Régionales : besoin d’une alternative au capitalisme.

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Les résultats du premier tour des régionales montrent une percée importante du Front National. Pratiquement tous les médias évoquent le « choc » de l’événement. Mais en vérité, il était largement attendu. Dans pratiquement tous les pays européens, il y a une poussée des réflexes nationalistes. En France, le Front National surfe sur cette vague. La crise économique et sociale actuelle n’est pas une simple crise « cyclique », débouchant à terme sur une nouvelle phase de croissance. Le mode de production capitaliste ne peut se maintenir qu’en imposant une régression sociale sans fin. Cette réalité est en train de pénétrer la conscience de la population. L’attitude implacable de Merkel envers ce qui se présentait comme une alternative à l’austérité en Grèce a été comprise, à juste titre, comme une preuve de la brutalité antisociale de l’Union Européenne. Ici en France, la politique rapace du gouvernement a mené à l’effondrement de la base électorale du Parti Socialiste. Le Front National exploite l’exaspération des travailleurs, des chômeurs et des classes moyennes. Par ailleurs, l’abstention massive indique clairement que pour une bonne partie de l’électorat, il ne sert à rien de voter.

Les attentats du 13 novembre ont jeté leur ombre sur ce scrutin, stimulant davantage les réflexes répressifs et xénophobes dans une partie du corps social. Dans la foulée de ces événements, l’Assemblée Nationale a adopté à la quasi-unanimité des lois d’exception draconiennes, au nom de la défense de la « communauté française » face au « fondamentalisme islamique ». La vision trompeuse d’une république « fondée sur la liberté, l’égalité et la fraternité » a été livrée à l’imaginaire populaire. Ceci ne pouvait qu’apporter de l’eau au moulin du Front National. Marine Le Pen présente la quasi-unanimité des parlementaires pour l’État d’urgence comme un ralliement aux idées du Front National. Et là-dessus, elle n’a pas tort. En votant pour l’Etat d’urgence, les députés du PCF ont commis une faute majeure qui a renforcé le prestige de François Hollande et du Front National à la fois.

Cependant, cette erreur, commise en plein milieu de la campagne électorale, n’explique pas tout. Elle s’inscrit dans un problème politique plus général. Pourquoi le besoin massivement ressenti d’un « changement » n’a-t-il pas profité au PCF/Front de Gauche ? En ce qui concerne le PCF, c’est une question qui se pose à tous les militants. Il faut trouver des réponses. Le programme actuel du parti est trop timide, trop limité, pour convaincre l’électorat qu’il constitue une alternative sérieuse au capitalisme.

Après l’annonce des résultats du premier tour, Pierre Laurent a déclaré que la France est un pays où « des millions et des millions de personnes souffrent durement du chômage, de la précarité, du pouvoir de la finance sur nos vies et sur notre travail, où l’angoisse du lendemain ronge la vie de tant de nos concitoyens, où les attentats du 13 novembre ont ajouté la peur à toute cette insécurité sociale… ». Tout ceci est incontestable. Quand nous dénonçons les innombrables injustices du capitalisme, beaucoup de travailleurs sont d’accord avec nous. Après tout, ces injustices, ils les voient et ils les vivent au quotidien. Mais ils se demandent s’il y a vraiment une alternative ou si ces injustices sont « inévitables ». Et c’est là que se trouve la faiblesse essentielle de notre programme. Que mettre à la place du capitalisme ? Quel est notre projet de société ? Une société plus « solidaire », un meilleur « vivre ensemble » ? Ce ne sont que des mots. Tant que le programme du PCF se limite à critiquer les conséquences du capitalisme, sans proposer des mesures concrètes pour y mettre fin, il ne pourra jamais convaincre les travailleurs en masse. Un examen critique et constructif du programme du parti nous paraît indispensable. La nationalisation – ou socialisation – des moyens de production et du système bancaire, sur la base d’une gestion et une direction démocratiques, formait autrefois le socle programmatique du PCF. Cet objectif a été abandonné dans les années 90, sous l’impact de l’offensive idéologique « libérale » de l’époque. Nous proposons de l’y réintégrer, avec une mise à jour précisant en quoi les nationalisations que nous voulons diffèrent de celles qui ont été réalisées dans le passé. Il faut rompre avec le réformisme et adopter un programme qui s’attaque aux sources du pouvoir des capitalistes. Une réflexion et des décisions collectives sont nécessaires concernant le programme du parti, ce qui implique en même temps une démocratisation de son fonctionnement interne, pour qu’on ne se retrouve plus avec des décisions prises en haut – comme celle d’appuyer l’État d’urgence – en contradiction complète avec les idées et aspirations des militants.

Les médias capitalistes font la promotion du Front National. Ceci ne doit rien au hasard. Le MEDEF et la Bourse ne demandent pas mieux qu’un parti dont les « solutions » nationalistes, racistes et autoritaires divisent les travailleurs et entravent l’action du mouvement ouvrier. Ce n’est pas pour rien non plus que le gouvernement Hollande impose des lois liberticides camouflées en « lutte antiterroriste ». L’évolution vers un régime reposant plus directement sur l’appareil policier et répressif, et imposant une restriction des libertés fondamentales reflète la réalité du capitalisme de notre époque. Le compromis social n’est plus possible. Aucune solution ne viendra des débats dans les salons feutrés des parlements, d’autant plus que les « institutions républicaines » sont entre les mains de nos ennemis. Nous n’aurons que ce que nous arracherons par des luttes extra-parlementaires. Les élections régionales ne sont qu’un épisode dans une lutte plus large. Il y a des leçons à en tirer et nous les tirerons. Mais notre tâche essentielle reste la même : unir les travailleurs dans un combat commun contre l’austérité, et pour en finir avec le système capitaliste.

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2 commentaires

  1. Bonjour Greg !

    Tu peux développer STP ? : “Nous proposons de l’y réintégrer, avec une mise à jour précisant en quoi les nationalisations que nous voulons diffèrent de celles qui ont été réalisées dans le passé.”

  2. Je suis d’accord avec l’analyse qu’il faut revenir au marxisme, c’est ce qu’a oublié le PCF aujourd’hui et évidemment il faut revenir à la nationalisation des groupes capitaliste du CAC40.
    Il faut également démocratiser ces groupes une fois nationalisée, car c’est le peuple qui doit les gérer et non le MEDEf et les actionnaires.

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