Conseil de lecture : La fin de l’Occident, de Hervé Kempf

22 octobre 2020

Hervé Kempf est un journaliste, anciennement de Courrier International, qui s’intéresse beaucoup à la question de l’écologie. Ce livre est paru en 2013. Nous pouvons lire la chose suivante page 91 : « La réduction de la consommation matérielle dans les pays occidentaux est une évolution à la fois inévitable et souhaitable. Mais comment réduire la consommation matérielle dans les sociétés riches sans diminuer leur bien-être ? Cette question régénère le problème politique : il ne s’agit plus de répartir l’abondance, l’enrichissement sans fin promis par la croissance, mais d’organiser la sobriété. »

Je tenterais ici d’y apporter une critique marxiste.

Pour commencer, ce livre nous place dans un contexte. Il y a une crise financière générale et l’émergence de nouvelles puissances économiques (Chine, Inde, Brésil). Les prix des hydrocarbures (gaz, pétrole) sont très élevés. Les standards de la démocratie libérale semblent établis mais contestés et inefficaces. C’est le triomphe d’Internet : la planète est connectée pour le meilleur et pour le pire. Nous avons une prise de conscience du dérèglement climatique. L’accident de Fukushima en 2011 renouvelle encore cette prise de conscience écologique. Mais nous avons aussi une résurgence des mouvements islamistes et fascistes dans le monde. Les « Printemps Arabes » signalent l’arrivée de profondes crises politiques. Le chômage est situé entre 10 et 15% de la population. L’extrême-droite fait des scores records par rapport au passé (18-25%)

Face à ce contexte chaotique, l’auteur a des buts avoués et inavoués : tout d’abord un appauvrissement inéluctable et souhaitable de l’Occident.  C’est ensuite l’occasion de faire autre chose : le post-capitalisme (plus écologique et plus égalitaire). Parmi ses objectifs inavoués : être la bonne conscience écologique du Front de Gauche, dont la France Insoumise est l’émanation, avec une alliance entre Ensemble, le PCF, et le Parti de Gauche.

Mais à ses objectifs s’ajoutent des moyens : il s’appuie sur l’Etat et la planification. Il fonde des espérances sur une refondation sociale de l’Europe. Les alternatives sont dans sa ligne de mire : monnaies complémentaires, agriculture paysanne, écologisation de l’économie.

Il y a plusieurs choses à réfléchir à travers ce livre.

 Dans un premier temps, les enjeux écologiques (pic pétrolier, réchauffement climatique, réduction des effets de serres) impliquent, c’est évident, un changement total de civilisation.

De plus, ces enjeux nous indiquent que, comme l’avait prédit Marx, le capitalisme, sous les effets de ses contradictions internes, produit soit son dépassement vers le socialisme suite à une révolution sociale et politique qui a mis la classe ouvrière à la tête de la société, soit la destruction mutuelle des classes antagonistes.

Mais dans un second temps, les Occidentaux ne se pas tous prêts (même la majorité d’entre eux) à revoir à la baisse leurs besoins. Alors qu’une grande partie de la population mondiale vit en dessous du seuil de pauvreté défini selon le niveau de développement économique, une partie de la bourgeoisie autant des pays occidentaux que des pays émergents, aspire à un mode de vie qui n’est pas « durable » à l’échelle de la planète.

Comment, donc, aller non pas vers la fin de l’occident, mais vers un écosocialisme, sans des nationalisations démocratiques par expropriation, dans toutes les entreprises liées à l’énergie, et sans une planification écologique.

Michael Martin un jeune Insoumis de Lyon.

1 Comment Laisser un commentaire

  1. Merci pour cette note de lecture.

    Je partage largement votre conclusion pratique : la transition écologique suppose une maîtrise publique de l’énergie, des nationalisations démocratiques et une véritable planification. En revanche, je nuancerais l’idée qu’il s’agit d’une critique pleinement marxiste. J’y vois plutôt une critique écosocialiste inspirée du marxisme.

    Le matérialisme dialectique ne part pas d’abord des conséquences du capitalisme, mais de sa contradiction fondamentale : le rapport entre le capital et le travail, autrement dit les rapports de production. La crise écologique, le déclin relatif de l’Occident ou les tensions géopolitiques n’en sont pas l’origine ; ils en sont des manifestations historiques. Autrement dit, d’un point de vue marxiste-léniniste, la dialectique consiste à rechercher les contradictions internes qui mettent le réel en mouvement, et le matérialisme historique identifie, pour les sociétés de classes, la contradiction décisive dans les rapports de production.

    C’est ici que Michel Clouscard me paraît apporter un prolongement décisif. Depuis les années 1970, le capitalisme n’a pas seulement intensifié l’exploitation . Il a transformé ses formes de domination en intégrant la consommation, le crédit, les loisirs et le « libéralisme-libertaire » au cœur de sa reproduction, soutenu par la « gauche culturelle » anti-communiste promouvant la permissivité et préférant le sociétal, y compris « vert ». La question n’est donc pas seulement celle d’une civilisation qui consomme trop, mais de savoir pourquoi le capital est contraint de produire sans cesse de nouveaux besoins pour poursuivre son accumulation.

    De ce point de vue, le risque est de confondre le déclin relatif de l’Occident avec la crise du capitalisme lui-même. Le capital peut parfaitement changer de centre de gravité – de Londres à Washington, puis vers l’Asie le cas échéant – sans disparaître. La question décisive n’est donc pas seulement : « quel monde succédera à l’Occident ? », mais bien quelle classe sociale exercera l’hégémonie dans ce nouveau monde ?

    C’est pourquoi une critique communiste ne peut s’arrêter à la nécessité de la planification écologique. C’est l’horizon de la social-démocratie « de gauche » incarnée par Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain etc.

    Elle doit montrer que celle-ci suppose la conquête du pouvoir politique par le monde du travail, la transformation des rapports de production et la reconstruction d’une conscience de classe.

    Sur ce point, le PCF apporte d’ailleurs une contribution intéressante avec le Plan Climat Empreinte 2050, de la commission écologie, qui articule planification écologique, réindustrialisation, souveraineté énergétique et développement des capacités productives : https://ecologie.pcf.fr/plan-climat/ Il me semble que cette approche, fondée sur le matérialisme historique, complète utilement la réflexion ouverte par Hervé Kempf.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Recevoir notre newsletter