Licenciée parce qu’elle ne souriait pas aux clients

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Le gouvernement fait souvent l’apologie des PME et PMI, sur lesquelles devrait reposer une croissance économique à « visage humain ». Mais en réalité, c’est souvent dans les petites entreprises que règnent les pires conditions de travail et l’arbitraire patronal le plus éhonté. C’est dû, entre autres, à l’absence de syndicats.

En juin dernier, une salariée contacte l’Union Locale CGT de Moulins, où je milite. Son patron l’a convoquée à un entretien préalable à un licenciement, et elle demande notre aide. Je la reçois. Sandrine m’explique sa situation, de plus en plus courante : elle cumule deux temps partiels pour, difficilement, arriver à 35 heures par semaine. Elle travaille comme vendeuse du mardi au samedi ; puis, le samedi soir et le dimanche après-midi, elle est serveuse dans une discothèque. Résultat : un seul jour de vrai repos par semaine !

A présent, le patron de la discothèque veut la licencier. Sandrine me raconte l’histoire. Elle a été embauchée il y a un an comme serveuse, au bar. Pendant environ 8 mois, les choses se passaient plutôt bien. Le patron, cependant, se permettait des remarques et des allusions déplacées, à son égard. Mais elle pensait avoir réussi à lui faire comprendre qu’elle ne mangeait pas de ce pain là.

En avril 2009, tout a dégénère. Un soir, elle répond un peu sèchement à un client trop entreprenant. Elle est débordée, seule, et doit servir des dizaines de clients, si bien qu’elle ne peut même pas s’arrêter une minute pour aller aux toilettes.

Le patron, qui n’apprécie pas son « caractère », saisit cette occasion pour lui mettre un blâme. La lettre de blâme ferait pâlir maître Capello : il faut la relire au moins trois fois pour comprendre quels sont les reproches qui lui sont faits !

Dans cette lettre, il informe également Sandrine que ses horaires vont changer : désormais, elle devra travailler les jeudis et le vendredis soir. C’est incompatible avec son deuxième travail. Le patron le sait parfaitement, et son but est justement de la licencier pour abandon de poste.

Après quelques explications qui semblent calmer le jeu, le patron de la discothèque repart à la charge et lui a envoie la convocation pour un entretien préalable au licenciement. Motif ? « Economique ». L’entretien est fixé au samedi suivant. J’y accompagne Sandrine, comme la loi le permet.

L’accueil est d’un froid sibérien. Pas de bonjour, aucun respect pour la salariée : le patron ne s’adresse qu’à moi. D’entrée de jeu, il me dit qu’il va la licencier, ce qui est illégal. Quand je lui demande des précisions sur les raisons « économiques » qui « justifient » le licenciement, il me fait de vagues réponses sur le restaurant qui « ne tourne pas ». J’évoque la récente baisse de la TVA, ramenée à 5,5 %, dans la restauration. Il me répond vaguement qu’il a des difficultés, depuis un an. Etrange, car cela fait un an que Sandrine est embauchée – non pas au restaurant, « qui ne tourne pas », mais dans la discothèque ! Le patron change alors de sujet et parle des « fautes » de la serveuse : « elle ne sourit pas aux clients », « elle ne lave pas les verres assez vite », etc.

Excédé, il me fait comprendre qu’après tout c’est lui le patron. C’est lui qui décide qui travaille bien ou pas, qui « mérite » ou non de travailler pour lui. Résultat : il nous informe que Sandrine est licenciée sur-le-champ. Il ne veut même pas qu’elle prenne son service, ce soir-là, et les menaces d’une procédure aux prud’hommes ne le font même pas sourciller.

Ce cas est typique. Le patron de cette PME a multiplié les violations du Code du travail et des lois encadrant le licenciement pour motif économique. Il n’a pas respecté les délais, n’a engagé aucune recherche de reclassement, n’a fourni aucune justification du motif économique, etc. Il n’a pas respecté, non plus, les temps de repos obligatoires entre deux prises de services. C’est qu’il se considère comme un seigneur sur sa terre. Il juge qu’il a tous les pouvoirs, y compris sur ses salariés. Les lois qui restreignent ce pouvoir sont si peu respectées, et les sanctions si rares – ou insignifiantes – que la société capitaliste reconnait tacitement l’arbitraire patronal, dans les faits.

Combien de temps allons-nous encore le tolérer ?

Sylvain Roch (PCF et CGT, à Moulins)

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