Manifestation du 19 février, Paris : l’erreur politique des dirigeants du PCF

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Le mois de février a été émaillé d’actes antisémites au fort retentissement médiatique, que liste cet article du site de France Info. De la dégradation des arbres plantés en hommage à Ilan Halimi aux tags à la croix gammée profanant le portrait au pochoir de Simone Veil et les tombes du cimetière juif de Quatzenheim (Bas Rhin), ces faits n’ont pas manqué de susciter un sursaut légitime au sein du mouvement ouvrier. Comme toute forme de racisme, l’antisémitisme est un ennemi mortel du mouvement ouvrier, et quoiqu’heureusement fortement affaibli de nos jours par rapport au passé, il est encore capable de ressurgir des égouts de l’histoire.

Les Gilets Jaunes et l’attaque contre Finkielkraut

L’événement qui a le plus marqué les esprits est l’attaque raciste subie par le penseur réactionnaire Finkielkraut du fait d’un musulman converti en marge d’une manifestation des Gilets Jaunes. Sous couvert d’antisionisme, l’individu en question a insulté Finkielkraut, et il n’est pas difficile de lire l’antisémitisme entre les lignes de sa diatribe soi-disant antisioniste. Ainsi, dans une interview au site France TV Info, l’historien et journaliste spécialiste du Proche-Orient Dominique Vidal affirme : « Aucune insulte n’est antisioniste. L’insulte est forcément antisémite. A partir du moment où il y a un caractère haineux dans les propos, comme c’était le cas des “gilets jaunes” face à Alain Finkielkraut, il s’agit forcément d’un délit, condamnable par la justice. Quand on lui dit “sale sioniste de merde”, on n’est plus dans la théorie politique. C’est juste purement raciste.» (Voir l’interview en entier ici.).

En effet, en tant qu’idéologie, le sionisme est en soi à combattre, par la polémique, la contre-argumentation etc., tout comme dans une société démocratique il est possible de combattre toute idéologie. Mais les termes utilisés (« Sale sioniste de merde, tu vas mourir ! », «Retourne dans ton pays !», « Sale race !») montrent incontestablement une haine raciale derrière le vernis antisioniste.

Récupération gouvernementale et naïveté de la direction du PCF

Il semblerait cependant que la majorité gouvernementale veuille se servir de cette attaque verbale pour présenter au vote des députés une loi condamnant l’antisionisme au titre de la lutte contre l’antisémitisme. Cela sert de prétexte pour décrédibiliser aux yeux de l’opinion publique le mouvement des Gilets Jaunes. Et cela permet à une partie des commentateurs télévisés, dont Finkielkraut lui-même, de faire porter le chapeau de l’antisémitisme « moderne » aux habitants de la banlieue de confession ou de culture musulmane. Il s’agit ici pour le gouvernement de déplacer le débat autour de questions identitaires afin de détourner l’attention de l’opinion publique de colères sociales légitimes.

Quelle n’a été la naïveté et l’empressement dont se sont montrés coupables le groupe parlementaire du PCF et toute son équipe dirigeante lorsqu’ils se sont joints mardi 19 février à une manifestation transpartisane (!) place de la République, opération de récupération de cette montée incontestable de la haine raciste antisémite. Il se tenait à quelques encâblures de là, au métro Ménilmontant, un rassemblement de toute notre famille politique, du NPA aux associations de gauche, « contre l’antisémitisme et son instrumentalisation ». Nous avons avec ces organisations bien des dissensions, mais bien plus en commun qu’avec des partis comme Les Républicains et le PS ! Il ne s’agit de rien de moins que du retour de « l’Esprit Charlie », qui n’est pas autre chose qu’une résurgence sous d’autres formes de l’Union Sacrée. Il y en a assez de voir nos dirigeants tomber à répétition dans de tels pièges, alors que l’ADN de notre parti est bien justement l’indépendance du prolétariat par rapport aux autres classes !

Une erreur politique lourde de sens

On pourrait dire que la manifestation est passée, et que l’information est presque surannée maintenant. Mais c’est justement ce genre d’attitude de notre équipe dirigeante qui a, au fil des années, isolé notre parti des masses. Dans un contexte de contestation du système aux allures pré-insurrectionnelles, il est bien pénible de voir notre parti s’assimiler encore plus au « système » par la faute de ses dirigeants.

Alors que notre parti dénonce chaque jour, et avec quel courage, la violence qui frappe continuellement le peuple palestinien, comment nos dirigeants peuvent-ils manifester aux côtés d’un président qui assimile dorénavant l’antisionisme à l’antisémitisme ? Notre parti qui, chaque jour dans les colonnes de L’Humanité, dénonce le recul des services publics et de la Sécurité Sociale, comment peut-il défiler aux côtés de ministres et de parlementaires qui votent chaque jour des lois qui sont en train de mettre en pièces toutes les conquêtes sociales si chèrement acquises ?

Certes, notre présence métro Ménilmontant au lieu de place République aurait donné l’occasion de bien des diatribes télévisuelles et écrites de la part de nos adversaires de classe. Cela aurait été au contraire l’occasion pour nous d’affirmer notre spécificité aux yeux des masses, quitte à nous priver du regard bienveillant de nos adversaires. Ce n’est pas en faisant ami-ami avec l’ennemi que l’on réussira à le faire changer d’attitude, mais par la grève, le blocage des usines, des centres névralgiques de transport et de communication, bref, par une lutte d’envergure ! Et aller manifester à ses côtés n’est rien d’autre qu’un pas de plus vers notre invisibilité dans l’opinion. En politique plus qu’ailleurs, il faut savoir avec précision choisir ses ennemis.

RB, PCF 93

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