L’Europe en crise

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La mise en place de l’euro, il y a une décennie, s’était accompagnée d’un « pacte de stabilité et de croissance ». La promesse d’un développement économique durable avait permis de vendre le projet à l’opinion publique. Mais aujourd’hui, dans toute l’Europe, il n’y a ni stabilité, ni croissance. L’économie européenne plonge dans une profonde crise économique et sociale, au point de miner la viabilité de la monnaie européenne. Partout, le capitalisme a ruiné les finances publiques. Après avoir renfloué des banques mises en difficulté par leurs activités spéculatives, les Etats enregistrent des niveaux d’endettement sans précédent. La faillite qui guettait le système bancaire guette aujourd’hui les Etats. En France, la production industrielle est de 10 % inférieure à son niveau de 2008. Les capitalistes et les gouvernements à leur service suppriment des emplois à une échelle massive. Toutes les statistiques montrent une aggravation brutale de la « grande misère ». La régression frappe les salaires, les conditions de travail, les retraites, le système éducatif, la santé publique et le logement. Les services publics ont été partiellement ou totalement détruits.

Parasitisme

L’une des indications les plus frappantes du parasitisme des capitalistes, c’est le fait que les banques et grandes entreprises qui ont pris des centaines de milliards d’euros dans les caisses des Etats sont à présent les premières à exiger un « assainissement des finances publiques ». La classe dirigeante fait payer les conséquences de ses propres activités spéculatives aux salariés, aux chômeurs, aux retraités et aux étudiants. Elle veut accélérer la destruction de toutes les conquêtes sociales du passé dans le but de garantir ses profits et ses intérêts égoïstes. Pour la masse de la population, l’austérité et les sacrifices ; pour les capitalistes, des profits garantis et aussi massifs que possible : voilà le programme qu’ils sont parvenus à imposer à tous les gouvernements européens, qu’ils soient de droite ou de gauche.

En France et à travers l’Europe, les jeunes et les travailleurs commencent à résister à cette offensive dévastatrice. La lutte contre la réforme des retraites, en France, en était un exemple. D’autres mobilisations de grande envergure ont eu lieu en Italie, en Espagne, en Grèce, au Portugal, en Irlande et en Grande-Bretagne. Et ce n’est qu’un début. Les gouvernements et les grands groupes médiatiques prétendent que les mesures d’austérité sont certes « douloureuses », à court terme, mais qu’elles finiront par ouvrir la voie à une nouvelle période de croissance. En l’absence d’autres explications, de nombreux travailleurs sont prêts – pour le moment – à accepter cet argument. Mais ils changeront d’avis dans les années qui viennent. Car la crise actuelle est bien trop profonde pour être surmontée par des expédients superficiels. Les capitalistes le savent, mais les travailleurs n’ont ni le temps ni l’habitude d’étudier de près les questions économiques. Ils apprendront, non pas, pour la plupart, à partir d’analyses et d’explications théoriques, mais dans la grande école de l’expérience individuelle et collective.

Pendant de longues années, le capitalisme européen, comme le capitalisme américain, avait artificiellement dopé la croissance par un recours massif au crédit, c’est-à-dire par l’endettement. Depuis les années 90 et 2000, la quantité de ce capital fictif injectée dans l’économie a connu une expansion fulgurante. La conséquence de cette politique fut d’accroître artificiellement la demande. Mais cela ne pouvait que reporter l’avènement d’une crise de surproduction. D’une part, le crédit poussait non seulement à la demande, mais aussi à la production. D’autre part, l’inconvénient des dettes, c’est qu’il faut les rembourser – avec les intérêts. Et désormais, la crise de surproduction se double d’un endettement colossal des ménages et des Etats.

En France, le niveau d’endettement de l’Etat avait déjà atteint des proportions alarmantes avant la crise. Mais la chute des recettes fiscales, conjuguée aux mesures dites de « relance économique » – qui, comme la « prime à la casse », sont en fait des subventions publiques aux capitalistes, – et surtout aux centaines de milliards d’euros versés dans les caisses des banques, ont énormément aggravé l’endettement public, dont la valeur cumulée dépasse aujourd’hui 1600 milliards d’euros. Ceci représente 84 % du PIB, soit un ratio encore plus important que celui du Portugal (76 %) ou de l’Irlande (66 %). L’année 2010 rajoutera au moins 150 milliards à ce montant. Nous disons « au moins », car le déficit du premier semestre était déjà de 102 milliards. Et ce phénomène n’est pas limité à la France. Il concerne pratiquement toute l’Europe, les Etats-Unis et bien d’autres pays. Pour l’année 2010, la somme des déficits des Etats-Unis et des pays d’Europe se situera entre 3000 et 4000 milliards d’euros. Et les économistes annoncent un chiffre encore plus élevé pour 2011.

Contagion

Cette situation ne peut pas continuer indéfiniment. La Grèce et l’Irlande seraient déjà en faillite sans l’intervention des grandes puissances européennes et du FMI. Mais ce même problème surviendra prochainement en Hongrie et au Portugal. Et la contagion ne se limitera pas aux économies « périphériques ». Le « rendement de la dette » de l’Espagne et de l’Italie a fortement augmenté. Autrement dit, les banques qui prêtent à ces Etats leur imposent des taux d’intérêt plus élevés, compte tenu du risque accru de non-paiement. Il est très significatif, à cet égard, que les taux imposés à l’Etat français soient en hausse. Ils sont passés de 2,46 % en août 2010 à 3,26 % en décembre. C’est moins que pour l’Espagne et l’Italie, mais la tendance est la même, avec un train de retard. Un autre indicateur de la nervosité grandissante des investisseurs à l’égard des finances publiques françaises, c’est le coût des credit default swaps (CDS) en vigueur. Les CDS sont des assurances contre le risque d’un défaut de paiement. Pour des emprunts à cinq ans de l’Etat français, les CDS deviennent de plus en plus chers, au point que les créditeurs doivent désormais s’acquitter d’une assurance de 100 000 euros pour 10 millions d’euros prêtés au gouvernement français.

La question qui se pose, désormais, est très concrète. Combien de temps la France peut-elle encore alourdir sa dette publique de 140 à 150 milliards d’euros par an avant d’en arriver à une situation de faillite ? D’autant qu’il y a une différence qualitative entre un pays comme la France et, par exemple, la Grèce ou l’Irlande. Everett Brown, un spécialiste de la dette européenne chez IDEA-Global, a déclaré que si l’Espagne et l’Italie sombraient, elles seraient « trop grosses pour être sauvées » par des interventions financières extérieures. Ce qui vaut pour l’Italie et l’Espagne vaut plus encore pour la France. On ne peut pas non plus considérer chaque cas national isolément. Concrètement, si l’Espagne ou l’Italie font défaut, la France suivra. Quant à l’Allemagne, elle est la plus forte économie européenne, mais précisément en raison de sa position dominante, elle intègre dans ses fondements tout le matériel explosif des Etats plus fragiles qui l’entourent. Les différentes opérations de sauvetage sont et seront supportées avant tout par l’Allemagne. Le fonds de réserve de 750 milliards mis en place, au niveau européen, pour « sauver » les Etats en difficulté, ne suffira pas. Dans le meilleur des cas, son utilisation ne fera que transférer le problème de solvabilité des Etats sur la Banque Centrale Européenne.

En finir avec le capitalisme !

On ne peut complètement exclure que la Grèce (ou l’Irlande, etc.) sorte de la zone euro. Mais cela ne résoudrait rien, sur la base du capitalisme. Bien au contraire. Dans les conditions actuelles, le rétablissement de la monnaie grecque plongerait l’économie nationale encore plus profondément dans l’abîme. Ce serait une monnaie extrêmement faible dont personne ne voudrait.

Aucune solution ne viendra des capitalistes. Ce sont eux les responsables de cette situation. La solution ne peut venir que du mouvement ouvrier européen, des travailleurs et de leurs organisations. La crise finira par arracher les travailleurs à leur torpeur. On en en a vu les premiers signes, sous la forme de mobilisations de masse et de grèves générales. La jeunesse et les salariés n’auront d’autre choix que d’engager une lutte âpre et soutenue contre le désastre social en cours et à venir.

Les changements, dans la psychologie des travailleurs, auront nécessairement un impact majeur sur leurs organisations politiques et syndicales. Les dirigeants de ces organisations se sont accommodés de la propriété capitaliste et de l’« économie de marché ». Ils limitent leurs programmes à de maigres suggestions de « régulation » et de réformes fiscales. Mais la réalité implacable du capitalisme détruira la crédibilité de ces fausses solutions. En France et à travers l’Europe, le mouvement ouvrier sera contraint de traiter le problème à sa source. Il faut exproprier les capitalistes, éliminer la puissance des Bourses et des banques par un vaste programme de nationalisations. Il faut placer l’industrie et l’intégralité du système bancaire sous le contrôle et la direction des travailleurs eux-mêmes. Le capitalisme a fait son temps. Sous son empire, désormais, la régression sociale est le seul horizon. Le socialisme doit vaincre, en France et en Europe. Ce sont les idées et le programme du communisme qui offrent la solution. Il n’y en aura pas d’autre.

Greg Oxley (PCF Paris 10e)

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