“Une part du ciel” de Bénédicte Liénard

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Une part du ciel mêle fiction et documentaire, et dépeint dans un va-et-vient incessant entre prison et usine la condition d’une frange du salariat particulièrement exploitée : les ouvrière spécialisées.

Loin d’être fortuit, ce parallèle métaphorique entre les deux univers bénéficie de l’expérience de la réalisatrice belge Bénédicte Liénard, pour qui cette première fiction vient après des travaux sur la prison et des collaborations avec les frères Dardenne (Rosetta ; Le fils) et Raymond Depardon.

Johanna, intransigeante et rebelle, purge une peine pour un motif qui n’est pas clairement exprimé – si ce n’est par l’allusion à un “pétage de plomb” – et mène un combat en prison, dans l’atelier de pliage de cartes routières, pour une plus juste rémunération. Cette lutte lui vaut brimades et humiliations, qu’elle subit avec dignité.

Claudine (Sofia Leboutte), son ex-collègue et amie, déléguée syndicale dans une viennoiserie industrielle, vit de son côté avec le souvenir et la culpabilité d’avoir “lâché” Johanna. Cet abandon est d’autant plus mal assumé qu’à son tour elle s’insurge contre la signature d’un accord de paix sociale sur trois ans présenté par la direction de l’usine et défendu par sa hiérarchie syndicale. Cet accord vient après une série de concessions (flexibilité, travail de nuit, réduction des pauses) qu’on devine être à l’origine du “pétage de plomb” de Johanna.

Le rôle de Johanna est interprété par Séverine Caneele, pour qui il ne s’agit que du deuxième rôle après son prix d’interprétation à Cannes, en 2000, pour l’Humanité de Bruno Dumont. Les autres rôles sont partagés entre des professionnels, des ouvrières et d’ex-détenues.

Pauvre en dialogues, ce film rejette également toute unité de récit pour mettre avant tout l’accent sur la monotonie du quotidien des ouvrières et des détenues, ainsi que leur isolement et leur totale sujétion. Pour autant, le film de Bénédicte Liénard est moins un manifeste qu’une série de portraits : le dirigeant syndical disposé à toutes les compromissions, le directeur de prison désabusé quant à sa fonction – “Je gère la détresse humaine et je n’ai pas de réponse !”- ou encore une détenue qu’on voit lentement sombrer dans la folie.

Yazid Malek

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