État d’urgence sanitaire ou la sauvegarde du capitalisme

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Alors que la pandémie provoque une violente crise sanitaire, les répercussions sociales et économiques se font déjà ressentir et le pire reste à venir. Les hôpitaux dans les principaux pays au capitalisme avancé sont en état de saturation, manque de moyens, de médicaments et de personnels. Les mesures de confinement à l’origine de la baisse de l’activité des entreprises et de la demande, dans une économie qui était déjà au bord du gouffre, provoquent un ralentissement drastique de l’économie. Selon l’INSEE, l’économie française tourne à 65 % de ses capacités et annonce que potentiellement, un mois de confinement provoquerait une perte de 3 points de PIB sur la croissance annuelle. En d’autres termes, même si ces chiffres restent des estimations fragiles, la France sera inéluctablement en récession pour l’année 2020. Ce qui est valable pour la France le sera également pour de très nombreux pays. C’est le résultat de différents facteurs :

-une économie qui montrait déjà des signes précurseurs de récession

-une sous-estimation et un manque d’anticipation face à la propagation de l’épidémie

-une stratégie de gestion de la crise ayant recours au confinement autoritaire plutôt qu’au dépistage massif par manque de moyens

-mensonge avéré sur la gestion des stocks stratégiques de matériel médical (essentiellement des masques) selon une enquête menée par le journal Mediapart

-la destruction du système de santé public

Le tout dans une économie dont le seul moteur est la croissance et le profit.

Les gouvernements du monde entier se retrouvent à devoir gérer la catastrophe qui est non seulement sanitaire mais aussi économique. Paradoxalement, les pays les plus impactés sont dits les plus développés, en témoigne la situation des États-Unis[i] dont les conséquences sanitaires s’annoncent tragiques. En France, pour appliquer légalement toutes les mesures sanitaires l’état d’urgence sanitaire a été voté à l’Assemblée Nationale sans obtenir l’unanimité. Notamment le Parti Communiste, la France Insoumise et trois députés PS ont voté contre cet « état d’urgence » octroyant à l’exécutif un pouvoir démesuré et en bafouant les droits des travailleurs. Il faut se demander ici quelle est la priorité du gouvernement. Est-ce la sécurité sanitaire ou la sécurité économique pour les capitalistes ?

Pendant cet état de « crise », une série d’ordonnances sera présentée afin de prendre des mesures d’exception parmi lesquelles, nous trouvons de lourdes dérogations sur le droit du travail. Par exemple la possibilité de faire travailler salariés et agents 60 heures par semaine avec des restrictions sur le temps de repos. Il est évident qu’il fallait des mesures d’exception pour tout le personnel hospitalier qui après des années de destruction du service de santé publique se retrouve en sous-effectif. Hier, le Gouvernement faisait intervenir « le service public » coercitif lorsqu’il tentait de faire valoir ses revendications pour un système de santé de qualité au service de la population. Aujourd’hui, érigés en héros par ce même gouvernement sous la pression des évènements, ils portent la crise à bout de bras.

Ces ordonnances dérogeant au temps de travail s’appliqueront jusqu’à la fin de l’année tandis que d’ici-là, nous serons sortis de la crise sanitaire. Les textes restent volontairement flous quant aux secteurs d’activité qui seront concernées. Le recours au chômage partiel appelé ici activité partielle permettra aux entreprises de bénéficier de ce dispositif avec une rémunération s’élevant à 84 % du salaire initiale et 100 % pour les salaires au SMIC. Par contre les interdictions de licenciement ne sont pas à l’ordre du jour. Ces dispositifs sont des aides pour le patronat et les capitalistes, il s’agit bien évidemment de venir au secours de ces derniers. Quelques dispositions sont en faveur des travailleurs par exemple la prolongation des droits au chômage, mais ce sont des miettes si l’on compare à ce dont les entreprises vont bénéficier. Il était impossible d’aggraver la misère actuellement existante, cela aurait été une situation totalement insoutenable.

« Quoi qu’il en coûte », il faut soutenir l’économie qui, tant qu’elle est partiellement neutralisée, alimente la gravité de la récession à venir et endommage les profits capitalistes. En réalité la sécurité sanitaire des salariés pèse bien peu face à la puissance du pouvoir économique des capitalistes. Lorsqu’ils s’inquiètent de la santé des salariés, c’est avant tout celle de la force de travail qui leur permet de générer des bénéfices.

La doctrine qui consiste à dire qu’il faut libéraliser le marché, que la puissance publique ne doit pas intervenir, à montrer son incapacité à faire face à la situation. L’État a dû intervenir pour soutenir l’économie puisque apparemment le libre marché n’est plus en capacité de réguler la situation. Pourtant cette doctrine n’a pas entièrement disparu puisque l’État se refuse de s’immiscer trop profondément dans la gestion de l’économie. À défaut du communisme, c’est-à-dire un système débarrassé de la propriété privée des moyens de production et de son corollaire le profit capitaliste, dont la base est la gestion collective de la production organisée et calquée sur les besoins réels, il faudrait orienter totalement l’économie sur la gestion de la crise. Ce qui veut dire déterminer ce qui relève du maintien de l’activité économique indispensable de ce qui ne l’est pas. Or le gouvernement se refuse absolument d’intervenir dans ce domaine, et ceci par idéologie. Le flou qui entoure les ordonnances en est la parfaite illustration, qui par contre sont claires sur la façon dont les salariés seront davantage exploités.

Admettre l’échec du modèle capitaliste serait reconnaître la « puissance » de la gestion collective de l’économie. En effet, sous le communisme, il est facile d’imaginer qu’en période de pandémie l’organisation de la société basée sur une totale coopération serait beaucoup plus malléable pour mobiliser l’appareil productif afin de répondre à l’objectif, combattre la propagation du virus. Cela éviterait de faire tourner des secteurs d’activité consommant du matériel qui manque cruellement dans les hôpitaux. Sous le capitalisme, même en état de crise, demeure la compétition, la concurrence, le secret industriel et sont des freins pour résoudre le défi auquel fait face l’humanité. Le meilleur exemple de cette situation est la guerre que se font les pays (France, Suède, États-Unis, Italie, République Tchèque) pour se fournir en masque auprès du principal fournisseur, la Chine et dont les prix s’envolent selon les « sacro-saintes lois » du marché.

Il est une chose que les capitalistes et le Gouvernement sont obligés d’admettre par la force des évènements. La classe ouvrière, dans sa définition large à savoir l’ensemble des salariés et agents du service public, assure le fonctionnement de la société. Lorsqu’ils ont pris conscience de la gravité de la situation et que la menace des droits de retrait s’est faite sentir en masse, le Gouvernement a exhorté les travailleurs à poursuivre leur activité notamment dans les secteurs stratégiques comme la grande distribution et l’agro-alimentaire. À ce moment « ceux qui ne sont rien » sont devenus tout. La classe ouvrière à raison de faire valoir son droit de retrait ou de brandir une menace de grève pour assurer sa sécurité, car contrairement à ce que prétendent les PDG de Carrefour, Leclerc ou autres enseignes de la grande distribution sur les plateaux télé du 20h, au mieux la sécurité a trop tardé à venir, au pire elle n’est pas assurée. Il y a une profonde contradiction entre leurs mensonges et la réalité du terrain[ii]. Pour le seul profit les grandes firmes exposent leurs salariés à des risques inconsidérés

Les flatteries envers « nos héros » de première ligne et de seconde ligne ainsi que les primes de 1000 euros n’effaceront pas le mépris que cette classe dominante a eu hier. Les salariés sauront s’en rappeler ! Comme ils sauront se rappeler que le respect du confinement se fait à coup de contrôle de police très zélée et d’amendes. Voilà la manière dont ce gouvernement protège son peuple ! Cette classe dominante devra rendre des comptes et cette perspective les effraies. Ils peuvent en appeler à l’Union Nationale, celle-ci ne résiste pas à l’épreuve des faits et contrairement aux périodes précédentes sous le coup des attentats, la classe ouvrière n’est pas dupe. Cette situation met en lumière de manière concrète sa puissance. Il s’agit pour le mouvement ouvrier de favoriser cette prise de conscience et d’utiliser cette puissance pour faire feu contre le capitalisme, en revendiquant la réquisition des secteurs stratégiques de l’économie pour les retirer de l’emprise des capitalistes.

Gauthier HORDEL, PCF Rouen

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