ICE : le visage du fascisme américain

24 janvier 2026

À chaque fois que les miliciens de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) sont envoyés dans une ville ou une région, ils ont un quota d’arrestations à atteindre. Selon les villes concernées, ils doivent effectuer 2 000, 3 000 ou 5 000 arrestations en quelques jours. Contrairement à ce qu’affirme Trump, cela n’a rien à voir avec la lutte contre le crime. Les agents de l’ICE font irruption dans les lieux de travail et les magasins, dans les écoles locales, fouillent les quartiers en allant de porte en porte à la recherche de résidents « soupçonnés » d’être des sans-papiers. Prévenus par les sifflets des « observateurs » qui guettent les patrouilles ICE, les gens se cachent dans des greniers, des caves ou des cabanons, ou cherchent refuge chez les voisins, pour éviter d’être violentés, plaqués au sol et emmenés dans des centres de détention. Des agents masqués et non identifiables, souvent dans des voitures sans plaque, arrêtent des parents devant leurs enfants.

Au Minnesota, les Somaliens sont particulièrement ciblés, quel que soit leur statut légal. Comme l’a dit Jaylani Hussein, un américano-somalien et directeur du Conseil des Relations américano-islamiques du Minnesota : « Dans ma communauté, nous sommes des travailleurs de santé, des chauffeurs, des enseignants, des ouvriers, des entrepreneurs, des ingénieurs, des fonctionnaires. Nous sommes chez nous ici parce que nous sommes citoyens américains ». Mais cela n’a pas d’importance pour Trump. Ses voyous masqués sont en campagne de persécution raciste, sautant sur les gens dans la rue, dans les magasins locaux, les tirant brutalement de leurs voitures. Il semble que Trump ait particulièrement visé le Minnesota par rancune, car l’élection présidentielle s’est mal passée pour lui à chacun des trois derniers scrutins présidentiels. Trump prétend, bien sûr, avoir remporté l’élection trois fois, d’une large majorité. Seule la fraude électorale, commise par des « responsables corrompus », lui aurait volé sa victoire !

Cependant, le Minnesota n’est pas le seul État ciblé par Trump. Dans d’autres États, des villes comme Chicago et Portland ont été investies massivement par l’ICE. Partout, les méthodes violentes de l’ICE ont suscité une vive réaction de la part des forces de l’ordre locales. Lors d’une conférence de presse officielle à Philadelphie, le shérif Rochelle Bilal a qualifié les agents fédéraux de l’ICE d’« armée de Trump » et de « fausses forces de l’ordre » et les a menacés d’arrestation s’ils entraient dans la ville ou le comté portant des masques et commettant des crimes. Elle leur a assuré que « le criminel à la Maison-Blanche » ne pourrait pas empêcher leur arrestation. Des conférences de presse similaires ont été organisées par des responsables à San Franciso, à La Nouvelle-Orléans et ailleurs.

Il existe littéralement des centaines – voire des milliers – de vidéos en ligne montrant comment les agents de l’ICE utilisent des menaces et souvent de la violence contre les gens. Pour prendre un exemple, dans le podcast « Pod Save America » animé par Jon Favreau, on voit des agents, dont l’un avec une arme au poing, dire au chauffeur de rentrer chez lui – ce que le chauffeur essaie de faire, précisément – et dire : « C’est votre dernier avertissement ! » et puis « Vous n’allez pas aimer ce qui vous arrive, sinon » et, de façon inquiétante, « N’avez-vous rien appris de ce qui vient de se passer ? », ce qui était une référence évidente au meurtre de Renée Nicole Good, qui a reçu trois balles au visage, tirées à bout portant par l’agent Jonathan Ross, pendant qu’elle était au volant de sa voiture. Rappelons qu’immédiatement après, Kristi Noem, secrétaire du Département de la sécurité intérieure, a qualifié la victime, une mère de trois enfants, de « terroriste domestique ».

Il est tout à fait probable que d’autres meurtres auront lieu, compte tenu de la violence extrême des méthodes de l’ICE. Des chiens, des canons à eau, des gaz lacrymogènes et des grenades à percussion sont déployés contre des manifestants pacifiques. Les individus qui ont une apparence ou un accent jugés « non américains » sont pris en chasse comme des criminels. L’élue Jasmine Crocket, s’exprimant à Minneapolis Saint-Paul pour dénoncer ces tactiques horribles, a dit que la façon d’agir de l’ICE rappelait les slave patrols du XIXe siècle, qui traquaient des esclaves en fuite.

Tout en essayant de provoquer la population locale et de créer une situation tendue, Trump menace de faire usage des pouvoirs spéciaux prévus dans l’Insurrection Act, ce qui permettrait, entre autres, le déploiement de troupes américaines au Minnesota.

Le recrutement à l’ICE se fait dans la précipitation, suivi d’une formation sommaire n’accordant que peu d’importance aux droits des citoyens. Sur le site officiel de l’ICE, nous lisons : « ICE annonce la campagne de recrutement des agences fédérales d’application de la loi la plus réussie de l’histoire américaine ». En fait, cette campagne de recrutement vise sciemment à recruter des racistes. Si vous rejoignez l’ICE, on vous donne l’uniforme, des armes et le droit de poursuivre et de tabasser des « étrangers » réels ou présumés. Vous recevez une prime en espèces allant jusqu’à 50 000 dollars rien que pour avoir signé le contrat d’embauche, ainsi qu’un salaire et des avantages importants. Et si jamais vous enfreignez la loi ou allez un peu trop loin – par exemple en tuant quelqu’un – dans l’exercice de vos fonctions, le gouvernement vous couvre et vous ne serez pas poursuivi. Le vice-président J.D. Vance a littéralement promis ce qu’il appelait « une immunité absolue » aux agents de l’ICE. Pas étonnant que l’ICE attire une multitude de voyous nationalistes, racistes et fascistes, désireux de persécuter des « étrangers ».

Les méthodes brutales de l’ICE ont choqué des dizaines de millions d’Américains. Ils n’ont aucun désir de voir les États-Unis soumis à un régime autoritaire. Le comportement de l’ICE a provoqué une mobilisation populaire de grande envergure. Pendant le week-end du 10 au 11 janvier, environ 1000 manifestations ont eu lieu pour dénoncer Trump et la violence de l’ICE. Depuis, de nombreuses autres manifestations ont eu lieu. Ces mobilisations de masse témoignent de l’opposition croissante aux « faucons » réactionnaires dans et autour de la Maison-Blanche. Outre les manifestations elles-mêmes, des dizaines de milliers de personnes ont pris des initiatives locales pour protéger les populations contre l’ICE, en suivant leurs patrouilles et en avertissant les habitants de leur présence. Il est devenu de plus en plus difficile pour les agents de l’ICE d’éviter des groupes de personnes qui les filment, qui leur crient dessus et leur font savoir, souvent dans un langage très coloré, qu’ils ne sont pas les bienvenus.

À travers l’Europe, l’extrême droite nationaliste et xénophobe est en progression. Juste après le meurtre de Mme Good, le raciste britannique notoire Nigel Farage, dont le parti est en tête des sondages en vue des prochaines élections législatives, a déclaré qu’il faut créer une force de répression semblable à l’ICE au Royaume-Uni. De telles déclarations ne doivent pas être prises à la légère.

Les événements en Amérique doivent servir d’avertissement. Les gens comme Trump et des démagogues racistes comme Le Pen, Bardella et Farage constituent une menace réelle pour la démocratie. La violence de l’ICE nous montre à quoi ressemble la mise en pratique de la rhétorique xénophobe de Trump et de ses admirateurs en Europe. Quand Trump a déclaré que les 84 000 Somaliens américains, dont la plupart sont des citoyens américains de plein droit, sont des « déchets » qui ne devraient pas être aux États-Unis, ce ne sont pas que des paroles en l’air. De même, lorsqu’il affirmait que les Haïtiens de Springfield mangeaient les animaux de compagnie des Blancs, il ne faisait que préparer le terrain à ce qui se passe actuellement avec l’ICE.

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