Venezuela : Crise de gouvernance et périls sur la Révolution

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Le Venezuela connaît une situation difficile et très mouvementée, qui ébranle les fondements même de la révolution bolivarienne.

Depuis la mort d’Hugo Chavez, le climat social et économique s’est extrêmement détérioré et la violence quotidienne s’est installée dans le pays.

Les émeutes ou guarimbas

Depuis février 2014, de nombreuses manifestations et émeutes ont émaillé les quartiers aisés du Venezuela. Portés par les mouvements de droite et d’extrême droite, ces troubles ont provoqué la mort de nombreux vénézuéliens, qui souhaitent en finir avec le blocage incessant de la circulation provoqué par ces groupes plus ou moins violents.
Le point de départ de ces troubles a été les assassinats du militant révolutionnaire Juan Motaya « Jancho », et de Basil Da Costa, un étudiant oppositionnel lors de deux manifestations opposées, le 12 février 2014.

Tous deux ont été tués par un membre, au moins, des services secrets Bolivariens (SEBIN), qui de manière “étrange” ont remplacé au dernier moment la garde nationale qui devait à l’origine encadrer les deux parcours. Ce fut l’étincelle qui provoqua le passage à l’action des groupes oppositionnels financés et entraînés à la guérilla urbaine par des ONG Etats-Uniennes.

Ces émeutes ont provoqué d’énormes dégâts matériels et humains, avec pour objectif clair de provoquer un ras-le-bol général dans la population, qui subit de plein fouet les contrecoups du ralentissement économique lié à la crise capitaliste internationale et à la déliquescence de l’appareil productif, ainsi que les pénuries organisées par la bourgeoisie vénézuélienne.

Le contrôle des changes, le manque de devises et les pénuries

Depuis 2003, un contrôle des changes a été institué, obligeant chaque professionnel et chaque particulier à acheter les devises étrangères nécessaires à l’importation de biens ou de services via les structures étatiques.

Ce système fut mis en place au sortir de la grève patronale de 2003 afin d’éviter la fuite des capitaux vénézuéliens vers l’étranger.
Longtemps ce système fut géré par CADIVI (Comisión de Administración de Divisas) mais devant les dérives bureaucratiques et surtout la corruption endémique, ce système fut éclaté en 3 entités : Cadivi, Sicad I et Sicad II.(Ancillary Foreign Currency Administration System)

En effet, durant de nombreuses années, les capitalistes ont bénéficié de taux de change extrêmement avantageux pour acheter les produits à importer, au taux fixe de 6 bolivars pour 1 dollar alors qu’au même moment le taux oscillait au marché noir entre 50 et 80 bolivars pour 1 dollar.
L’idée du gouvernement réformiste Bolivarien était de permettre aux importateurs d’acheter moins cher les biens qu’ils devaient revendre sur le marché intérieur avec un prix en rapport avec ce taux de change préférentiel.

La réalité c’est que les capitalistes achetaient au taux préférentiel et revendaient au taux du marché noir. Ceci leur permettait de générer des bénéfices substantiels et/ou d’acquérir des dollars au marché noir pour les placer à l’étranger.

L’inflation, bien loin d’être combattue, fut donc en croissance exponentielle (+54% officiellement en 2013), et l’argent des pétrodollars fut injecté dans l’économie à fonds perdus.
In fine, l’Etat Bolivarien subventionne donc le système capitaliste et sa branche la plus parasite : l’import-export.
Face à cette gabegie financière et face aux difficultés de l’Etat vénézuélien (baisse des prix du pétrole, détournement massif des ressources de l’Etat par la corruption, limitation de l’aide financière chinoise…) le gouvernement vénézuélien a mis en place une loi de régulation des profits, limitant à 30% les bénéfices légaux des entreprises, et a lancé une grande vague de contrôle fiscal pour vérifier son application.

De nombreux capitalistes ont été mis en prison ou inculpés pour usure, et les prix ont pu chuter rapidement jusqu’à -500% dans certains cas extrêmes.
Cependant, les capitalistes ont répondu à leur manière par cette atteinte à leur gains, en paralysant les importations et en organisant les pénuries sur les biens importés, qui représentent 80% des biens vendus dans le pays, organisant aussi les émeutes de la petite bourgeoisie qui, durant plus de 4 mois, ont provoqué une quarantaines de morts et ont conduit à des millions de dollars de dégâts dans le pays.

Face à cette crise, le gouvernement réformiste de Maduro a choisi de pactiser avec une conférence nationale de réconciliation et a créé différents taux de change, entraînant ainsi, de facto, une dévaluation de la monnaie passant le taux officiel de 6 à 50 bolivars pour 1 dollar (Sicad II)
Aujourd’hui, le Venezuela connaît donc 3 taux de change : 6 pour 1 pour les biens alimentaires de première nécessité, 11 pour 1 pour les biens alimentaires et agricoles et 50 pour 1 pour les autres biens. Le nouveau vice-président de l’économie Rafael Ramirez, qui est aussi le dirigeant de PDVSA (Petroleo De Venezuela S.A), vient d’annoncer qu’il est question d’unifier ces taux de change pour faire redémarrer l’économie ; il faut donc s’attendre à une nouvelle explosion de l’inflation sous de telles mesures libérales.
La pauvreté qui avait disparu des rues vénézuéliennes recommence à poindre, et le gouvernement le reconnaît à demi mots en lançant une nouvelle mission pour combattre la pauvreté extrême.

Le cas “Giordani” et la profondeur du malaise chez les Chavistes de gauche

Cette dérive réformiste de droite a été la goutte de trop dans les rangs chavistes de gauche, et la colère et le dégoût sont montés d’un cran.
Giordani, l’ancien Ministre de l’économie, qui a été celui de Chavez depuis le début, a été débarqué après avoir fait part de son mécontentement de cette nouvelle ligne et avoir déjà alerté sur les cas de fraude du fond Chinois et de Cadivi ainsi que sur l’utilisation extrêmement massive des fonds publiques pour l’élection de Maduro.

Giordani a porté ses critiques aux plus hautes autorités du pays et du PSUV, et ce, depuis l’année dernière au moins.
Cependant, aucune enquête n’a été diligentée et les affaires ont été étouffées car de nombreux proches de la Bolibourgeoisie, maintenant complètement au pouvoir, depuis la mort de Chavez, étaient impliqués.
Il a donc porté ses critiques publiquement, après son éviction du gouvernement, dans une lettre ouverte maintenant connue sous le nom de “Carta Giordani”
Giordani qui est formellement un économiste marxiste, même si nous ne partageons pas toutes ses vues et actions, fait maintenant l’objet d’une infâme campagne de dénigrement de la part de l’appareil d’Etat et des institutions Bolivariennes, qui le qualifie de traître et d’ennemi de la révolution. Pas un jour ne passe sans que Maduro lui même qualifie Giordani ainsi que l’aile gauche du PSUV de “Gauche désuète” voire d’allié objectif de la droite.

Le but est clairement de discréditer l’aile gauche du mouvement Bolivarien pour opérer un rapprochement idéologique avec la droite vénézuélienne.
Maduro a en ce sens élargi récemment le pôle patriotique, qui est le regroupement électoral des partis qui soutiennent la révolution Bolivarienne, à tous “les patriotes fidèles au Venezuela même si il ne partagent pas nos vues politiques…” le message est clair.

Hector Navarri, membre de la direction du PSUV, a été lui aussi congédié du jour au lendemain, pour avoir pris publiquement la défense de Giordanni dans une carte ouverte sur Apporea (site internet d’information), et ce au mépris des instances de la direction du PSUV qui n’ont même pas été réunies pour l’occasion.
Ces façons de procéder augurent mal d’un congrès serein du Parti Socialiste Unifié du Venezuela qui doit s’ouvrir prochainement.
Avec de telles méthodes, il y a fort à craindre que les masses se lassent et se détournent d’un mouvement miné à sa tête par la corruption et la collusions avec la bourgeoisie.

Les camarades de La Riposte apportent tous leur soutien aux travailleurs vénézuéliens et à la gauche Bolivarienne, dans leur lutte contre les dérives bureaucratiques et contre la corruption qui minent la Révolution Bolivarienne, contre la Bolibourgeoisie qui s’en sert pour s’enrichir et recherchent aujourd’hui une alliance de fait avec la Bourgeoisie.
Nous appuyons toutes les luttes syndicales pour étendre le contrôle ouvrier et populaire sur l’économie et les institutions vénézuéliennes, finalement le seul moyen d’en finir avec le poison de l’argent roi, qui gangrène le mouvement Bolivarien.

Seule une union réelle des forces de gauche, débarrassée du réformisme et des corrompus, peut être à même d’éviter au Venezuela de sombrer dans un abîme social et politique sanglant et d’empêcher le retour au pouvoir de l’oligarchie capitaliste.

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3 commentaires

  1. Les vénézuéliens n’auront d’autres choix que d’approfondir la révolution en s’emparant du pouvoir économique ou ce sera la contre-révolution et sous l’impact de la crise, elle sera terrible!!
    Juste une remarque, juste sur le titre, le mot “gouvernance” est un mot a proscrire de mon point de vue lorsque l’on veut parle de gouvernement, ce mot gouvernance est un terme venu du libéralisme qui laisse entendre que les pays ou entreprise doivent être dirigé par une sorte de conseil technique sans lien avec la démocratie, on voit que nous en sommes là dans bien des pays………
    Donc ce mot ne colle pas à ce que l’on réclame et ne colle pas non-plus (pour l’instant du moins) avec la réalité vénézuélienne.
    Fraternellement

  2. Le problème est que la contre-révolution est aussi dans le mouvement. Conscients ou non de leur rôle contre-révolutionnaire, certains dirigeants souhaitent vivre comme la bourgeoisie et l’oligarchie. En ce sens, ils s’enrichissent sur le dos du mouvement. Et souhaitent trouver un compromis avec la bourgeoisie pour avancer ensemble vers une économie “mixte” à la Chinoise. Ils sont le péril de la révolution, croyant naïvement trouver un compromis avec les Etats-Unis, le réveil sera bien douloureux pour le peuple vénézuélien si ces dirigeants gardent les rennes de la révolution.
    Concernant le mot “gouvernance” il à été employé pour désigner non pas ce gouvernement mais les différents qui se sont succédé et qui impriment la même ligne politique, longtemps contredite par Chavez, celle d’une économie capitaliste à la Chinoise. Même repeinte en “Socialisme du XXIème siècle” cette voie n’est rien d’autre que celle du Capitalisme. Ce terme est donc utilisé pour désigner la manière dont un gouvernement exerce son autorité économique, politique et administrative. En ce sens il est parfaitement employé. A Ne pas confondre avec l’expression “Bonne gouvernance”, rhétorique capitaliste qui vise à attribuer aux règles de gestion libérale l’unique façon de gérer correctement l’économie d’un pays.

  3. Pour info Rafael Ramirez, le pdg de PDVSA et vice PRÉSIDENT de l’économie est en tournée aux USA avec les organismes financiers internationaux. “LE VENEZUELA OUVRE TOUTES LES PORTES DE SON SYSTEME FINANCIER…” DIXIT MADURO …. voila qui est de plus en plus clair…

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