La NUM et la question ukrainienne

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Nous publions ci-dessous une déclaration récente du syndicat des mineurs britanniques la National Union of Mineworkers (NUM).

Honteusement, ce syndicat, connu surtout pour la grève historique et extrêmement dure d’un an menée contre le gouvernement Thatcher en 1984-85 et fer de lance traditionnel du mouvement ouvrier au Royaume-Uni, est accusé par des groupuscules aux marges du mouvement ouvrier « d’être passé du côté des fascistes en Ukraine ». Dans sa réponse officielle à ces calomnies, le syndicat réaffirme sa solidarité avec tous les mineurs et ouvriers ukrainiens et dénonce ceux qui soutiennent les séparatistes nationalistes pro-russes qui occupent une partie du sud-ouest de ce pays avec le soutien de Poutine :

L a NUM est très troublée par la campagne de dénigrement qu’il subit à cause de son attitude vis-à-vis du conflit en Ukraine. Des calomnies ont été colportées principalement par des éléments aux marges du mouvement ouvrier, malheureusement par des gens qui auraient dû être assez avisés pour agir autrement. Dans la NUM, nous avons une très longue expérience de ceux qui cherchent à semer le désaccord et de nous discréditer, mais nous sommes connus pour notre capacité à nous défendre quand c’est nécessaire.

Honteusement, la NUM est accusée d’avoir rejoint le camp de nos ennemis et d’avoir abandonné notre longue tradition d’internationalisme ouvrier. Il y en a même qui affirment que nous sommes maintenant dans le même camp que les fascistes et que nous soutenons la même ligne que l’OTAN. Nous allons remettre les pendules à l’heure.

La NUM n’a pas basé son analyse de la crise ukrainienne sur la version des médias britanniques ou russes. Elle n’a pas accepté les propositions alléchantes de nous rendre sur leurs plateaux TV et d’accepter sans questionnement la ligne politique de leurs gouvernements respectifs. Au contraire, notre première réaction, tout naturellement, était de nous tourner vers nos camarades mineurs avec lesquels nous entretenons une amitié qui dure depuis des décennies, c’est-à-dire ceux du Syndicat des Travailleurs de l’Industrie Charbonnière (PRUP) et ceux du Syndicat Indépendant des Mineurs d’Ukraine (NPHU). La toute première déclaration par le Comité Exécutif de la NUM était assez claire. Elle rappelait que la NUM soutient le principe internationalement reconnu de l’autodétermination et exprime son soutien à ses frères et sœurs dans le syndicat des mineurs du PRUP qui appelle à l’arrêt de toute ingérence étrangère en Ukraine. La NUM appelle à une résolution pacifique des problèmes actuels auxquels le peuple ukrainien doit faire face et nos pensées sont avec les mineurs en Ukraine que nous considérons comme nos amis.

Pendant les épisodes les plus meurtriers des combats en Ukraine nous avons invité une délégation de mineurs à notre fête annuelle (Durham Miners Gala) en 2014. La délégation a reçu un accueil très chaleureux. Or, maintenant cette hospitalité est dénigrée par des accusations selon lesquelles ils n’étaient pas des mineurs mais des permanents du syndicat national, basés à de Kiev. C’est un mensonge, car cette délégation était belle et bien du Donbass et celui qui a été invité à prendre la parole pendant cet événement est le président de la section de Dniepropetrovsk du PRUP.

Une délégation de la NUM a également rencontré le Syndicat Indépendant des Mineurs d’Ukraine et la Fédération des Syndicats Libres du Rail à Kiev. La NUM a envoyé deux délégations en Ukraine, nous avons visité des zones industrielles et rencontré des permanents syndicaux, des sections locales et des mineurs ordinaires aussi. Nous avons aussi rencontré des activistes du mouvement ouvrier. La NUM a participé au Congrès unifié des Mineurs d’Ukraine le 21 avril 2015 et a été invité à y prendre la parole.

Nous sommes fiers d’avoir participé aux manifestations de milliers de mineurs qui protestaient contre la fermeture des mines devant le parlement à Kiev face aux policiers anti-émeutes.

Ceux qui s’en prennent à la NUM essaient de remettre en cause la légitimité des syndicats ukrainiens. Or, nous avons constaté avec nos propres yeux que ces syndicats ne suivent pas servilement les oligarques et le gouvernement. Ils résistent – autant qu’ils peuvent – aux fermetures de mines, aux mesures d’austérité et aux lois antisyndicales. La NUM subit ces attaques parce que nous soutenons nos camarades syndicalistes qui demandent la solidarité au lieu de l’intervention des forces armées qui occupent un tiers du territoire du Donbass. Malheureusement ceux qui croient que la Russie de Poutine est en train de faciliter la renaissance d’une république soviétique « style 1917 » ou de l’Espagne antifasciste de 1936 dans le Donbass prennent vraiment leurs désirs pour des réalités. Il est clair que l’occupation d’une partie de Donetsk et de Louhansk a été à l’initiative d’oligarques rivaux et de la Russie pour défendre leurs propres intérêts. Dans ces zones, le mouvement ouvrier existant a été réprimé, des syndicalistes ont été kidnappés, torturés et même assassinés. Cette situation est connue de tous et a été relayée largement au mouvement international syndical.

Nous avons apporté notre soutien au mouvement ouvrier ukrainien en soutenant l’unité du pays et ses masses laborieuses, et en opposant la division anti-démocratique de l’Ukraine opérée par la force qui a été une catastrophe humanitaire et économique – elle a divisé les ouvriers et leur mouvement.

Jamais la NUM n’a apporté son soutien aux forces d’extrême-droite russes ou ukrainiennes présentes en Ukraine – notre solidarité va toujours et surtout au mouvement ouvrier. La NUM soutient les appels des syndicats ukrainiens qui demandent justice pour les victimes des attaques perpétrées contre les maisons des syndicats à Kiev et Odessa, de celles de l’avion de la Malaysian Airlines.

La situation a été très bien décrite dans ces mots prononcés par la Fédération des Syndicats du Rail de l’Ukraine devant le congrès de notre organisation sœur ASLEF (Cheminots) en Grande-Bretagne : « L’Ukraine est prise en tenaille entre un pouvoir agressif à l’est et des politiques économiques néo-libérales à l’ouest, et ce sont les classes laborieuses de l’Ukraine qui en paient le prix fort avec le coût terrible de la guerre et de l’austérité. »

La NUM croit que seul le peuple ukrainien peut décider de son avenir, libre de toute intervention extérieure de la part de l’impérialisme russe ou occidental. En d’autres termes, nous soutenons le rétablissement de la paix à travers l’auto-détermination, la solidarité et la justice sociale.

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