Manifeste international contre la guerre en Irak

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Préface à l’édition française

L’invasion anglo-américaine aura des conséquences désastreuses pour la population irakienne. Après les douze ans d’embargo que l’ONU lui a infligés, et qui ont coûté la vie à plus d’un million de personnes – dont au moins 500 000 enfants de moins de cinq ans -, le peuple de ce pays meurtri doit aujourd’hui affronter l’effrayante puissance de feu des envahisseurs. Cette agression n’est ni une opération “anti-terroriste”, ni une quelconque “libération” de l’Irak. Il s’agit d’une guerre de conquête et de rapine impérialiste, qui a pour objectif le contrôle des gigantesques réserves pétrolières du pays et la transformation de l’Irak en une base militaire américaine au cœur du Moyen Orient.

Avant d’être traduit et publié 
en français par les militants de La Riposte, le Manifeste international 
contre la guerre est paru, le 6 février 2003, sur le site 
internet In Defence of Marxism (www.marxist.com). 
Les principaux éléments développés dans 
ce document ont été confirmés par le cours ultérieur 
des événements. Ce Manifeste répond point par 
point aux justifications de la guerre présentées à 
l’opinion publique, notamment dans les pays belligérants, et 
expose les véritables intérêts qui se cachent 
derrière la propagande des gouvernements et de l’industrie 
de la communication. Mais le Manifeste ne se limite pas à l’analyse 
des causes du conflit. C’est aussi un appel à l’action et un 
programme socialiste et internationaliste d’opposition à la 
guerre. A ce titre, il mérite d’être diffusé le 
plus largement possible auprès de la jeunesse et des travailleurs 
de France.

Le conflit franco-américain que cette guerre 
a provoqué nécessite une explication. Pendant de longs 
mois, Chirac, Villepin, et d’autres représentants endurcis 
du capitalisme français nous ont fait part de leur profond 
attachement aux vertus du “règlement pacifique des conflits”. 
Ce touchant spectacle ne devrait pas nous faire oublier que la France 
vend toujours des quantités importantes d’armes à des 
dictatures – comme elle en vendait à Saddam Hussein jusqu’en 
1990 – et se trouve impliquée plus ou moins directement 
dans des conflits militaires en Côte d’Ivoire, au Congo-Brazzaville, 
au Soudan et en Sierra Leone. Dans ce dernier cas, la France a appuyé 
le RUF de Taylor et Sankoh, qui sont responsables du massacre et de 
la mutilation de dizaines de milliers de civils. De même, on 
sait que la France était impliquée dans le massacre 
des Tutsis au Rwanda, qui a coûté la vie à plus 
de 500 000 personnes. A chaque fois que les intérêts 
de l’impérialisme français l’ont exigé, la France 
n’a pas hésité à faire la guerre. Et comme le 
font les Etats-Unis aujourd’hui, elle l’a fait avec 
ou sans l’aval de l’ONU. Si Chirac et la droite se sont opposés 
à cette guerre, la guerre en Irak, cela n’a donc rien 
à voir avec les droits de l’homme ou le souci de préserver 
des vies humaines.

Selon Le Monde du 12 février 2003, ” l’arrivée 
éventuelle des concurrents américains après une 
guerre inquiète TotalFinaElf, l’un des groupes les plus actifs 
dans le pays, avec le russe Loukoil.” En fait, depuis 1992, TotaFinaElf 
discute avec la dictature irakienne de l’exploitation de deux gisements 
qui se trouvent à Bin-Umar et Majnoun, dans la région 
de Bassorah, et à proximité d’Oum Kasr, le seul terminal 
maritime de l’Irak sur le golfe Persique. Ces réserves représenteraient 
respectivement 5 milliards et 7 à 8 milliards de barils, soit 
une quantité supérieure aux actuelles réserves 
mondiales de TotalFinaElf. Ainsi, la position française sur 
la guerre en Irak s’explique en premier lieu par le fait que l’occupation 
de l’Irak par les Etats-Unis rendrait nuls et non avenus les contrats 
pétroliers négociés auprès du régime 
irakien et balayerait presque totalement ce qui reste de l’influence 
de l’impérialisme français au Moyen Orient.

Au moment de la rédaction du Manifeste, il 
semblait que Chirac, après quelques protestations formelles, 
finirait par s’aligner sur les positions américaines, et cette 
perspective est évoquée aussi bien dans le Manifeste 
que dans notre texte Les objectifs de guerre des grandes puissances 
au Moyen Orient (La Riposte, janvier 2003). Le 29 août 2002, 
le New York Times écrivait : “De nombreux stratèges 
français souhaitent un rapprochement avec l’administration 
Bush. L’attitude de la France envers Bagdad risque de durcir une fois 
qu’elle comprendra que la guerre est inévitable. Une source 
proche de l’Elysée a expliqué le dilemme français 
en ces termes : “Nous voudrions éviter une opération 
militaire, mais il va y en avoir une, alors que faire ? Nous voulons 
garder toutes les options ouvertes et ne pas trop critiquer la démarche 
américaine, afin de ne pas susciter des réactions négatives”.

Chirac avait sans doute l’intention de “faire 
le difficile” dans un premier temps, et de conditionner la participation 
de la France à des concessions américaines susceptibles 
de compenser au moins partiellement la perte des accords pétroliers 
avec la dictature irakienne. Au début de l’année, Chirac 
a effectivement ordonné aux forces armées françaises 
de “se tenir prêtes” à intervenir aux côtés 
des armées anglo-américaines, et n’a jamais exclu la 
participation de la France à la guerre. Quinze jours à 
peine avant le déclenchement de l’invasion, Villepin déclarait 
que l’usage du veto français à l’ONU reviendrait à 
“tirer dans le dos des Américains”. Cependant, Chirac 
a été rattrapé par l’évolution de la situation 
en France, où la montée en puissance de l’opposition 
à la guerre augmentait considérablement le coût 
politique d’un éventuel revirement de la position française. 
La droite française, avant tout soucieuse de poursuivre ses 
attaques contre l’emploi, les services publics, les retraites, la 
sécurité sociale, et les droits et conditions de travail 
des salariés, n’avait aucune envie de se retrouver dans la 
situation de Blair et Aznar ! Par ailleurs, les négociations 
entre l’Elysée et la Maison Blanche au sujet du partage du 
butin de guerre se sont avérées infructueuses. Pour 
l’administration américaine, il était hors de question 
de céder une partie significative des réserves pétrolières 
à la France, compte tenu de la faiblesse de ce que pouvait 
être l’apport français sur le plan des opérations 
militaires et du financement du carnage.

Les dirigeants du Parti Socialiste et du Parti Communiste, 
qui ont soutenu les guerres impérialistes menées contre 
la Serbie et l’Afghanistan, se sont opposés à l’invasion 
de l’Irak. Cependant, les positions – quasiment identiques – 
défendues par ces deux directions consistaient à 
s’aligner sur la politique de la droite et de Chirac, dont François 
Hollande et Marie-Georges Buffet n’ont cessé de saluer 
le “courage” et la “fermeté” face à 
la politique de Bush. Les textes et déclarations des dirigeants 
socialistes et communistes étaient parsemés d’allusions 
à l’impérialisme américain, mais ne disaient 
rien des intérêts tout aussi impérialistes que 
la “diplomatie” française défend dans son 
opposition à Bush. Or, dans un conflit entre deux impérialismes, 
il est absolument inadmissible, d’un point de vue socialiste 
et internationaliste, d’apporter un quelconque soutien à l’un 
ou à l’autre camp. Plutôt que de se transformer en cinquième 
roue du carrosse élyséen, le devoir de la gauche française 
était d’expliquer inlassablement les véritables intérêts 
et motivations des impérialismes américain et français, 
et de présenter aux salariés et à la jeunesse 
un programme de classe indépendant contre la guerre et contre 
Chirac, dont la politique extérieure n’est que le prolongement 
de sa politique intérieure, à savoir une défense 
implacable des intérêts du capitalisme français. 
Or, dans l’Humanité, des critiques acerbes de la politique 
intérieure de la droite française côtoyaient quotidiennement 
les éloges les plus enthousiastes de sa politique étrangère ! 
Au lieu de chercher à rendre les travailleurs et les jeunes 
plus conscients de l’opposition inconciliable entre leurs intérêts 
et ceux des capitalistes français, la démarche des dirigeants 
des partis de gauche a consisté, à l’inverse, 
à noyer cette opposition dans les brumes de la “position 
française”.

Chez les dirigeants du PCF et du PS, la “lutte” 
contre la guerre s’est concentrée sur la question du 
“veto français” au Conseil de Sécurité 
de l’ONU. En même temps, ils ont exigé avec insistance 
la poursuite du “désarmement de l’Irak” que réclamaient 
les Etats-Unis – en même temps qu’ils préparaient, 
aux frontières de ce pays dévasté et affamé, 
une force d’invasion massive. Or le veto n’a jamais eu lieu, puisque 
les Etats-Unis ont décidé de ne pas présenter 
une nouvelle résolution à l’ONU. La “stratégie” 
des dirigeants de gauche, qui dépendait entièrement 
des choix tactiques de la Maison Blanche, a donc disparu de vue aussi 
rapidement, aussi complètement, et en faisant aussi peu de 
bruit qu’une bulle de savon qui éclate. Ceci dit, même 
si Bush avait présenté une résolution à 
laquelle la France aurait opposé son veto, cela n’aurait pas 
changé quoi que ce soit. L’idée du veto pour ” empêcher 
cette guerre ” était un non-sens. Certes, Bush aurait 
préféré que la France participe à la guerre 
afin de mieux camoufler ses objectifs impérialistes, mais les 
Etats-Unis n’avaient nullement besoin de la France sur le plan militaire. 
Le budget militaire de la France ne représente que 7% du budget 
militaire américain. Comparé à celui des Etats-Unis, 
l’apport français à la guerre contre l’Afghanistan était 
anecdotique, et il en aurait été de même en Irak.

Comme l’explique le Manifeste, l’ONU n’est pas une 
institution neutre. Les sentiments mielleux figurant dans sa Charte 
sont destinés à dissimuler sa véritable nature. 
Il s’agit d’une structure entièrement dominée par les 
grandes puissances, et qui fonctionne dans l’intérêt 
de celles-ci. Malheureusement, les dirigeants du PS et du PCF continuent 
de présenter l’ONU comme une institution progressiste. Et pas 
seulement eux. Selon une déclaration signée et diffusée 
par la LCR et ATTAC – entre autres – en février 
2003, ” la démilitarisation, les conflits, la sécurité, 
la paix au Moyen Orient et le droit des peuples devraient être 
traités dans le cadre strict de l’ONU, par des moyens politiques, 
en respectant le droit international et la justice.” Or l’ONU 
est trempée de la tête aux pieds dans le sang des peuples, 
et en particulier des peuples des pays les plus pauvres. L’ONU n’est 
pas et ne peut pas être plus “progressiste” que les 
puissances qui la dominent. Au contraire, il s’agit d’une organisation 
réactionnaire qui regroupe les ennemis des travailleurs et 
de la jeunesse du monde entier. Qui ne comprend pas cela ne comprend 
rien aux relations internationales. Peut-on faire confiance à 
Blair, Bush, Poutine, ou Chirac ? Bien évidemment pas. 
Mais alors, pourquoi leur faire confiance lorsqu’ils se rassemblent 
sous le drapeau de l’ONU ?

L’attitude des dirigeants du PS et du PCF envers 
l’ONU n’est qu’un prolongement de leur attitude à l’égard 
des relations entre les classes, ici, en France. Pour eux, de même 
que la paix dans le monde doit être assurée par la concertation, 
dans le cadre de la “légalité” de l’ONU, ils 
pensent que les conflits de classe peuvent être résolus 
par les vertus du “dialogue” entre “partenaires sociaux”. 
En invitant les travailleurs et les jeunes à soutenir l’ONU, 
en l’auréolant de la “légitimité de la communauté 
internationale”, les dirigeants socialistes et communistes veulent 
faire croire à la possibilité de changer la nature essentielle 
du capitalisme par le dialogue et la concertation. Or, la vérité, 
c’est que la guerre impérialiste fait tout autant partie du 
capitalisme que la propriété privée et la concurrence.

On peut difficilement imaginer une vision du monde 
plus superficielle que celle qui consiste à diviser les grandes 
puissances du monde en deux “camps” : celui de la paix 
et celui de la guerre. La frontière entre les deux “camps” 
ne cesse de se déplacer au gré des intérêts 
et des buts poursuivis par les puissances en question. L’impérialisme 
français voulait “paisiblement” empocher les réserves 
pétrolières de l’Irak tout en se préparant à 
la guerre en Côte d’Ivoire. Poutine voulait la paix en Irak 
tout en faisant la guerre en Tchétchénie. L’Allemagne 
ne participe pas à la guerre, et se contente de vendre “paisiblement” 
des armes aux pays belligérants. Les Etats-Unis bombardent 
et envahissent l’Irak, mais seulement dans le but de pouvoir “garantir 
la paix” par la suite. Enfin, lorsque les grandes puissances 
ne sont pas en guerre, la “paix” qui règne dans le 
monde sous-développé se caractérise par la violence 
permanente et omniprésente qu’une minorité privilégiée 
inflige à l’écrasante majorité des populations. 
L’ONU, ce magnifique instrument de l’entente entre les peuples, n’a-t-elle 
pas froidement et “pacifiquement” programmé la famine 
et la mort, en Irak, par le biais de l’embargo ?

L’ONU ne permet pas de surmonter la rivalité 
entre les grandes puissances. Certes, tant que le partage du monde 
entre les sphères d’influence des grandes puissances peut se 
faire sans nuire aux intérêts fondamentaux des unes et 
des autres, la fiction de la “concertation” peut être 
maintenue. Il est cependant totalement inconcevable que l’ONU puisse 
empêcher une guerre dès lors que les intérêts 
d’une grande puissance sont en jeu, surtout s’il s’agit de la plus 
puissante d’entre elles, à savoir les Etats-Unis.

L’impérialisme américain a besoin de 
vaincre et d’occuper l’Irak, de contrôler ses réserves 
pétrolières, de disposer d’une base d’opérations 
militaires de grande envergure, et de contrecarrer au passage les 
ambitions impérialistes de la France dans la région. 
Ces considérations pèsent beaucoup plus lourd que les 
opinions de ses rivaux au sein du Conseil de Sécurité. 
Bush et Powell étaient très clairs à cet égard 
 : si le Conseil de sécurité les soutient, expliquaient-ils, 
tant mieux – sinon, l’invasion aurait quand même lieu. 
L’impérialisme français avait exactement la même 
attitude envers l’ONU lors de sa guerre contre le peuple algérien. 
S’agissant de l’actuelle invasion de l’Irak, ce sont les Etats-Unis 
qui sont dans la position de l’agresseur, et l’impérialisme 
français qui s’habille en défenseur de la paix. Mais 
en 1956, lors de la crise de Suez, les rôles étaient 
inversés. Lorsque Nasser a nationalisé le Canal de Suez, 
la France et la Grande-Bretagne ont projeté d’envahir l’Egypte 
et d’occuper la zone située autour du canal. Les Etats-Unis 
étaient opposés à un renforcement de la présence 
franco-britannique dans la région. A l’ONU, la France a usé 
de son veto pour bloquer l’opposition américaine, et a lancé 
l’invasion contre l’Egypte, qui s’est soldée, en l’occurrence, 
par un cinglant échec. Par la suite, Nasser a nationalisé 
les intérêts français et britanniques en Egypte. 
Plus récemment, la France a obtenu un mandat de l’ONU pour 
l’occupation militaire du Rwanda, après avoir fait clairement 
comprendre que, de toute façon, avec ou sans l’ONU, l’armée 
française allait s’y installer.

Dans le contexte international actuel, une exacerbation 
des tensions entre les classes et entre les Etats, et une multiplication 
de conflits armés sont absolument inévitables. Le 
conflit entre la France et les Etats-Unis en est un exemple parmi 
bien d’autres. Notons au passage, et sans vouloir accorder plus d’importance 
qu’elles n’en méritent aux idées défendues 
par les admirateurs de Monsieur Toni Négri, que la grave crise 
internationale provoquée par la question irakienne réduit 
à néant la théorie de l’”Empire supranational”. 
Cet “Empire” n’existe pas et n’existera jamais. Même 
l’Union Européenne n’est pas réellement unie, et ne 
pourra jamais l’être sur la base du capitalisme. Les gouvernements 
de Grande-Bretagne, d’Espagne et d’Italie se sont appuyés sur 
les Etats-Unis pour renforcer leur position par rapport à la 
France et l’Allemagne au sein de l’Union. Chaque classe capitaliste 
nationale cherche à défendre ses intérêts 
au détriment de ses rivales.

Les répercussions économiques, sociales 
et politiques de la guerre se feront sentir, d’une façon ou 
d’une autre, dans tous les pays du monde. En Europe, le taux de croissance 
de nombreuses économies nationales est suffisamment proche 
de 0% pour que la guerre les fasse basculer dans le négatif. 
La jeunesse et les travailleurs de pratiquement tous les pays européens 
sont, dans leur grande majorité, hostiles à cette guerre, 
et les gouvernements qui ont soutenu la politique de Bush – 
notamment en Espagne, en Italie, et en Grande-Bretagne – 
se trouvent dos au mur face à l’ampleur massive des mobilisations 
contre la guerre.

Au Moyen Orient, si les causes fondamentales de l’invasion 
de l’Irak sont liées à l’instabilité croissante 
de cette région, la guerre ne peut en retour qu’aggraver cette 
instabilité. Le ralentissement de l’économie mondiale 
a eu des conséquences dramatiques dans tous les pays du Moyen 
Orient, entraînant une dégradation sensible du niveau 
de vie de la population. Les répercussions de la guerre sont 
en train de déstabiliser certains régimes. C’est le 
cas de la Jordanie, où des manifestations populaires, violemment 
réprimées par l’armée et la police, ont eu lieu 
presque quotidiennement depuis le début de la guerre. Dans 
le cadre du programme “pétrole contre nourriture”, 
l’Irak absorbait 20% des exportations jordaniennes. La moitié 
du pétrole irakien importé par la Jordanie était 
gratuit, et l’autre moitié n’était facturé qu’à 
19 dollars le baril, ce qui est bien en dessous des prix mondiaux. 
La suspension de ce programme a fait plonger l’économie jordanienne. 
Ceci explique le revirement de Bush et Blair sur cette question. Le 
rétablissement du programme “en fonction de la situation 
militaire” vise également à utiliser l’approvisionnement 
en eau, en nourriture et en médicaments comme une forme de 
chantage vis-à-vis des populations des villes assiégées. 
Le jour même de l’annonce de la reprise du programme “pétrole 
contre nourriture”, les bombardiers britanniques ont détruit 
des entrepôts alimentaires à Bassorah. En tout cas, la 
décision vient peut-être trop tard pour renforcer la 
position du roi Abdullah. Prise en tenaille entre ses engagements 
auprès de l’administration américaine et la pression 
montante de la rue, la monarchie jordanienne vacille. Le 23 mars, 
donnant suite aux exigences américaines, le roi a ordonné 
l’expulsion de la représentation diplomatique irakienne. Mais 
la réaction immédiate de la population face à 
cette nouvelle démonstration de servilité l’a 
obligée, dès le lendemain, à inviter l’Irak à 
remplacer par d’autres les diplomates renvoyés. La crise, 
en Jordanie, s’aggravera dans les semaines et les mois à venir. 
Dans un pays où la majorité de population est d’origine 
palestinienne, il n’est pas impossible que la monarchie soit renversée.

En Arabie Saoudite, également, la situation 
est explosive. Pendant de longues décennies, le régime 
saoudien était considéré comme inébranlable. 
Grâce aux revenus pétroliers, l’infrastructure économique 
du pays se développait et le niveau de vie augmentait. Aujourd’hui, 
l’économie est en crise, avec un taux de chômage de 15% 
– sans compter les femmes ! – et une très nette 
baisse du niveau de vie de la vaste majorité de la population. 
Des grèves, des émeutes, et même des mutineries 
ont eu lieu, et la classe dirigeante est profondément divisée 
sur la question des moyens de faire face à la contestation 
montante. Le fondamentalisme wahhabite est l’une des expressions de 
cette division. C’est l’instabilité croissante de l’Arabie 
Saoudite qui a convaincu l’administration américaine de l’impérieuse 
nécessité – en dépit de tous les risques 
que cela comporte – d’envahir l’Irak et de contrôler ses 
ressources pétrolières. Mais, justement, la guerre pourrait 
bien précipiter la chute du régime saoudien.

Enfin, en Egypte, la vague de privatisations et la 
politique de restrictions budgétaires mises en œuvre par 
le gouvernement, conjuguées aux effets de la crise économique 
générale, forment l’arrière plan des manifestations 
massives qui ont eu lieu au Caire et dans les principales villes du 
pays. La monnaie nationale est minée : 35% des transactions 
se font en dollars ou en euros, ce qui frappe de plein fouet le pouvoir 
d’achat des couches les plus démunies de la population. La 
jeunesse et les travailleurs descendent dans la rue pour dénoncer 
non seulement l’agression contre l’Irak, mais aussi la passivité 
complice du gouvernement égyptien vis-à-vis de l’impérialisme 
américain. En décembre, Moubarrak, déclarait 
qu’en cas de guerre contre l’Irak, “aucun dirigeant arabe ne 
saurait retenir la colère de son peuple”. Cette prévision 
s’est avérée exacte.

Le processus révolutionnaire dans les pays 
arabes n’en est qu’à ses débuts. Sans dirigeants, sans 
programme préétabli, la mobilisation populaire sera 
nécessairement ponctuée par des échecs et des 
périodes de reflux temporaire. Cependant, on ne doit pas se 
tromper sur le sens de ces développements. Ils signifient que 
la guerre en Irak pose les prémisses d’une nouvelle époque 
dans l’histoire du Moyen Orient, une époque où les masses, 
arrachées à la torpeur des temps “ordinaires” 
par les événements extraordinaires que sont la guerre 
et l’effondrement économique, entreront sur l’avant-scène 
de l’histoire et tenteront de prendre en main leurs destinées. 
Autrement dit, le Moyen Orient entre dans une période qui sera 
marquée par de grands bouleversements sociaux et qui ouvrira 
la possibilité d’une transformation socialiste de la 
société. Dans le contexte actuel, le renversement du 
capitalisme dans un seul pays du Moyen Orient suffirait pour modifier 
de fond en comble le rapport de force entre les classes sociales dans 
toute la région. Inspirant les peuples, il jetterait tous les 
régimes en place sur la défensive.

En Europe, au Moyen Orient, et partout dans le monde, 
l’invasion de l’Irak a réveillé la conscience de millions 
de jeunes et de travailleurs, dont beaucoup s’investissent pour la 
première fois de leur vie dans l’action politique. Le succès 
des mobilisations et l’intérêt suscité par le 
Manifeste international contre la guerre en Irak, qui a été 
traduit en une quinzaine de langues, témoignent, chez les opposants 
à la guerre, d’une grande soif de comprendre et d’agir. 
Le problème fondamental qui se pose, en France et ailleurs, 
est celui du caractère politique des directions des organisations 
des travailleurs. Comme Blair en Grande-Bretagne et Schröder 
en Allemagne, Hollande, Strauss-Kahn et Fabius acceptent le capitalisme 
et ne veulent pas le combattre. Dans la pratique, la direction du 
PCF ne présente aucune alternative sérieuse à 
la politique du PS, comme l’a montré son comportement dans 
le gouvernement Jospin, et comme le montre également sa politique 
sur la question de la guerre en Irak.

Tant que cette situation durera, la gauche ne pourra 
pas accomplir la mission qui devrait être la sienne : défendre 
les intérêts des jeunes, des salariés et des retraités 
face aux conséquences du capitalisme, lutter contre la politique 
de la droite – y compris sa politique étrangère 
– et ouvrir la perspective de la transformation socialiste de 
la société. Nous voulons construire un mouvement autour 
d’un programme authentiquement socialiste, chez les jeunes, chez les 
travailleurs, dans les syndicats et dans les partis de gauche. La 
Riposte et les organisations de près d’une trentaine de pays 
qui partagent ses idées militent de toutes leurs forces contre 
le capitalisme et pour rétablir dans le mouvement ouvrier les 
traditions du socialisme et de l’internationalisme. Nous ne doutons 
pas que l’analyse et le programme défendus dans le Manifeste 
attirera l’attention de nombreux jeunes et travailleurs à la 
recherche d’une organisation internationale sérieuse, car il 
n’y a pas d’action révolutionnaire sans théorie, perspectives 
et programme révolutionnaires.

Comité de Rédaction,
La Riposte,
le 28 mars 2003

Cette guerre peut-elle être justifiée ? 

L’argument “démocratique” 

La question nationale

Une guerre sans victimes ?

Des méthodes de bandits

Contradictions dans le camp impérialiste

L’ONU discréditée 

Démocratie et impérialisme

Propagande et diplomatie

Le capitalisme signifie la guerre

“Les fusils avant le beurre !” 

Contre l’impérialisme, 
le militarisme et le capitalisme !

Imprimez et diffusez ce manifeste !

Cette guerre peut-elle 
être justifiée ?

La guerre que les Etats-Unis préparent est 
un acte d’agression flagrant contre le peuple irakien. Elle n’a pas 
un atome de contenu progressiste. Les arguments utilisés pour 
justifier cette guerre monstrueuse n’ont strictement aucune valeur. 
L’envoi des inspecteurs de l’ONU n’était qu’un simple prétexte 
destiné à tromper l’opinion publique pendant que les 
Américains procédaient à leur implantation militaire 
dans le Golfe. Cette guerre n’a absolument rien à voir avec 
les armes de destruction massive. Quoiqu’ils fassent, les Irakiens 
seront bombardés et envahis.

Les “inspections” sont apparues pour ce 
qu’elles sont : une farce. Pas une seule preuve crédible n’a 
été trouvée. L’ancienne équipe d’inspecteurs 
déclarait avoir détruit 95% des armes de destruction 
massive détenues par l’Irak. Très peu d’entre elles 
ont pu échapper à leurs contrôles. Dans tous les 
cas, après plus de dix ans de sanctions, le potentiel militaire 
de l’armée irakienne a été grandement réduit. 
Il ne peut représenter une menace directe pour les Etats-Unis, 
qui possèdent une réserve colossale d’armes de destruction 
massive.

Les plans détaillés de l’invasion et 
de l’occupation de l’Irak ont été préparés 
bien avant Noël, c’est-à-dire avant que Blix et sa clique 
d’inspecteurs commencent leur tâche. Par conséquent, 
il est évident que la question des armes n’a rien à 
voir avec l’agression américaine contre l’Irak. L’objectif 
central a toujours été un changement de régime 
– c’est-à-dire la chute de Saddam Hussein et son remplacement 
par une marionnette américaine.

Blix et son équipe, qui prétendent 
à l’impartialité, jouent en fait le rôle de provocateurs. 
Les Irakiens sont constamment provoqués ; on cherche à 
les pousser à répondre par un acte de force. Cela serait 
immédiatement utilisé par l’administration de 
Bush comme un prétexte pour commencer les hostilités. 
Bagdad les a accusés d’espionnage, ce qui est probablement 
vrai. Leur véritable fonction n’est pas d’empêcher 
la guerre, mais d’en fournir le prétexte.

La tentative de dépeindre la guerre contre 
l’Irak comme faisant partie de la “guerre contre le terrorisme” 
est tout aussi absurde. Il n’y a pas une seule preuve du lien 
entre l’Irak et Al-Qaïda. Les tentatives de la CIA pour 
établir un tel lien frôlent le ridicule. Le groupe d’Al-Qaïda 
qu’ils prétendent avoir trouvé dans le nord de 
l’Irak n’est même pas sur un territoire dépendant 
de la juridiction irakienne. Cela n’a rien étonnant : 
le régime irakien est bien connu pour sa laïcité 
et ses mauvais rapports avec les fondamentalistes.

Un an et demi aurait dû suffire pour trouver 
des preuves impliquant les Irakiens dans les événements 
du 11 septembre. Pourtant, aucune preuve n’a été 
avancée. Il n’y avait pas un seul citoyen irakien parmi 
les terroristes qui ont détourné les avions sur le World 
Trade Center. Par contre, il y avait pas mal de saoudiens. Cependant, 
les Etats-Unis s’apprêtent à bombarder Bagdad, 
et non Riad !

L’argument “démocratique” 

L’argument selon lequel cette guerre a pour 
but d’instaurer une démocratie en Irak est également 
sans fondement. L’idée que l’impérialisme 
américain pourrait apporter la démocratie au peuple 
irakien serait comique si ses implications n’étaient 
aussi graves. L’intention de Bush et compagnie n’est pas 
d’introduire un véritable régime démocratique 
à Bagdad, mais d’installer – comme en Afghanistan 
– un “gouvernement fantoche” qui dépendra de 
Washington et obéira à tous ses ordres. De la part de 
George W. Bush, les reproches à l’égard la dictature 
irakienne relèvent de la plus flagrante hypocrisie.

Bush et Blair versent des larmes de crocodile sur 
l’absence de démocratie en Irak, mais ne s’aperçoivent 
pas de son absence en Arabie Saoudite, leur grand allié dans 
la région, où les élections et la liberté 
de parole sont inconnues, où les femmes n’ont le droit 
ni de travailler, ni de conduire une voiture, et où elles sont 
lapidées à mort en cas d’adultère. Et que 
dire de leur autre grand allié, la Turquie ?

En matière de droits de l’homme, la 
classe capitaliste turque bat tous les records. Elle a tué, 
torturé et emprisonné plusieurs milliers de syndicalistes, 
a massacré des prisonniers dans leur cellule, et mené 
pendant des décennies une guerre sanglante contre les Kurdes. 
Néanmoins, elle s’apprête à prendre place 
aux côtés des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne dans 
leur croisade pour la démocratie et pour… les droits 
des Kurdes ! Ce petit détail est en soi un témoignage 
suffisant pour dévoiler la faillite morale et l’horrible 
hypocrisie de toute cette entreprise.

L’argument selon lequel Saddam Hussein est 
un horrible dictateur tiendrait un peu plus la route si les Etats-Unis 
et la Grande-Bretagne ne l’avaient pas soutenu, financé 
et armé lorsqu’il bombardait les Kurdes avec des armes 
chimiques. En fait, une grande partie de ses armes provenaient des 
Etats-Unis et de la Grande-Bretagne (et notamment ses approvisionnements 
d’anthrax).

Toute l’histoire démontre que l’impérialisme 
américain n’a aucun problème avec les dictateurs, 
à condition qu’ils soutiennent ses ambitions et intérêts. 
L’argument de la démocratie n’a donc aucune validité 
lorsqu’il est avancé par la classe dominante américaine. 
Le renversement de Saddam Hussein est la tâche du peuple irakien 
– et de personne d’autre.

La question nationale 

Les intérêts du peuple irakien ne rentrent 
évidemment pas en compte dans les calculs de l’impérialisme. 
Les impérialistes ne sont les amis d’aucun peuple. Certes, 
ils utilisent parfois les aspirations nationales des peuples, comme 
les Kurdes et les Chiites d’Irak, pour leurs propres objectifs. 
Ces peuples ne devraient jamais placer leur confiance dans la “bonne 
volonté” des impérialistes, lesquels sont totalement 
indifférents à leurs souffrances et aspirations.

N’oublions pas le silence des Etats-Unis et 
de la Grande-Bretagne, dans les années 80, lors des bombardements 
des populations kurdes par le régime irakien au moyen d’armes 
chimiques. Leur très lucratif commerce d’armement avec 
Saddam Hussein était alors la priorité, et ils n’ont 
pas montré le moindre intérêt pour le sort des 
Kurdes.

En 1983, l’actuel ministre de la défense, 
Donald Rumsfeld, rendait visite à Saddam au moment de sa campagne 
d’agression au gaz contre les soldats iraniens. Saddam Hussein 
était alors considéré comme un allié fidèle 
– pourvu qu’il tue des Iraniens. Les Américains 
et les Britanniques ont accordé des crédits à 
Saddam Hussein pour qu’il achète des armes, et lui ont 
offert toutes sortes d’aides militaires. De la même manière, 
les Etats-Unis ont soutenu, armé et financé Ben Laden 
et les Talibans – pourvu qu’ils tuent des Russes en Afghanistan. 
Les impérialistes américains sont les vrais créateurs 
de ces personnalités qu’ils diabolisent maintenant comme 
étant des terroristes ou des membres de l’Axe du Mal.

L’année précédant la guerre 
du Golfe, les Etats-Unis ont envoyé à Saddam des moteurs 
d’hélicoptère, 21 lots d’éléments 
d’anthrax et des tonnes de gaz asphyxiant. Ils lui ont également 
fourni des renseignements à partir de leurs bases de reconnaissance 
AWAX en Arabie Saoudite. Les Américains et les Britanniques 
ne peuvent invoquer l’ignorance. Ils étaient au courant 
de tous les crimes de cette dictature. A la veille du massacre kurde 
à Halabja, en 1988, Londres a envoyé un ministre à 
Bagdad afin de discuter commerce avec Saddam. Celui-ci venait d’organiser 
le meurtre de 5000 Kurdes par attaque gazeuse, mais ils lui ont quand 
même accordé un crédit de £340 millions 
additionnels pour des échanges commerciaux, et les Américains 
un milliard de dollars.

En décembre dernier, le gouvernement américain 
a confisqué les 12 000 pages fournies par l’Irak 
concernant leur programme d’armement. L’excuse : 
c’était de l’information “sensible” qui 
nécessitait “un petit travail d’édition”. 
Dans les faits, ce travail fut tellement poussé qu’ils 
n’ont livré que le quart des documents aux membres non-permanents 
du Conseil de sécurité de l’ONU ! Ils devaient 
en effet cacher le fait que plus de 150 compagnies (américaines, 
britanniques, et autres) avaient été impliquées 
dans l’approvisionnement de l’Irak en armes nucléaires 
et chimiques – souvent par des transactions illégales, 
comme l’a révélé le scandale du “super-gun” 
en Grande-Bretagne. Ils souhaitent couvrir les traces qui exposeraient 
leur longue complicité avec le régime de Saddam Hussein 
et son programme d’armement.

Toutes les protestations concernant les crimes de 
la dictature irakienne relèvent d’une hypocrisie cynique 
poussée à son plus haut degré. L’invasion 
planifiée de l’Irak n’a rien à voir avec 
la démocratie ou l’humanitarisme. Ce n’est là 
qu’un simple exercice de cynisme politique de la part des grandes 
puissances. De fait, ce sont les impérialistes britanniques 
qui, les premiers (dans les années 20), ont initié la 
politique brutale de bombardement des villages kurdes. Il est de notoriété 
publique qu’en 1919, lors de la présence britannique 
dans la région, Winston Churchill, alors Ministre de la Guerre, 
prônait l’utilisation d’asphyxiants sur ce qu’il 
appelait “les tribus barbares” – ainsi nommait-il 
le peuple kurde. C’était d’ailleurs le premier 
bombardement systématique de civils de l’histoire.

En 1991, après la défaite irakienne, 
les populations chiites du sud de l’Irak ont été 
encouragées à renverser le pouvoir central. Mais, sous 
la pression de l’Arabie Saoudite, qui redoutait une croissance 
de l’influence chiite (et iranienne) en Irak, les Américains 
ont fait machine arrière et ont permis aux forces de Saddam 
Hussein d’écraser le soulèvement chiite. Comment 
peut-on, après cela, assurer que les impérialistes se 
soucient du sort des minorités nationales en Irak ?

Une guerre de conquête dirigée par les 
Etats-Unis n’aidera pas les nationalités opprimées 
de ce pays. Elles seront manipulées et utilisées pour 
vaincre les forces irakiennes sur le terrain et limiter ainsi le nombre 
de victimes américaines (c’est tout au moins ce qu’ils 
espèrent). Mais une fois cette tâche accomplie, elles 
se retrouveront de nouveau abandonnées et trahies.

Soyons clair : ce serait un acte de trahison que de 
présenter cette guerre comme un moyen d’aboutir à 
l’auto-détermination des Kurdes. La Turquie, grand allié 
des Etats-Unis dans la région, ne le permettrait jamais. Les 
capitalistes turcs n’envisagent pas de participer à cette 
guerre par amour de la démocratie, et encore moins par amour 
des Kurdes ! Elle convoite les gisements de pétrole de Kirkouk 
et de Mossoul, que les Kurdes revendiquent eux aussi. Ankara l’a 
dit ouvertement : l’armée turque envahira et écrasera 
les Kurdes s’ils essayent de s’emparer de ces gisements 
– sous le regard passif des généraux américains.

Nous défendons le droit du peuple kurde à 
avoir son propre territoire, mais nous soulignons que cela ne peut 
se faire que par un renversement révolutionnaire des régimes 
réactionnaires de Bagdad, Téhéran et Ankara. 
Sur des bases capitalistes, il ne peut y avoir de véritable 
solution au problème kurde. Les Kurdes doivent s’unir 
avec les classes ouvrières de la Turquie, de l’Irak et 
de l’Iran dans leur lutte pour un pouvoir ouvrier et paysan. 
Sur les bases d’une fédération socialiste, il 
serait possible d’aboutir à une République Socialiste 
Kurde autonome, qui posséderait tout les droits démocratiques 
et nationaux – y compris celui de faire sécession, si 
elle le souhaite.

Ceux qui expliquent que le seul moyen d’obtenir 
l’auto-détermination des minorités nationales 
de cette région est de soutenir l’impérialisme 
contre Bagdad – ceux-là trompent le peuple. C’est 
une politique criminelle et réactionnaire qui entraînera 
les Kurdes et les Chiites dans une nouvelle impasse. Il n’y 
a aucune issue pour les Kurdes, les Chiites et les autres peuples 
de la région sur de telles bases.

Une guerre sans victimes ? 

Dans la mesure où les impérialistes 
américains et britanniques font face à de fortes résistances 
chez eux, ils s’efforcent de convaincre l’opinion publique 
que cela ne va être qu’un petit ” raid chirurgical 
” dirigé exclusivement sur des cibles militaires. Ainsi, 
la population civile ne souffrirait pas et se précipiterait 
dans les rues pour recevoir leur “libérateur” occidental 
les larmes aux yeux et des bouquets de fleurs pleins les bras. Cependant, 
comme toujours, il y a un abyme entre la propagande officielle et 
la réalité.

Bien que la presse n’en parle pas, l’aviation 
américaine et britannique bombarde continuellement l’Irak 
depuis plus de dix ans. L’an dernier, la Grande-Bretagne a dépensé 
quatre millions de livres par semaine dans ces activités criminelles. 
Durant la même période, plus d’un million d’enfants 
irakiens sont morts en conséquence des sanctions cruelles qui 
ont paralysé l’économie et poussé une nation 
autrefois prospère dans la pauvreté et le désespoir. 
Aujourd’hui, Bush et Blair ne s’en contentent plus, et 
se préparent à un nouvel assaut sanglant.

La classe dirigeante américaine est bien évidemment 
soucieuse de faire le moins de victimes possible : c’est à 
dire de victimes américaines. Elle va donc vouloir commencer, 
comme d’habitude, par une campagne dévastatrice de bombardement 
destinée à “ramollir” les défenses 
aériennes, les communications et les quartiers généraux 
irakiens, avant de déployer les forces américaines et 
alliées dans le pays, dans un ensemble de manœuvres conçues 
par les stratèges américains pour isoler le commandement 
irakien dans des “poches” de plus en plus étriquées. 
Leur plan impliquerait quatre divisions américaines et une 
division blindée britannique. Les forces britanniques incluraient 
la 7ème brigade – “les Rats du Désert” 
– et plus de 200 chars Challenger, ainsi que des éléments 
du corps d’élite SAS.

Le nombre réel de victimes civiles sera beaucoup 
plus élevé que ce qui est suggéré. Selon 
un rapport du Pentagone, au cours des premières 48 heures, 
800 missiles téléguidés tomberont sur l’Irak. 
Cela équivaut à plus de deux fois le nombre total de 
missiles lancés lors de la campagne de 40 jours de 1991. Tous 
les discours sur les soi-disant “bombes intelligentes” ne 
sont que des inventions destinées à convaincre l’opinion 
publique qu’il y aura très peu de victimes civiles. C’est 
un non-sens. Il est bien connu que la propagande au sujet des “bombes 
intelligentes”, lors de la dernière guerre en Yougoslavie, 
était destinée à tromper l’opinion.

Le vrai but des envahisseurs a été 
révélé par un porte-parole du Pentagone, qui 
a dit qu’ils avaient l’intention de briser l’Irak 
” physiquement, émotionnellement et psychologiquement 
“. Un stratège militaire du nom de Harlan Ullman a déclaré : 
“On ne sera nulle part en sécurité à Bagdad. 
Une opération de cette échelle n’a jamais été 
réalisée jusqu’ici. Il s’agit de destructions 
massives et simultanées, étalées non pas sur 
des jours ou des semaines, mais plutôt sur des minutes, comme 
celles provoquées par l’arme nucléaire à 
Hiroshima.” Et George Bush affirme qu’il est prêt, 
“si nécessaire”, à utiliser des armes nucléaires. 
Tel est le véritable visage qui se cache derrière le 
masque souriant de la “démocratie humanitaire.”

Le coût humain de cette guerre sera sûrement 
terrifiant. Un rapport confidentiel de l’organe de Santé 
des Nations Unis, cité par John Pilger dans le Daily Mirror 
(29 janvier 2003), estime que “près de 500 000 personnes 
pourraient avoir besoin de traitement en conséquence de blessures 
directes ou indirectes.” En outre, le nombre total de morts et 
de blessés sera beaucoup plus élevé que le nombre 
de personnes directement tuées par les bombardements.

Suite à la dernière Guerre du Golfe, 
les Américains et leurs alliés ont laissé sur 
les champs de batailles irakiens entre 300 et 800 tonnes d’Uranium-238. 
Les conséquences, sur la population irakienne, ont été 
désastreuses. L’uranium appauvri provoque des cancers 
du sang, des os et du foie. Il dégage des nuages de minuscules 
particules radioactives qui contaminent les poumons. Il est pratiquement 
impossible de le détruire, et de nombreuses régions 
de l’Irak sont donc contaminées pour longtemps par la 
radioactivité.

Des pédiatres, à Basra, ont rapporté 
une augmentation de 1200% des cas de cancer et de leucémie 
infantile depuis la dernière guerre. Le nombre de cas de malformation 
à la naissance a doublé dans les régions où 
l’uranium a été utilisé. Des bébés 
sont nés sans yeux ou sans cerveau. Ce genre de phénomène 
était inconnu avant 1991. Du fait des monstrueuses sanctions 
imposées sur l’Irak après la guerre, les docteurs 
irakiens ne reçoivent ni les machines anti-radioactives, ni 
les antibiotiques, ni les médicaments thérapeutiques 
requis pour soigner ces enfants.

Ces effets sont bien connus des experts américains, 
puisqu’ils ont été étudiés avant 
la dernière guerre. Cela nous révèle tout ce 
que nous avons besoin de savoir à propos des sentiments humanitaires 
des leaders de notre civilisation occidentale. Aujourd’hui, 
ils prévoient d’infliger de nouvelles horreurs à 
un peuple déjà traumatisé.

Ces derniers mois, les bombardements de cibles irakiennes 
et les missions dans les “zones d’exclusion aérienne” 
du nord et du sud ont augmenté de 40%. Cela a déjà 
fragilisé les installations défensives, ce qui permettra 
aux envahisseurs d’accéder rapidement au centre de l’Irak. 
Nous avons souligné, il y a quelques temps, que les récents 
bombardements représentaient en fait les premiers tirs de la 
guerre contre l’Irak. Cela a été confirmé. 
Toute l’agitation autour de l’ONU n’était 
qu’un écran de fumée derrière lequel Washington 
se pressait de mettre en place ses installations militaires. Dans 
les faits, la guerre a déjà commencé.

Des méthodes 
de bandits

Dans la période de dégénérescence 
de l’empire romain, le pouvoir était détenu par 
des empereurs corrompus et sans scrupules qui se comportaient comme 
d’ordinaires bandits. Aujourd’hui, les principaux représentants 
politiques de la classe dirigeante américaine forment une association 
de malfaiteurs qui ont acquis leurs principes moraux dans la jungle 
du monde des affaires. Cette morale de bandits, dont nous avons vu 
l’application dans l’affaire Enron, nous les voyons la 
mettre à l’œuvre dans la grande arène de 
la politique mondiale.

Ces gens sont des parvenus ignorants, mesquins et 
vulgaires – à l’image de la classe dont ils sont 
issus. Il leur manque la finesse des vieux patriciens, des Roosevelt 
et des Kennedy. Autrefois, ces derniers menaient le même genre 
de politique avec davantage d’habileté. La main de fer 
était habillement cachée dans le gant de velours de 
la diplomatie. Aujourd’hui, ils la jettent brutalement sur la 
table et aux visages. Ceci a l’avantage de révéler 
la vraie nature de l’impérialisme à tout ceux 
qui ont des yeux pour voir et un cerveau pour comprendre. Les actuels 
dirigeants de l’impérialisme américain sont des 
personnes vénales dont les vues se limitent au cadre de leur 
compte en banque et dont la compréhension de la politique mondiale 
ne dépasse guère l’usage de la force brute. Nombre 
d’entre eux sont impliqués dans des grosses affaires 
d’abus de biens sociaux. Mais au lieu d’être condamnés 
par la justice, ils se maintiennent à la tête de la nation 
la plus puissante au monde. Tel est le spectacle de la politique mondiale 
dans la première décennie du XXIe siècle.

Le comportement de la clique mafieuse de la Maison 
Blanche se rapproche singulièrement de celle des barons malfaiteurs 
du Moyen-Âge (les vrais ancêtres historiques de la mafia). 
Mais alors que les anciens barons étaient d’une certaine 
façon entravés dans leur action par la nature primitive 
de leur armement et la petite taille de leurs royaumes, nos condottieri 
modernes s’appuient sur l’arsenal d’armes de destruction 
massive le plus puissant jamais connu dans l’histoire de l’humanité. 
Leur monnaie d’échange est la politique cynique de la 
force, appuyée par la diplomatie du canon. Ils déchirent 
les traités sans sourciller, déclarent la guerre à 
un pays sans le moindre prétexte et vont ensuite se coucher 
d’un sommeil lourd qu’aucune mauvaise conscience ne vient 
troubler. Tels sont les hommes et les femmes qui tiennent aujourd’hui 
entre leurs mains les destinées du monde !

Ce n’est pas par hasard que la clique dirigeante 
de Washington est composée d’hommes et de femmes du monde 
du pétrole. George W. Bush, le fils du grand magnat du pétrole 
George Bush senior, est aussi le fondateur de la compagnie pétrolière 
Arbusto, un ancien actionnaire de Spectrum 7 Energy, et enfin un ancien 
dirigeant de Harken Oil and Gas. Son vice président Dick Cheney 
est un ancien PDG de Halliburton Industries et est également 
engagé dans Unocal, Exxon, Shell et Chevron – un véritable 
annuaire des grandes sociétés pétrolières ! 
Et n’oublions pas Condoleeza Rice, une ancienne dirigeante de 
Chevron Oil et de Caspian Oil. Elle est si intimement liée 
à l’industrie du pétrole qu’on a donné 
son nom à un navire pétrolier. Ces liaisons étroites 
avec les grandes compagnies pétrolières jouent incontestablement 
un rôle de premier plan dans leurs calculs.

Ces brigands impérialistes n’attendaient 
qu’un prétexte pour attaquer. Les grandes compagnies 
pétrolières se préparent au pillage à 
grande échelle de l’Irak. Les impérialistes étaient 
d’autant plus disposés à accorder du temps à 
l’ONU qu’ils avaient eux-mêmes besoin de temps pour 
positionner leurs troupes. Par ailleurs, toute classe dirigeante, 
dans l’histoire, a évidemment besoin d’une idéologie 
pour justifier ses actions. A la fin du Moyen-Âge, les hommes 
sans scrupules qui usaient de tous les moyens pour s’emparer 
du pouvoir et le conserver – assassinat au poison ou au poignard, 
intrigues, complots et mensonges – trouvaient une excellente 
justification dans les écrits de Machiavel. Bien qu’il 
lui manque la profondeur du grand Florentin, l’actuelle armée 
des écrivains vénaux et autres propagandistes prostitués 
des cliques dirigeantes de Londres et Washington a mis du cœur 
à l’ouvrage pour inventer mille et un motifs plausibles 
justifiant la crucifixion de l’Irak.

Contradictions dans 
le camp impérialiste

Les impérialistes américains, qui n’ont 
que du mépris pour l’opinion publique mondiale, se sont 
trouvés isolés – exception faite de la Grande 
Bretagne -, mais cela ne les dérange pas outre mesure. 
Ils savent que le leur isolement est temporaire, que leurs alliés 
hésitants peuvent être gagnés par un savant mélange 
de pots-de-vin et de menaces. Les officiels de l’administration 
américaine ont fait clairement comprendre qu’ils considéraient 
la résolution 1441 comme une base légale pour lancer 
seuls l’attaque militaire, au cas où les membres du Conseil 
de Sécurité n’arriveraient pas à se mettre 
d’accord sur la manière de réagir face à 
d’éventuelles violations de la part de Bagdad. Ainsi, 
la guerre commencera probablement avant la fin du mois de mars, dans 
la mesure où la chaleur du désert ne leur permet pas 
d’attendre plus longtemps.

Le gouvernement britannique joue un rôle méprisable 
dans cette aventure de l’impérialisme américain. 
Londres a envoyé aux frontières de l’Irak 40 000 
soldats – soit le tiers des effectifs de l’armée 
britannique. Tony Blair agit comme le petit caniche de Washington 
qui se tient prêt à sauter quand son maître lui 
en donne l’ordre. L’idée ridicule que la Grande-Bretagne 
est l’égale des Etats-Unis ne trompe personne, pas même 
Tony Blair. Au contraire, sa soumission servile à Washington 
est le reflet de la position secondaire du capitalisme britannique 
sur l’arène mondiale. La Grande-Bretagne a pratiquement 
été réduite au statut de satellite de l’impérialisme 
américain, sans volonté propre.

Il est clair qu’il y a de profondes contradictions 
entre les différentes puissances impérialistes. Les 
Etats-Unis, la France et la Russie se battent pour défendre 
leurs intérêts sur l’arène internationale, 
et en particulier au Moyen Orient. Ils continuent à se quereller 
au sein du Conseil de Sécurité, mais ces querelles sont 
vraiment sans rapport avec les rapports de force réels. L’heure 
des politesses diplomatiques est passée. Les protestations 
de Paris et Berlin n’ont aucun effet. Ces derniers vont, au 
cours des semaines à venir, se faire de moins en moins bruyants. 
Les dirigeants russes ont déjà commencé à 
changer de ton, et les Français ne vont pas tarder à 
faire de même. Après tout, selon l’expression anglaise, 
“la discrétion est souvent la meilleure forme du courage”.

En fait, les pays “contre la guerre” n’ont 
pas vraiment le choix – sauf à faire la guerre aux Etats-Unis. 
Une action unilatérale des Etats-Unis révélerait 
la complète impuissance du Conseil de Sécurité, 
et exposerait la faiblesse de Paris et de Moscou. Face au fait accompli, 
les Russes ont déjà mis au point les prémisses 
d’un accord avec Washington pour soutenir la guerre en échange 
de contrats, d’argent, et d’un peu de compréhension à 
l’égard de leur “petit problème” tchétchène.

Par conséquent, après avoir fait beaucoup 
de bruit, les Russes pourraient complètement changer de position 
lorsque l’heure de vérité arrivera, et s’y 
préparent dores et déjà. Pour les dédommager, 
quelques petites récompenses transiteront par-dessous la table. 
Les impérialistes français, quant à eux, sont 
un peu plus compliqués. Ils veulent défendre leur position 
sur l’échiquier mondial et ont leurs propres intérêts 
en Irak, lesquels ne s’accordent pas avec les plans de l’administration 
américaine. Mais à eux aussi on fera comprendre que 
s’ils mettaient leur veto au Conseil de Sécurité, 
les Etats-Unis et la Grande-Bretagne attaqueraient quand même 
l’Irak, ce qui leur infligerait une humiliation (ce qu’ils 
n’aimeraient pas), et les priverait de contrats (ce qu’ils 
aimeraient encore moins). Ils se préparent, eux aussi, à 
changer de ton.

Les Européens ne sont pas plus moraux et pacifiques 
que les Américains, mais simplement plus faibles. Leur attachement 
à la paix et à la diplomatie s’explique par le 
fait qu’ils n’ont pas la puissance militaire pour imposer 
leur volonté à la façon américaine. Les 
Etats-Unis se frayent leur chemin dans le monde en écrasant 
les oppositions et en s’imposant par un mélange de menaces, 
de corruption et de brutalité. C’est comme si la vie 
politique internationale se déroulait suivant le scénario 
du film Le Parrain.

L’ONU discréditée. 

Nul n’est aussi aveugle que celui qui ne veut 
pas voir. Malgré l’accumulation de simples faits les 
contredisant, il y a encore des simples d’esprit qui croient 
dans cette chose qu’on appelle le droit international. Ces personnes 
bien intentionnées veulent toujours – chose incroyable 
– recourir aux Nations Unies pour éviter la guerre.

Pendant que les réformistes de droite, comme 
Blair, soutiennent ouvertement l’impérialisme, les réformistes 
de gauche demandent que tout recours à la force contre Saddam 
Hussein soit approuvé par le Conseil de Sécurité. 
Ils ne disent pas “non à la guerre”, mais : “pas 
de guerre sans l’appui de l’ONU”. Ces mêmes 
personnes accueillaient, il n’y a pas si longtemps, la ratification 
de la résolution 1441 comme une victoire pour la paix ! Ils 
affirment que la résolution 1441 ne parle pas d’action 
militaire, seulement “d’inspections” et de “désarmement” ! 
Ils recommandent vivement à Saddam de coopérer avec 
le chef des inspecteurs de l’ONU, Hans Blix. Et ainsi de suite.

Tous ceux qui, ces derniers mois, ont fait beaucoup 
de battage pour l’engagement de l’ONU ont été 
servis. L’ONU a voté la résolution 1441, qui en 
pratique ouvre la voie à une action militaire contre l’Irak 
et fournit aux Etats-Unis une excuse pour une future agression. L’encre 
de la résolution n’était pas encore sèche 
que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne partaient en campagne avec 
comme devise : “on ne peut pas croire Saddam.”Quelques heures 
après que la résolution a été adoptée 
à l’unanimité, Bush était déjà 
en train d’avertir le Conseil de Sécurité de ne 
pas “tomber dans des débats stériles pour savoir 
si certains cas de non-conformité sont sérieux”.

Dans quelle mesure tout cela fut utile à la 
paix, c’est difficile à dire. Immédiatement après 
l’approbation de l’ONU pour une action plus dure envers 
l’Irak – c’est-à-dire le vote de la résolution 
1441 -, George Bush a accéléré la planification 
d’une intervention militaire massive contre Bagdad. Bush et 
Blair ont dit clairement et à plusieurs reprises que tout manquement 
par l’Irak pourrait mener à une action militaire immédiate 
sans autre résolution de l’ONU. Bien avant que le Conseil 
de Sécurité ait voté pour le désarmement 
de l’Irak, Bush avait approuvé un plan pour évincer 
Saddam Hussein du pouvoir.

Les appels à l’ONU ne sont pas seulement 
naïfs et peu clairvoyants, ils sont tout à fait nuisibles. 
Le vote au Conseil de Sécurité n’était 
qu’un écran de fumée derrière lequel les 
préparatifs de la guerre ont continué à un rythme 
délirant. Alors que l’opinion publique était distraite 
par les bouffonneries du Conseil de Sécurité, Bush et 
ses hauts fonctionnaires avaient déjà approuvé 
l’ébauche d’un plan impliquant une attaque terrestre 
en Irak par plus de 200 000 soldats.

Il y a longtemps, Lénine déversait 
son mépris sur ceux qui faisaient appel à la Société 
des Nations – l’ancêtre de l’ONU – pour 
“arrêter la guerre”. Il en parlait comme d’un 
“repaire de brigands”. L’ONU ne vaut pas mieux que 
la Société des Nations. Là où l’ONU 
est intervenue, comme en Corée et au Congo, elle a joué 
un rôle ouvertement contre-révolutionnaire. Les choses 
ne sont pas différentes en ce qui concerne l’Irak.

L’ONU n’est pas un arbitre neutre, mais 
seulement un forum des puissances capitalistes qui peut parfois atteindre 
un accord sur des sujets secondaires, mais qui ne peut rien changer 
sur les questions fondamentales. Le contraste entre la quasi-inactivité 
de l’ONU au sujet de la Palestine et sa défense de l’agression 
américaine envers l’Irak en est la preuve évidente. 
L’ONU reste les bras croisés pendant que Sharon massacre 
des civils palestiniens désarmés et foule aux pieds 
ses propres résolutions. Pendant ce temps, Georges W. Bush, 
qui montre tant de zèle à faire respecter l’autorité 
de l’ONU contre l’Irak, ne mentionne même pas le 
fait qu’Israël crache sur l’ONU depuis des dizaines 
d’années. Au contraire, il soutient Sharon.

Ce que montre tout ceci, encore une fois, c’est 
la nature complètement réactionnaire des Nations Unies, 
et l’attitude désespérément utopique des 
gauchistes et pacifistes qui font toujours appel aux Nations Unies 
pour “défendre la paix”. Cependant, il n’est 
pas inconcevable que les Etats-Unis, grâce à une combinaison 
de pots-de-vin et de menaces, puissent obtenir une nouvelle résolution 
du Conseil de Sécurité conforme à ses objectifs.

Les leçons de tout ceci doivent être 
évidentes, même pour un aveugle : de même qu’il 
ne peut y avoir d’arbitrage impartial entre les classes, il 
ne peut y en avoir entre les nations. Il est donc complètement 
inadmissible, pour des socialistes, d’avoir la moindre illusion 
dans les Nations Unies ou de faire appel à cette instance – 
quelles que soient les circonstances. Nous condamnons toutes les tentatives 
de conditionner le destin du peuple irakien aux intrigues qui ont 
lieu à l’ONU. De telles absurdités servent seulement 
à brouiller les pistes et fournir une excuse potentielle à 
la guerre. Nous sommes complètement opposés à 
une quelconque attaque contre l’Irak – avec ou sans la 
bénédiction du Conseil de Sécurité.

Démocratie 
et impérialisme

La concentration de richesses et de pouvoir dans 
petit nombre de mains est la conséquence inévitable 
de l’impérialisme et du capitalisme monopolistique : quelques 
multinationales géantes possèdent et contrôlent 
la grande majorité des moyens de production.

L’ensemble du commerce mondial est contrôlé 
par 200 énormes entreprises, dont la grande majorité 
sont américaines. Toutes les décisions importantes sont 
prises par les directions de ces multinationales. Des petits groupes 
d’individus, qui n’ont pas été élus 
et ne sont responsables devant personne, décident de l’avenir 
de peuples entiers. Ce sont eux qui décident si des millions 
de personnes vont travailler, manger, vivre – ou non.

A côté du pouvoir de ces gens, le pouvoir 
des gouvernements élus est réellement insignifiant. 
George W. Bush est le président de la première puissance 
mondiale, mais il est en réalité un pur produit des 
grandes multinationales, dont il sert les intérêts. Il 
le fait, sinon intelligemment, du moins volontiers, car il est lui-même 
membre de la classe extrêmement fortunée des barons du 
pétrole, laquelle constitue une fraction essentielle de l’oligarchie 
américaine. Son dernier plan de réductions d’impôts 
est particulièrement favorable aux riches : 1 % de la population 
la plus riche va bénéficier de 45 % du total des allégements 
fiscaux.

Tous les discours sur la démocratie ne sont 
que phrases vides de sens destinées à cacher l’affreuse 
réalité du capitalisme américain, lequel cherche 
à dominer le monde entier et à se soumettre tous les 
pays.

Sur les lèvres de gens comme Bush et Blair, 
la “démocratie” signifie la dictature des grosses 
banques et entreprises, la “paix” signifie la domination 
militaire des Etats-Unis et le désarmement de ses ennemies, 
et l’”humanitarisme” n’est que la justification 
des plus brutales interventions militaires.

A l’époque de l’impérialisme, 
la démocratie n’est plus qu’un mot creux. Les décisions 
les plus importantes sont prises en dehors des parlements, c’est-à-dire 
dans les bureaux des directions des grandes entreprises. En Grande-Bretagne, 
le pouvoir gouvernemental est passé du parlement au cabinet 
ministériel, et du cabinet ministériel à une 
petite clique d’officiels et autres ” conseillers ” 
de Tony Blair. Aux Etats-Unis, ce pouvoir est détenu par une 
clique similaire organisée autour de George W Bush. Et on peut 
dire la même chose de tous les pays capitalistes qui se réclament 
de la démocratie. L’opinion publique est traitée 
avec mépris. Seuls comptent le complexe militaro-industriel 
et les grandes compagnies pétrolières. Cependant, on 
assiste au début de profonds changements dans la société 
américaine. Les manifestations de masse, de Washington à 
San Francisco – alors que la guerre n’a pas commencé 
– sont le signe que quelque chose est en train de changer.

Partout, les droits démocratiques sont attaqués, 
cependant que les forces répressives des appareils d’Etat 
sont considérablement renforcées. Les lois ” anti-terroristes 
” passent sans susciter trop de questions. Or ces lois peuvent 
être utilisées, demain, contre le mouvement ouvrier. 
Sous couvert de “guerre contre le terrorisme”, les droits 
démocratiques sont remis en cause, et on vote l’affectation 
d’énormes budgets aux “services de sécurité” 
– lesquels ont montré leur profonde incompétence 
lors du 11 septembre 2001. Les traitements ignobles qu’elle 
fait subir aux prisonniers de Guantanamo expriment bien la froide 
cruauté de l’administration américaine. Ces prisonniers, 
qui ne sont pas passés devant un tribunal, subissent la torture, 
l’humiliation, et toute sorte de mauvais traitements. Et notre 
“presse libre” accepte tout cela sans sourciller, sous prétexte 
que ces prisonniers sont considérés comme des terroristes.

Nous devons lutter contre toute tentative de remettre 
en cause nos droits démocratiques, en particulier les droits 
de faire la grève et de manifester. Ces droits ont été 
conquis de haute lutte par le mouvement ouvrier, contre la résistance 
acharnée des capitalistes – lesquels, cependant, n’hésitent 
pas à se présenter aujourd’hui comme de ” 
vrais démocrates “. De fait, la classe dominante a toujours 
été l’ennemie de la démocratie, et ne l’a 
tolérée – sous une forme partielle et tronquée 
– que dans la mesure où elle y était forcée 
par la pression des masses. Le mouvement ouvrier ne doit en aucun 
cas accepter la moindre restriction de ses droits démocratiques 
sous prétexte de ” lutte anti-terroriste “. Nous 
avons intérêt à l’existence du plus grand 
nombre de droits démocratiques, dans la mesure où ceux-ci 
offrent les meilleures conditions dans la lutte pour changer la société. 
Cependant, nous devons comprendre qu’aucun de ces droits ne 
sera définitivement acquis tant que la terre, les banques et 
les grandes entreprises demeureront le monopole privé de la 
classe capitaliste.

Propagande et diplomatie 

Toutes les guerres sont précédées 
d’une avalanche de propagande destinée à confondre 
l’opinion publique, diaboliser l’adversaire, lui attribuer 
la responsabilité du conflit et, ainsi, justifier l’agression. 
Il est nécessaire de suivre attentivement le cheminement complexe 
de la diplomatie impérialiste, de façon à découvrir 
les manœuvres et intérêts que cachent les grandes 
phrases sonnantes.

On n’a peut-être jamais connu, dans l’histoire, 
un tel degré de manipulation des médias. Jamais la “liberté 
de la presse” n’est apparue aussi vide de sens qu’aujourd’hui. 
Les médias de masse sont impliqués à fond dans 
la préparation de la guerre. Aux Etats-Unis, la presse est 
presque complètement tombée sous l’influence des 
services de presse de la Maison Blanche, lesquels constituent aujourd’hui 
un formidable appareil. Dès que les armes commenceront à 
gronder, ceux qui s’opposent aujourd’hui à la guerre 
seront réduits au silence.

A l’époque de l’impérialisme, 
il est futile d’attendre des médias qu’ils soient 
indépendants. Alors que les principaux organes de presse sont 
la propriété d’immenses entreprises, la notion 
de “liberté éditoriale” ne peut que faire 
sourire. Les journaux qui expriment une sorte d’opposition sur 
des questions secondaires ne le font que pour ménager leur 
ralliement total au capitalisme et à l’impérialisme 
sur les questions essentielles.

Il est du devoir des travailleurs les plus conscients 
de s’intéresser aux zigzags de la diplomatie et d’essayer 
de comprendre quels intérêts de classe défend 
leur propre gouvernement. Nous devons toujours garder à l’esprit 
que notre principal ennemi est chez nous, et qu’en aucune circonstance 
nous ne devons accorder la moindre confiance à nos capitalistes 
quand ils parlent de défendre la paix, la liberté et 
la démocratie.

Si nous nous soumettons à la direction de 
notre classe capitaliste dans le domaine de la politique internationale, 
nous finirons inévitablement par accepter sa dictature dans 
notre propre pays. La politique étrangère n’est 
que le prolongement de la politique intérieure. La guerre n’est 
que la continuation de la politique par d’autres moyens. Par 
conséquent, nous ne devons pas avoir une politique pour les 
temps de paix et une autre, complètement différente, 
pour les temps de guerre. Dans la guerre comme dans la paix, nous 
resterons implacablement opposés au patronat et à son 
Etat, et nous nous battrons pour défendre les intérêts 
et l’indépendance du salariat et de ses organisations.

Les dirigeants réformistes essayent de nous 
persuader de la nécessité d’interrompre la lutte 
des classes en temps de guerre, “pour le bien de la nation” 
et “pour soutenir nos soldats”. Ce n’est là 
qu’une feinte cynique. Partout, les gouvernements font des coupes 
sombres dans les dépenses sociales, sous prétexte “qu’il 
n’y a pas d’argent dans les caisses” pour payer des 
infirmières, des professeurs, des pompiers, ou pour construire 
des écoles, des logements et des hôpitaux. Par contre, 
il y a toujours beaucoup d’argent disponible pour construire 
des bombardiers et des missiles, ou pour envahir l’Afghanistan 
et l’Irak. De même, il y a toujours assez d’argent 
pour les propriétaires d’entreprise en faillite.

La collaboration de classe est inacceptable, en temps 
de guerre comme en temps de paix. Nous devons dire la vérité 
aux travailleurs : cette guerre n’est dans l’intérêt 
que des compagnies pétrolières, du complexe militaro-industriel 
et de l’impérialisme américain en général. 
Elle va à l’encontre des intérêts du salariat 
et des peuples du monde entier.

Il est demandé aux troupes qui vont se battre 
en Irak de verser leur sang pour le profit des grandes compagnies 
pétrolières et des marchands d’arme. Les intérêts 
des soldats ne peuvent être défendus que par la lutte 
implacable contre l’impérialisme et le militarisme. Telle 
est l’actuelle priorité du mouvement ouvrier.

Les travailleurs du monde entier n’ont pas 
intérêt à l’oppression d’un peuple 
par un autre. Pour sa part, le capitalisme produit inévitablement 
l’impérialisme et la lutte internationale pour des marchés, 
des matières premières et des sphères d’influence. 
Le capitalisme signifie la guerre. La lutte contre la guerre est par 
conséquent indissociable de la lutte contre le capitalisme 
et pour la transformation socialiste de la société.

Le capitalisme signifie 
la guerre

Une approche purement sentimentaliste ou pacifiste 
de la guerre ne mène à rien. Ce serait agir comme un 
docteur qui, plutôt que de diagnostiquer la maladie de son patient 
et lui prescrire les médicaments appropriés, se contenterait 
de se lamenter sur les symptômes de sa maladie. Le patient pourra 
lui être reconnaissant de s’émouvoir, mais n’en 
tirera pas grand bénéfice.

Pour mener une lutte efficace contre la guerre, il 
faut d’abord en comprendre les causes, autrement dit comprendre 
quels intérêts de classe sont en jeu. Lénine expliquait 
que la guerre découlait inévitablement de l’impérialisme. 
Aujourd’hui – époque de déclin du capitalisme 
– c’est encore plus vrai qu’à l’époque 
où Lénine l’écrivait. La crise générale 
du capitalisme prend la forme d’une instabilité générale 
– économique, politique et militaire.

La guerre ne peut être évitée 
par l’ONU ou par de simples appels pacifistes, mais seulement 
par des actions de masse et la lutte révolutionnaire contre 
l’impérialisme et le capitalisme. En dépit des 
nombreuses précautions qu’y met le Pentagone, cette guerre 
pourrait lui réserver de nombreuses surprises. Les stratèges 
de l’impérialisme américain aimeraient que la 
guerre soit de courte durée. Ils comptent sur une maîtrise 
rapide du territoire, ce qui leur fournirait des bases pour la pénétration 
des forces américaines vers le centre du pays.

Les raisons de cet empressement sont évidentes. 
Les pays voisins de l’Irak, y compris l’Arabie Saoudite, 
font pression sur les Etats-Unis pour qu’ils aillent vite et 
tuent le moins de civils possible. L’accumulation d’un 
grand nombre de soldats aux frontières du pays suscite l’angoisse 
des régimes arabes pro-américains, qui craignent la 
réaction de leur population.

Les officiels de la Maison Blanche et du Département 
de l’Etat discutent d’une “transition en douceur” 
de l’attaque initiale à l’occupation militaire 
du pays. Ils semblent très confiants – et sans doute 
le sont-ils trop. La guerre est pleine d’impondérables, 
et on ne peut en prévoir l’issue avec certitude. Napoléon, 
déjà, remarquait que la guerre est la plus complexe 
des équations.

Il est impossible de déterminer à priori 
quel est le moral des masses et de l’armée irakiennes. 
On ne peut dire dans quelle mesure le peuple irakien sera prêt à se battre pour défendre le régime de Saddam 
Hussein. Ceci dit, il se battra dans une guerre défensive, 
non au Koweït, mais sur son propre territoire. Par ailleurs, 
la haine à l’égard de l’impérialisme 
américain pourrait s’exprimer dans une forte combativité. 
Les envahisseurs pourraient se trouver confrontés à 
quelques désagréables surprises.

Il ne sera pas simple d’envahir un pays comme 
l’Irak. C’est ce que comprennent les généraux 
les plus clairvoyants. La CIA a elle-même de sérieuses 
réserves sur toute l’affaire. Si, en 1991, les Américains 
ne sont pas allé jusqu’à Bagdad, ce n’est 
pas pour des raisons sentimentales, mais par peur des conséquences. 
Il y a 12 ans, Dick Cheney disait qu’une attaque contre Bagdad 
serait extrêmement dangereuse. Il n’avait peut-être 
pas tort. Certains généraux préviennent déjà 
qu’un combat dans les rues de Bagdad signifierait la mort d’un 
grand nombre de soldats américains. Encore une fois, les Irakiens 
se battront dans une guerre défensive sur leur propre territoire. 
Quant à Saddam Hussein et la clique dirigeante, ils se battront 
pour leur propre survie. Et même si les Irakiens ne possèdent 
pas toutes les armes de destruction massive que Bush leur attribue, 
ils pourraient avoir suffisamment d’armes pour causer de sérieux 
dégâts.

Cela ne signifie pas que les Etats-Unis vont perdre 
la guerre. La supériorité colossale de leur puissance 
de feu devrait suffire à leur garantir la victoire. Mais à 
quel prix ? Toutes sortes de surprises désagréables les 
attendent. C’est ce que semble avoir révélé 
d’une façon bien particulière le grand exercice 
de guerre du Millennium Challenge – la plus grande mise en scène 
militaire jamais réalisée, et qui a coûté 
quelques 250 millions de dollars. Au cours de cet exercice, basé 
sur le scénario de la guerre en Irak, toute la force militaire 
des Etats-Unis était opposée à un homme – Paul van Riper, ancien lieutenant de la marine. Résultat : l’armée 
américaine a été lourdement battue, avec 15 navires 
coulés et 1000 victimes américaines – au moment 
où ils ont préféré arrêter l’exercice.

La question du moral se pose dans les deux camps. 
Le moral des troupes américaines et britanniques est incertain. 
Cette guerre n’est pas populaire, et même des officiers 
ont publiquement fait connaître leurs doutes. On a récemment 
appris que 65 % des pilotes de combat britanniques étaient 
contre la guerre. Si le nombre de morts est plus important que prévu 
(ce qui ne peut être exclu), cela aura de sérieux effets 
sur le moral des troupes engagées – et, plus important 
encore, sur la population américaine en général. 
Le pari que fait l’administration de Bush est risqué, 
et pourrait se révéler être un très mauvais 
calcul.

Même dans l’hypothèse d’une 
victoire américaine, les problèmes ne feront que commencer. 
Par le passée, la guerre a souvent débouché sur 
des révolutions, et il en sera de même à l’avenir. 
La monstrueuse agression que prépare l’impérialisme 
américain aura certainement des conséquences que n’auront 
pas prévues les agresseurs. Quelque soit le résultat 
du conflit sur le plan militaire (ce qui est aussi imprévisible), 
une profonde déstabilisation en résultera.

L’invasion de l’Irak aura des conséquences 
à long terme dans tout le Moyen Orient. Les régimes 
arabes pro-occidentaux, comme l’Egypte, la Jordanie et l’Arabie 
Saoudite, sont terrifiés par les effets d’une guerre 
en Irak sur leurs masses, qui pourraient bien renverser leurs régimes 
corrompus. Aussi espèrent-ils qu’il n’y aura pas 
de guerre. C’est cependant un vain espoir.

Dores et déjà, les travailleurs et 
la jeunesse des pays arabes se mobilisent contre l’impérialisme. 
Cependant, cela ne suffit pas. Ces cinquante dernières années, 
l’énorme potentiel économique du Moyen Orient 
et de l’Afrique du Nord a été gâché 
par des régimes capitalises corrompus et composés de 
véritables laquais des officines locales de l’impérialisme. 
Les énormes sacrifices des masses, lors des luttes de libérations 
nationales, ont été complètement dévoyés. 
Le monde arabe est aujourd’hui plus que jamais dépendant 
de l’impérialisme. Il est temps que ça change ! 
La révolution anti-impérialiste ne sera victorieuse 
que si elle se transforme en une lutte anti-capitaliste des travailleurs 
et des paysans pour renverser les monarques arabes, les propriétaires 
terriens et les capitalistes.

Le gigantesque potentiel économique que constituent 
les réserves de pétrole de cette vaste région 
du monde ne sera pleinement exploité que dans le cadre d’une 
fédération socialiste des pays du Moyen Orient et de 
l’Afrique du Nord. Le socialisme est la seule issue pour les 
peuples.

“Les fusils 
avant le beurre !”

Au fur et à mesure que l’on glisse vers 
la guerre, les marchés boursiers internationaux enregistrent 
de profondes baisses. Les cours du pétrole augmentent et continueront 
d’augmenter. Les investisseurs sont nerveux. Les rêves 
d’une rapide reprise de l’économie devront attendre 
– on ne sait combien de temps. La crise économique signifie 
que les revenus fiscaux chutent et que les déficits se creusent. 
Les énormes dépenses engagées dans la guerre 
devront donc être financées par des coupes dans les dépenses 
publiques. Autrement dit, la note sera payée par les travailleurs 
et les classes moyennes.

Aux protestations de la population, les impérialistes 
ont une réponse tout faite : ” Les temps sont difficiles. 
Dans l’intérêt de la nation, nous devons faire 
des sacrifices. ” Or il s’agit en réalité 
du seul intérêt des grosses banques et entreprises qui 
contrôlent les affaires de chaque nation. ” Les richesses 
du pays, expliqueront-ils, ne sont pas illimitées. Nous devons 
faire des choix difficiles, et nous ne devons pas nous dérober 
à notre devoir. ” Cependant, les profits et le niveau 
de vie des riches sont sacrés : pas touche ! Les “choix 
difficiles” affecteront uniquement les sections les plus pauvres 
de la société.

Cela signifie, en d’autres termes : “les 
fusils avant le beurre !” S’appuyant sur l’excuse 
de la menace terroriste, ils se sont tous engagés dans de colossaux 
et monstrueux programmes de réarmement. Les sommes investies 
dans ce jeu mortel sont vraiment stupéfiantes. Ainsi, l’idée 
qu’il “n’y a pas d’argent” pour les choses 
élémentaires dont le peuple a besoin n’est qu’un 
mensonge pur et simple.

La droite accuse les marxistes de vouloir désarmer 
leur pays et le laisser ainsi sans défense. C’est complètement 
faux. Nous ne sommes pas des pacifistes, et reconnaissons la nécessité 
d’une armée. Mais le type d’armée dont nous 
avons besoin pour défendre nos intérêts n’a 
rien à voir avec ces monstres démesurés que sont 
les armées permanentes des grandes puissances.

De telles armées ne sont pas destinées 
à “défendre le pays”, mais à des interventions 
impérialistes. Dans le même temps, elles constituent 
un élément du “prestige” national et stimulent 
les profits des géants de l’industrie militaire. Elles 
engendrent une épaisse bureaucratie parasitaire qui absorbe 
une partie toujours plus grande des richesses créées 
par le travail salarié.

La guerre du Golfe de 1991 a coûté à 
la seule Grande-Bretagne entre 2,5 et 3 milliards de livres sterling. 
Il est vrai qu’elle a ensuite présenté la majorité 
de la note à ses alliés. Aujourd’hui, le ministre 
des finances britannique, Gordon Brown, a mis de côté 
un milliard de livres sterling pour couvrir les frais de la guerre 
à venir. Mais les experts ont calculé que, dans l’hypothèse 
d’un conflit de longue durée, les dépenses pourraient 
s’élever à quelques 5 milliards de livres.

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, 
les Etats-Unis ont dépensé dans les armes la modique 
somme de 19 000 milliards de dollars. Si, pendant 2000 ans, quelqu’un 
dépensait tous les jours 26 millions de dollars, cela ferait 
toujours moins que ce chiffre hallucinant. En d’autres termes, 
de telles dépenses suffiraient à transformer le niveau 
de vie des peuples du monde entier. Ce seul exemple suffit à 
montrer le caractère réactionnaire et pourrissant du 
capitalisme dans sa période actuelle.

Ces puissantes armées ne sont pas là 
pour défendre la nation, mais pour des guerres à l’étranger 
entre puissances capitalistes rivales. Cela fait partie intégrante 
du système capitaliste, et constitue l’un de ses “frais 
généraux”. On demandera aux salariés et 
aux classes moyennes de financer cette énorme machine et tous 
les gros jouets des généraux – qu’ils le 
veuillent ou non. Ceci dit, tout cela s’est révélé 
être particulièrement inefficace le 11 septembre 2001. 
Et, depuis, les armées en question se sont engagées 
dans des activités qui, loin de réduire le risque d’actes 
terroristes, l’ont au contraire sérieusement aggravé.

Pour justifier les dépenses militaires, l’argument 
de la “guerre contre le terrorisme” s’écroule 
de lui-même. De quelle utilité sont les missiles nucléaires 
et les avions de combats face à une petite bande de fanatiques 
armés de cutters ? D’aucune utilité.

De même, l’agression “préventive” 
contre l’Irak n’a rien à voir avec la “guerre 
contre le terrorisme”, et tout à voir avec la volonté 
américaine de parachever son contrôle global des ressources 
pétrolières du Moyen Orient. Notre position sur cette 
guerre est très simple : opposition complète et active.

Pas un euro, pas une balle, pas un soldat pour la 
guerre impérialiste dans le Golfe ! Non au gaspillage que sont 
les dépenses militaires massives ! A la place, nous demandons 
un vaste programme de travaux publics, et davantage d’investissements 
publics pour le logement, les écoles, les hôpitaux et 
les retraites !

Pour la nationalisation immédiate de l’industrie 
militaire et la confiscation des profits des entreprises de l’armement !

Pour la nationalisation et la planification de l’économie 
sous l’administration et le contrôle démocratique 
des travailleurs !

Contre l’impérialisme, 
le militarisme et le capitalisme !

Une chose est sûre : cette guerre n’est 
dans l’intérêt de personne, à part les impérialistes 
et les grandes compagnies pétrolières qui se tiennent 
derrière la clique de la Maison Blanche. Mais même aux 
Etats-Unis, les choses ne seront pas aussi simples que semble se l’imaginer 
Bush. Si l’armée américaine commence à 
connaître des pertes sérieuses, ce qu’il reste 
d’esprits favorables à la guerre s’évaporera 
rapidement. Et l’actuel succès de Bush dans les sondages 
se transformera en son contraire. Il n’y a pas de grand enthousiasme, 
aux Etats-Unis, pour cette guerre, mais plutôt une sorte de 
résignation à laquelle se mêle une forte répugnance. 
Et cela avant que le premier coup de feu n’ait été 
tiré. Le déroulement de la guerre s’accompagnera 
d’une montée en puissance de l’opposition.

Dans les autres pays, l’opposition est massive. 
En Grande-Bretagne, il n’y pas grand monde en faveur de cette 
guerre, et la clique de Tony Blair est complètement en rupture 
avec l’opinion majoritaire du pays. Dans la plupart des pays 
européens, l’opposition pourrait se transformer, dans 
les mois à venir, en un puissant mouvement de masse.

Tous les travailleurs socialistes et communistes, 
les syndicalistes et les jeunes qui veulent se battre pour changer 
le monde doivent s’investir de la façon la plus active 
et militante dans la lutte contre cette guerre. Il est nécessaire 
de participer à la création du mouvement le plus massif 
possible contre le militarisme et l’impérialisme, et 
de s’opposer à cette monstrueuse agression contre le 
peuple irakien par tous les moyens à notre disposition.

La priorité, c’est la formation, dans 
toutes les villes et tous les pays, de comités d’actions 
contre la guerre, impliquant les syndicalistes, socialistes, communistes, 
jeunes activistes, étudiants et tous ceux qui veulent engager 
une lutte militante.

Unissons-nous pour organiser une campagne d’agitation 
massive contre la guerre, au moyen de manifestations, des distributions 
de tracts et des meetings dans les lieux de travail, les écoles 
et les collèges. Faisons en sorte que la voix du peuple soit 
entendue !

Nous devons dénoncer toute tentative, de la 
part des impérialistes, d’utiliser les infrastructures 
des différents pays “neutres” dans le cadre de leur 
action militaire. La campagne menée en Belgique pour dénoncer 
l’usage des ports par les navires de guerre est un bon exemple 
de ce qui peut être fait. Cet exemple doit être suivi 
par les militants de tous les autres pays concernés. De même, 
l’initiative du Syndicat des Etudiants espagnol, qui appelle 
à la lutte unifiée de tous les étudiants du monde, 
doit être partout soutenue.

Par-dessus tout, nous devons nous efforcer de gagner 
le soutien du mouvement ouvrier dans notre campagne contre la guerre. 
Des résolutions doivent être votées dans les sections 
syndicales pour demander que les syndicats prennent position contre 
la guerre. Partout où c’est possible, nous devons poser 
la question de l’organisation de grèves contre la guerre. 
C’est un point qui doit être discuté en priorité 
sur les lieux de travail.

Si on explique clairement les idées, les travailleurs 
suivront. Dores et déjà, on a vu l’initiative 
courageuse de ces deux chauffeurs de train britanniques qui ont refusé 
de transporter du matériel destiné à la guerre. 
C’est là un symptôme important de l’humeur 
qui se développe dans la classe ouvrière.

La constitution d’une campagne contre la guerre 
dans le mouvement ouvrier britannique est particulièrement 
importante. L’opinion publique y est, dans sa grande majorité, 
opposée à la guerre et à la position de Tony 
Blair – le petit caniche de Bush. Le comportement de Blair et 
de sa camarilla de droite est la honte du mouvement ouvrier britannique. 
Avant même le commencement officiel de la guerre, un nombre 
important de parlementaires travaillistes britanniques ont voté 
contre leur gouvernement sur cette question.

Nous devons nous battre contre cette guerre, mais 
nous devons le faire avec une méthode, une stratégie 
et une politique correctes : avec une stratégie conforme aux 
meilleures traditions du mouvement ouvrier et une politique socialiste 
et internationaliste, liant la lutte contre l’impérialisme 
à la perspective de la transformation socialiste de la société 
– à l’échelle nationale et internationale.

Contre cette guerre criminelle ! 

A bas l’impérialisme 
et le capitalisme !

Le 6 février 2003.

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Pour assurer une diffusion aussi large que possible 
de ce Manifeste, nous vous invitons à l’imprimer et à 
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La Riposte, Comité de rédaction (France)

Socialist Appeal, Comité de rédaction 
(Grande Bretagne)

El Militante, Comité de rédaction (Espagne)

The Struggle, Comité de rédaction (Pakistan)

Asian Marxist Review, Comité de rédaction 
(Pakistan/Inde)

Sosialistiki Ekfrasi, Comité de rédaction 
(Grèce)

Der Funke, Comité de rédaction 
(Autriche)

Ezker Marxista, Comité de rédaction 
(Pays Basque, Espagne)

Sinif Mücadelesinde Marksist Tutun, Comité 
de rédaction (Turquie)

Falce Martello, Comité de rédaction 
(Italie)

Socialist Appeal, Comité de rédaction 
(Etats-Unis)

Socjalizm.org (Pologne)

L’Humanité, Comité de rédaction 
(Canada)

SocialistiskStandpunkt, Comité de rédaction 
(Danmark)

Socialisten, Comité de rédaction (Suède)

Militante, Comité de rédaction (Mexique)

Vonk, Comité de rédaction (Belgique)

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Pobunjeni Um, Comité de rédaction (Yugoslavie)

Workers’ Alternative, Comité de rédaction 
(Nigeria)

Fundacion de Estudios Socialistas Frederico Engels 
(Espagne)

Youth for International Socialism (YFIS) (Grande 
Bretagne, Etats-Unis, Pakistan)

Manzoor Ahmed, Député, Assemblée 
nationale, Kasur (Pakistan).

Nigel Pearce, Vice-président du Syndicat national 
des mineurs (NUM) Yorkshire (Grande-Bretagne)

Des Heemskerk, Syndicat AMICUS/AEEU Media (Grande-Bretagne)

Miriam Municio, Secrétaire générale, 
Comité exécutif national du Sindicato de Estudiantes 
(Espagne)

Eva Nesensohn, Présidente des Jeunes Socialistes 
de Vorarlberg et membre du Comité exécutif national 
(Autriche)

Ina Ratzenböck, Comité exécutif 
national des Jeunes Socialistes (Autriche)

Stelios Dafnis, Comité exécutif du 
Conseil des syndicats, Athènes (Grèce)

Tsitonis Takis, Comité exécutif du 
Syndicat des travailleurs des sites archéoligiques (Grèce).

Dimarogonas Dimos, Comité exécutif 
de la Fédération syndicale du Ministère de la 
Culture (Grèce)

Claudio Bellotti et Alessandro Giardiello, Comité 
exécutif national du Partito della Rifondazione Comunista (Italie)

Dario Salvetti, Elisabetta Rossi, Jacopo Renda, Comité 
national, Giovani Comunisti du Partito della Rifondazione Comunista 
(Italie)

Paolo Brini, Comité exécutif régional 
du syndicat FIOM-CGIL, Emilia Romagna (Italie).

La Riposte

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