Congrès du PCF. Le texte de la direction : médiocrité et esquive !

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La « proposition de base commune » produite par la direction du PCF en vue du congrès extraordinaire du parti et intitulée Le communisme est la question du XXIe siècle est d’une pauvreté politique affligeante et témoigne de la déconnexion flagrante entre la direction et la base militante du parti.

Sur les 175 membres du Conseil National, presque la moitié ne s’est pas donnée la peine d’être présente pour la discussion sur le texte. Sur ceux qui étaient présents, seuls 49 membres du CN (29% du total) l’ont voté. 26 ont voté contre et 16 ont préféré s’abstenir. La démobilisation et la désaffection politique des membres du CN sont d’autant plus significatives que, arbitrairement sélectionnés par la direction, ils sont censés lui être très largement acquis.

A la différence des textes qu’ils ont produits pour les congrès précédents, les chefs du PCF n’ont pas cherché, cette fois-ci, à dissimuler un manque de substance en l’étoffant de citations de poètes et d’écrivains. Mais sa vacuité n’en ressort que plus clairement. Au lieu de dresser un bilan honnête et objectif de la dernière période, caractérisée par une forte contraction de la base militante, sociale et électorale du PCF, et traiter les défis programmatiques, stratégiques et organisationnels auxquels nous sommes confrontés, Le communisme est la question du XXIe siècle se contente de lister des affirmations générales, pompeusement appelées « thèses », concernant le capitalisme. Cela ne nous avance en rien. Une thèse nous informe, par exemple, que le capitalisme freine le développement de l’humanité. La suivante nous dit qu’il l’amène « vers l’abîme ». Une autre évoque « une crise de sens » de l’humanité. Le capitalisme présenterait « des signes de péremption » et pour nous en convaincre, les chefs du parti donnent en exemple le mode de gestion des ingénieurs de Google ! Par « péremption », faut-il comprendre que le capitalisme tire à sa fin et finira par tomber sous le poids de ses propres contradictions ? Si c’est cela, nous ne sommes pas d’accord. C’est un système puissant qui, s’adaptant en permanence, se porte plutôt bien à notre détriment, et qui existera jusqu’à ce qu’une série de révolutions aboutisse à son renversement. Les « thèses » dans le texte ne sont pour la plupart que des lieux communs évidents, d’autres sont hautement contestables. Quelques-unes sont plutôt absurdes. En tout état de cause, elles ne répondent nullement aux graves problèmes qui justifiaient la convocation d’un congrès extraordinaire. Du point de vue de la base militante, valider ce texte serait faire un congrès pour rien.

Le flou artistique est déjà dans le titre. L’affirmation que le communisme est « la question » du siècle présent n’est pas argumentée dans le texte. C’est une phrase qui ne veut rien dire. On pourrait tout aussi bien affirmer que la question du XXIe siècle sera le capitalisme, le nationalisme, la démocratie, l’autoritarisme, etc., ce qui ne nous avancerait pas davantage. De toute façon, le communisme, pas plus que le capitalisme, n’est pas une simple « question ». C’est un ordre social caractérisé par la propriété collective et la gestion démocratique des grands moyens de production des richesses, un ordre dans lequel le salariat remplace les capitalistes en tant que classe sociale dominante. La réalisation de ce nouvel ordre social implique la suppression de la propriété privée des grands moyens de production et la mise en place d’un État et d’un appareil gouvernemental au service de la masse de la population. Si cette transformation révolutionnaire de la société est bien notre réponse (et non pas une question) relative aux grands défis de notre époque, elle n’est pas abordée dans le texte. La direction du PCF ne remet pas en cause la propriété capitaliste des grands moyens de production et ne propose aucun projet de société alternatif. Le texte reprend les orientations programmatiques générales défendues par la direction depuis de nombreuses années, qui se limitent à vouloir changer la « logique » du système capitaliste au moyen de réformes fiscales, budgétaires et administratives, sans remettre en cause le système lui-même.

Convoquer un congrès extraordinaire en urgence pour en rester à de vagues généralités au sujet du « siècle » n’a aucun sens. Le congrès devrait examiner les causes concrètes de l’affaiblissement et du déclin du PCF et, plus spécifiquement, tirer un bilan sans complaisance des orientations politiques et stratégiques de 2016-2017. La direction du parti l’a mené d’échec en échec. Ses « stratégies » successives, qui tendent à réduire le PCF à une force d’appoint pour d’autres mouvements politiques, ont abouti à l’effacement du parti dans la campagne présidentielle de 2017 et aux résultats désastreux des législatives. La direction fait totalement abstraction de cette expérience dans son texte. C’est comme si rien ne s’est passé, comme si aucun changement particulier n’est nécessaire. Il suffirait de continuer comme avant.

La rupture avec la politique réformiste des dirigeants et le réarmement politique du PCF avec un programme et un projet de société révolutionnaires vont de pair avec la nécessité impérieuse d’une profonde démocratisation interne, comme nous le disons dans notre base commune alternative, Relever le PCF, réengager le combat révolutionnaire. Une direction qui serait confiante de ses propres idées et de sa capacité de convaincre la base de leur pertinence n’aurait pas besoin de se protéger du contrôle et du pouvoir démocratique des militants. Ce congrès est avant tout « extraordinaire » en ce qu’il exclut toute modification des statuts. L’auto-désignation des chefs favorise la médiocrité. Une direction divisée et démobilisée ne produira que division et démobilisation. Une direction faible et confuse ne produira que faiblesse et confusion. L’avenir et, à terme, l’existence même du PCF sont en jeu. Il faut changer de cap.

Greg Oxley, PCF Paris 10

IMPORTANT : Il ne reste plus qu’une dizaine de jours pour la validation des textes alternatifs. Pour que Relever le PCF, réengager le combat révolutionnaire puisse figurer dans le débat interne, signez le texte en envoyant vos signatures à texte.alternatif@gmail.com ou en signant la pétition ici.

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