Changeons de dirigeants, pas de nom !

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Le 26 juin, Pierre Laurent a annoncé qu’il souhaitait changer le nom du parti communiste. Au-delà du fait qu’il est, une fois de plus, inadmissible que les communistes apprennent les plans de leurs dirigeants par médias capitalistes interposés, ce qu’ils veulent n’est pas simplement d’une retouche esthétique. Changer le nom du parti touche à son identité et aux traditions révolutionnaires – avec 100 000 fusillés – qu’il incarne.

Les causes de cette décision ne sont pas à chercher dans une nouvelle lubie de Pierre Laurent, mais plutôt dans le besoin d’éviter une discussion de fond sur les échecs successifs de la direction, dont les derniers en date étaient ceux de la présidentielle et des législatives. Nous ne nous attarderons pas dans cet article sur le fait qu’il serait scandaleux de balayer d’un revers de main l’histoire du communisme et de notre parti, nous pourrions en écrire beaucoup, mais nous reviendrons plutôt sur les motivations des responsables du parti. Le discours de Pierre Laurent signifie que, pour lui, si le Parti Communiste n’a fait que 2,72% aux législatives ce n’est pas à cause de la politique de sa direction, mais à cause de son nom ! En vérité, la situation dans laquelle se trouve le parti résulte d’une politique réformiste et des orientations programmatiques et stratégiques qui en découlent.

Au-delà de cette information marquante, au Conseil National du 24 juin, Pierre Laurent a annoncé une série de points qui nécessitait discussion « par l’intermédiaire d’un congrès extraordinaire en vue de transformer le parti ».

L’expérience Mélenchon 

Ce qu’a réalisé Mélenchon avec France Insoumise est quelque chose qui fait fantasmer la direction du Parti Communiste. En effet, s’activant autour de son chef charismatique, France Insoumise a réussi à faire un score plus qu’honorable, et ce malgré le fait que cette formation a une base militante réduite et peu d’implantation dans le mouvement ouvrier. Ce score s’est traduit par l’élection d’une trentaine de députés, chose que le PCF a été incapable de faire depuis des décennies. De plus, si les directions de FI et du PCF avaient réussi à se mettre d’accord, leurs candidats auraient pu être présents au second tour dans 155 circonscriptions au lieu de 75.

Pour Pierre Laurent, l’analyse de ce résultat ne remet pas en cause son absence de  charisme, ses discours creux et ses revendications molles et un programme qui ne mobilisent pas les travailleurs. Il pose la question du nom de notre parti, et bien d’autres qui ne font qu’effleurer les problèmes en surface, en évitant les questions programmatiques. Il ne remet pas en cause ses choix et s’imagine que si le PCF avait porté un autre nom, il serait à la place de Mélenchon et France Insoumise. La réalité est que si le PCF devait se transformer en « Parti du Commun » avec les mêmes dirigeants, alors notre parti n’aurait ni fond, ni forme. Le communisme n’a rien de « commun », au contraire, il doit être exceptionnel et révolutionnaire.

Il faut avouer que notre parti est en carence de dirigeants compétents et d’un programme révolutionnaire. Cette carence est le résultat d’un verrouillage systématique des hautes sphères de notre parti de la part de ses dirigeants réformistes. Faut-il rappeler que Pierre Laurent est élu sur une liste unique où il est impossible de se présenter en face de lui ou même de voter contre lui ? Faut-il rappeler que la représentation au Comité National ne se fait pas au résultat des votes du Congrès mais uniquement selon les choix des chefs ? Ce verrouillage administratif permet de manipuler la composition des instances dirigeantes, écarter les points de vue divergents et laisser le champ libre à la clique dirigeante. Les militants communistes autour de La Riposte, malgré les scores significatifs de leurs textes politiques lors des derniers congrès, ont toujours été interdits de siéger au CN. Ce qui manque au PCF ce n’est pas un nom ou une nouvelle forme d’organisation, c’est de la démocratie dans les débats et dans la représentation interne, ainsi qu’un programme révolutionnaire dont le but est le renversement du capitalisme et non pas seulement une série de revendications de progrès social dans le cadre du capitalisme. La question de la propriété capitaliste est absente du programme du parti tel qu’il figure dans La France en commun.

Le charisme ne fait pas tout 

Il est vrai que des idées clairement exprimées sont clairement comprises et celles exprimées avec force et conviction donnent plus d’entrain et d’énergie qu’un banal monologue. Cependant, la plus grande carence du parti n’est pas dans le manque de charisme de ses chefs, mais dans leurs idées. Mélenchon n’est pas un révolutionnaire. Ses revendications sont bien en dessous des revendications de la CGT. Entre 2012 et 2017, il a même revu à la baisse ses revendications sur le SMIC le passant à 1300€. Cependant, certains de ses points de programme font grandir la conscience de classe. Par exemple, il parle de nationalisations, chose que ne font qu’à demi-mots les chefs du PCF. Le discours de Mélenchon est radical et  exprimé avec conviction. Celui exprimé par Pierre Laurent est largement vide de sens, meublé par l’évocation de vagues notions d’« espoir », de « solidarité », de « partage », etc. Ce dont les travailleurs ont besoin ne relève pas de l’ordre de notions abstraites, mais de propositions concrètes. Si l’on compare le texte La France en Commun du PCF et le programme de France insoumise, L’Avenir en Commun, c’est quelque chose frappe tout de suite l’esprit. Le premier est un discours plein de vagues valeurs, l’autre est rempli de propositions clairement exprimées et concrètes. Ce qui manque au Parti Communiste ce n’est pas une copie du programme de France insoumise, mais un programme communiste, clairement énoncé, discuté et débattu, et non pondu par une poignée de chefs à Colonel Fabien.

Le PCF n’est ni la Mort, ni le Néant

Le Parti communiste n’est pas mort, malgré les attaques de ses adversaires, de « gauche » comme de droite. Il n’est pas mort malgré les penchants liquidationnistes de ses chefs au fil des années, de Robert Hue à Pierre Laurent. Cependant, après avoir retiré la faucille et le marteau de nos cartes et de nos drapeaux, c’est maintenant un nouveau coup beaucoup plus dur que l’on veut porter contre notre parti. Refusant d’assumer leurs responsabilités, ils préfèrent mettre en accusation notre nom et notre identité. Le PCF a besoin de changer, c’est vrai, mais ce qui doit changer, ce sont ses chefs. Le Parti communiste ne doit pas mourir par la volonté de quelques « dirigeants » dans un bureau. Changeons de chefs, changeons de programme, pas de nom !

Fabien Lecomte, PCF 28, CGT 78

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3 commentaires

  1. Excellent article!
    Le nom de Parti Communiste n’est pas à renier! Le PCF ne doit son actuel effacement qu’à des décennies de reniement de l’identité communiste. Combien d’élus issus du monde ouvrier dans le groupe du PCF aujourd’hui? Quel discours de classe capable de mobiliser les travailleurs? Le PCF est devenu un parti de notables issus du sérail des élus, se cooptant les uns les autres. En obtenant de 2 à 3% des votes aux élections, qu’ont-ils fait du parti des travailleurs?

  2. Très bon article, sauf qu’il ne rend pas compte de la dynamique de reniement consenti à la base où des décennies de discipline de parti, d’exclusion volontaire ou non des forces les plus vives du parti, de dérives programmatiques soutenues vers le réformisme ont largement entamé la capacité de ses adhérents à redresser le programme.

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