Renault : les salarié.es des Fonderies de Bretagne remportent une bataille. La guerre sociale continue.

Print Friendly, PDF & Email

La direction du groupe Renault a enfin dévoilé les mesures concrètes de son plan d’économie “structurelles” de plus de 2 milliards d’euros annuels. Les fuites parues dans le Canard enchaîné le 20 mai évoquaient la fermeture de 4 sites en France, dont celui de sa filiale à Caudan : les Fonderies De Bretagne (FDB), ex-SBFM. Pour le bassin lorientais, c’était 385 CDI et pour chacun d’eux 3 emplois indirects qui étaient menacés.

Dans cette fonderie installée pour compenser la fermeture des forges du bassin lorientais dans les années 60, les traditions militantes perdurent. C’est le dernier site du groupe Renault où la CGT est majoritaire. En 2009, les salarié.es avaient mené une lutte de longue haleine. Après des mois de mobilisation conclus par 10 jours de grève de l’ensemble du personnel, le personnel avait obtenu la reprise de l’usine par le groupe Renault.

L’article du Canard enchaîné a remis le feu aux poudres. Depuis leur première Assemblée Générale du lundi 25 mai, les salarié.es occupaient l’usine et bloquaient la production. La direction du site a d’abord reporté la réunion prévue avec les élus du personnel au motif qu’elle se sentait “menacée”. C’est précisément parce que les salarié.es se sentaient menacé.es qu’ils réclamaient cette réunion ! La direction a tenu à ce que la réunion se déroule en préfecture, le mercredi 27 mai. Pour quelles annonces ? Aucune : Laurent Galmard, le directeur n’aurait été au courant de rien et, comme tout un chacun, prétendait attendre les annonces officielles de Renault. L’intitulé de son poste est celui de directeur. Mais manifestement, il ne dirige rien : il gère les décisions prises par le siège.

La rapide mobilisation des salarié.es a permis de rétablir quelques vérités. En particulier de démonter un des principaux arguments de la direction centrale : celle-ci se justifiait auprès des pouvoirs publics en expliquant que le site était structurellement déficitaire en raison de la faiblesse de sa production. Avec le nombre de salarié.es actuel, la capacité de production des FDB seraient de 19 000 tonnes de pièces. Il en faudrait 30 000 pour que le site soit bénéficiaire. Les salarié.es ont dénoncé des chiffres manipulés : la direction ne tenait pas compte des 100 à 150 intérimaires quotidiennement sur site dans le calcul de la capacité de production. Et elle a passé sous silence le renouvellement complet de la ligne de production consécutif à un incendie en 2019. La capacité du site dépasse désormais les 30 000 tonnes. Il faudrait pour cela commencer par rapatrier la production délocalisée après l’incendie. Et embaucher.

Après des jours d’incertitudes bien entretenues, c’est avec émotion que Maël Le Goff a pris la parole au sortir d’un CSE extraordinaire à la Sous-Préfecture de Lorient, vendredi 29 mai. Le siège a enfin donné des mots à mettre dans la bouche de Laurent Galmard. Le plus important dans l’immédiat : la fonderie ne fermera pas et elle reste dans le groupe Renault. A cette annonce, des cris de joie ont jailli des rangs des salarié.es. Grâce à leur mobilisation, le personnel a remporté une bataille. Comme toute victoire, elle mérite d’être célébrée. Mais en gardant à l’esprit qu’à Renault comme ailleurs, la guerre sociale se poursuit.

Démocratie sur les lieux de travail et nationalisation !

Finalement, ce ne sera “que” la fermeture du site de Choisy-Le-Roi et le licenciement de 15 000 salarié.es, dont 4 800 en France. Trois fermetures ont été évitées : c’est un soulagement. Et si précisément c’était le but recherché ? Les cols blancs de ces entreprises savent ce qu’elles et ils font. Un plan de restructuration inclut un plan de communication calé comme du papier à musique. De source syndicale, le groupe s’est doté pour l’occasion d’un nouveau chef d’orchestre : Bruno Le Norman, DRH en contrat pour 6 mois. Un manager “de transition”, comme on peut lire sur son CV. Une de ses spécialités ? Les conduites de négociation. Concernant les fuites, pourquoi leur partition n’inclurait-elle pas quelques fausses notes volontaires ? Nous ayant fait redouter le pire, nous sommes maintenant soulagé.es de ne vivre que le moindre mal. Mais peu importe. Nous ne saurons probablement jamais ce qu’il s’est passé en coulisse de cet épisode. Ce qui est certain, en revanche, c’est que tant que le groupe restera entre les mains d’actionnaires, cette victoire ne restera qu’un sursis.

La crise sanitaire a mis en évidence les conséquences néfastes de la désindustrialisation du pays et la nécessité de relocaliser l’économie, tant pour des questions de continuité d’approvisionnement que pour des motifs écologiques. Les politiques d’aides publiques ont démontré leur incapacité à s’opposer à cette désindustrialisation. Renault en a largement bénéficié. Fabien Gâche, délégué syndical central du groupe, rappelait  lors de la première AG que le prêt de 3 milliards d’euros accordés par l’Etat en 2008 a servi à externaliser et délocaliser une partie de la production. En plus de ce prêt, on pourrait citer pêle-mêle le rachat du site de Caudan à 1 euro symbolique, le soutien financier de la région Bretagne, du département du Morbihan et de l’agglomération de Lorient pour plus de 8 millions d’euros en 10 ans, les millions d’euros qui échappent à l’impôt au titre du CICE ou par optimisation fiscale (et combien par fraude ?) et, dans l’urgence, un nouveau prêt de l’Etat de 5 milliards d’euro. Combien faut-il percevoir d’argent public pour être considéré comme un “assisté” ?

Renault n’a pas de stratégie industrielle à offrir à un pays mais une stratégie commerciale à vendre à ses actionnaires. Les “engagements” éventuellement consentis -que ce soit à Bruno Le Maire ou à un gouvernement de gauche- seraient du même acabit que ceux affichés pour lutter contre la pollution : des mensonges. Les promesses n’engagent que celles et ceux qui les croient : nous ne croyons pas aux promesses du grand patronat. Ce n’est donc pas seulement un problème d’absence de contreparties aux aides publiques. C’est à la fois une question démocratique et un problème de propriété : entre les mains d’actionnaires, Renault servira les intérêts des actionnaires.

Le plan automobile de Macron leur déroule le tapis de milliards habituels : de la prime à la casse, de la commande publique pour soutenir la filière et encore de l’argent public pour financer de la recherche dont bénéficieront des groupes privés. Avec quel objectif ? Le tout électrique pour la voiture individuelle. Pourtant, les véhicules “propres” dont il parle, ça n’existe pas, c’est du greenwashing, de la com’ pour une impasse écologique (voir par exemple ici ou ). Mais avons-nous seulement notre mot à dire ? Non, et c’est bel et bien un problème. Nous ne pouvons nous réjouir de vivre dans une “démocratie” alors qu’en réalité le pouvoir de décider de ce que nous produisons nous échappe. La raison est simple : le pouvoir économique n’est pas entre nos mains. Ce pouvoir revient de droit à celui qui détient l’outil de production. C’est pourquoi, pour étendre les droits démocratiques, nous devons nous emparer du pouvoir économique. Et donc déposséder les possédant.es, s’approprier l’outil de travail et les lieux de production. C’est ce que nous appelons l’expropriation.

La Première Guerre Mondiale a fait de Renault un géant industriel grâce aux commandes publiques. Le Conseil National de la Résistance l’a nationalisé à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale, le 16 janvier 1945, pour actes de collaboration. Privatisé en 1996, Renault doit être renationalisé. Le statut de filiales permet au siège de précariser les salarié.es : ces filiales doivent intégrer ou réintégrer le groupe. Les grand.es actionnaires doivent leur fortune à l’exploitation du travail salarié, à grand renfort d’argent public : elles et ils doivent être exproprié.es sans indemnisation.

La nationalisation n’est pas une fin en soi mais un point de départ. En tant que citoyen.nes, nous ne voulons pas choisir ce que nous consommons : nous voulons choisir ce que nous produisons. Pour cela, il faut étendre les droits démocratiques au domaine de l’économie et de l’entreprise. Aux FDB, par exemple, la ligne de production est neuve. L’outil de travail permet de produire des pièces pour automobiles mais permettrait aussi de produire des pièces pour les transports en commun ou pour le ferroviaire. Tout dépend de la stratégie du groupe. Cette stratégie doit être définie par les salarié.es et la population.

29/05/20

Boris CAMPOS

PCF Lorient

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *