Le bombardement de Caracas et l’enlèvement de Nicolas Maduro et Cilia Flores ont marqué le déclenchement d’une offensive impérialiste de grande envergure contre le Venezuela. Son objectif n’est autre que de mettre la main sur les ressources naturelles du pays et de placer son gouvernement sous le contrôle effectif de l’administration américaine.
L’intervention a eu lieu après la mise en place, depuis le mois d’août 2025, d’un dispositif militaire puissant au large des côtes vénézuéliennes. Il comprend l’USS Gerald R. Ford (le plus grand porte-avion au monde), l’USS Winston S. Churchill, l’USS Bainbridge et au moins 9 autres navires de guerre de première catégorie, dotés d’une force de frappe aérienne extrêmement puissante et quelques 4,500 marines. 18 000 troupes américaines sont stationnées en Floride et 15,000 à Porto Rico, où une base navale fermée depuis des décennies a été remise en service. Ce déploiement est d’une ampleur et d’une puissance de feu qui démentent complètement le prétexte du narcotrafic par lequel l’exécutif américain tentait de justifier son existence. Pour détruire la trentaine de bateaux désignés – sans la moindre preuve – de transporteurs de stupéfiants, un dispositif de surveillance et un seul avion de chasse auraient suffi.
Le narcotrafic n’était qu’un prétexte, d’autant plus que Trump n’a rien contre des narcotrafiquants, du moment qu’ils sont de son camp. On sait que l’ancien président du Honduras Juan Orlando Hernández, condamné à 45 ans de prison en juin 2024 pour sa participation au narcotrafic en collusion avec le cartel Sinaloa et d’autres crimes, a été gracié par Trump. Un autre cas, moins médiatisé, est celui de Ross Ulbricht, un vendeur à grande échelle de stupéfiants et d’autres produits illégaux sur le dark web. Il a été condamné à la prison à perpétuité sans possibilité de parole par la justice américaine en 2015. Trump l’a gracié en janvier 2025, quelques jours après le début de son deuxième mandat. Ce geste n’est certainement pas sans rapport avec le don d’un million de dollars de la part de la mère d’Ulbricht pour la campagne présidentielle du candidat Trump. Manifestement, la destruction spectaculaire et fortement médiatisée d’embarcations présentées comme transporteurs de drogues n’était que du théâtre politique, pour couvrir des préparatifs de guerre contre le Venezuela.
Militairement, le Venezuela est complètement cerné. Les défenses aériennes ont été partiellement neutralisées. Toute tentative de mobiliser la partie restante serait suicidaire. Lors de l’attaque du 3 janvier, quelques avions de chasse vénézuéliens ont décollé, mais il a suffi que les Américains leur disent d’opérer un demi-tour ou se faire immédiatement détruire pour qu’ils renoncent au combat. Quant à la défense maritime du Venezuela, elle est très loin de pouvoir faire face à la flotte américaine.
Dans la première conférence de presse après l’enlèvement de Maduro, Trump a déclaré que désormais le Venezuela sera « géré » par son administration, et que Delcy Rodriguez, aujourd’hui présidente par intérim du Venezuela, est prête à coopérer dans cette prise de contrôle. Marco Rubio, son secrétaire d’État, a réitéré cette affirmation. De son côté, Delcy Rodriguez a dénoncé l’intervention américaine et juré de défendre la souveraineté du Venezuela et protéger ses ressources naturelles. Face à ces déclarations contradictoires, il n’était pas immédiatement évident d’appréhender comment l’administration américaine pouvait effectivement, pour citer Trump, « prendre toutes les décisions » et s’emparer des ressources pétrolières du pays, ni de cerner la nature de ses relations avec le régime post-Maduro à Caracas. Tout n’est toujours pas clair, mais les événements de cette semaine ont tout de même permis de mieux comprendre la situation.
Le régime vénézuélien
Le pouvoir vénézuélien est aujourd’hui et depuis longtemps entre les mains de la caste militaire à la tête des forces armées. Le pouvoir, le prestige et la richesse personnelle de cette caste dépendent largement de la manne pétrolière et de toutes sortes d’affairisme et de corruption. La révolution bolivarienne, sous la direction d’Hugo Chavez, mort en 2013, n’a pas été menée à une conclusion décisive. Chavez a mis en œuvre un vaste programme de réformes sociales, mais le capitalisme est resté intact et la bureaucratie « bolivarienne », dégagée de tout contrôle démocratique, a sombré dans l’arrogance du pouvoir, le trafic d’influence, l’enrichissement personnel et la corruption.
Le régime vénézuélien d’aujourd’hui est autoritaire et répressif, responsable d’actes d’arrestation et d’incarcération arbitraires à grande échelle, ainsi que de nombreux meurtres et « disparitions forcées ». Amnesty International, Human Rights Watch et d’autres organisations de défense ont détaillé les actes de torture et de cruauté envers les opposants du régime, notamment par des coups, par l’usage de décharges électriques, ou encore l’asphyxie au moyen de sacs plastiques et l’isolement dans des cellules disciplinaires. Les victimes de la répression sont non seulement des personnalités politiques, mais aussi des syndicalistes, des grévistes ou tout simplement des citoyens qui ont voulu protester contre la misère et l’injustice sociale ou qui ont osé critiquer le régime d’une manière ou d’une autre.
Le pays est resté marqué par de graves inégalités sociales, l’appauvrissement des classes moyennes et le chômage et une émigration de masse. La base sociale du régime – très importante à l’époque de Chavez – a été largement sapée par le marasme social et économique et par les méthodes répressives du régime. L’affaiblissement du régime est allé de pair avec sa dislocation interne, ce qui a grandement facilité l’intervention américaine. Clairement, la CIA avait depuis longtemps recruté des agents parmi l’entourage de Maduro. Le fait que ce dernier a dû confier sa garde personnelle à des forces spéciales cubaines en dit long sur la fragilité de sa position.
Mainmise impérialiste sur le pétrole
Pour Trump et Rubio, renverser le régime par la force et installer un gouvernement fantoche à sa place serait une option lourde de dangers. Elle les entraînerait peut-être dans une guerre de longue durée et à issue incertaine. Même si cette option ne peut pas être catégoriquement exclue, l’exécutif américain préfère pour l’heure imposer non pas un « changement de régime » mais un changement dans la politique du régime existant. A n’en pas douter, il a les moyens d’y parvenir. Et si jamais il n’y parvient pas, il aura toujours la possibilité de frapper le Venezuela d’une façon beaucoup plus dévastatrice que lors de l’intervention du 3 janvier.
Une première indication des rapports de force dans ce conflit est fournie par la décision du gouvernement vénézuélien de libérer certains prisonniers politiques – ceux qui importaient, en somme, aux yeux des autorités américaines. Delcy Rodriguez qualifie cette volte-face de « geste pour la paix ». Cependant, pour Trump, l’enjeu prioritaire du conflit est celui des ressources pétrolières du Venezuela. Il dit sans ambages que le pétrole vénézuélien « appartient aux États-Unis », que le régime sur place l’a tout simplement volé. Il le veut. Et puisqu’il peut le prendre, il le reprendra. Et qui peut l’en empêcher ? L’armada américaine est là pour intimider le régime, d’une part, mais elle signifie aussi que le Venezuela se trouve sous un embargo pétrolier total (et non seulement pétrolier, potentiellement), donnant aux États-Unis un pouvoir de vie ou de mort économique sur le Venezuela. Seuls les chargements autorisés par les États-Unis peuvent passer. Actuellement, tous les chargements pétroliers sont en train d’être acheminés directement par les autorités américaines.
Trump a demandé à 14 grandes corporations pétrolières américaines et européennes, dont Chevron, ExxonMobil, ConocoPhillips et Continental Resources, Repsol, Shell et Eni, de tirer avantage de la prise de contrôle des réserves vénézuéliennes. Il leur a proposé d’investir 100 milliards de dollars pour construire de nouvelles installations pétrolières et rénover les installations existantes. Mais les dirigeants de l’industrie sont réticents, du moins pour le moment. Même si les corporations acceptaient d’investir aussi massivement, il faudrait sans doute des années avant de pouvoir dégager des bénéfices à la hauteur de leurs attentes. Aussi de la stabilité sociale et politique du pays pose problème. Le niveau de risque à long terme est en effet considérable.
Il est possible, toutefois, que la réticence affichée par les dirigeants des multinationales ne soit que stratégique, en ce sens qu’ils savent à quel point ces investissements sont importants pour Trump et espèrent pouvoir obtenir des concessions et garanties financières en échange. Quoiqu’il en soit, dans l’immédiat, l’administration américaine s’organise pour s’emparer de la production existante. Depuis la mise en place du blocus maritime, les pétroliers essayant de le contourner sont interceptés et leurs chargements deviennent d’office propriété américaine. Mais le brigandage impérialiste ne s’arrête pas là. Le Financial Times du 6 janvier 2026 a détaillé comment Trump procède pour saisir la totalité du pétrole encore bloqué en zone portuaire, dont la valeur est estimée à 3 milliards de dollars.
« Donald Trump demande aux États-Unis d’apporter du pétrole vénézuélien sanctionné vers les ports américains. Il a déclaré que les autorités vénézuéliennes remettraient entre 30 et 50 millions de barils de brut autorisé aux États-Unis, signe que son administration concrétise sa volonté de contrôler le secteur pétrolier du pays…. »
Le pétrole saisi par les États-Unis sera ensuite vendu au prix du marché. Trump a déclaré que les revenus générés par la vente seront placés dans un compte bancaire géré par lui-même, personnellement : « Cet argent sera contrôlé par moi, en tant que président des États-Unis d’Amérique, afin de garantir qu’il soit utilisé au bénéfice du peuple vénézuélien et des États-Unis » a-t-il précisé. Sur sa plateforme Truth Social, on peut lire que le pétrole saisi « sera transporté par des navires de stockage et amené directement aux quais de déchargement aux États-Unis […] J’ai demandé au secrétaire à l’Énergie Chris Wright d’exécuter ce plan immédiatement. » Le Financial Times explique que « Ces propos interviennent alors qu’une flottille de pétroliers américains se dirige vers les eaux vénézuéliennes pour commencer à charger le pétrole du pays, qui a été bloqué dans des ports à cause du blocus naval de Washington. » Trump estime que cette opération placerait jusqu’à 50 millions de barils de pétrole, soit l’équivalent de six semaines de production vénézuélienne.
Soumission du régime
La stratégie américaine mise aussi sur la cupidité et la corruption du pouvoir en place. Delcy Rodriquez et les dirigeants des forces armées veulent avant tout conserver leur pouvoir, leurs privilèges et leur richesse personnelle. Si cela veut dire qu’il faut composer avec l’impérialisme américain, ils le feront, d’autant plus que Trump les a menacés directement de subir « le même sort que Maduro, ou pire encore » s’ils ne le font pas. Par ailleurs, il n’est pas impossible que l’enlèvement de Maduro ait été fait avec la complicité de Rodriguez elle-même, puisqu’un rapport officiel de la CIA rédigé avant l’invasion et évoqué ultérieurement par le New York Times suggère qu’il y a eu des « prises de contact » regulière avec elle.
Quoiqu’il en soit, le gouvernement vénézuélien actuel n’a même pas tenté de résister au pillage de son pétrole. Bien au contraire, il a cautionné la remise de 30 millions de barils aux Américains, le 6 janvier dernier. Quand Trump dit que le Venezuela est effectivement géré par l’exécutif des États-Unis, ce n’est donc pas du bluff. Il qualifie ouvertement Rodriguez d’« alliée » et de « collaboratrice ». Le pouvoir réel de Rodriguez est largement nominal. Sur toutes les questions qui les importent, ce sont les États-Unis qui tirent les ficelles et fixent les orientations politiques de son gouvernement.
La vue de Maduro, menotté et yeux couverts, exfiltré par l’opération éclaire audacieuse, avait de quoi impressionner. Les protestations quant à la légalité de son arrestation sont inconséquentes. Comme c’est souvent le cas avec Trump, concernant ses agissements aux États-Unis ou ailleurs, légal ou pas, ce qui est fait est fait. Et puisque le Congrès américain est largement à sa botte, il a les mains libres de faire ce qu’il veut.
Il faut dénoncer l’attaque meurtrière contre le Venezuela et la séquestration de Maduro et Flores. Il s’agit d’une agression impérialiste inacceptable, qu’elle soit qualifiée de légale ou pas. Cependant, le sort des captifs n’est pas l’essentiel. Maduro s’indigne, certes. Il maintien que ses droits ont été violés. C’est certainement le cas. Cependant, lui, au moins, il aura un procès. Il sera défendu par une équipe d’avocats hautement qualifiés, et aura la possibilité de présenter ses arguments devant un tribunal en bonne et due forme. Il n’en a pas été de même pour ceux qui ont osé le critiquer au Venezuela. Personne ne va brancher des câbles électriques sur son corps. Il ne subira pas des coups de ceinture ou de bâton. A priori, il ne sera pas assassiné et ne subira pas de « disparition forcée ». Le sort personnel Maduro n’a pas une grande importance, sauf, bien sûr, pour Maduro lui-même. Portons notre attention plutôt sur les questions autrement plus importantes de l’impérialisme américain et le devenir du peuple de Venezuela.
Cuba dans le collimateur
Un aspect important de la stratégie américaine dans les Caraïbes est celui de Cuba. La coopération économique, diplomatique et militaire entre Cuba et le Venezuela remonte à l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez en 1998. Le Venezuela exportait en moyenne 35 000 barils de pétrole par jour à Cuba en 2024. Le volume des exportations était de 100 000 barils par jour en 2008, mais malgré cette baisse, c’était une aubaine importante pour l’économie cubaine et équivalait à cinq fois la quantité de pétrole fournie par la Russie. En retour, le gouvernement cubain a fourni des milliers de professionnels des services médicaux et des équipements hospitaliers, ainsi que des militaires et des spécialistes du renseignement. Depuis la tentative de coup d’État de Juan Guaidó en 2019 appuyée par Trump et Rubio et l’imposition de sanctions économiques, le dispositif de sécurité et de renseignement en provenance de Cuba est devenu beaucoup plus important. Il assurait, entre autres, la garde rapprochée de Maduro.
Le lien sécuritaire entre les deux pays est aujourd’hui fragilisé par l’intervention américaine et le blocus. Trump a déclaré que le régime cubain « chutera bientôt ». Nous verrons bien. Ce qui est certain, c’est qu’en arrêtant l’exportation du pétrole vers le Cuba, Trump porte un coup dur à l’économie cubaine, déjà en difficulté, et renforce son isolement. La Russie et la Chine se tiennent à l’écart de la situation et leur implication dans les affaires vénézuéliennes se verra sérieusement réduite désormais.
La réorientation stratégique des États-Unis
La décision de lancer une opération militaire et économique contre le Venezuela s’inscrit dans le cadre de la nouvelle Stratégie de sécurité nationale élaborée par l’administration américaine actuelle. En un sens, cette stratégie revient à vouloir restreindre l’ambition des États-Unis dans les affaires du monde, par rapport à ce qu’elle a été au cours des dernières décennies, les faisant passer d’un pouvoir hégémonique mondial à un pouvoir davantage régional. L’administration actuelle n’est plus porteuse d’une « mondialisation » soutenue par une intensification des échanges internationaux et le « libre commerce », usant de sa puissance militaire pour défendre ses intérêts et ceux des puissances impérialistes occidentales, s’impliquant fortement dans des institutions et officines internationales.
Le document récemment produit par l’administration actuelle pour définir ses priorités stratégiques stipule clairement que le socle de ses intérêts se trouve dans l’hémisphère occidental (les continents nord et sud-américains) et évoque un corollaire « Trump » à la « doctrine de Monroe ». Cette doctrine, annoncée par James Monroe en 1823, stipulait, en somme, que les États-Unis ne devaient pas s’ingérer dans les affaires des puissances européennes, mais concentrer sur les Amériques. : « Aux Européens, le vieux continent, aux Américains le Nouveau Monde ». En substance, Monroe voulait dire aux puissances européennes qu’elles ne devaient pas tenter de recoloniser les pays récemment indépendants de l’Amérique Latine. A l’époque de Monroe, les États-Unis étaient une entité économique relativement faible et essentiellement agricole, avec 20 États (au lieu de 50 actuellement) et une population d’environ 10 millions de personnes. Sa part du commerce mondial n’était que de 2,6 %.
L’allusion à la doctrine de Monroe, dans laquelle Trump semble voir une justification de son agression contre le Venezuela, est complètement insensée. Du point de vue de l’impérialisme américain, chercher à restreindre sa sphère d’intervention de cette façon serait non seulement gravement préjudiciable à ses intérêts, mais aussi tout bonnement irréalisable dans la pratique, compte tenu du rayonnement mondial des entreprises multinationales géantes qui se trouvent au cœur de son économie. La stratégie militaire doit s’aligner sur la stratégie économique, ou alors prendre le risque de l’affaiblir à terme. Or, le commerce antre les États-Unis et l’Amérique latine valait 450 millions de dollars en 2024, comparés à 1 500 milliards de dollars avec l’Union Européenne et 2 000 milliards avec l’Asie ! Sur les plans économique (imposition de tarifs protectionnistes), diplomatique et militaire, Trump est en train de défaire les liens entre les États-Unis et l’Europe. C’est une politique désastreuse, même pour son propre camp.
Le processus de dislocation de l’OTAN initié par Trump offre de nouvelles possibilités à l’expansion impériale de la Russie. En délaissant ses alliances européennes – allant jusqu’à se préparer concrètement à l’annexion prochaine de Groenland, qui fait partie du territoire de son « allié » le Danemark – les États-Unis libèrent des ressources militaires pour prêter davantage attention à son rival international principal, à savoir l’impérialisme chinois. La priorité des États-Unis est de contenir autant que possible l’expansion économique et la puissance militaire grandissante de la Chine.
Compte tenu de ces priorités stratégiques, le sort de l’Ukraine n’importe que peu à Trump qui, à travers tous les zigzags dans son attitude envers la guerre russo-ukrainienne, n’a cessé de faire pression sur l’Ukraine pour qu’elle fasse d’importantes concessions à la Russie. Or, si la Russie devait accepter d’arrêter la guerre en échange de l’annexion de l’est ukrainien, ce ne serait que le prélude d’une nouvelle offensive russe pour prendre le pays tout entier. C’est comme si Washington et Moscou s’étaient entendus pour fermer les yeux sur l’extension, par la guerre s’il le faut, de leurs sphères d’influence respectives. Les prochaines cibles de la Russie pourraient bien être en direction d’autres pays européens, d’autant plus que ceux-ci ne peuvent plus compter sur le soutien des États-Unis.
La guerre menée par Poutine pour annexer l’Ukraine, le génocide à Gaza, les nombreuses guerres en Afrique, la menace contre le Groenland, la montée du protectionnisme, la course aux armements et maintenant l’agression contre le Venezuela marquent un tournant majeur dans les relations internationales qui laisse planer la perspective d’une multiplication de guerres et de nouveaux génocides à travers le monde.
L’agression américaine est une nouvelle preuve de la réalité du capitalisme et de l’impérialisme. Le monde est dominé par des puissances impérialistes rivales, dont la soif de pouvoir, de profit et de domination sont insatiables.
Le soi-disant « droit international » ne fonctionne pas en face de prédateurs comme Trump, Poutine ou Netanyahu. Il n’existe que sur papier. Qui va l’imposer ? Récemment, le véritable fondement des relations internationales a été brutalement explicité par Stephen Miller, chef adjoint de cabinet de Donald Trump. Interrogé par Jake Tapper de CNN (4 janvier 2026) sur la légalité de l’attaque contre le Venezuela et l’exfiltration de son chef d’État, il a répondu : « Écoutez, nous vivons dans un monde où l’on peut parler autant que vous voulez des politesses internationales et de tout le reste, mais dans le monde réel […] le monde réel est gouverné par la force, gouverné par le pouvoir. Ce sont les lois de fer du monde. » Il a poursuivi : « Nous sommes une superpuissance. Et sous le président Trump, nous allons nous comporter comme une superpuissance. »
Voilà la voix authentique de l’impérialisme ! Elle nous rappelle la justesse du constat du socialiste américain, né au Venezuela, Daniel De Leon (1852-1914). « Le capitalisme signifie la guerre » disait-il. Il n’imaginait peut-être pas à quel point il avait raison, car le carnage terrifiant de 1914-1918 a commencé juste après sa mort. L’expérience nous prouve hélas que cette idée qui n’a rien perdu de sa pertinence. Si nous voulons empêcher de nouvelles invasions, de nouveaux pillages, de nouveaux carnages, il faut trouver un moyen d’en finir avec le système qui en est la cause.
La tragédie historique de la situation actuelle dans les Caraïbes, c’est que c’est précisément au Venezuela, il y a une vingtaine d’années, que s’est présentée la possibilité renverser le capitalisme et de répandre la transformation à l’ensemble du continent latino-américain. L’occasion a été perdue, hélas. Mais pour les luttes futures, nous devons retenir la leçon fondamentale de cet échec, à savoir qu’aucun mouvement de résistance, aussi massif et impressionnant soit-il, ne peut vraiment vaincre et abolir l’oppression s’il ne parvient pas à enlever aux capitalistes le contrôle de tous les rouages essentiels du pouvoir économique et politique. Ce n’est que de cette façon que nous pourrons construire une société fondée sur gestion démocratique des richesses au bénéfice de tous et commencer à libérer le monde de la loi du profit et la rapacité impérialiste.
Greg Oxley
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