Une guerre longue et coûteuse en perspective

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Si l’on ne regarde que la surface des choses, l’intervention militaire des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne contre l’Irak a été un franc succès. Sur le plan des opérations militaires, l’armée irakienne, mal équipée, mal dirigée et largement démoralisée, n’a pu opposer qu’une résistance relativement faible aux envahisseurs. Ainsi, Bush a pu donner au monde entier une nouvelle démonstration de l’écrasante supériorité militaire des Etats-Unis. Quant aux gigantesques ressources pétrolières de l’Irak, elles sont aujourd’hui fermement sous le contrôle des armées d’occupation.

Et pourtant, en réalité, cette guerre n’a strictement rien résolu du point de vue de l’impérialisme américain. Au Moyen Orient comme dans le reste du monde, y compris aux Etats-Unis, les répercussions du conflit ont au contraire mené à une aggravation extrême des difficultés auxquelles se trouvent confrontés les stratèges du Pentagone et de la Maison Blanche.

En Jordanie et en Egypte, la guerre a eu des conséquences économiques et sociales extrêmement graves. En Arabie Saoudite, la monarchie est de plus en plus ouvertement contestée pour sa collaboration avec les Etats-Unis, qui ont dû abandonner leurs bases militaires dans le pays.

En Irak, il est parfaitement évident, compte tenu des événements qui se sont déroulés depuis la chute du régime de Saddam Hussein, qu’il n’y a pas une seule région du pays sur laquelle les armées occidentales peuvent prétendre avoir fermement établi leur contrôle.

Le « Conseil gouvernemental » installé par les Etats-Unis n’a aucun pouvoir décisionnel, ni aucun budget.

La véritable « fonction » des membres de ce conseil – à part celle d’encaisser les sommes d’argent considérables qui sont le prix de leur trahison – est de servir de couverture « irakienne » à la dictature militaire que tentent d’instaurer les généraux américains et britanniques.

Les membres de cette instance fantoche et non élue ne représentent qu’eux-mêmes. Sur le terrain, la guerre se poursuit sous la forme d’opérations militaires quotidiennes contre les soldats américains et britanniques, opérations qui ne peuvent que gagner
en ampleur dans les mois à venir. Il est par conséquent absolument hors de question que les Etats-Unis puissent consolider leur emprise sur le pays. La seule perspective qu’il leur reste, c’est une guerre longue, coûteuse et qu’ils ne pourront pas gagner.

Aujourd’hui, des « experts », journalistes, généraux en retraite et autres commentateurs, impressionnés par la supériorité militaire des Etats-Unis par rapport aux guérilleros irakiens, nous expliquent en long et en large que la situation en Irak « n’est pas comme celle du Vietnam dans le passé ». Ils oublient, cependant, que la guerre contre le peuple vietnamien a été perdue non seulement du fait de la formidable résistance de celui-ci, mais aussi en raison, d’une part, de l’effondrement du moral des soldats sur place, qui ne croyaient plus en la légitimité de leur mission et, d’autre part, de l’opposition massive de la population américaine aux Etats-Unis. Or, il est particulièrement frappant, en ce qui concerne l’Irak, que tout ce qui filtre à travers les médias indique que les soldats américains, après à peine quelques mois sur le terrain, en ont déjà assez et veulent rentrer chez eux. En témoigne la multiplication des actes d’insubordination. Quelle que soit l’idée qu’ils avaient de leur mission au départ, les militaires américains voient bien qu’ils ne sont nullement considérés comme des « libérateurs » mais comme des envahisseurs étrangers. Ils voient aussi que la lutte « anti-terroriste » se traduit avant tout par d’incessantes rafles nocturnes, par des portes de foyers défoncées, par des fouilles brutales, par le massacre d’innocents. Ils font face à des foules excédées par de telles exactions. Et ils en ont assez. En même temps, aux Etats-Unis, on assiste à une montée de l’opposition à la présence de 145 000 soldats américains en Irak, ainsi qu’aux dépenses massives qu’elle implique. Le coût de l’occupation s’élève à un milliard de dollars par semaine ! En Afghanistan, où les forces de la coalition n’ont pas réussi à étendre leur contrôle au-delà de quelques zones bien délimitées, le coût de l’occupation s’élève à 300 millions de dollars par semaine.

L’absence d’armes de destruction massive a miné la crédibilité de Bush, qui se trouve accusé d’avoir menti aux Américains afin de justifier l’intervention militaire, tandis que l’ affaire Kelly a sérieusement discrédité Tony Blair, l’allié principal de Bush. Un sondage publié le 31 août dernier indiquait que 60% des Britanniques sont favorables au retrait des troupes britanniques stationnées en Irak. De plus, seuls 6% des Britanniques pensent que Blair a dit la vérité à propos de l’armement irakien. D’autres gouvernements alliés des Etats-Unis, comme celui de Berlusconi en Italie et d’Aznar en Espagne, ont eux aussi été considérablement affaiblis.

A l’échelle internationale, les conflits au sein de l’ONU et de l’OTAN, ainsi que la dégradation des rapports entre les Etats-Unis et ses alliés traditionnels – y compris la Turquie ! – ne manqueront pas de s’envenimer davantage au fur et à mesure que les Etats-Unis s’enliseront en Irak et en Afghanistan. Ainsi, les agressions impérialistes qui étaient destinées, entre autre, à montrer au monde entier la terrible puissance de la machine militaire américaine finiront dans les faits par montrer les limites de cette puissance.

Greg Oxley

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