Autoritarisme, corruption, persécutions. Où va l’Amérique ?

17 février 2026

Les États-Unis d’aujourd’hui sont un pays dirigé par un pouvoir exécutif autoritaire, brutal et ouvertement raciste, impliqué dans la corruption à grande échelle. Il se sert de son pouvoir pour réduire le niveau de vie et les droits démocratiques du peuple, et pour augmenter le plus possible les profits des capitalistes multimilliardaires, tout en accumulant d’immenses richesses personnelles pour les membres du gouvernement et leurs proches au passage.

En effet, la corruption s’est infiltrée à tous les niveaux de l’administration. Jamais dans l’histoire des États-Unis la corruption n’a été aussi répandue. Le pouvoir politique est devenu un outil pour conclure des affaires, subvertir les institutions, enrichir les complices et faire taire des opposants. Les modifications dans la loi depuis une dizaine d’années ont considérablement restreint la définition légale de la corruption, légalisant de nombreuses formes d’affairisme précédemment interdites, ce qui signifie qu’il n’y a guère besoin de les cacher, désormais. Le système pay to play [pour jouer, il faut payer] est en train d’être normalisé et mis en œuvre en plein jour. Grâce à des participations dans des entreprises privées, l’administration Trump a modifié la relation entre le gouvernement, les grandes entreprises et les « marchés ». Alors que tous les gouvernements capitalistes, républicains ou démocrates, ont toujours cherché à défendre et à étendre le pouvoir de la classe dirigeante, cette administration va bien plus loin et de la manière la plus flagrante, pour accroître la richesse et le pouvoir de la famille Trump.

Une source importante de cette corruption endémique est le lien entre les tarifs douaniers et le commerce international. Le cycle erratique des tarifs douaniers punitifs, devenu la marque de fabrique de l’administration Trump, a provoqué des bouleversements dans l’économie mondiale. C’est d’ailleurs un facteur majeur de la baisse du niveau de vie des travailleurs aux États-Unis. Les consommateurs américains font face à un taux tarifaire moyen de 27 %, le plus élevé depuis plus de 120 ans ! Les guerres tarifaires ont également causé de grandes perturbations économiques et fragilisé l’économie nationale. Cependant, tout le monde n’a pas été perdant de cette folie. Les « négociations » avec les puissances étrangères et les multinationales ont donné lieu à ce que Fareed Zakaria a qualifié d’une « orgie de corruption », car, comme il l’explique, « avec les tarifs, viennent les possibilités d’exonérations tarifaires » pour des industries et des produits spécifiques, favorisant « les contributeurs, ce qui encourage alors une corruption généralisée ». C’est exactement ainsi que les choses se sont passées avec Trump.

4 milliards de dollars supplémentaires pour les Trump en un an

Le « don sans condition » d’un avion de 400 millions de dollars de la part de la famille royale qatarienne, avion que Trump souhaite maintenant rééquiper au coût d’un milliard de dollars pour les contribuables américains, a été largement médiatisé. Mais ce n’était que la partie émergée de l’iceberg. Le Center for American Progress, qui suit le montant d’argent et de cadeaux récoltés par Trump, sa femme Melania et ses deux fils, estime qu’ils ont gagné au moins 1,8 milliard de dollars en vendant le pouvoir présidentiel sur 8 mois. Quatre mois plus tard, en janvier 2026, ce chiffre a atteint au moins 4 milliards de dollars, dont 2 milliards proviennent d’opérations présidentielles en cryptomonnaie.

Tout est fait pour faire avancer les démarches revanchardes et cupides de Trump. En 2023 et 2024, entre ses deux passages au pouvoir, il a exigé que le ministère de la Justice lui remette 230 millions de dollars en compensation des enquêtes fédérales sur son comportement en tant que président. Cette réclamation a maintenant refait surface, avec la différence que le ministère de la Justice actuel est dirigé par son propre avocat de la défense ! L’idée est sans doute qu’un département nommé par Trump conclura un accord avec lui et sera signé par son propre avocat. Plus récemment, Trump et ses fils ont décidé de poursuivre son l’IRS (Internal Revenue Service) pour 10 milliards de dollars, pour ne pas avoir empêché une fuite montrant que Trump ne paie presque aucun impôt sur le revenu, malgré son immense patrimoine personnel. Nous avons donc un président qui poursuit des départements au sein du gouvernement qu’il dirige et dont il a personnellement nommé les responsables !

Quelques jours seulement avant le retour au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025, une société d’investissement contrôlée par un haut responsable de la famille royale des Émirats arabes unis s’est engagée à payer 500 millions de dollars pour acquérir 49 % d’une startup de cryptomonnaie détenue par la famille Trump. Quelques semaines plus tard, la Maison-Blanche a annoncé qu’elle autoriserait les Émirats arabes unis à importer des puces Nvidia IA, ce qui avait été interdit par l’administration Biden en raison des relations entre les Émirats arabes unis et la Chine. Comme l’a écrit The Guardian (2 février 2026), « C’est tout simplement étourdissant de suivre la manière dont Trump a monétisé la présidence et l’a utilisée à des fins personnelles pendant son second mandat. » La sénatrice américaine du Massachusetts, Elizabeth Warren, a dressé une longue liste, pourtant non exhaustive, de 100 actions entachées de corruption de l’administration Trump, donnant une idée du niveau d’entrelacement des décisions gouvernementales et des intérêts financiers et stratégiques de la famille Trump. Des listes similaires pourraient être produites pour pratiquement tous les départements de son administration.

Centres de détention très lucratifs

Par exemple, l’activité très lucrative de la gestion des camps d’internement qui existent à travers le territoire national pour la détention des milliers de personnes arrêtées par l’ICE et les agents de la Patrouille frontalière. Environ 73 000 personnes sont détenues dans ces camps dans des conditions épouvantables et inhumaines. Le DHS (Department of Homeland Security) a procédé à 113413 arrestations en 2024, et 260 000 en 2025. Le gouvernement souhaite désormais construire 16 nouveaux « offices de traitement » et sept nouveaux « entrepôts » (des camps d’internement). Ces camps ressemblent, avec des rangées de bâtisses parallèles, à ceux construits par les nazis dans les années 1930. Cela leur permettra d’accueillir environ 200 000 personnes. Le camp de Fort Bliss au Texas, où trois personnes sont décédées en détention ces derniers mois, abrite 3000 détenus, ou « corps », comme les gardes du camp les appellent. Les nouveaux camps en préparation accueilleront jusqu’à 10 000 personnes chacun.

Un tel réseau de camps de prisonniers, en plus des prisons « normales » disponibles, où les droits normaux des détenus en attente de jugement ne s’appliquent pas, où les cris de jeunes enfants peuvent être entendus même à l’extérieur, pourrait un jour être utilisé pour incarcérer non seulement les « immigrés illégaux », mais pour tout autre type de prisonnier. S’ils les construisent, ils les utiliseront sûrement pour quelque chose. Cette perspective macabre est très prometteuse pour les entreprises privées gérant les camps à des fins lucratives. Les plus grandes de ces entreprises, GEO et CoreCivic, gagnent d’énormes sommes grâce à ce qu’elles appellent une « opportunité attractive pour les investisseurs ». Ils sont payés en fonction du nombre de détenus et ont donc intérêt à ce que le nombre d’arrestations soit aussi élevé que possible. Ces mêmes entreprises ont fait des dons de plusieurs millions de dollars pour financer la campagne électorale de Trump. Cela explique sans doute pourquoi le DHS fixe des quotas pour le nombre d’arrestations à effectuer, indépendamment du statut légal et du dossier des victimes. L’argent des contribuables est ainsi versé à des entreprises privées pour avoir aidé Trump à emporter l’élection présidentielle.

Baisse du niveau de vie

Des dizaines d’autres exemples de ce type de corruption pourraient être cités. Et alors que Trump et ses associés ont amassé des milliards de dollars au cours de l’année écoulée, des travailleurs peinent à nourrir, habiller et soigner leurs familles. Les prix de presque toutes les denrées alimentaires et des produits de première nécessité pour le foyer augmentent, ce qui réduit les budgets familiaux. Des emplois sont perdus dans toute l’économie, et surtout dans le secteur manufacturier.

Les hôpitaux et les maisons de retraite réduisent leurs services. Beaucoup ferment. Des dizaines de millions de citoyens perdent leur assurance santé à cause de l’augmentation des primes. Les primes ont plus que doublé pour 20 millions d’Américains à travers le pays.

La réduction drastique des dépenses publiques pour la couverture santé et d’autres types de dépenses sociales a directement profité aux ultra-riches en termes de baisses d’impôts. Les ressources auparavant consacrées aux subventions sanitaires ont servi à financer les violences de l’ICE et de la Patrouille frontalière.

Des paramilitaires racistes terrifiants

Le pouvoir gouvernemental a été transformé en un outil de vengeance et d’intimidation, surtout dans les régions où les votes ont mal tourné en faveur de Trump lors des trois dernières élections présidentielles. Des agents masqués et non identifiés défoncent des portes, traînent des mères de famille hors de chez elles, sautent sur les gens et les tabassent dans la rue. Les petits enfants hurlent de terreur en voyant leurs parents agressés, insultés, menottés et emmenés.

Des gaz lacrymogènes et des grenades flash-bang ont été utilisés en présence d’enfants et de bébés. Des points de contrôle sont installés dans des quartiers où les personnes « de couleur » sont activement profilées selon des critères raciaux, arrêtées et sommées de prouver leur identité. Les arrestations ont lieu dans des écoles, dans les hôpitaux, dans les églises et au domicile. Des personnes considérées comme « suspectes » en raison de leur couleur, de leur peau ou de leur accent sont mises en détention.

Il existe littéralement des milliers de vidéos montrant les méthodes violentes utilisées par les agents de l’ICE et de la Patrouille frontalière. Les arrestations aléatoires sont exécutées de façon brutale, jetant même les personnes âgées et les malades au sol, causant souvent de graves blessures et, dans certains cas, la mort.

L’un des incidents les plus connus impliquait Aliya Rahman, une citoyenne américaine en situation de handicap qui se rendait en voiture à un rendez-vous pour un traitement d’une lésion crânienne traumatique. Bloquée par une opération de l’ICE à Minneapolis, elle reçut l’ordre d’avancer vers les agents de l’ICE devant elle. Consciente des meurtres précédents commis par la police, elle n’a pas voulu suivre cet ordre. On aurait pu prétendre qu’elle utilisait sa voiture comme arme, et elle aurait pu être tuée. Aliya a été violemment arrachée de sa voiture. Elle a dit à plusieurs reprises aux agents qu’elle était handicapée et victime d’une lésion cérébrale importante. Cela n’a pas empêché son arrestation puis sa détention dans le bâtiment fédéral Whipple, où ses appels aux soins médicaux ont été ignorés. Elle était inconsciente au moment de sa sortie de détention. Elle n’a été inculpée d’aucun crime. Son témoignage glaçant met en évidence le comportement abject des voyous paramilitaires de l’ICE. Elle décrit comment ce que les agents de l’ICE appelaient des « corps » étaient entassés dans des pièces surpeuplées, enchaînés et suppliant à l’aide.

Beaucoup de personnes ont été gravement blessées. Des os ont été cassés. Certaines personnes ont été assassinées, comme Renee Good, l’infirmier Alex Pretti, et des victimes d’homicides moins connues telles que Silverio Villegas-González, mort d’une balle dans le cou tirée par un agent de l’ICE à Chicago, et le migrant cubain Geraldo Lunas Campos, père de quatre enfants, qui a été maintenu au sol par plusieurs agents de l’ICE et étranglé à mort dans un centre de détention au Texas. Moins d’une heure après leur mort, Good et Pretti ont été qualifiés de « terroristes domestiques » par l’administration. Aucune charge n’a été portée contre leurs meurtriers.

La brutalité policière et les meurtres racistes commis par la police ne sont pas une nouveauté en Amérique. Mais ce qui se passe aujourd’hui est qualitativement différent. C’est une campagne de terreur à grande échelle qui marque une nouvelle étape dans l’histoire politique des États-Unis. Il ne s’agit pas seulement de passages à tabac et de meurtres à motivation raciale par des policiers locaux, qui sont déjà, bien sûr, des incidents très graves. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une campagne fédérale coordonnée et systématique de persécution, soutenue par d’énormes ressources matérielles et dirigée contre les minorités, et contre quiconque s’oppose aux projets racistes et autoritaires de l’administration Trump.

La dernière manifestation du racisme de Trump fut la publication d’une vidéo (plus tard retirée) montrant Michelle et Barack Obama en singes, inspirée par la propagande du KKK, sur son site Truth Social. Cela vient du même esprit dépravé qui affirmait que les Haïtiens de Springfield, dans l’Ohio, tuaient et mangeaient les animaux de compagnie des Blancs, du même homme qui a décrit les habitants somaliens de Minneapolis comme rien d’autre que des « déchets », à chasser du pays.

Cette rhétorique raciste reflète ce qui est en réalité la politique officielle du gouvernement américain actuel. Stephen Miller (Chef adjoint de cabinet de la Maison-Blanche), Kristi Noem (Secrétaire à la Sécurité intérieure, ou DHS), Tulsi Gabbard (Directrice du renseignement national) et de nombreux autres responsables influents utilisent tous un langage extrêmement violent contre les « étrangers » – qui sont en réalité le plus souvent des citoyens américains ou des résidents légalement établis aux États-Unis – pour attiser la haine raciale, criminaliser les innocents et promouvoir leur idéologie suprémaciste blanche.

Pour donner un exemple, le 1er décembre 2025, Kristi Noem a posté : « Je viens de rencontrer le Président. Je lui ai réclamé une interdiction totale d’entrer sur le territoire des États-Unis en provenance de tous les foutus pays qui inondent notre nation de tueurs, de sangsues parasitaires et de passionnés de droits sociaux. Nos ancêtres ont bâti cette nation sur le sang, la sueur et l’amour inébranlable de la liberté — pas pour que des envahisseurs étrangers puissent massacrer nos héros, drainer nos recettes fiscales nos impôts et s’emparer des avantages dus aux AMÉRICAINS. ON N’EN VEUT PAS. PAS UN SEUL. »

Stephen Miller, Russell Vaught (Directeur de la gestion et du budget et auteur clé de l’ultra-réactionnaire « Project 2025 ») et son conseiller Corey Lewandowski prônent une « vision du monde » proche de celle des nazis et des suprémacistes blancs, en ce qu’ils répandent l’idée que certaines « races » sont naturellement et légitimement supérieures à d’autres. En fait, sur les documents en ligne du DHS (Sécurité intérieure), les images utilisées sont dans certains cas clairement inspirées par la propagande nationaliste et suprémaciste du passé.

Certaines communautés ont terriblement souffert à cause des diktats de Trump. État par État, les personnes transsexuelles ont vu leurs droits supprimés, au point de devenir presque des « non-personnes administratives » sans aucun droit social ou politique, comme pour la communauté gay et lesbienne sous les nazis.

Cette politique de « diviser pour mieux régner » s’accompagne d’un effort concerté pour saper la liberté d’expression et la liberté de la presse, et pour tenter d’intimider les voix critiques. Des journalistes et « personnalités » de télévision ont été ciblés et harcelés par le gouvernement. Il y a le cas bien connu de Jimmy Kimmel, qui a été retiré de l’antenne à la demande de Trump. Don Lemon, journaliste renommé et ancien animateur de CNN, a été accusé de porter atteinte aux libertés religieuses, alors qu’il ne faisait que filmer une manifestation anti-ICE dans une église. L’acteur et humoriste sud-africain Trevor Noah a été menacé de poursuites judiciaires pour avoir suggéré, dans une blague, un lien entre Trump et la tristement célèbre île d’Epstein. Le domicile de la journaliste du Washington Post Hannah Natanson a été perquisitionné par le FBI, qui a saisi son téléphone, ses ordinateurs portables et sa montre Garmin. Plus largement, des manifestants et même de simples passants sont régulièrement gazés, battus et arrêtés.

C’est dans le comté de Fulton, Atlanta, que Trump, lors de l’élection de 2020, a fait un appel téléphonique enregistré pour faire pression sur le secrétaire d’État géorgien, Brad Raffensperger, un républicain conservateur, pour qu’il « trouve 11 780 voix ». Pour avoir refusé de fabriquer des voix qui n’existaient pas, Raffensperger et sa famille sont devenus la cible de menaces de mort. Des employés consciencieux des bureaux de vote ont également reçu des menaces de mort de la part de partisans de Trump.

La tentative de mettre la main sur les informations confidentielles des électeurs ne concerne pas seulement la Géorgie et le Minnesota. Les listes électorales, les données électorales et toutes les informations personnelles des électeurs qui les accompagnent ont jusqu’à présent été exigées auprès des autorités de 42 États, dont 32 ont refusé et 10 ont accepté de les communiquer. Nous pouvons nous attendre à d’autres opérations similaires à la saisie de documents électoraux en Géorgie. C’est une stratégie qui a aussi un effet de propagande. Elle vise à miner la confiance du public dans les procédures électorales et à étayer l’affirmation selon laquelle les résultats électoraux non favorables aux Républicains dans des États clés seraient « frauduleux » et ne devraient pas être certifiés.

Des mesures sont également en cours pour empêcher les gens de se rendre aux urnes. L’extrémiste de droite Steve Bannon, ancien conseiller stratégique de la Maison-Blanche, s’exprimant lors des Bellator Awards 2025, a déclaré : « Si nous perdons les élections de mi-mandat et 2028, certains d’entre nous dans cette salle iront en prison, moi y compris. » Il a également déclaré que des agents fédéraux seraient envoyés pour encercler des bureaux de votes en novembre.

Ce n’est pas tout. L’administration Trump travaille sur un plan visant à priver certaines personnes de leur citoyenneté, et donc du droit de vote. La citoyenneté de naissance est clairement formulée dans la Constitution américaine. Le 14e amendement stipule que « toute personne née ou naturalisée aux États-Unis ou dans des territoires soumis à leur juridiction est citoyen des États-Unis et de l’État où elle réside ». Et pourtant, l’administration Trump a annoncé, par l’intermédiaire de sa porte-parole Karoline Leavitt, qu’elle « ne croit pas » que cette citoyenneté de naissance soit « constitutionnelle » !

Où va l’Amérique ?

Que signifient tous ces développements pour l’avenir des travailleurs américains et pour la démocratie américaine ? Il est bien sûr impossible de répondre à cette question avec certitude, ne serait-ce que parce qu’aucune de ces questions ne peut être résolue, dans un sens ou dans un autre, sans des affrontements majeurs entre les forces sociales impliquées. L’issue d’une lutte de forces vivantes ne peut être prédite. Ce que nous pouvons dire, cependant, c’est que dans les États-Unis d’aujourd’hui et dans les années à venir, une telle lutte est inévitable. Il n’y a pas de « juste milieu » possible. Si le « trumpisme » – avec ou sans Trump lui-même – n’est pas vaincu, cela signifiera la fin de la démocratie en Amérique, l’effondrement des espoirs et des conditions de vie de la classe ouvrière, et un retour aux jours les plus sombres de la haine et de la violence raciale en Amérique.

Les purges menées dans la structure de commandement des forces armées ainsi que des agences de renseignement et de police au niveau fédéral, désormais composées d’éléments proches des méthodes autoritaires sur le plan intérieur et des politiques impérialistes agressives à l’étranger. La majorité du Congrès, profitant des avantages d’un pouvoir exécutif débridé et des chèques généreux des lobbyistes, a volontairement renoncé au rôle indépendant que lui confère la Constitution. La Cour suprême est devenue un facilitateur docile des abus de pouvoir.

La résistance grandit. De nouvelles manifestations de masse et affrontements de rue sont à l’ordre du jour. La solidarité des millions de personnes qui ont rejoint la lutte contre l’agenda fasciste vicieux de l’ICE et de la Patrouille frontalière devrait tous nous inspirer et nous donner de l’espoir pour l’avenir. Les élections de mi-mandat (midterms), prévues en novembre, auront lieu dans un contexte de conflits sociaux et politiques tendus. Elles seront et constitueront un terrain d’essai important pour cerner le rapport de forces dans la société américaine. De nombreux signes montrent que la tendance électorale se retourne contre le gouvernement. Trump le sait, bien sûr. Cependant, il est très peu probable qu’il accepte une éventuelle défaite et encore moins mors de l’élection présentielle de 2028. Toutes les actions de son gouvernement ne prennent de sens que dans le cadre d’un complot plus large visant à maintenir les Républicains au pouvoir en 2028-2029, indépendamment des résultats.

C’est que perdre le pouvoir dans le contexte actuel pourrait bien avoir des conséquences extrêmement graves pour Trump et son entourage. Trump a déclaré que si les républicains perdent les élections de mi-mandat en novembre prochain, sa présidence serait « pratiquement terminée ». Malheureusement, ce n’est pas vrai. Cependant, compte tenu des crimes révélés dans les dossiers Esptein (dont la moitié n’a toujours pas été publiée) et compte tenu, aussi, de toute la corruption et des actes illégaux qui ont lieu, du comportement criminel et meurtrier de l’ICE et de la patrouille frontalière américaine, des innombrables arrestations et expulsions injustifiées, alors de nombreux acteurs clés de l’administration actuelle risquent des poursuites pénales et dans de nombreux cas, comme le dit Bannon, la prison. Il n’est pas un hasard si Trump a militarisé certaines branches des forces de l’ordre et cherche activement une opportunité d’invoquer l’Insurrection Act, qui lui permettrait d’envoyer l’armée contre la population civile.

Selon les circonstances du moment, et avec ou sans Trump (d’autres membres de son camp, comme Vance, convoitent son trône), un nouveau coup d’État pourrait réussir ou échouer. Cependant, tout semble indiquer qu’une tentative, au moins, de la mettre en œuvre est probable. De nombreux aspects de la situation actuelle pointent dans cette direction. Il y a eu une première tentative en 2020-2021. Aujourd’hui, avec une administration plus homogène, mieux préparée, mieux armée, et face à des enjeux beaucoup plus importants, pourquoi ne réessayerait-elle pas en 2028-2029 ?

Si jamais le cours des événements devait confirmer cette hypothèse, cela signifierait une rupture décisive dans l’histoire sociale et politique des États-Unis, ouvrant une période d’instabilité et de luttes sans précédent. L’équilibre social du pays serait brisé. La lutte pour défendre le niveau de vie et les droits démocratiques, la lutte contre la persécution des minorités, la brutalité policière, les arrestations sauvages, les détentions et les expulsions, prendront des proportions de masse. La conscience sociale subira nécessairement une transformation dans de telles circonstances, soulevant la question, dans l’esprit de millions de travailleurs et de jeunes, de la nécessité de transformer l’ordre politique, social et économique des États-Unis. Cela pourrait à son tour poser les bases de l’émergence d’un mouvement socialiste massif et profondément enraciné, dont le but doit être de défier et de renverser le pouvoir économique et politique des grandes entreprises et de l’oligarchie milliardaire. La démocratie, à notre époque, si elle doit vraiment servir les intérêts du peuple, ne peut se limiter à la sphère politique. Elle doit s’étendre à l’économie, à la sphère de la production, au contrôle populaire de la richesse créée collectivement. Si le pouvoir des grandes entreprises n’est pas brisé, la « démocratie » formelle ne peut servir qu’à masquer et perpétuer l’exploitation, l’inégalité et l’oppression.

Les Démocrates, pour la plupart, ont dénoncé la dérive autoritaire de l’administration Trump. Mais le Parti démocrate est aussi lié à « l’Amérique des corporations ». Lorsqu’ils sont au pouvoir, ils ne font rien pour résoudre les problèmes fondamentaux créés par le système capitaliste, qu’ils ne contestent pas. Et maintenant, dans l’opposition, à quelques exceptions près, ils s’intéressent surtout à profiter du chaos actuel pour retrouver leur chemin vers le pouvoir. Que feront-ils réellement pour résoudre les problèmes concrets auxquels le peuple américain est confronté ? Trump a encore trois ans de mandat. La priorité immédiate est sans doute la mobilisation des syndicats, des communautés, dans les rues et sur les lieux de travail, pour défendre les quartiers et repousser les attaques des voyous de l’ICE et du contrôle frontalier. L’indignation morale et la fanfaronnade à propos de la violation des lois et des droits constitutionnels ne suffisent pas. Comme le dit l’ancien proverbe arabe, « Les chiens peuvent aboyer, mais la caravane passe. »

Un avertissement

Le régime actuel en Amérique est de nature autoritaire. Les idéologues fascistes dans l’administration Trump tenteront de pousser l’Amérique plus loin sur cette voie. C’est un danger très important à ne pas sous-estimer. Les concepts de démocratie et de dictature sont souvent présentés comme étant des opposés, mais en vérité il n’existe aucun mur impénétrable entre les deux. Dans certaines circonstances historiques, la première peut glisser vers la seconde avec une relative facilité. Les parlements et les systèmes judiciaires, intimidés par des menaces ou enrôlés par vénalité, peuvent être les facilitateurs d’un régime tyrannique. C’est ce qui se passe actuellement aux États-Unis.

La tyrannie autoritaire repose non seulement sur le soutien institutionnel, les forces armées et les agences de renseignement. Il a également besoin d’une large base de soutien au sein de la population. Or, évidemment, Trump dispose encore d’une base de masse. Il existe clairement d’énormes réserves sociales de conservatisme nationaliste et xénophobe aux États-Unis ? Même si les sondages montrent que les taux d’approbation du gouvernement diminuent, il bénéficie toujours du soutien d’environ 35 % à 40 % de la population. Beaucoup de gens seraient prêts à se battre, armes en main, pour leurs idées réactionnaires, si on leur demandait de le faire. La société américaine est profondément divisée. Par conséquent, la lutte pour le changement sera difficile et parfois dangereuse.

Beaucoup d’Américains ont une attitude favorable envers le socialisme. Un récent sondage Gallup a indiqué que 74 % des électeurs démocrates voyaient le socialisme démocratique comme étant proche de leur point de vue, tandis que 16 % en disaient autant du capitalisme. Le sondage décrivait le socialisme démocratique comme un système où le gouvernement joue un rôle plus actif pour améliorer la vie, avec un taux d’imposition plus élevé sur les entreprises et les hauts revenus, un soutien à des réglementations protégeant les travailleurs et les consommateurs, et une extension du secteur public dans des secteurs clés le logement, la santé et les services sociaux. Cela montre le potentiel qui existe pour la construction d’un mouvement socialiste de masse. Le système capitaliste doit être combattu et renversé, et le gouvernement des ultra-riches doit être remplacé par une démocratie socialiste dans laquelle les immenses ressources et richesses des États-Unis d’Amérique pourront être utilisées au bénéfice de la masse du peuple.

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