Congrès 2014 du MJCF

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Un congrès à la hauteur de ses ambitions ?

Délégué de la fédération du Morbihan, j’ai assisté au Congrès National du MJCF qui a réunit près de 500 délégués du 18 au 21 décembre, à Gennevilliers.

Lors de sa phase préparatoire, cinq textes, rédigés par différentes commissions nationales, ainsi que les statuts avaient été soumis à la discussion des militants. On note que les conséquences de la crise du capitalisme ne sont pas restées sans effet : ces textes affichent clairement un ton plus combatif, insistant sur le caractère révolutionnaire de notre mouvement. De plus, le développement de l’organisation se traduit par des objectifs ambitieux, notamment celui d’atteindre les 20 000 adhérents d’ici 2017.

Le vendredi fut le jour des questions les plus âprement débattues. Le texte « génération révolution » se concluait par une définition on ne peut plus floue du socialisme. Ceci explique que la commission ait reçu une dizaine de contributions visant à l’approfondir. A l’inverse, elle avait reçu une proposition d’amendement visant à supprimer la référence à ce terme. Celle-ci ayant été rejetée par la majorité, la commission s’est vue contrainte de passer aux contributions développant l’idée du socialisme. Ce fut l’occasion d’assister à la première atteinte à la démocratie du congrès : la commission a choisi un des amendements parmi les nombreux présentés et a demandé une pause, le temps, à partir de ce dernier, d’en rédiger un nouveau susceptible de recueillir le consensus. Grâce à ce tour de passe-passe, la commission a éludé l’ensemble des autres contributions sur cette question, sans même à avoir à en porter le contenu à la connaissance des congressistes. Eviter le débat n’a jamais été une solution pour maintenir l’unité d’une organisation. Pour être crédible, les contours de l’alternative révolutionnaire au capitalisme, les bases du socialisme, doivent être approfondies au maximum par le MJCF.

Le deuxième affrontement de la journée a eu lieu sur la question de l’Union Européenne. Plusieurs fédérations ont présenté des contributions en faveur de la sortie de l’UE capitaliste, proposition rejeté à 131 voix contre 99. Malheureusement, si revendiquer la sortie de l’UE sur la base du capitalisme est une erreur, les deux argumentations développées contre cette position l’ont été sur des lignes réformistes, expliquant que nous devions y rester pour changer l’UE de l’intérieur. C’est là tout simplement une utopie. L’UE est une institution construite par et pour les capitalistes. Nous n’avons aucun intérêt à soutenir l’UE, mais la question sur laquelle nous devons concentrer l’attention des travailleurs n’est pas la sortie d’un système institutionnel, mais bel et bien la sortie d’un système économique – la sortie du capitalisme. La sortie de l’UE capitaliste devra se faire sur des bases révolutionnaires.

Par ailleurs, au cours de la discussion sur le texte International, plusieurs voix se sont fait entendre regrettant le manque d’analyse sur des sujets internationaux autres que la Palestine. Effectivement, s’il faut souligner la remarquable implication des militants dans cette campagne, on ne peut s’empêcher d’avoir la sensation que pour la coordination nationale, le monde se résume à la Palestine.

Concernant le texte sur la campagne du MJCF contre la précarité, il faut souligner l’adoption de vœux demandant la nationalisation démocratique des moyens de production et la planification de l’économie.

Pour comprendre une remarque plus générale à propos de ce document, il faut savoir que les commissions ont pour rôle de faire un premier travail de modification des textes à partir des contributions issues des congrès fédéraux. Ces modifications ont permis la correction de la plupart des nombreuses erreurs de syntaxe et d’orthographes qui parsemaient les premières versions mais aussi quelques une des erreurs théoriques les plus flagrantes. Le problème, c’est qu’avec ce pouvoir d’intégrer ou d’écarter les propositions, son rôle empiète largement sur celui du Congrès National. Le texte sur la précarité est un bon exemple puisqu’il a été le plus modifié de tous. Alors que les statuts n’évoquent pas la possibilité de déposer de textes alternatifs, les militants se retrouvent avec des textes quasiment réécrits quelques jours avant le début du congrès. C’est un fonctionnement qui ne peut permettre une expression démocratique correcte.

Le samedi, le nombre d’interventions au débat général sur le texte Organisation a été limité en raison du retard.

Parmi celles-ci, on peut signaler la remise en cause de la parité comme moyen pour impliquer les femmes dans le mouvement, débat qui traverse plusieurs fédérations. On retiendra de même l’intervention regrettant l’absence de bilan organisationnel, les seuls chiffres transmis étant le nombre de 12000 adhérents et celui de 77 fédérations. Il a été rappelé également la nécessité de formation, car pour que l’organisation continue à se développer elle devra s’appuyer sur des militants ayant une formation théorique et pratique solide. Ajoutons que c’est sur cette question de la formation que le congrès a été entaché d’une nouvelle atteinte à la démocratie. Lors du vote des résolutions, j’ai voulu intervenir pour défendre celle adopté au cours de mon congrès départemental, demandant à ce que la question du stalinisme fasse l’objet d’un travail d’analyse et de formation au sein du mouvement. Les congressistes n’ayant aucune contribution sous les yeux, j’ai demandé le droit de la résumer sans que cela me soit décompté de mon temps de parole, comme d’autres délégués avaient pu le faire. La tribune refuse et m’interrompt au bout d’une minute. Je réclame alors à la commission la lecture de la résolution, comme en avaient eu droit d’autres délégués : nouveau refus. La tribune laisse donc la parole au « contre ». Ce fut l’occasion pour un délégué des Bouches-du-Rhône de venir expliquer qu’il fallait voter contre car… j’étais un militant extérieur à l’organisation, membre de l’organisation trotskyste La Riposte. Effectivement, pour développer une telle « argumentation », vide de tout argument politique et agitant le fantasme du trotskysme, une minute est amplement suffisante. La tribune, sans broncher, demande alors aux militants de se prononcer sur une résolution… dont elle les a empêchés d’en connaître le contenu !

Dimanche, l’ordre du jour a été modifié en raison du retard : le temps de discussion sur la charte revendicative a été limité à une heure.

C’est sur ce texte qu’a eu lieu la plus grosse atteinte à la démocratie du congrès. C’est le document pour lequel était remonté le plus de contributions. Le congrès ne pouvant les discuter en une heure, la commission a siégé toute la nuit pour modifier une deuxième fois le texte. Le matin, les congressistes ont été accueillis par une tribune exceptionnelle, avec tous les membres de la commission, et un texte remodifié imprimé en 85 exemplaires (pour 500 délégués!) introduit par un rapporteur qui s’appuyait sur une vidéo-projection pour survoler les principales modifications. Vu les délais, le bureau du congrès à pris la décision de ne pas autoriser de nouvelle modification par le congrès, la discussion ne pouvant se limiter qu’à des interventions générales, et de les limiter à une par fédération! Le Congrès National, organe souverain du MJCF, s’est donc vu remplacer par une commission composée d’une dizaine de camarades, qui a pu décider à sa place d’inclure ou non les contributions voté par les fédérations. De plus, les congressistes n’ont eu – et n’ont toujours pas – aucun moyen d’accéder au contenu des contributions non retenues. Le congrès a donc été le témoin d’un véritable hold-up par la commission. Contrairement à ce que l’on a voulu nous faire croire, en appelant au respect des camarades de la commission « qui n’avaient pas dormi de la nuit pour travailler ce texte », le reconnaître n’est en rien une attaque contre les camarades membres de cette commission. Il s’agit d’une attaque contre le fonctionnement même de ce système de commission, qui dépasse les règles d’un fonctionnement démocratique.

Concernant le déroulement général du Congrès National, il faudrait veiller à ce que certaines erreurs ne se reproduisent pas, à commencer par un ordre du jour surchargé qui prévoit des discussions de 9h à 22 ou 23h, au timing serré. De plus, la discussion de trois textes un vendredi, dont celui de la bataille contre la précarité, n’est pas un signal encourageant envers les jeunes travailleurs. D’autre part, l’absence de bilans financiers et organisationnels révèle l’absence de transparence au sein du MJCF et empêche les camarades de s’approprier réellement l’organisation. Avoir accès aux comptes est un droit démocratique élémentaire. Enfin, le coût des mandats doit être revu à la baisse : 180 euros est une somme exorbitante et écarte les fédérations aux finances les plus fragiles.

La crise du capitalisme ouvre de grandes perspectives pour notre organisation. Les jeunes sont chaque jour plus nombreux à chercher une issue à l’impasse où nous mène ce système. A nous d’apprendre à les aborder correctement pour les rassembler massivement sous la bannière du communisme. Si notre organisation renoue avec le marxisme, non seulement son programme mais aussi ses méthodes, alors le développement actuel n’est rien comparé à ce qui l’attend. Pour un MJCF révolutionnaire et  démocratique ! En avant vers les 20 000 !

Boris Campos

MJCF 56

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