être déclenchées par beaucoup de choses différentes : une crise boursière, un effondrement financier, une guerre, un gros scandale politique, un acte terroriste, etc. L’insurrection de décembre 2001, en Argentine, fut la conséquence d’un effondrement financier. Le Président de la Rua a dû fuir en hélicoptère du toit du palais présidentiel. Mais ces évènements ont immédiatement fait ressurgir les contradictions qui s’étaient accumulées, pendant des dizaines d’années, sous la surface de la société argentine.

L’Argentine montre comment une situation apparemment stable peut être bouleversée en l’espace de 24 heures. Du point de vue du capitalisme et de l’impérialisme, l’Argentine était un modèle. La classe dirigeante suivait servilement toutes les recommandations du FMI et de la Banques Mondiale. C’était le bon élève qu’on cite en exemple. Mais au premier coup de froid de l’économie mondiale, tout s’est effondré comme un château de cartes.

Les origines de l’effondrement économique de l’Argentine ne doivent pas être recherchées dans l’économie nationale, mais sur le marché mondial. C’est l’autre face de la mondialisation. Les ondes de chocs de la crise asiatique, en 1997, ont d’abord affecté la Russie en provoquant l’effondrement du rouble, fin 1998. Puis d’autres monnaies faibles ont été affectées, comme le zloty polonais, et le Brésil a fini par devoir dévaluer sa monnaie. En conséquence, le peso argentin, qui est lié au dollar américain, fut soumis à d’insoutenables pressions. Le Brésil est le principal marché à l’exportation de l’Argentine. Le résultat, ce fut un effondrement financier qui, en l’espace de quelques jours, a ruiné un grand nombre d’Argentins.

La chute du gouvernement a ouvert la voie à une intervention des masses. A l’époque, nous disions que c’était le début de la révolution argentine. Nous expliquions que la classe dirigeante était trop faible, à ce stade, pour s’orienter vers la réaction ouverte, et que la révolution s’étendrait sur plusieurs années, avec des flux et des reflux, jusqu’à ce qu’un dénouement intervienne, dans un sens ou dans l’autre.

En décembre 2001, un mouvement insurrectionnel spontané a renversé le gouvernement de la Rua. Mais en l’absence d’un parti révolutionnaire puissant, la classe dirigeante a repris le contrôle de la situation. Depuis le début, nous avons averti que si les travailleurs ne prenaient pas le pouvoir, les capitalistes parviendraient à détourner le mouvement sur le plan parlementaire, et que des élections générales aboutiraient à la victoire d’un péroniste « de gauche », comme Saa. Finalement, le vainqueur ne fut pas Saa, mais Kirchner – un autre péroniste de gauche. Mais le pronostic était absolument correct.

Le « Kirchnerisme » est un phénomène extrêmement instable et miné par des contradictions internes. Malgré ses postures nationalistes, Kirchner est incapable de rompre de manière décisive avec l’impérialisme américain, qui garde toutes les cartes en main. Il a tenté de manœuvrer entre les classes, entre l’impérialisme et les masses argentines.

Craignant le potentiel révolutionnaire des masses argentines, Washington a d’abord opté pour une attitude attentiste. Mais désormais, Bush resserre les vis. L’Argentine est l’objet de très lourdes pressions pour qu’elle paye ses dettes. Or, elle ne le peut pas. Dans ce qui était naguère la 10ème puissance industrielle au monde, les statistiques officielles indiquent que 38,5% de la population vit toujours dans la pauvreté. Les récentes manifestations massives contre la visite de Bush sont un avertissement sur ce qui se passera si Kirchner tente de payer la dette aux impérialistes en s’attaquant au niveau de vie des masses. La période à venir verra de nouveaux soulèvements révolutionnaires et une plus grande polarisation entre la gauche et la droite.

Inévitablement, après le crash, il y a eu une amélioration de l’économie – exactement comme une pierre jetée d’une hauteur rebondit. Au cours des trois dernières années, le PIB a crû de 27%. Cela signifie que l’économie a retrouvé le niveau d’avant la crise. Les investisseurs ont progressivement retrouvé leur sang froid. Le regain partiel de l’économie a créé des conditions favorables d’un regain de la lutte sur le front économique. Toutefois, les statistiques économiques ne disent pas tout. Les conditions de vie des masses n’ont pas changé de manière significative. Les emplois et les salaires sont bien pires qu’avant. Le niveau de pauvreté est peut-être le plus important de l’histoire récente de l’Argentine. Alors que l’inflation repart et ronge les salaires, le rôle des syndicats acquiert une importance vitale.

Suivant la vielle tradition péroniste, Kirchner se tient en équilibre entre les classes, et peut même s’appuyer sur les masses pour porter des coups contre l’impérialisme et la classe dirigeante. Il est allé jusqu’à critiquer les militaires – mais sans rien changer de fondamental. Il a fait d’adroites concessions à la classe ouvrière, et les salaires ont augmenté en 2005. Ce n’est qu’une pâle caricature des politiques conduites par Perón, par le passé. De fait, la situation mondiale est très différente. Quand Perón est arrivé au pouvoir, l’Europe d’après-guerre constituait une demande quasi-illimitée en bœuf et en blé argentins. Les capitalistes argentins avaient de quoi faire des concessions. Ce n’est plus le cas, aujourd’hui. Le déficit extérieur du pays est énorme. Le FMI va resserrer les boulons, demander des coupes budgétaires et une politique d’austérité. Jusqu’alors, Kirchner a réussi à manœuvrer. Mais cela ne peut durer indéfiniment.

Après être passée par l’école du Kirchnerisme, la classe ouvrière entre dans l’étape suivante comme une force indépendante. Nos camarades argentins ont fait campagne pour la création d’une tendance syndicale de gauche, et ils ont trouvé un écho parmi les travailleurs de l’avant-garde. Face à un regain de la lutte industrielle, la bureaucratie de la CGT a été forcée de se placer à la tête du mouvement. Mais la force motrice de ce mouvement vient de la base. Les militants syndicaux ont montré leur compréhension instinctive de ce qui est nécessaire en organisant le Courant de la Gauche Syndicale. Ils sont parvenus à regrouper des militants syndicaux parmi les salariés du métro, les cheminots, les enseignants, les travailleurs de la santé – entre autres. Pour que la révolution argentine triomphe, ces gens devront être gagnés au marxisme.

La Bolivie

La Bolivie vit une situation révolutionnaire depuis octobre 2003. A plusieurs reprises, les masses se sont soulevées pour prendre le pouvoir, mais elles ont échoué faute d’une direction révolutionnaire. Ce fait à été admis par les dirigeants de la confédération syndicale, la COB, qui ont dit : « nous n’avons pas pris le pouvoir car nous n’avions pas de parti révolutionnaire ».

Les évènements de mai et juin 2005, en Bolivie, sont très riches en leçons. Plusieurs caractéristiques sont à prendre en considération. Comme dans d’autres pays, les intellectuels petits-bourgeois expliquaient qu’il ne fallait plus rien attendre de la classe ouvrière, comme force sociale, et ne s’intéressaient plus qu’aux les producteurs de coca, aux paysans ou autres couches de la population. Pourtant, ce sont les organisations ouvrières qui ont joué le rôle principal. C’est la COB et les organisations minières qui, en l’espace de 18 mois, ont organisé deux mouvements insurrectionnels nationaux – et c’est eux qui ont renversé les gouvernements de Lozada et de Mesa.

La merveilleuse classe ouvrière bolivienne a joué le rôle dirigeant. Elle s’est placée à la tête du pays et a mobilisé derrière elle toutes les couches d’opprimés. Les travailleurs ont organisé des manifestations massives, à El Alto, et ont appelé à la grève générale illimitée. Il y avait tous les éléments du pouvoir ouvrier. Les mineurs ont marché vers la capitale, armés des bâtons de dynamite. Dans les faits, le « cabildo abierto » (assemblée ouverte) était une forme de soviet. Ce mouvement à directement posé la question du pouvoir.

En réalité, en mai et juin 2005, le pouvoir était dans les mains des travailleurs. Emporté par son élan colossal, le mouvement est allé bien plus loin que les revendications initiales sur la nationalisation du gaz. Les masses voulaient un gouvernement des travailleurs et des paysans. Ils ont jeté leur gant à la face d’une classe dominante terrorisée et incapable de réagir. La base du MAS en fut profondément affectée et radicalisée ; la direction perdait son contrôle.

La classe dominante bolivienne – ultra-réactionnaire, archi-pourrie et corrompue – n’était même pas en mesure de lancer une guerre civile contre la révolution. Ils n’avaient pas suffisamment d’appui dans la société et dans les forces armées. A défaut, ils ont menacé de diviser le pays sur des lignes régionales, c’est à dire de détruire de la Bolivie en tant que nation. Voilà le véritable contenu du « patriotisme » des grands propriétaires terriens et des capitalistes boliviens. Cependant, même l’état-major de l’armée bolivienne ne l’aurait pas accepté. C’était un aveu pitoyable de la banqueroute morale et politique de la classe dirigeante. Par ce seul acte, la bourgeoisie bolivienne a publiquement montré qu’elle ne devrait pas être à la tête du pays.

Il eut été relativement facile, pour les dirigeants de la COB, d’arracher le pouvoir des mains tremblantes de la bourgeoisie. Il aurait suffit de convoquer un comité national élu par les assemblées populaires (ou « cabildos »), de le proclamer nouveau gouvernement national et d’arrêter les membres du gouvernement bourgeois. Etant données les circonstances, cela aurait pu être accompli sans effusion de sang ni guerre civile. Les actes de résistance, de la part de la bourgeoisie bolivienne, auraient été facilement brisés. Cela aurait ouvert la voie à la victoire de la révolution socialiste en Bolivie, qui aurait été le point de départ de révolutions socialistes dans la région des Andes et le reste de l’Amérique latine. Malheureusement, les dirigeants de la COB ont une nouvelle fois montré qu’ils n’y étaient pas préparés. Ils ont fait marche arrière au moment il aurait fallu prendre le pouvoir.

Comme nous l’avions prévu, en conséquence des erreurs de la direction, ce magnifique mouvement s’est transféré sur le plan électoral. Mais la bourgeoisie ne peut plus gouverner comme par le passé. Elle a subi un choc sévère et en titube encore. Elle est mal en point – mais pas encore battue. Elle tâche de regrouper ses forces et se prépare à lancer une contre-offensive lorsque le mouvement sera dans le creux de la vague. Quant aux masses, lorsqu’elles ont vu que ses dirigeants ne voulaient pas prendre le pouvoir, elles ont haussé les épaules et ont pensé que la meilleure chose qui leur restait à faire, dès lors, était de voter pour Morales.

Malheureusement, de nombreux militants d’avant-garde ont adopté une position gauchiste et appelé au boycott des élections. Ils n’ont pas compris le processus en cours. Les masses veulent changer la société. Elles sont remplies d’indignation contre l’impérialisme et la classe dominante. Les dirigeants ouvriers auraient pu et du prendre le pouvoir. Mais au moment décisif, ils ont vacillé, traîné en longueur et laissé passer l’opportunité. Alors, les masses se sont dit : « Bon, la COB ne voulait pas prendre le pouvoir, alors on ira voter et on verra ce qui se passe avec Evo. »

Les résultats des élections ont démontré à quel point les dirigeants syndicaux et militants qui prônaient l’abstention étaient à côté de la plaque. 54% des voix se sont portées sur Morales, avec une participation massive de 84% – et ce alors qu’1,5 millions de personnes, dont la majorité aurait voté Morales, avaient été éliminées des listes électorales. Morales a obtenu 67% des voix à La Paz, contre 18% pour le candidat de la classe dirigeante. Dans la ville révolutionnaire d’El Alto, entre 70% et 80% des gens ont voté pour Morales, alors que c’est une ville où le MAS est peu organisé. Ceux qui ont participé aux insurrections ont massivement voté pour Morales.

L’attitude des masses était assez compréhensible. Elles souffrent terriblement et ne peuvent se permettre d’attendre. Elles n’étaient pas disposées à s’asseoir tranquillement en attendant que l’avant-garde révolutionnaire se mette en ordre. Dans les élections, elles ont vu une opportunité de frapper la classe dominante et ses partis – et elles l’ont saisie. La victoire de Morales représente une rupture majeure dans la situation. C’est un coup porté à l’oligarchie et à l’impérialisme. Les partis traditionnels ont été laminés : même à Santa Cruz, le berceau de l’oligarchie, le MAS a obtenu 33% des votes. Cela montre l’extrême faiblesse de la réaction face au mouvement. Depuis 30 ans, jamais un président bolivien n’avait été élu au premier tour.

Le vote pour Morales était un vote pour un changement de société. A présent, les masses vont attendre de « voir ce qui va se passer ». Mais elles n’attendront pas longtemps. Que va faire Morales ? Si on considère son programme et ses actions passées, tout suggère qu’il suivra l’exemple de Lula et Gutierrez. Cependant, Morales a été élu sur la base de deux grèves générales et insurrections. Les masses demanderont que le programme de nationalisation soit mis en oeuvre. Il y a une forte exigence, à l’égard des dirigeants, pour qu’ils rendent des comptes à la base et se subordonnent aux assemblées de masse.

Le gouvernement de Morales est pris entre deux feux. Les travailleurs et les paysans feront pression pour que Morales prenne des mesures sérieuses dans leurs intérêts – qu’il « nationalise tout ». C’est ce qu’ils attendent. Et à présent qu’il est au pouvoir – sur la base d’un vote massif – ils attendent qu’il passe à l’action. Ils attendront un certain temps, puis diront : « nous t’avons mis au pouvoir – nous voulons des résultats. » Et si les masses n’obtiennent pas ce qu’elles veulent, elles descendront à nouveau dans la rue. Mais d’un autre côté, le gouvernement subira la pression implacable de l’oligarchie et de l’impérialisme. Washington est sérieusement préoccupé par les conséquences de la victoire de Morales. Et ses inquiétudes ont été justifiées par la formation d’un nouveau bloc entre la Bolivie, Cuba et le Venezuela.

Morales aimerait bien trouver un compromis. Il use constamment d’un double langage. Il dit qu’il est en pour la nationalisation, mais pas pour l’expropriation. Il veut réaffirmer le droit de la Bolivie à contrôler ses ressources énergétiques – mais ne parle pas d’exproprier les entreprises étrangères. Il parle de renégocier les contrats avec les multinationales. En d’autres termes, il veut être au service de tout le monde.

La révolution bolivienne a commencé et peut durer encore un certain temps – des mois, sinon des années – avec des flux et des reflux. Les masses ne sont pas parvenues à prendre le pouvoir, mais en même temps, la classe dirigeante et l’impérialisme ne sont pas en situation, à ce stade, de tenter un coup de force. Ils sont obligés jouer la montre, de manœuvrer et de comploter en attendant. C’est ce qui explique le langage extrêmement prudent de Washington quand ils parlent d’Evo Morales. Ils espèrent toujours pouvoir l’acheter, le neutraliser, l’obliger à accepter leurs conditions, et le compromettre ainsi aux yeux des travailleurs et des paysans – avant de le renverser. Le fait que les Etats-Unis financent 10% du budget bolivien en « aides » est un levier dont Bush veut faire usage pour parvenir à ses fins.

La révolution bolivienne se développera sur une longue durée, et connaîtra des périodes de soulèvements suivies de périodes d’accalmies, lorsque les masses seront fatiguées et désillusionnées. Il peut même y avoir des périodes de réaction, à l’instar du « Bienio Negro » de 1934-36, en Espagne. Mais chaque période de calme sera suivie d’une mobilisation révolutionnaire plus grandiose. Ceci dit, au final, la question sera tranchée par la victoire décisive d’une classe sur l’autre.

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